Jeunesse lève-toi… pour les solutions!

Nous avons encore peu parlé de la nouvelle génération publiquement au Courant Constructif, mais sachez qu’en privé nous pensons beaucoup à elle et que ce que nous faisons est pour elle. Nous nous réjouissons d’avoir déjà plusieurs jeunes au sein de notre mouvement. Le secrétaire de notre association, John Maison, nous a rejoint à 24 ans, et plusieurs autres jeunes sont déjà passés par notre mouvement pour se former à la connaissance des solutions.

Nous suivons également attentivement le mouvement des jeunes pour le climat, que nous aimerions tant  voir prendre un tournant constructif. Un premier pas dans cette direction a été fait par Greta dans le cadre de sa vidéo en faveur de la reforestation. Mais nous ne connaissons que trop bien les limites d’une attitude constructive qui ne s’ouvrirait aux solutions dites “naturelles” que pour mieux se fermer aux solutions humaines issues de la recherche et de l’innovation.

La connaissance fine des solutions relève d’une véritable expertise qui manque souvent cruellement aux leaders de la contestation, souvent focalisés sur les problèmes. La reforestation est une solution nécessaire mais non suffisante pour dépolluer la planète. Les technologies de capture et de valorisation du carbone sont une nécessité si nous voulons atteindre l’échelle suffisante en termes de dépollution de l’atmosphère. Il faudra en outre engager une véritable campagne de restauration de l’environnement incluant le rétablissement de la biodiversité, la revitalisation des sols et la suppression des plastiques et autres polluants qui contaminent les écosystèmes. Le plan de reforestation proposé par Greta Thunberg n’est donc qu’un élément d’un programme beaucoup plus vaste qu’il nous faut mettre en oeuvre. Néanmoins, nous saluons ces premiers pas dans la direction constructive et espérons qu’ils seront suivis par d’autres.

Notre crainte est de voir cette jeunesse dériver vers des radicalités anti-modernes, des polarisations décroissantes et des désespoirs effondristres.

La jeunesse recèle en elle l’énergie dont a besoin la grande transition du XXIe siècle pour se propager dans le monde. Cette énergie naît du sentiment d’urgence des concernés. Mais l’énergie de la jeunesse est un peu comme un feu: elle peut embraser le monde, comme elle peut tout bruler. On a pu voir par le passé combien cette énergie peut produire des radicalités dangereuses, lorsqu’elle n’est pas équilibrée par la sagesse et la maîtrise de la complexité. Dans les années 60 et 70, toute une partie de la jeunesse étudiante s’est ainsi fourvoyée dans l’apologie de régimes totalitaires communistes, quand certains intellectuels, plus matures, alertaient sur les dangers d’un égalitarisme liberticide. L’énergie de la jeunesse vient du coeur, mais ce coeur peut verser, par émotivité et idéalisme, dans des radicalités qui composent avec l’extrémisme, la violence, le populisme et le totalitarisme.

La jeunesse effondriste en est déjà à réfléchir par désespoir à un plan de sabotage du système, en s’inspirant du mouvement Deep Green Resistance de Derrick Jensen et du modèle de sabotage prôné par le co-fondateur de la permaculture David Holmgren dans Crash on demand. “Si on n’a ni le temps, ni les moyens de changer le système, il faut qu’on considère le besoin de le mettre à terre, de réduire à néant sa capacité à détruire. (…) On ne persuade pas une machine, on la casse.affirme Vincent Verzat de la chaîne effondriste Partager c’est sympa, aux 260 000 abonnés.

Si l’énergie de la nouvelle génération n’est pas canalisée dans un sens constructif, elle se perdra dans la contestation binaire, nourrira les populismes régressifs et débouchera dans certains cas sur une rage destructrice.

Quand on ne voit que les problèmes de la modernité, on en vient facilement à vouloir l’abandonner, voir l’éradiquer, au risque de jeter le bébé avec l’eau du bain. Et cette génération n’a peut-être pas suffisamment conscience du chemin qui a du être parcouru par l’humanité pour en arriver là et produire le type d’individu qu’elle incarne aujourd’hui, un individu libre, connecté, créatif, tolérant, sensible, aimant et ouvert sur le monde. Ce niveau d’évolution de la conscience humaine a été rendu possible précisément par le progrès moderne, par le confort matériel, par l’abondance d’énergie et de ressources, par la croissance exponentielle de la connaissance et des technique, toutes ces choses qui, par ailleurs, se trouvent aujourd’hui critiquées par un populisme vert rétrograde qui n’en voit que les effets néfastes. Mais à vouloir détruire les bases qui ont rendu possible l’esprit de la nouvelle génération, nous régresserions inéluctablement vers des formes d’humanité beaucoup plus primaires et violentes. Il ne s’agit donc pas tant de détruire le système dont, du reste, nous sommes le fruit, mais plutôt de le faire évoluer à partir des solutions qui s’offrent à nous et qui n’attendent que nous pour être mises en oeuvre.

Certes, la situation est loin d’être facile pour les jeunes du XXIe siècle. Ils arrivent, le coeur ouvert et plein d’énergie, dans la phase terminale d’un monde qui ne fait plus sens, un monde en cours d’auto-destruction dont ils se retrouvent les héritiers.

Le plus grand risque pour eux est l’empressement qui conduit aux fausses solutions. Il ne leur sera pas facile de se mettre au travail avec le sérieux et la patience requis par la complexité du monde. On en voit qui, sur un coup de tête, abandonnent leurs études devenues absurdes à leurs yeux, aveuglés qu’ils sont par l’urgence. Ces études qui, bien choisies, leur auraient précisément permis de produire les solutions dont le monde a besoin, d’entrer dans les institutions pour les transformer de l’intérieur, ou d’exprimer une pensée solide et mature pour bousculer la société . Au lieu de cela, on les retrouve quelques temps plus tard dans des communautés néorurales, qui tentent de faire pousser de la nourriture en permaculture manuelle. Ou encore dans des actions militantes de contestation, plus appropriées à leur colère générationnelle et à l’attitude oppositionnelle propre à leur âge.

Mais construire prend du temps. C’est un investissement sur des années, pas de petites opérations éclair de contestation visant à faire des images pour les réseaux. Il est facile d’être contre, plus difficile de construire la solution. Il faut une volonté tenace pour mêler au feu de l’urgence l’extrême patience de la construction. L’implication constructive opère en outre sur des échelles spatiales beaucoup plus larges que les démarches individuelles et communautaires, dans la mesure où il s’agit là de contribuer à l’évolution systémique d’un modèle mondialisé. Si l’écologie morale peut se contenter d’une mise en cohérence individuelle ou micro-communautaire, l’écologie créative vise, pour sa part, une réinvention des structures collectives mondialement partagées (systèmes agricoles, modes de production, systèmes énergétiques, pratiques de consommation…). Faire sa part, à ce niveau, ne consiste plus à s’occuper de mettre à jour son mode de vie personnel, mais revient à contribuer à la réinvention du système collectif, à partir de nos compétences singulières dans un des secteurs qui compose le système.

Il ne s’agit pas tant de cultiver son potager que de réinventer l’agriculture mondiale. Il ne s’agit pas tant d’être autonome en énergie que de décarboner le système énergétique de l’humanité. Il ne s’agit pas tant de moins prendre la voiture, que de participer à l’invention de nouveaux types de véhicules pour la mobilité collective. Il ne s’agit pas tant de polluer moins individuellement que de dépolluer collectivement. Un tel engagement s’appuie sur la recherche, la connaissance, le travail, l’entreprenariat et l’innovation, plutôt que sur la sobriété, la morale, l’autonomie et la religiosité.

Si suffisamment de jeunes  parvenaient à cette attitude, alors seulement la construction pourrait s’accélérer. Sans cela, cette énergie ira soutenir la bêtise régressive, et l’intelligence de la complexité se retrouvera, elle, sans un soutien suffisant pour pouvoir se propager et être entendue.

La jeunesse est la clé qui donnera à la mouvance constructive l’énergie dont elle a besoin pour gagner le monde. Et la pensée constructive est la clé qui donnera à la jeunesse l’intelligence systémique et complexe dont elle a besoin pour ne pas s’égarer dans de fausses solutions qui la conduiraient à l’échec et au désespoir. L’énergie a besoin de l’intelligence et l’intelligence de l’énergie. L’un sans l’autre sont voués à l’échec.

C’est pourquoi le Courant Constructif lance aujourd’hui un appel à la jeunesse. Nous sommes disposés à former tous les jeunes qui veulent offrir leur énergie aux solutions plutôt qu’à une opposition anti-système binaire. Nous disposons de solides connaissances, issues de plus de 20 années de recherche. Nous avons l’une des plus grande base de solutions au monde, avec plus de 16 000 entrées collectées dans le cadre de notre veille mondiale. Nous avons un plan longuement muri pour sortir de cette crise systémique par le haut et éviter l’effondrement. Et nous participons, avec nos amis de la Fabrique du Futur et d’Ecosystems in motion, à l’un un des meilleurs réseau d’experts sur le sujet.

Les solutions sont là. Elles n’attendent qu’à être découvertes, portées, défendues avec énergie et intelligence, par toutes les générations réunies.

Satyavir

 

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