Les femmes ont un rôle essentiel à jouer dans la transition systémique mondiale

Dans le cadre de la Semaine des femmes de génie, le Courant Constructif appelle les femmes à prendre part activement à la grande transition du XXIe siècle. Notre monde est aujourd’hui confronté à une multitude de crises d’ampleur mondiale, qui sont autant d’expressions d’une crise systémique plus profonde : la crise du paradigme moderne. Notre modèle d’organisation sociale a atteint ses limites et doit maintenant évoluer. L’humanité est maintenant placée devant la nécessité de se réinventer, si elle ne veut pas connaître un effondrement systémique mondial qui se paierait en milliards de morts. Face à cet enjeu colossal, nous devons déclencher une mobilisation constructive de tous les secteurs de la société en vue d’opérer une grande mutation systémique en l’espace de 30 ans. Les femmes, comme les hommes, sont appelées à se mobiliser pour que le pire puisse être évité. Les deux parts de l’humanité doivent porter ensemble cette transition.

Il semble évident qu’un effondrement systémique mondial ferait considérablement régresser la condition des femmes dans le monde, en nous ramenant à des formes de culture et d’organisation traditionnelles voir tribales. On peut prédire qu’un contexte d’effondrement provoquerait le retour des viols de guerre, de l’esclavage, de la prostitution pour des ressources, une augmentation des violences physiques et psychologiques, un retour au laborieux travail des champs en guise d’harmonie avec la nature, ainsi qu’un retour à une répartition traditionnelle des rôles en l’absence de technologie moderne et d’énergie abondante.

Songeons que l’évolution de la condition des femmes repose sur un certain nombre de progrès scientifiques et techniques sans lesquels cette condition ne manquerait pas de régresser à nouveau. Que serait en effet la liberté sexuelle sans les moyens de contraception et les techniques d’avortement modernes? Qu’adviendrait-il de la répartition des tâches si nous étions privés des esclaves énergétiques fournis par le progrès moderne? Qu’en serait-il de la liberté dans un système régi par la survie ? Que resterait-il de l’égalitarisme moderne dont est issu le féminisme lui-même, si la modernité en venait à s’effondrer ? Parce que nous ne soupçonnons pas les conditions matérielles des valeurs que nous incarnons, nous supposons que ces valeurs pourraient perdurer si ces conditions venaient à manquer. Mais rien n’est moins vrai.

Même la coopération, que les collapsologues nous vendent comme une caractéristique de leurs utopies post-apocalyptiques, se verrait considérablement amputée par le rétrécissement du champ de l’empathie que ne manquerait pas d’engendrer un contexte de survie. Cet imaginaire de la coopération communautaire qui sert de récit positif pour transmettre un désir d’effondrement s’avère d’une dangereuse naïveté. La coopération dont il serait question en contexte d’effondrement serait bien plutôt une coopération de survie de toute petite échelle, voir une collaboration de pilleurs-violeurs pour la captation des ressources matérielles et sexuelles. Rappelons que la violence est fondamentalement coopérative.

Il n’y a donc pas plus de féminisme collapsologique qu’il n’y a de féminisme traditionaliste. L’effondrement est le plus grand danger qui pèse à ce jour sur la condition des femmes. C’est pourquoi la mobilisation constructive pour les solutions devrait être, dès à présent, inscrite dans les priorités de la cause féministe.

Les génies de ce monde jouent naturellement un rôle majeur dans la réinvention de notre monde. Et les femmes de génie sont déjà nombreuses à contribuer au développement et à la mise à l’échelle des solutions à la crise systémique. Les prospectivistes du Courant Constructif, qui tiennent une veille quotidienne sur les innovations mondiales en matière de développement durable, voient chaque semaine passer des initiatives portées par des femmes. Dans les laboratoires de recherche, dans le monde de l’entreprise, dans les associations et les ONG, dans la politique et la préservation de la biodiversité, de nombreuses femmes sont présentes et font leur part dans cette grande transition mondiale. Que l’on songe à Graciela Chichilnisky, à la tête de Global Thermostat, l’une des principales entreprises mondiales dans le secteur de la capture du carbone, ou encore Janine Benyus, leader du biomimétisme, Ellen MacArthur, leader de l’économie circulaire, ou Christiana Figueres, secrétaire exécutive de la Convention Cadre des Nations Unies pour les Changements Climatiques (CCNUCC), qui fut un acteur déterminant dans la négociation des accords de Paris. Toutes ces femmes sont au premier plan de la transition. Elles font preuve d’un véritable leadership international, bien qu’elles soient souvent méconnues sous nos contrées, faute de valorisation. Cette semaine sera l’occasion de les faire connaître.

Ces femmes de génie peuvent inspirer d’autres femmes à prendre une part plus active dans la grande transition du XXIe siècle. Trop souvent encore, les femmes restent en retrait ou en minorité dans les think tanks où se pense le futur. Dans les collectifs engagés, il n’est pas rare de constater leur grande infériorité numérique, alors même qu’elles y sont attendues.

Or le nouveau monde ne saurait se construire sans les femmes. Le prochain stade de l’évolution culturelle sera celui de l’égalité homme-femme ou ne sera pas. Mais pour que cette égalité advienne, il ne faudra pas seulement l’imposer par la loi, il faudra la susciter par l’empowerment intérieur des femmes. Car le problème n’est pas seulement que les hommes empêchent les femmes de prendre leur place, le problème est bien souvent aussi que les femmes, d’elles-mêmes, ne prennent pas suffisamment leur place. Les conditionnements à la soumission hérités de siècles en siècles sont encore actifs. C’est pourquoi, à ce stade, éliminer le patriarcat extérieur ne suffit plus. Nous devons à présent entamer le déconditionnement du patriarcat intérieur. Pour susciter des vocations. Pour favoriser l’émergence de génies féminins qui contribueront à l’émergence des solutions. Pour faire émerger des femmes puissantes de par le monde, des femmes leaders qui prendront place aux côtés des hommes dans un co-leadership de l’évolution.

 

 

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