Avec l’allongement de l’espérance de vie, il faut reculer l’âge du départ à la retraite. Vraiment ?

Avec l’allongement de l’espérance de vie ainsi que le questionnement global au sujet du financement des retraites, certains avancent qu’il est nécessaire de reculer l’âge du départ à la retraite. En effet, nombreux estiment que des retraités de plus en plus nombreux rendraient difficile le financement et la gestion de ces personnes dans leur vie post travail. C’est pour cela qu’à ce sujet, il est souvent question de reculer l’âge de départ à la retraite pour ainsi faire travailler plus longtemps nos aînés et ainsi générer des économies sur les pensions de retraite à verser. Seulement, c’est en réalité beaucoup plus compliqué que cela.

La genèse du système de retraite actuel

Instaurée au début du XXème siècle, la retraite était essentiellement une assurance pour ceux qui avaient survécu aux atroces conditions de travail, telles que décrites par des auteurs comme Émile Zola dans son œuvre Germinal, publiée en 1885. Des conditions de travail responsables d’un fort taux de mortalité chez les ouvriers. On se souvient notamment des mineurs exposés au danger du Grisou avec des catastrophes minières telles que la Catastrophe de Courrière le 10 mars 1906, où plus de 1099 ouvriers trouvent la mort. On se souvient également des cadences infernales des usines, où il n’était pas rare d’y travailler plus de douze heures par jour, six jours sur sept. Les rares qui échappaient à la mort à la suite de ces conditions de travail touchaient alors une retraite pour terminer leur existence après une longue et rude carrière.

Seulement, il ne faut pas oublier qu’au début du XXème siècle et ce jusqu’au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, on était en plein paternalisme. Les patrons prenaient littéralement en charge la vie de leurs ouvriers, qui ne devaient avoir comme seule préoccupation que de travailler pour eux. Ils leurs fournissaient logement, boulangerie, école pour les enfants pour compenser un salaire faible et en échange, l’ouvrier devait charbonner toute sa vie, puisque la plupart du temps, les accidents de travail étaient la principale cause de mortalité dans les déciles inférieurs de la société. Sauf que s’ils avaient survécu et alors s’ils ne travaillaient plus, ils perdaient les avantages que leurs patrons leurs avaient octroyé le temps de leur emploi. C’est donc pour cela que nombre de retraité en ces années se retrouvaient sans rien et dans la misère après de longues et harassantes années de travail.

Les réformes sociales, au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, ont changé la donne. L’incroyable quantité de richesse produite grâce aux progrès de la technologie, de l’électricité et du pétrole, a pu ruisseler sur la population grâce à des mesures sociales qui en plus d’améliorer les conditions de travail, ont considérablement élevé la population à un niveau de vie jusque-là jamais atteint depuis l’apparition du premier homme sur terre et des civilisations qui en découlent. En cette période des Trente Glorieuses, l’amélioration des conditions de travail a considérablement contribué à augmenter l’espérance de vie. Avec le nouveau système de retraite par répartition instauré notamment en France en 1946, la hausse des salaires a permis aux employés de cotiser davantage pour ainsi disposer d’une meilleure retraite. De plus, certains en ont même profité pour acquérir un, voire plusieurs biens immobiliers dans le but d’améliorer leur retraite en se dotant d’un capital, qui devenait alors une véritable récompense de toutes ces années de labeur. Avec cette amélioration des conditions de vie des retraités, de nouveaux marchés ont pu émerger et ainsi contribuer à créer davantage de richesse qu’auparavant.

 

Un recul constant de l’âge du départ à la retraite en lien avec la politique pour l’emploi

Si certains estiment qu’avec l’allongement de l’espérance de vie, le recul de l’âge du départ est une nécessité, il se trouve que cette politique pourrait bien s’avérer plus coûteuse qu’on pourrait le croire. En effet, au-delà d’un certain âge, notamment au-dessus de 55 ans, on commence à perdre la plénitude de ses moyens. On est alors moins efficace au travail et on est plus sensible aux maladies qui en découlent. C’est pour cela que les travailleurs seniors demandent davantage d’arrêts maladies par rapport à leurs collègues plus jeunes. Le problème, c’est que cela représente un coût pour l’entreprise qui devra alors abaisser sa cadence de production à la suite de l’absence d’un collaborateur.

C’est pour cela que les entreprises, comme on peut le voir dans cet exemple, sont réticentes à l’idée d’embaucher des seniors. C’est sans compter sur le coût répercuté à l’ensemble de la société. En effet, ces mêmes maladies doivent être soignées et ces soins devront bien être remboursés. Ce qui ne fait qu’accroître les dépenses de l’Assurance Maladie.

Pour ne rien arranger, épuisés par leur travail, les individus seront ensuite dispatchés dans des maisons de retraites pour attendre la date fatidique. Bref, reculer l’âge du départ à la retraite est un coût, et non un bénéfice pour la société.

 

La retraite à 55 ans serait bénéfique non seulement pour les retraités, mais aussi pour l’économie

Au lieu de la reculer, il suffirait d’avancer l’âge de la retraite à 55 ans, comme le préconise Thierry Curty dans son article. Comme démontré précédemment, travailler au-delà de 55 ans n’est plus possible pour permettre aux entreprises d’être efficaces. En revanche, à cet âge, on est encore apte à faire des activités pour contribuer à la société. Il ne faut d’ailleurs pas perdre de vue que les seniors en sont parmi les plus grands contributeurs de la société. En effet, ils donnent de leur temps, du fait notamment que leur pension de retraite, leurs assurant un revenu en lieu et place du salaire, leur permettant de vivre sans travailler, et de leur expérience dans des activités associatives et même entrepreneuriales. Avancer l’âge du départ à la retraite est donc l’excellent moyen de mettre à la disposition de la société des personnes expérimentées qui ont tant à apporter, au lieu de les priver de d’apporter leur contribution en les faisant travailler plus longtemps.

Avec ce temps dont ils disposeront, ils pourraient même devenir une source de création de richesse, pour peu qu’on mette à leur disposition un environnement collaboratif pour leur permettre de contribuer encore davantage. Dans cette optique, cette mesure d’avancer l’âge de départ à la retraite ne serait donc plus un coût, mais un vecteur de création de richesse.

Mais pour cela, il faut que l’État prenne deux mesures supplémentaires pour permettre la mise en place de cet environnement collaboratif. En effet, les pensions de retraite de certains retraités ne seront pas suffisantes pour mettre en place leur projet. Il leur faut des capitaux supplémentaires.

C’est là qu’intervient la mise en place d’une série de mesures fiscales qui, en plus de succéder à l’impôt sur le revenu, inciteront les riches à réinvestir leurs capitaux dans l’économie réelle. Ces trois impôts sont l’impôt sur le niveau de vie, l’impôt sur l’inégalité et enfin un nouvel impôt sur les dividendes. Mais cela ne suffit toujours pas. En effet, l’investissement des capitaux des riches seuls n’est ni plus ni moins qu’un transfert d’une poche à une autre. Or, il faut créer de la richesse. De plus, dans cette configuration, seuls les riches pourraient investir dans l’économie réelle, et ce n’est justement pas le but recherché. Il faut que l’individu lambda puisse aussi influencer sur des projets en ayant une certaine capacité d’investissement. De plus, il faut une plateforme pour fédérer les acteurs économiques de sorte qu’ils puissent plus facilement communiquer entre eux et trouver plus facilement ceux qui ont besoin de financement.

C’est là qu’intervient l’élément qui deviendra le pilier de l’économie du XXIème siècle. Il s’agit de l’Action Mutuelle d’Investissement. C’est une plateforme de financement participatif qui réunira les capitaux de l’ensemble de la société, riches et individus, et disposant du levier bancaire pour ainsi démultiplier la capacité d’investissement des épargnants et ainsi créer de la richesse. Ce levier bancaire sera particulièrement utile pour les individus issus de la diversité car non seulement cela démultipliera leur capacité d’investissement, et donc leur influence dans l’économie réelle, mais en plus, cela sécurisera d’avantage leur épargne puisque ce ne sera pas leur argent qui servira directement aux investissements, mais bien de la monnaie crée par les banques que l’AMI empruntera. Toute la beauté de ce formidable instrument, c’est qu’il pourra bénéficier directement aux seniors puisque que comme ce sont les individus qui financent, ils seront enclins à financer des projets venant d’eux puisqu’ils ont de l’expérience, ce qui est vecteur de confiance pour des financiers potentiels. En effet, le taux de défaillance d’entreprise est moins important chez les seniors.

L’Action Mutuelle d’Investissement pourrait aussi contribuer au versement des pensions de retraites. On pourrait récupérer une partie des bénéfices de la plateforme pour créer une société d’investissement immobilier. Il sera proposé aux sociétaires et détenteurs des parts du fond de garantie des parts sociales de cette même société. Ces actifs seront de l’immobilier de type HLM, bénéficiant des “droits au loyer” en blockchain, ou de l’immobilier résidentiel destiné à accueillir les sans-abris et les étudiants pour un coût très moindre. Ainsi, chaque loyer encaissé générera un bénéfice pour la société qui pourra ainsi la redistribuer sous forme de dividendes aux sociétaires. À noter qu’il ne s’agit ici que d’une proposition qui devra être débattue ultérieurement.

 

Bref, reculer l’âge de la retraite est une absurdité qui pourrait bien être plus coûteuse que bénéfique pour la société. Il faudrait plutôt voir la retraite comme une opportunité de créer plus de richesse en libérant les seniors plus tôt de leur travail et ainsi leur permettre d’être à la disposition de la société pour mettre à profit leur expérience. La mise en place d’un environnement collaboratif, dans le cadre de la Transition Sociétale, pourrait bien permettre aux seniors d’accroître leur capacité de contribution.

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