Les entreprises privées ont-elles des bénéfices publics ?

Voilà qui va en faire sursauter plus d’un. Avant de sauter au plafond, comprenons-nous bien, l’économie est un échange qui va dans l’intérêt (sans jeu de mot) aussi bien de l’un que de l’autre. Sans cet échange, il n’y a pas d’économie, pas de riche, pas de patron, pas d’entreprise. On est tous aux champs à gratter la terre de nos ongles sales (à noter que je n’ai rien contre l’agriculture, que j’adore, mais ce n’est pas forcément le cas pour tout le monde et mon propos est de toute façon ailleurs, je parle de prospérité).

Question de philosophie.

Bien sûr que les bénéfices des entreprises sont « publics », la monnaie et la richesse qu’elle permet est un bien commun. Sans la communauté, il n’y a rien à capter. La société tolère qu’il y ait des patrons qui la pompent, pour capter et amplifier la richesse qu’elle contient, pour cette raison. Ils appartiennent à celui qui les a créés, mais dans l’objectif de l’enrichissement de l’ensemble, ce qui va également dans son intérêt.

« Séparez un individu de la société et donnez-lui une île ou un continent à posséder, il ne pourra pas acquérir de biens personnels. Il ne pourra pas être riche. Donc, inséparablement sont les moyens liés à la fin, dans tous les cas, que lorsque l’ancien n’existe pas, ce dernier ne peut pas être obtenu. L’accumulation, par conséquent, de biens personnels, au-delà de ce que les mains d’un homme produisent, est dérivée pour lui en vivant dans la société ; et il doit à tous les principes de la justice, de la gratitude et de la civilisation, une partie de cette accumulation en retour à la société d’où l’ensemble est issu. »

Thomas Paine, Justice agraire

En raison des gains d’efficacité les entreprises redistribuent bien moins de richesse aujourd’hui que durant les « Trente glorieuses ». A l’époque, la redistribution se faisait uniquement au travers des salaires et donc des charges payées dessus. Avec l’attrition du nombre d’heures travaillées par des humains en proportion de la création de richesse en raison de l’automatisation, faussement nommée « hausse de la productivité du travail », la redistribution ne se faisant plus systématiquement, les charges sociales ont progressivement augmenté et se sont multipliées de manière à maintenir la pression salariale sur le bilan des entreprises. Puisque les entreprises ont eu moins de salaires à verser, on a complexifié le système afin qu’il ait besoin de plus de collaborateurs externes, des spécialistes, des coachs, des formateurs, des conseillers, etc. rendant la gestion des entreprises plus coûteuse, fastidieuse, mais répartissant artificiellement la richesse. D’autant que les acquis sociaux ont garanti de plus en plus de droits humains élémentaires visant à ce que nul ne soit laissé sur le bas-côté, ce qui est également dans l’intérêt des entreprises, puisque cela élargit l’assiette de consommation. D’où l’origine de la perception (sans jeu de mot) que le partage de la richesse est désormais une captation abusive par une société dispendieuse.

De fait, la différence fondamentale entre « avant » et aujourd’hui, c’est qu’avant, la redistribution de richesse se faisant via les salaires, c’est qu’elle existait, qu’il y avait quelque chose à redistribuer. Aujourd’hui nous sommes dans l’ère du prévisionnel, on anticipe sa création par les taxes et les chicanes. C’est une contrainte, les taxes, on les paie, qu’on en ait les moyens ou pas, les chicanes on les résout en payant, qu’on ait les moyens ou pas. Un système qui a tendance à gêner  la création de richesse, puisqu’elles la captent avant qu’elle n’ait été créée. Et cette gestion fastidieuse décourage bien des initiatives. Alors que, par définition, les salaires sont une captation de la richesse une fois qu’elle a été créée et les salaires y contribueront puisqu’ils apportent du pouvoir d’achat et donc les moyens d’être clients des entreprises. De fait, les plus grosses entreprises, qui ont les moyens techniques et financiers de surmonter les chicanes et d’établir des systèmes d’optimisation fiscale voient leurs bénéfices exploser et moins imposés et s’accaparent le gros de la richesse alors qu’elles représentent la portion congrue de l’activité économique. Tandis que les petites entreprises, pourtant à la base de l’emploi et indispensables à la vie communautaire, subissent la pression, gênées dans leur fonctionnement et donc de créer de la richesse qu’elles peinent à redistribuer alors qu’elles doivent malgré tout payer leurs taxes et subir les contraintes légales de gestion. C’est à un point tel que la plupart des TPE/PME qui font faillite aujourd’hui le sont pour des charges sociales impayées. Aussi incroyable cela soit-il, c’est l’Etat qui tue ses entreprises parce qu’elles n’ont pas les moyens de répartir la richesse qu’elles n’ont pas encore créée ! La différence entre ces deux situations est fondamentale, parce que la première induit qu’il y a eu création de richesse qui contribue à tous immédiatement, alors que la seconde implique que c’est la pauvreté qu’on étale autant que possible puisqu’on partage la richesse alors qu’elle n’est encore que purement notionnelle. Et si elle ne se produit pas ou qu’elle ne peut plus se produire parce que l’entreprise n’a pas eu les moyens de payer les sommes qu’elle ne devait pas, elle est en faillite!

Ce ne sont pas les entreprises qui créent les richesses, mais leurs clients!

On peut imaginer un système où les entreprises n’ont pas de patrons, on peut imaginer une économie sans entreprises, mais on ne peut pas imaginer d’entreprise sans clients. De fonder sa propre entreprise n’est pas un droit, ce n’est pas un dû, c’est une fonction tolérée par la société qui s’organise pour créer de la richesse afin de financer le développement sociétal qui bénéficiera à l’ensemble. Alors, pour y parvenir, notre société libérale a décidé d’offrir la possibilité à chacun d’être son propre patron et de l’ériger en le plaçant un cran au-dessus dans l’échelle sociale et en lui offrant subsidiairement la possibilité de devenir plus riche que les autres. Un moyen de faire que les meilleurs puissent mettre leurs capacités d’entrepreneurs au service de l’ensemble.

Mais de créer son entreprise n’est pas un droit de pomper la richesse de la société pour son propre avantage, c’est une très grave erreur de penser ça et qui est loin d’être anodine, parce que c’est cette manière de penser depuis les années 80, le « néolibéralisme », qui a engendré le retour du creusement des inégalités qui n’avaient pourtant eu de cesse de se réduire depuis des décennies, ce qui perturbe l’équilibre social et menace notre économie. Auparavant, on créait des entreprises dans l’idée d’avoir des salariés, donc des clients qui allaient dépenser en achetant nos produits, engendrant un stimulant enrichissement commun. Plus on avait de salariés et mieux ils étaient payés plus ils étaient clients et plus on gagnait d’argent. Désormais, on crée l’entreprise pour soi. On pourrait très bien imaginer une société où il est interdit d’être patron. Comme ça a été tenté, on sait fort bien pourquoi ça ne marche pas et pourquoi on ne le fait pas. Un système non libéral est une économie dirigée et donc ne bénéficiant pas de la diversité économique de l’initiative individuelle et par conséquent sans prospérité suffisante pour assurer une qualité de vie à tous. C’est donc la misère que l’on gère et tout le monde menant une vie de souffrance se met à soupçonner tout le monde de ne pas faire son maximum pour les autres et c’est comme ça que toute économie dirigée finit par un système soviétique. Une société libérale est beaucoup plus dynamique et source de création de richesse, qu’il faut alors bien répartir pour qu’elle produise ses effets et auto-entretienne le système.

Voilà pourquoi, au lieu de nier la nature humaine, qui aspire à Être plus que les autres et qui a besoin de ça pour que chacun fasse bénéficier à l’ensemble de ses capacités, on a décidé de la libérer et lui donner la possibilité de créer. Ainsi, celui qui profite de ce droit, en échange de son investissement personnel, de sa mise en danger, de son implication plus grande qu’en tant que simple citoyen dans l’économie, on en fait un personnage au-dessus de la mêlée, mieux accueilli, plus respecté. A la banque, il a son conseiller personnel qui le reçoit dans son bureau. Quand il écrit quelque part, il le fait en tant que patron, même s’il est un tout petit patron, à la Poste il est prioritaire, grâce à une petite carte spéciale. Dans une foule, il est celui qui est à l’origine de la création de richesse. Une foule de petits détails, qui se ressentent sur la vie de celui qui en bénéficie, qui contribuent à l’érection de cet individu qui se voit récompensé pour son action.

…Mais la grosse part de son bénéfice appartient à ceux qui l’ont réalisé : ses clients!

Et si on ne fait pas comme ça, on se retrouve avec de profondes inégalités!

L’Etat va s’endetter pour limiter l’inégalité en subventionnant l’emploi avec acharnement, jusqu’au jour où il ne pourra plus s’endetter et l’économie s’effondrera. A contrario, si on veut que ça puisse continuer, que les patrons continuent à être patrons et que les entreprises aient de la richesse à redistribuer plutôt que de la pauvreté à répartir, il va bien falloir permettre la création de richesse avant de la capter et ne capter que la part due au système de cette création de richesse.

C’est la base de l’économie, notre intérêt à tous et ce n’est pas du communisme ou du socialisme mais bien du capitalisme.  

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Auteur/autrice : Thierry Curty

Designer sociétal, inventeur d’un concept intégral économique, écologique et sociétal, co-fondateur de Courant Constructif, auteur, Fervent contemplateur de l’Humanité. De convictions profondes et à l’esprit libre. Passionné d’Économie, de Sociologie, d’Écologie, dans une vision holistique, l’épistémologie est le moteur de ma réflexion, source de ma conviction. Je soutiens la transition sociétale, inéluctable à terme, préalable incontournable des grandes transitions, écologique, énergétique, agrobiologique, qui en sont ses corollaires, et tente de l’expliquer et la dédramatiser, de faire passer le message que loin d’être une fin elle est un nouveau commencement, une solution aux problèmes que nous rencontrons aujourd’hui. Inéluctable, mais aussi nécessaire et souhaitable, confortable pour tous.

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