Effondristes VS Constructifs : la bataille de l’information (Satyavir – Université Catholique de Lille)

L’information constructive : un enjeu stratégique pour la transition du XXIe siècle. Une conférence de Satyavir, co-président du Courant Constructif, à l’Université Catholique de Lille, le 9 septembre 2020. Sur une invitation de Michel Saloff-Coste, directeur de la prospective, dans le cadre du Tour du monde des écosystèmes innovants.

 

 
L’effondrisme a induit ces dernières années une grande désorientation dans les consciences, même chez les esprits les plus engagés pour la planète. En rejetant systématiquement les solutions sous prétexte qu’elles relèveraient d’une croyance béate en la techno-science, cette pensée apocalyptique a réussi à installer dans les esprits la croyance que « tout est foutu », que « personne ne fait rien » et que « tout le monde s’en fout ». Or, rien n’est moins vrai. Des millions de personnes sont à l’oeuvre de par le monde pour réinventer l’avenir. La recherche en matière de solutions progresse chaque semaine à grands pas. Et comme nous ne cessons de le répéter au Courant Constructif : toutes les solutions sont en réalité déjà là, il ne manque que la volonté de les mettre en oeuvre.
 
Pendant 30 ans cette volonté a été empêchée par les climato-sceptiques et les intérêts conservateurs. A présent elle est empêchée par la propagation de discours effondristes démobilisateurs. Ces discours sapent le moral des gens et sont entrain de détruire l’écologie de l’intérieur au moment où nous aurions précisément besoin d’une mobilisation générale.
 
Le Courant Constructif est le mouvement qui entend résister à cette tentation abandonniste et à ses fantasmes régressifs sous-jacents. Il est grand temps de nous réveiller et d’être à la hauteur de notre responsabilité historique. Une dynamique constructive mondiale a vu le jour au sein de l’humanité. Elle est le fait de millions de personnes, de toutes nationalités confondues, de tout genre, de tout âge, de toute catégorie sociale et de toute couleur de peau. Des millions de personnes dont les efforts convergent pour faire évoluer la société dans tous les secteurs. L’intelligence collective est bel et bien en train d’élaborer une réponse à la crise systémique de la modernité mondiale. C’est en train de se faire, en ce moment même, partout sur la planète. Il s’agit de soutenir cette dynamique de résilience créative, de la valoriser et d’y contribuer afin qu’elle puisse grandir et faire triompher la transition. Par notre mouvement, nous voulons fédérer toutes les énergies constructives présentes dans la société : scientifiques, intellectuels, entrepreneurs, artistes, médias, citoyens, spirituels engagés, hyperactifs du nouveau monde… Notre équipe comprend à présent une vingtaine de citoyens mobilisés. Nous rassemblons des intelligences, nous avançons pas à pas. A terme, le Courant Constructif est amené à devenir l’espace de rencontre et de rassemblement de tous ceux qui veulent contribuer à la grande transition du XXIe siècle. 
 
 
Nous n’abandonnerons pas les héros constructifs de ce monde, nous ne désinvestirons pas les solutions, nous les porterons, nous les valoriserons, pour qu’elles soient connues de tous, financées et enfin mises à l’échelle le plus vite possible. Nous pouvons faire cette transition, nous le pouvons! Mais il s’agit de répondre à cette situation exceptionnelle par un comportement exceptionnel. Par un héroïsme contributeur plutôt que par un défaitisme adaptatif. Sans quoi, je vous le dis, nous courons vers une dépression collective, qui précèdera des milliards de morts, car on ne s’adaptera pas à l’effondrement. Ceux qui vous laissent miroiter des utopies post-apocalyptiques sont des menteurs irresponsables.
 
Tout est encore possible. Nous pouvons dépolluer cette planète, nous pouvons régénérer sa biodiversité et transiter vers l’économie contributive du XXIe siècle qui nous fera véritablement entrer dans l’ère du potentiel humain. Mais pour cela, il va falloir repousser vigoureusement les forces régressives qui sont en train d’envahir les consciences, et porter l’évolution constructive jusqu’à ce qu’elle atteigne les instances décisionnelles.
 
 
Satyavir, pour Courant Constructif
 
 
 
 
 
 
 
 

Le monde après l’infodémie

Qualifiée d’infodémie par l’ONU et l’OMS, la vague de complotisme que le monde a connu durant la pandémie de Covid-19 mérite l’attention du monde intellectuel. Si cette infodémie est un phénomène inédit dans l’histoire, le complotisme qui en fait la substance n’a, lui, rien de nouveau. Depuis plusieurs années la dérégulation de l’information rendue possible par Internet a vu le nombre et la propagation des théories conspirationnistes s’amplifier. Les GAFAs s’efforcent maintenant de traiter cette nouvelle pathologie de la valorisation qui pousse le monde dans une spirale de négativité, alimentant haines, colères, peurs et violences. Mais face à ce nouvel obscurantisme 2.0, ne doit-on pas penser la nécessité d’un nouveau combat pour la raison ? Réflexion pour le monde d’après l’infodémie.

1/ La banalisation du complotisme

Le complotisme a cessé d’être un phénomène marginal. Selon une enquête européenne menée par l’institut YouGov en 2018, les théories du complot sont en passe de devenir des « croyances dominantes dans plusieurs pays occidentaux ». De même, d’après un sondage du Centre russe d’étude de l’opinion publique (VTsIOM), 67% des Russes croient en l’existence d’un gouvernement secret mondial. Une autre enquête d’opinion menée par l’ONG Globsec dans les pays d’Europe centrale révèle qu’un quart des sondés est d’accord avec plusieurs théories du complot. La théorie du complot juif mondial emporte notamment une forte adhésion, (38% en Hongrie, 39% en Pologne et 52% en Slovaquie).

En France, un sondage conduit par l’IFOP en 2019 a révélé que 21% des français adhèrent à au moins 5 théories du complot sur une dizaine proposée, tandis que 65% adhèrent à au moins l’une d’entre elles.

 

2/ L’infodémie révèle un effondrement de la rationalité

Le degré de pénétration du complotisme dans la population a été particulièrement manifeste durant la pandémie de Covid-19. Chacun a pu percevoir une augmentation inhabituelle du nombre de publications complotistes sur les réseaux. Et pour cause:  une enquête de l’IFOP a montré que 26% des français pensent que le Covid-19 est provoqué par un virus fabriqué en laboratoire. Une enquête similaire américaine a révélé que cette croyance était également partagée par 29% des américains. Une autre étude menée par l’Université d’Oxford montre que 60% des anglais croient, à différents degrés, que l’état les trompe sur les origines du virus. Toujours d’après cette étude, 40% des anglais pensent, à différents degrés, que la propagation du virus est une tentative délibérée des puissants pour accroître leur pouvoir ; et  20% croient, à différents degrés, que le virus relève du canular.

Statistiques issues de l’étude menée par l’Université d’Oxford publiée dans le journal Psychological Medecine
 

Parmi les théories conspirationnistes qui se sont fortement répandues durant cette période d’infodémie, on trouve l’idée selon laquelle les futurs vaccins du Covid-19 contiendraient une puce électronique qui permettra de marquer, de géolocaliser et de contrôler la population. Cette théorie du contrôle de la population par puçage de l’humanité est en réalité une vieille théorie du complot. Je me souviens qu’à l’époque où j’étais en sciences politiques, vers 2008-2009, j’étais déjà tombé dessus en surfant sur Internet. Jamais alors je n’aurais imaginé qu’une telle théorie puisse contaminer une aussi large part de la population.

Cette théorie n’est pas apparue avec la pandémie. Elle a seulement trouvé là une occasion de se répandre plus largement. Elle a su gagner en puissance dans un contexte où la peur avait fait céder le niveau de rationalité de la population.

A présent les gens commencent à retrouver leurs esprits. Ceux-là même qui, il y a quelques semaines, croyaient lutter pour le « monde libre » ont maintenant l’impression de se réveiller d’une sorte d’envoûtement paranoïaque. C’est le moment de faire de la pédagogie pour prévenir les prochaines vagues de complotisme. Car nous n’avons pas fini de vivre des chocs collectifs déstabilisants. Et c’est précisément dans ces moments-là que nous devons apprendre à garder la tête froide si nous ne voulons pas servir de relai à la folie populiste et nous faire emporter dans des dynamiques de bouc émissaire.

3/ Le Courant Constructif s’engage dans la lutte contre le complotisme

Le Courant Constructif a été exemplaire en cette période troublée avec, notamment, la création d’une section de Fact checking sur lmc.today et la publication d’un article sur les activités constructives de Bill Gates au coeur de l’infodémie, alors que ce dernier cristallisait toutes les haines du moment. Nous avons également eu à repousser une vague d’antivax venus polémiquer sur le vaccin du Covid-19. Thierry Curty, co-président du Courant Constructif, engagé dans le combat contre les antivax depuis plus de dix ans, s’est fait un plaisir de les accueillir fermement avec le secrétaire de notre mouvement, John Maison.

Si j’ai perdu quelques amis dans cette tempête, je suis fier d’appartenir à un mouvement dont aucun des membres n’a flanché pendant l’infodémie. Tous se sont battus vaillamment contre ce nouvel obscurantisme 2.0. Nous avons su garder notre espace constructif indemne de toutes dérives, au moment où les réseaux étaient littéralement saturés de fake news. Et nous continuerons en ce sens.

L’humanité est encore très naïve vis-à-vis de cette nouvelle technologie qu’est Internet. Je crois en la possibilité, pour une part des internautes, d’acquérir au fil des années plus de maturité vis-à-vis des productions qui circulent sur le web. L’école a très certainement un rôle à jouer dans l’apprentissage de pratiques informationnelles saines et la prévention vis-à-vis des fake news.

En attendant d’avoir ce recul de l’expérience, jugeons de la valeur des théories du complot actuelles à la lumière des théories du complot du passé. Les rumeurs, charlataneries, superstitions et dynamiques de bouc émissaire sont vieilles comme le monde. Internet n’a fait qu’amplifier leur propagation. Le recul temporel permet une distanciation émotionnelle qui garantit une plus grande objectivité dans le jugement. Ce n’est pas un complot particulier qu’il nous faut debunker, c’est la mentalité générale qui est derrière toutes les théories du complot passées, présentes et futures.

Le combat continue. Il rejoint nos autres combats, contre les pathologies de la valorisation, contre les forces montantes de l’anti-modernisme, du déclinisme et du populisme.  Dans ce combat comme dans les autres,  tout dépend de ce que nous ferons de notre pouvoir de valorisation. Plus les articles de fact checking seront partagés, plus la vague d’obscurantisme reculera. Soyons au moins aussi motivés et présents que les complotistes sur le terrain.

4/ Penser l’infodémie:

Le Courant Constructif appelle à une prise de conscience de la gravité de la situation. Il est sans conteste que le complotisme nourrit la montée des populismes dans le monde et a contribué à l’avènement des présidents les plus catastrophiques pour notre avenir collectif. Il est à noter que les études montrent une surreprésentation des complotistes à l’extrême droite. Plus largement nous dirons que l’omniprésence des théories du complot finit par créer un contexte culturel défavorable au progrès, à l’innovation, à la culture et à  la science. Le complotisme est en effet marqué par un rejet systématique des apports de la modernité (vaccins, science, technique, médias professionnels) et une diabolisation néfaste de l’innovation technologique (5G, IA, Linky…).  Notre réflexion sur les conditions culturelles de l’innovation nous porte à considérer que le complotisme participe, avec l’idéologie collapso-décroissante, le new age et le discours réactionnaire ambiant, d’une destruction du substrat culturel qui favorise la vitalité technologique, scientifique et économique d’un pays.

5/ Réinvestir la raison

Les scientifiques, les experts, les intellectuels, les personnes jouissant d’un haut niveau d’éducation et de rationalité doivent prendre conscience de leur responsabilité dans l’éclairage des débats publics envahis par les complotistes. Plutôt que de fuir dans un entre-soi confortable en laissant les conspirationnistes former l’opinion des masses et de la jeunesse, nous devons maintenir la lumière allumée là où elle tend à disparaître, en diffusant des opinions expertes et en contrant autant que possible les théories du complot sur le terrain. Le phénomène infodémique que nous avons vécu appelle une réaction du monde intellectuel. Certains penseurs comme Gérald Bronner, ont depuis plusieurs années alerté sur la montée de l’irrationalité sur Internet. Soyons conscient que la rationalité n’est jamais acquise et que lorsqu’elle n’est plus valorisée, elle tend à disparaître à nouveau. Des décennies de déconstruction de l’héritage rationaliste occidental ont fini par créer les conditions d’une production en masse de citoyens irrationnels qui menacent à présent nos démocraties. La critique de la raison est un luxe que ne peuvent se permettre que les civilisations ayant atteint un fort niveau de rationalité.  Car la rationalité n’est pas innée en l’homme, elle est une conquête culturelle de l’humanité. C’est pourquoi elle doit sans cesse continuer d’être transmise pour ne pas disparaître.

6/L’issue évolutive

Mais lutter contre cette vague régressive ne suffira pas à l’endiguer. Il faut, de manière complémentaire, ouvrir une nouvelle voie, car on ne saurait nier par ailleurs que le système de la Modernité est parvenu à son terme et que la colère et l’insatisfaction qu’il suscite sont légitimes. Si nous voulons éviter la Grande Régression qui se prépare, il nous faut plus que jamais constituer une force de proposition capable de canaliser les attentes et l’insatisfaction vers une issue non-régressive. C’est le sens même du Courant Constructif que de faire émerger une proposition structurée d’évolution systémique combinant toutes les solutions émergentes en une vision unifiée, large et puissante.  Dans la bataille des récits qui s’annonce, soyons assurés que le récit constructif d’une grande transition systémique basée sur la résilience créatrice de l’humanité peut largement l’emporter si nous nous donnons la peine de le soutenir. Le complotisme naît de la méfiance et de l’insatisfaction suscitée par le pourrissement de la modernité. L’accouchement de la postmodernité pourra seule mettre fin à la dynamique réactionnelle générale dont le complotisme n’est qu’un des aspects.

Nous devons, en somme, créer un nouvel horizon de sens. Car la montée de l’irrationnel n’est qu’un symptôme du désenchantement induit par la modernité rationaliste, et non l’inverse. C’est parce que la modernité ne fait plus sens que nous désinvestissons la rationalité qu’elle nous propose pour investir d’autres horizons de sens. Aussi, si nous voulons traiter le problème du complotisme à sa racine, nous ne devons pas seulement revaloriser l’héritage de la rationalité occidentale, nous devons recréer du sens. Quelque part, le  complotiste s’efforce, à sa manière, de recréer du sens, de se positionner dans une bataille qui fait sens, de saisir le sens de ce monde, de s’engager dans une résistance qui le place dans le camp du bien et des justes. Quand la complexité est telle que le sens semble perdu, les simplifications binaires sont une tentation de l’esprit pour retrouver du sens. Il faut donc répondre à l’irrationalité non pas seulement par du rationnel, mais par du sens. Retrouver le sens perdu de la modernité, mais peut-être aussi, inventer le sens de la postmodernité.

Satyavir, pour Courant Constructif

 
 
 

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Il ne suffit pas que les solutions existent pour que nous soyons sauvés

Tous ceux qui suivent le Courant Constructif sérieusement parviendront tôt ou tard à la même conclusion que nous: nous ne manquons pas de solutions, mais de volonté de les mettre en oeuvre. Toutes les solutions sont déjà là, il n’y a pas à en attendre plus, il y a seulement à les prendre et à les FAIRE, les réaliser, les mettre à l’échelle. Et ça, ce n’est pas de la techno-science, c’est du politique. Et comme les politiques ne le font pas, il faut une mobilisation constructive mondiale. Combien de temps encore allons nous être dans cette phase de proof of concept avec ses expérimentations miniatures? Nous avons suffisamment de solutions pour couvrir largement les besoins énergétiques de l’humanité avec des renouvelables. Ceux qui vous disent le contraire sont des menteurs ou des ignorants. Tout est là, nous vous l’avons amplement démontré ces derniers mois sur Courant Constructif, tout est référencé dans lmc.today. On pourrait couvrir l’ensemble des besoins énergétiques de l’UE rien qu’avec les énergies renouvelables marines et les éoliennes offshore. Nous savons le faire. Pourquoi ne le faisons-nous pas?

Nous devons bâtir une mobilisation constructive mondiale, pour pousser à la mise à l’échelle des solutions existantes parvenues à maturité, sinon toutes ces solutions resteront dans des placards, à l’état expérimental, et il ne se passera rien, ça ne changera rien. Nous en arriverons à cette situation absurde où l’humanité s’effondrera, non par manque de solution, mais par manque de volonté de les mettre en oeuvre. Et les générations futures diront: ils avaient toutes les solutions entre les mains mais ils ont eu la flemme de les réaliser. Ce serait vraiment absurde d’en arriver là, vous ne croyez pas?

Dites-vous bien qu’il ne suffit pas que les solutions existent pour que nous soyons sauvés. Pour que toutes ces solutions aient un impact sur le problème réel, il faut qu’elles soient mises à l’échelle. Les vingt prochaines années ne doivent pas être consacrées à inventer toujours plus de solutions que nous ne mettrons pas en oeuvre, mais à reconfigurer toute l’infrastructure matérielle de nos sociétés sur la base des solutions dont nous disposons. La masse citoyenne a deux cases de retard dans la résolution de la crise environnementale: elle vient à peine de prendre conscience du problème (phase 1), on espère qu’elle commencera prochainement à s’intéresser aux solutions (phase 2), alors qu’elle devrait déjà être en train de mobiliser toutes ses ressources pour que ces solutions soient mises à l’échelle (phase 3). Le risque d’effondrement est lié à ce décalage temporel, à rien d’autre. Ce n’est pas un problème physique, c’est un problème humain. Nous avons toutes les cartes entre nos mains mais nous ne les utilisons pas.

Satyavir

Peut on être riche et constructif ? Le cas Bill Gates

La détestation de Bill Gates sur les réseaux sociaux semble avoir atteint son apogée avec la crise du coronavirus. Rien d’anormal à cela, me direz-vous: Bill Gates est l’un des hommes les plus riches de la planète, mais c’est également l’un des plus exposé, il est donc normal qu’il cristallise la haine des riches particulièrement développée sous nos contrées populistes en déclin. Si l’on ajoute à cela la déferlante antivax, symptôme de l’antimodernisme montant au pays de Descartes et de Pasteur, on comprend que Bill Gates soit une cible privilégiée des complotistes en tout genre.

Il est vrai que dans notre culture la richesse est mal vue. Un riche ne peut être que mauvais, il a forcément gagné son argent en le prenant aux pauvres et en faisant le mal. Comment pourrait-il être constructif?

Attardons-nous donc sur le cas de Bill Gates, représentatif à plus d’un titre. Nous voudrions commencer par rappeler quelques faits, car il nous semble évident que les complotistes anti-Gates ne connaissent pas grand chose de ses activités, et dans la mesure où c’est désormais eux qui informent la population via Internet, les gens se retrouvent à haïr un homme dont ils ne connaissent pas le travail.

Bill Gates est d’abord un surdoué dont la passion pour l’informatique le conduit, très jeune, à fonder l’entreprise Microsoft, une entreprise avant-gardiste qui marquera l’histoire de l’informatique et fera de lui l’un des hommes les plus riches de la planète.

 

Bill Gates, sa vie, son ascension

 

Mais que faire de toute cette fortune amassée? Comment continuer à donner sens à sa vie quand on est arrivé au sommet de la réussite?  La réponse de Bill Gates a été de se tourner vers la philanthropie en créant avec son épouse la Fondation Bill & Melinda Gates, retrouvant là l’inspiration de sa mère, la philanthrope Mary Maxwell Gates.

 

Bill et Mélinda Gates: Pourquoi donner notre richesse a été la chose la plus satisfaisante que nous ayons faite

 

A travers cette fondation, Bill Gates et sa femme contribuent à l’amélioration des conditions de vie dans les pays du Sud. Au programme:

    • Lutte contre les maladies infectieuses
    • Lutte contre le paludisme
    • Lutte contre les MST, y compris le VIH/sida
    • Lutte contre la tuberculose
    • Soins de santé en matière de procréation
    • Politique de santé et gestion administrative
    • Recherche agricole
    • Planification familiale
    • Promotion de la sensibilisation au développement
    • Politique agricole et gestion administrative
    • Soins de santé fondamentaux
    • Besoins élémentaires en matière de nutrition
    • Accès à des installations sanitaires de base

Le rôle de la Fondation est d’identifier et de financer les solutions les plus impactantes pour aider les plus démunis.

Les anti-Gates comme le journaliste anti-capitaliste Lionel Astruc dénoncent l’ « obsession » du milliardaire à fournir des vaccins aux africains, tout en reconnaissant paradoxalement « son engagement contre la polio, qui est indéniable et a été décisif dans la quasi-éradication de ce fléau » (1). Astruc pense en effet que, contre le paludisme, le pluri-milliardaire privilégierait les vaccins à des solutions naturelles comme la tisane d’artémisia recommandée par certaines associations, qui contient une substance antipaludique, l’artémisinine (2). En réalité l’Académie nationale de médecine de France a jugé ces prescriptions de tisanes « incertaines et irresponsables ». Selon elle, « La consommation d’Artemisia seule pendant 7 jours, par des litres de tisane de composition incertaine, expose les jeunes enfants (<5 ans) impaludés à un risque élevé d’accès pernicieux.  »  L’OMS a également dû prendre des positions fermes sur ce sujet. En France, l’Agence Nationale de Sécurité des Médicaments (ANSM) a suspendu en 2015 et 2017 la vente de produits à base d’Artemisia sur Internet ou par l’intermédiaire d’associations. La pertinence des critiques d’Astruc sur l’ambition vaccinale de Bill Gates laisse donc à désirer, ce qui ne les a  pas empêchées de se répandre sur la toile.

 

Bill Gates sur les moustiques, la malaria et l’éducation

 

Les complotistes antivax ont quant à eux fini par conclure que les vaccins de Bill Gates avaient pour but de réduire la population. Mais ils n’ont toujours pas réussi à expliquer pourquoi un homme qui s’évertuerait à tuer les enfants d’Afrique se préoccuperait également de leur fournir des toilettes quand ils n’en ont pas.

 

Bill Gates finance des toilettes sans eau pour les pays du Sud

L’action constructive de Bill Gates ne s’arrête pas à l’aide aux plus démunis. On le retrouve également dans le financement de la capture carbone, de la fusion nucléaire, des énergies renouvelables et de la viande propre. Tout porte à croire que le milliardaire américain s’est investi d’une mission pour la réussite de la transition écologique de l’humanité. Voici un aperçu des investissements de Bill Gates dans les différents secteurs de la transition:

Une entreprise canadienne soutenue par Bill Gates veut capturer le CO2 dans l’air

Bill Gates is planning to produce clean fuels from CO2 captured from air

COP21: une coalition de milliardaires pour développer les cleantech

Après la protéine animale sans animal, voici la protéine animale sans protéine animale

TerraPower : connaissez-vous le réacteur nucléaire à onde progressive? Le nucléaire sans danger…

Pour Bill Gates, le monde n’a jamais eu autant besoin de l’énergie nucléaire

Agroalimentaire : Bill Gates et Richard Branson misent sur la viande « propre »

Bill Gates, Jeff Bezos et Mark Zuckerberg peuvent-ils vaincre le changement climatique ?

Une start-up mobilise le soleil pour lutter contre le réchauffement climatique

Bill Gates parie sur le nucléaire

Changement climatique : les OGM peuvent-ils aider les pays en développement ?

D’immenses cerfs-volants vont fournir de l’électricité à une région d’Écosse !

26 milliardaires mobilisés pour le climat

Les 10 innovations technologiques qui vont changer le monde selon Bill Gates

Bill Gates s’associe à la Banque européenne d’investissement pour financer des technologies bas carbone

 

Bill Gates à propos de l’énergie: innover vers le zéro carbone

Autant dire que Bill Gates est devenu l’un des leaders constructifs mondiaux  les plus importants de notre époque. Au delà de son action personnelle, il a su inspirer une dynamique philanthropique et constructive au sein de l’élite mondiale. Mais la haine des riches a également fait de lui une cible majeure des complotistes, qui s’ingénient à créer les théories les plus paranoïaques à son sujet. La dernière veut que Bill Gates ait créé le Coronavirus pour pucer la population mondiale grâce au vaccin qui serait en sa possession.

 

Le vaccin de Bill Gates, un poison ?

 

Nous sommes systématiquement confrontés à ces théories et à leurs émules chaque fois que nous valorisons les actions constructives de Bill Gates. C’est pourquoi j’aimerais dire une bonne fois pour toute que le nouveau paradigme a besoin de tout le monde, y compris des riches. Partout dans le monde des gens font leur part: des hommes, des femmes, des jeunes, des vieux, des blancs, des noirs, des riches et des pauvres. Au Courant Constructif, nous n’excluons personne et voyons toutes ces parts comme complémentaires. La part des riches n’est pas des moindres dans cette grande transition. Elle consiste à financer l’évolution en cours, à orienter les flux vers les solutions, à mettre la force matérialisatrice de l’argent au service de la transition. C’est ce que fait Bill Gates, et en cela il montre l’exemple à d’autres riches qui ne font rien en ce sens et ne sont, eux, jamais critiqués.

L’argent est le nerf de l’évolution. Exclure les riches par pure idéologie, quand leur rôle est tellement primordial dans le financement et la mise à l’échelle des solutions, serait une grave erreur. C’est là encore un point qui nous différencie du populisme ambiant. Nous ne nous opposons pas aux riches, nous valorisons ceux qui apportent de la valeur à l’humanité et mettent leur fortune au service de la résolution des enjeux du siècle, inspirant les autres à en faire de même. Supposez que l’attitude constructive de Bill Gates inspire suffisamment de riches pour créer une dynamique constructive au sein de l’élite économique mondiale, nous aurions alors une puissante force de matérialisation au service de la transition qui s’en trouverait grandement accélérée.

Prenons donc garde à ce que notre rapport culturellement problématique à l’argent ne nous prive pas des ressources nécessaires au financement des solutions! L’argent n’est ni bon ni mauvais en soi, il ne fait qu’amplifier la nature de l’homme.  Il ne le rend ni bon, ni mauvais, mais sert la part qu’il choisit de nourrir. Dans son état idéal, l’argent sert l’évolution, l’humanité, la créativité. Dans son état le plus déplorable,  il sert la régression, l’ego, la destruction.

La question n’est pas d’être pour ou contre l’argent mais de valoriser ceux qui le mettent au service de l’évolution. Lutter contre les riches n’est pas la solution, être pour les riches a priori n’est pas non plus la voie à suivre. Il s’agit de valoriser et d’encourager les riches qui font un usage constructif de leur argent en le mettant au service des solutions. Quand l’idiot pointe l’argent, le sage regarde sa direction.

Satyavir, pour Courant Constructif

 

Bill Gates répond aux théories conspirationnistes

 

Pour aller plus loin et contrer les rumeurs complotistes :

L’efficacité des vaccins en onze maladies

Non, Bill Gates ne veut pas vous implanter une micropuce à l’aide d’un vaccin

Non, Bill Gates n’a pas prédit la pandémie de COVID-19

Bill Gates a-t-il dit que les vaccins sont « l’une des clés de la réduction des niveaux de population » ?

Bill Gates investit massivement dans des toilettes pour les plus démunis

Décrypteurs : non, Bill Gates n’a pas prédit la pandémie de COVID-19

Is Bill Gates Being Sued by India Over Vaccination Deaths?

Bill Gates meets PM Modi, attends NITI Aayog event on Indian health system  (Note: Bill Gates a tellement été expulsé d’Inde en 2017 pour avoir tué 500 000 enfants avec ses vaccins qu’il était encore reçu par le premier ministre Modi en novembre 2019 comme le montre l’Hindustan Times.)

A $350 toilet powered by worms may be the ingenious future of sanitation that Bill Gates has been dreaming about

Was the Bill and Melinda Gates Foundation Kicked Out of India?

 

 

Notes:

(1) ASTRUC Lionel, L’art de la fausse générosité – La fondation Bill et Melinda Gates, Actes Sud, 2019

(2) ASTRUC Lionel, L’art de la fausse générosité – La fondation Bill et Melinda Gates, Actes Sud, 2019:

« Les vaccins sont-ils vraiment la meilleure solution ? Bien souvent, ils le sont. Mais parfois, pour le savoir, il faudrait accorder des moyens équitables aux recherches portant sur des solutions moins lucratives pour l’industrie pharmaceutique. Or, les avancées vers des traitements plus naturels et moins chers – donc moins lucratifs pour certains laboratoires – sont freinées par l’OMS . Par ailleurs, les vaccins, en plus des problèmes d’effets secondaires que certains peuvent provoquer, restent une solution coûteuse pour les populations les plus démunies. Dans le cas du paludisme, par exemple, la question des alternatives se pose. La Fondation a éludé une possible solution naturelle à l’efficacité pourtant démontrée :l’absorption de l’artémisia, sous forme de tisane, qui pourrait éradiquer la maladie. Plus précisément, l’OMS a interdit l’artémisinine et, avec le soutien de la Fondation, préféré favoriser le déploiement d’un vaccin antipaludique nommé Mosquirix® développé par GSK avec l’appui financier de l’Initiative Vaccin contre le paludisme de Path, émanation de la Fondation Bill et Melinda Gates50 . Pourtant, comme en témoigne Lucile Cornet-Vernet, vice-présidente de l’ONG More for Less à l’origine d’un réseau de Maisons de l’artémisia qui aident les populations africaines à bien cultiver l’artémisia et à bien la prendre médicalement : “La plus grande maladie infectieuse du monde peut être guérie par une plante que tout le monde peut avoir chez soi. Deux sortes d’artémisias soignent le paludisme depuis des siècles […] plus rapidement que les médicaments actuels. Elles n’ont aucun effet secondaire ni aucune toxicité.” Lucile Cornet-Vernet déplore que “80 % du budget de l’OMS [soit] perçu grâce à des firmes ou à des grands consortiums. L’OMS n’est pas indépendante, elle est juge et partie”, affirme-t-elle. « 

L’Action Mutuelle d’Investissement (AMI), un concept complémentaire au Revenu De Base

L’attrition de l’emploi salarié suscitée par les progrès de l’Intelligence Artificielle et de la robotique rendent le Revenu De Base de plus en plus nécessaire et urgent. Mais pour passer d’une société de travailleurs salariés à une société de contributeurs actifs, le Revenu De Base ne suffit pas. Pour que les idées contenues dans la nouvelle couche économique constituée par la population émancipée du travail puissent se matérialiser, encore faut-il qu’elles puissent trouver financement. Le Revenu De Base ne permet d’assurer que la couverture des besoins de base et la libération du temps nécessaire au développement de projets, mais il ne suffit pas à apporter le capital nécessaire à la concrétisation de ces projets. Il s’agirait donc de créer un environnement économique porteur pour les futurs contributeurs qui auront besoin de financements afin de concrétiser leur activité et ainsi enrichir la société. C’est là qu’intervient l’AMI, plateforme de financement participatif mettant en lien les porteurs de projets, les citoyens et les banques.

Le concept de l’AMI, inventé par Thierry Curty, est le socle à partir duquel nous pourrions véritablement basculer vers une société contributiste. S’il est faux de penser qu’en l’absence d’obligation de travailler les individus se comporteraient comme des oisifs assistés et passifs, encore faut-il créer l’environnement économique qui  soutiendra et favorisera l’innovation post-salariale. A cet égard l’AMI apparaît comme le complément nécessaire au Revenu De Base. Le Revenu De Base donne le temps, l’AMI donne le financement. La conjonction de ces deux ressources, temps et argent, libèrera l’humanité de l’aliénation et lui permettra de s’élever vers le stade suivant de l’économie, une économie de l’épanouissement dans la contribution, l’économie du Potentiel Humain.

  

Présentation de l’Action Mutuelle d’Investissement (AMI), avec Satyavir et John Maison, porte-paroles du Courant Constructif.

 

Pour aller plus loin:

L’Action Mutuelle d’Investissement, le pilier de l’économie du XXIème siècle 

L’économie de l’avenir

Satyavir : La collapsologie cache un désir d’effondrement

« Je ne pleure pas la fin de notre monde, je l’attends avec une impatience grandissante même si je ne suis pas encore tout à fait prête. A 48 ans, je sais que je n’ai jamais aimé notre monde, du plus loin que je me rappelle ce n’était pas pour moi. Je me suis même dit bien des fois que je n’étais pas née dans la bonne époque. Aujourd’hui j’ai rencontré d’autres « âmes perdues » et nous nous préparons ensemble tout en étant séparés par de grandes distances parfois, pour un futur difficile, mais plus propre. » Témoignage de Caroline (1)

 

Un article de MrMondialisation s’étonnait récemment d’observer sur les réseaux sociaux de plus en plus de commentaires exprimant un véritable désir d’effondrement. « Se réjouir de « l’extinction de l’espèce humaine » est devenu un commentaire récurrent dans les bouches et sur les réseaux sociaux. » pouvait-on lire en introduction (2). Étrangement, les médias qui incarnaient le journalisme positif sur Internet (Mr Mondialisation, Positivr, WeDemain, Kaizen) se sont fait le relais de la collapsologie, en contradiction totale avec leur ligne éditoriale et dans l’ignorance la plus complète du Courant Constructif qui continue d’incarner cette ligne. Les voilà à présent qui s’étonnent de la montée de la haine de notre civilisation et de l’humanité. C’est là un phénomène que, pour notre part, nous avons maintes fois constaté, jusque dans les commentaires de notre propre groupe qui n’est malheureusement pas à l’abri de l’effondrisme ambiant. Nous avions pointé à plusieurs reprise ce désir d’effondrement lové sous les apparences de scientificité du discours effondriste. La collapsologie apparaît à bien des égards comme la justification rationnelle d’un désir d’effondrement qui lui pré-existe.

 

I – Économie libidinale de l’effondrisme

Ce désir d’effondrement s’est progressivement développé dans les milieux écologistes où la destruction de la planète a fini par nourrir une véritable détestation de notre civilisation responsable de cette destruction. On le sait, l’écologie vient renouveler la lutte anti-système qui battait de l’aile après l’échec du communisme. Elle réactive les logiques de radicalisation oppositionnelle en les faisant passer du rouge au vert. Rappelons que le fondateur de la collapsologie, Pablo Servigne, est lui-même profondément anarchiste. Connaissant le goût prononcé de certains anarchistes pour la destruction du système capitaliste, on peut légitimement se demander s’il n’y a pas, chez le fondateur de la collapsologie lui-même, derrière l’argumentation rationnelle, un certain désir de voir le monde moderne s’effondrer. Nous n’exagérons rien. En réalité Pablo Servigne a plusieurs fois manifesté ce désir. Dans son livre de collapsosophie, il partage ainsi sa « joie de voir (enfin !) l’effondrement du monde thermo-industriel et de bien d’autres choses toxiques, de pouvoir inventer de nouveaux mondes, de retourner à une existence simple, de retrouver une mémoire (contre l’amnésie) et des sens (contre l’anesthésie), de regagner en autonomie et puissance, de cultiver la beauté et l’authenticité, et de tisser des liens réels avec le sauvage retrouvé. Il n’y a rien d’incompatible, nous dit-il, à vivre une apocalypse et un happy collapse. » (3)

Ainsi, la détestation de notre monde qui, sous l’ère communiste, prenait la forme d’un désir d’effondrement du système capitaliste, a pris, sous l’ère écologiste, la forme d’un désir d’effondrement de la civilisation thermo-industrielle. Comprenant cela, on comprend mieux pourquoi les effondristes s’acharnent à décrédibiliser toute solution qu’on leur présente. Ce n’est pas qu’ils s’attachent à mettre en garde contre le caractère erroné  de certaines solutions, c’est qu’ils souhaitent en réalité qu’il n’y en ait AUCUNE. Nous rejoignons en cela l’analyse du sociologue Gérald Bronner d’après lequel « Les collapsologues ne veulent pas voir les innovations technologiques qui pourraient changer la donne. » (4) Le déni des solutions, qui permet de maintenir les bases théoriques de leur idéologie, trouve son fondement dans un parti pris affectif en faveur de l’effondrement. Les collapsologues s’acharnent à invalider toute solution, non seulement pour se donner raison et maintenir leur système de croyance, mais aussi par espoir d’un effondrement qui justifierait et libèrerait la possibilité d’utopies communautaires post-apocalyptiques. Leur comportement, qui semblait contradictoire jusque là (pourquoi un lanceur d’alerte s’acharnerait-il à rejeter toute solution qu’on lui présente?), ce comportement s’éclaire si l’on tient compte du paramètre libidinal sous-jacent au niveau rationnel de leur argumentation. Derrière le diagnostic prétendument scientifique de l’effondrement se cache un double désir:  désir d’effondrement de notre monde et désir de reconstruction utopique d’un monde nouveau. Qu’on se le dise, les collapsologues ne souhaitent pas véritablement éviter l’effondrement, ils ne souhaitent même pas simplement l’accepter comme une fatalité, en réalité, beaucoup d’entre eux l’espèrent.

Ils l’espèrent, et ils le disent. Le 7 décembre 2019, le site Sciencepost sortait un article intitulé: « Six français sur dix craignent un effondrement de la civilisation » (5). Le titre de cet article n’a pas manqué d’attirer l’attention des effondristes.

Voici quelques unes des réactions qu’on pouvait lire en commentaire de l’article sur Facebook (6):

 
 

Ce genre de pensées est en réalité beaucoup plus répandue qu’on ne le croit. On observe sur le terrain différents degrés de désir d’effondrement qui cohabitent, du laisser-faire passif à l’excitation pro-active. Chez la plupart des gens, le désir plus ou moins conscient et assumé de voir cette société s’effondrer se mêle avec des désirs contradictoires. Les désirs opposés s’annulant, il en résulte une sorte de passivité face à la catastrophe annoncée. On ne fait rien pour que le système s’effondre mais l’on ne fait rien non plus pour l’en empêcher. On ne lutte pas, on ne s’engage pas, on ne dépense pas son temps et son énergie de manière combattive et constructive… Mais on laisse le monde glisser sur sa pente suicidaire sans réagir, ce qui est une manière d’adhérer passivement au destin annoncé.

Cette attitude est en elle même le symptôme d’une civilisation qui est en train de perdre l’envie de vivre et d’évoluer. Ce genre de réaction ne devrait pas être pris à la légère, mais bien comme révélateur d’une pathologie collective beaucoup plus profonde qu’on ne croit. Le besoin de sens étant un besoin vital pour les êtres humains, lorsqu’une société ne fait plus sens, ses membres perdent le courage de la défendre, la combattivité face à l’épreuve et la rage de vivre. La crise spirituelle de la modernité a grandement affaibli la capacité de résilience de nos sociétés en affectant le désir même qu’il y ait résilience. Nous nous retrouvons dans une situation où, potentiellement, les solutions, bien que présentes, ne seront pas mises en oeuvre par simple manque de volonté collective. Ce défaut de volonté est le symptôme d’un nihilisme pathologique qui, au bout de sa logique, conduit à un suicide passif collectif.

À un niveau plus avancé on trouve des personnes qui ont accumulé suffisamment de ressentiment envers cette société pour désirer la voir s’effondrer. On peut même observer une certaine excitation chez un certain nombre de survivalistes qui se préparent à l’effondrement comme à une grande aventure. Les séances de préparation les sortent  d’un quotidien plat et dévalorisant. L’adrénaline aidant, elles leur donnent l’occasion de se sentir beaucoup plus en vie que dans leur vie normale.

Cette aventure sera aussi pour eux l’occasion de prendre leur revanche sur ce monde: ils riront à leur tour de ceux qui les trouvaient ridicules, et leur préparation anticipatrice les placera en position de force. Là où les anciens métiers ne vaudront plus rien, leurs compétences acquises les mettront en situation de dominer.

 

Bernard rêve d’une pandémie et se prépare à une chose : SURVIVRE

 

Pour d’autres encore, c’est la consommation de films, de jeux et de séries post-apocalyptiques qui vient alimenter le désir du grand frisson régressif. En Californie, le festival Wasteland permet aux plus impatients de vivre de manière anticipée quelques jours dans un univers post-apocalyptique fantasmé.

 

Wasteland Weekend 2018

 

II – Le désir d’extinction, version la plus extrême du désir d’effondrement

Ce désir  d’effondrement peut dans certains cas, aller jusqu’au vœu de voir l’humanité s’effondrer démographiquement, voir disparaître complètement de la surface de la Terre. Pour de plus en plus de gens en effet, ce n’est plus seulement un système historique qui est la cause du mal mais c’est l’espèce humaine en tant que telle. C’est le syndrome Paccalet, du nom de l’écologiste Yves Paccalet, connu pour son livre L’humanité disparaîtra, bon débarras, paru en 2007. Dans ce livre précurseur de la collapsologie, on peut lire notamment le passage suivant: 

« Nous ne sommes ni le fleuron, ni l’orgueil, ni l’âme pensante de la planète : nous en incarnons la tumeur maligne. L’homme est le cancer de la Terre. » (7)

Cette idée selon laquelle l’humanité serait le cancer de cette planète est assez répandue dans les milieux écologistes. On en vient ainsi à considérer l’extinction de l’homme comme une forme de guérison positive pour la planète. Le livre de Paccalet cherche à donner une image de l’humanité si négative qu’on en vient à trouver sa disparition prochaine finalement souhaitable ou, à minima, pas si grave que ça. Il est vrai qu’on ne se souhaite pas du bien lorsque l’on se déteste…

 
 
III – L’inversion du sens commun
 

Le logiciel effondriste induit des types de réactions inversées par rapport au sens commun: le problème devient une solution et la solution un problème. Dès lors que l’effondrement devient désirable pour la planète, la biodiversité et les hommes, toute crise est vue comme une bonne nouvelle en tant qu’elle est susceptible de déclencher et de précipiter l’effondrement tant attendu.

Ainsi, pendant la crise du Coronavirus, on a pu voir certains effondristes se réjouir et espérer que la pandémie agisse comme le déclencheur de l’effondrement systémique. À titre d’exemple: le 29 février 2020, Pablo Servigne partageait sur sa page Facebook un article relatif aux conséquences du coronavirus sur l’économie mondiale (8). « Ça sent le roussi, là… » commentait-il. Voici quelques unes des réactions que l’on pouvait lire en commentaire de son post:

 

Une personne toutefois s’offusquait du manque d’empathie saisissant de ces réactions envers toutes les personnes qui allaient souffrir et mourir :

 

La réponse de l’effondriste visé ici par la critique est tout à fait révélatrice:

L’inversion est flagrante: le virus n’apparaît plus comme un problème mais comme une solution. Notre monde est vu comme un cauchemar et à cet égard toute crise susceptible de déclencher sa fin apparaît comme une bonne nouvelle, quelles que soient les souffrances engendrées. Là où le sens commun invite à porter notre attention sur les solutions issues de la science, de la société et de la technologie (vaccins, traitements, solidarités, techniques de dépistages, technologies d’assainissement…), ici c’est le problème qui apparaît comme la solution et les solutions potentielles qui apparaissent comme des problèmes dans la mesure où elles sont susceptibles de freiner la fin de ce monde.

 
 
IV – Pourquoi un tel désir?
 

Le constat étant fait, se pose maintenant la question de savoir pourquoi un tel désir d’effondrement se développe dans la population? Les raisons sont évidemment multi-factorielles. Nous n’en mentionnerons ici que dix.

1/ Le désinvestissement de la modernité en crise

La crise multidimensionnelle du monde moderne induit un désinvestissement affectif du référentiel moderne et une ré-identification à des modèles traditionnels. Le fantasme d’un monde traditionnel harmonieux suscite l’espoir d’un retour à l’équilibre d’avant. Quelques ateliers de permaculture, quelques expériences de potagers collectifs, quelques séjours dans des éco-lieux alternatifs et des fermes autonomes induisent l’idée qu’un autre monde est possible et souhaitable. L’effondrement du monde moderne permettrait de généraliser ce genre d’expériences communautaires. On fantasme sur des modes de vie néo-ruraux, l’harmonie d’un monde low-tech, paisible et communautaire. Le désinvestissement libidinal de la modernité fait qu’elle n’est plus ni portée, ni défendue, ni prolongée par ses enfants.

 

2/ La crise du sens

La modernité est une déconstruction du régime de sens traditionnel. Beaucoup ne se sont pas remis de la destruction des repères traditionnels et demeurent dans une forme de nostalgie idéalisante. Ni le consumérisme, ni les grandes festivités mondiales n’ont jamais étanché la soif de sens de l’homme moderne qui ne cesse de réactiver des formes de religions traditionnelles pour retrouver le sens perdu (néo-bouddhisme, néo-hindouisme, néo-chamanisme, néo-druidisme…). Le désenchantement du monde moderne induit une crise du sens profonde chez les jeunes générations. Ces dernières grandissent dans un système en crise terminale qui ne leur apporte plus de sens, seulement des crises. N’ayant jamais connu d’autre monde que le monde moderne, elles tendent à considérer les avantages du dit système comme des acquis, et seront d’autant plus facilement prêtes à abandonner la modernité occidentale qu’elles ne penseront pas devoir les défendre. L’espoir d’un réenchantement conduit à désinvestir la société moderne pour imaginer des utopies concrètes. L’effondrement du vieux système apparaît dès lors comme un espoir de réenchantement dans un nouveau monde réharmonisé avec la nature.

 

3/ La crise sociale

La religion étant, dans les sociétés traditionnelles, le socle du lien social, la mort de Dieu et la déchristianisation des sociétés occidentales n’ont pas seulement induit une crise du sens, mais également une crise de la reliance. À la perte du religare vertical s’est ajoutée la perte du religare horizontal. La modernité n’a réussi à recréer du lien qu’autour des objets de consommation. Les ersatz de religion que sont les grandes célébrations sportives ou l’adoration des célébrités ne suffit pas à recréer le sens perdu dans un monde structurellement aliéné et aliénant.

L’individualisme moderne produit une solitude massive, qui s’est encore accentuée avec l’apparition des écrans. Sur le vide de cette sociabilité fleurissent les utopies communautaires visant à retrouver une vie riche en humanité, en solidarité et en partage. « Moins de biens, plus de liens« , scandent les décroissants dans leurs manifestations. Les collapsologues héritent également de ce désir de commun et de communion perdus qui traversent la mouvance écologiste. Mais ils projettent sur l’après-effondrement la possibilité d’un tel retour. L’effondrement étant sensé ressusciter l’entraide (9), ils développent un imaginaire de petites communautés traditionnelles résilientes fortement intégratives, qui a de quoi séduire tous les déçus de la modernité en mal d’appartenance et de communion humaine.

 
 

4/ La saturation de la complexité

L’évolution des sociétés humaines est parvenue à un tel degré de complexité qu’un désir de retour à la simplicité a vu le jour. Cette complexité semble à présent fragile et devient synonyme d’insécurité, là où la simplicité des choses naturelles apparaît comme beaucoup plus stable et résiliente en cas de problème. Les problèmes suscités à ce stade de l’évolution humaine semblent tellement complexes qu’ils ne sont même plus compréhensibles par la plupart des individus. Les gens vivent dans un monde dont ils ignorent comment il fonctionne. Cette perte de maîtrise induit une anxiété accrue dès lors que cette complexité devient elle-même génératrice de problèmes complexes dont la résolution est hors de leur maîtrise. À un certain niveau le désir d’annuler la complexité pour revenir à des valeurs plus simples et retrouver la maîtrise de sa vie apparait comme la solution. Dès lors, ne faut-il pas laisser s’effondrer cette complexité problématique devenue immaîtrisable? Seul un effondrement semble pouvoir mettre fin à la fuite en avant d’un système complexe qui ne peut en lui-même que tendre vers sa propre continuation et son auto-accroissement. C’est cette logique qui pousse de nombreux effondristes à désirer l’effondrement comme un retour à un niveau d’organisation stable et maîtrisable à leur échelle.

 

5/ Le maintien du système de croyance effondriste

À bien des égards, la collapsologie fonctionne comme une idéologie qui, comme toute idéologie, tend à se conserver dans le temps en écartant tout élément susceptible de perturber ses fondements théoriques.  Le collapsologue se trouve pris dans un jeu malsain où, pour continuer d’avoir raison, il doit sans cesse détruire la crédibilité de toute nouvelle solution susceptible d’invalider le scénario de l’effondrement. L’existence de solutions représentant un risque vital pour son idéologie, il prendra systématiquement parti contre les solutions émergentes, allant jusqu’à rejeter l’emploi du mot « solution » en collapsologie (10). Dans ce contexte, le collapsologue préfèrera avoir la satisfaction de dire « On vous l’avait bien dit! », plutôt que de lutter activement contre un effondrement dont l’absence invaliderait son idéologie et le relèguerait au rang des illuminés annonciateurs de la fin du monde qui peuplent l’histoire.

 

6/ La préférence des animaux à l’humanité

La destruction de la planète par l’homme finit par faire baisser l’estime qu’il se porte à lui-même, tandis que l’amour porté aux animaux grandit avec l’augmentation de l’empathie, l’influence du mouvement vegan et les réseaux sociaux. Déclin de l’amour de l’humanité d’une part, augmentation de l’amour des animaux d’autre part. Là où les deux courbes finissent par se croiser, on en vient à considérer l’effondrement de l’humanité comme une bonne nouvelle pour les animaux, la biodiversité et la planète en général. Ainsi le célèbre écologiste James Lovelock pouvait-il déclarer dans une interview:

« Je considère avec beaucoup de sérénité un genre d’évènement, pas trop rapide, qui réduirait notre population à environ un milliard ; je pense que la Terre serait plus heureuse. » (11)

La priorité affective accordée à la terre et au vivant sur l’humanité par le père de l’hypothèse Gaïa le conduit manifestement à une indifférence vis-à-vis de l’effondrement démographique de sa propre espèce. Par quel trouble de l’attachement, de l’empathie ou de l’amour de soi a-t-on pu en arriver là?

Cet état d’esprit s’appuie en réalité sur des décennies de déconstruction et de relativisme qui ont fini par nous faire nier la supériorité évolutive de l’homme sur les autres espèces terrestres. L’anti-spécisme condamne lourdement la tendance que nous avons à accorder plus de valeurs aux êtres humains qu’aux animaux comme une forme de racisme anthropocentrique. Cet égalitarisme est souvent le premier pas vers une véritable inversion des valeurs. Là où la détestation de l’humanité s’accroît, les animaux finissent par paraître plus sages, plus intelligents, plus aimant que l’homme que l’on tend à voir comme une  erreur de la nature, un cancer de cette planète. Dans ce contexte, l’effondrement vient rétablir l’ordre naturel, remettant les hommes à leur place et soulageant le monde animal. Il est souhaitable pour l’harmonie du tout et la sauvegarde de la vie sur Terre.

 

7/ L’anticapitalisme vert

Les prédictions marxistes de la chute du capitalisme se sont avérées décevantes pour les anti-capitalistes. Mais les prédictions du Club de Rome dans les années 1970 ont suscité à nouveau l’espoir de voir le système économique de la modernité s’effondrer. Le logiciel malthusien, crédibilisé par le rapport Meadows,  a finalement permis un renouvellement de l’anti-capitalisme, qui, fort de son nouveau visage collapso-décroissant, gagne à présent la jeunesse. Le capitalisme n’est plus sensé s’effondrer de ses contradictions internes mais du fait des limites géo-physiques du système Terre. L’attente de la chute du système capitaliste se reporte sur le désir d’un effondrement systémique. L’utopisme post-apocalyptique succède au socialisme utopique et l’attente du grand déclencheur de l’effet domino succède à l’espoir du Grand Soir.

 

8/ Le malheur de l’homme moderne

Augmentation des inégalités, hausse du chômage et aliénation des travailleurs finissent par affecter l’adhésion des masses au système global de la modernité. Au ressentiment des perdants de la mondialisation s’ajoute le malheur du salarié moderne moyen, aliéné dans son travail, triste dans sa vie, pauvre en sens, éloigné de la nature, confronté à la violence et à la concurrence, bombardé quotidiennement d’informations négatives… Tout cela finit par créer un climat général et affectif qui peut, dans certain cas, susciter le désir de voir ce « cauchemar » prendre fin. L’effondrement peut alors être envisagé comme une délivrance et un espoir.

 

Le leader survivaliste VolWest parle de la société, du système, du salariat…

 
 

9/ La culpabilité masochiste

La destruction de la nature par l’homme suscite une culpabilité qui nécessairement appelle sa punition. L’effondrement peut apparaître comme une grande purification salvatrice vis-à-vis d’un péché envers la nature qui a été trop loin. Les crises suscitées par la destruction de l’environnement sont alors vécues comme autant de punition, de rappel à l’ordre d’une Mère nature en colère. Certains survivalistes trouvent que la dégénérescence de ce monde a été trop loin. Ils souhaitent que la nature intervienne pour que les décadents soient emportés et que les « vraies valeurs » soient rétablies.

 

10/ Le fantasme d’un renouveau

Le désir d’effondrement prend racine dans la détestation de ce monde, mais il se nourrit également de l’utopisme post-apocalyptique qui permet d’associer l’effondrement à un horizon fantasmatique positif. L’espoir d’un renouveau qui serait rendu possible après l’effondrement du monde actuel cristallise les aspirations et fantasmes des anti-capitalistes verts. On fantasme sur des communautés d’entraide réharmonisées avec la nature, à l’instar de l’auteur du site collabsologie.fr qui, dans un article prônant l’effondrement joyeux, exprime en ces termes sa vision du monde post-effondrement :

« Je vois une vie où je passerai mes journées à croiser des gens et à discuter, à donner des coups de mains et à me faire aider, à travailler ensemble pour un bien commun. Mes soirées seraient faites de partages autour d’un feu, avec des amis à refaire le monde. Les gens seraient aimants, disponibles, et la société humaine retrouverait ses lettres de noblesse. Alors qu’aujourd’hui on se toise, on se confronte, on se méfie, on s’évite. »(12)

Plus ces utopies paraissent désirables et plus l’effondrement devient souhaitable aux yeux de ceux qui voudraient les vivre. En maintenant cet horizon de projections fantasmatiques idéalisées, l’effondrisme se rend désirable, ce qui ne serait pas le cas s’il se contentait de décrire les terribles réalités qui attendent les hommes si un tel effondrement venait à se produire (violences, guerres, viols, famines, épidémies, maladies, égoïsme, concurrence pour les ressources, gangs, dépressions…).

 

Conclusion : Défendre l’amour de l’humanité

La montée du désir d’effondrement révèle un désinvestissement affectif du système moderne en cours dans la population. Pour beaucoup, la modernité ne fait plus sens, ni sur le plan spirituel, ni sur le plan matériel. Les nombreux services et objets qu’elle continue de fournir ne suffisent plus à compenser le malheur de l’aliénation moderne, ni le vide de sens de l’individualisme contemporain. On assiste à la réémergence d’un désir de commun, de communion, de communauté, de nature, de spirituel. Tous les besoins humains profonds que la modernité avait tendance à refouler en centrant la vie sur le travail salarié refont surface. L’effondrement apparaît à beaucoup comme la solution pour en finir une fois pour toute avec le quotidien de l’aliénation. On investit l’effondrement par espoir d’un renouveau, sans comprendre que le renouveau qu’on espère serait littéralement impossible dans le contexte d’un effondrement réel, qui ne pourrait que conduire à la violence, à la misère, à la maladie, à l’impuissance et au tribalisme. La désirabilité de l’effondrement repose entièrement sur une mauvaise estimation de la réalité qu’il engendrerait s’il advenait. La sous-estimation de la gravité de l’effondrement et de ses conséquences d’une part et l’idéalisation du monde d’après d’autre part sont les deux pieds sur lesquels s’avance l’illusion régressive. Une illusion tenace, qu’il va s’agir de déconstruire si l’on veut ouvrir la voie à une évolution constructive.

Nous sommes tous d’accord pour dire qu’il est temps de changer de paradigme. Mais nous nous opposons sur la nature du nouveau paradigme et sur le chemin à prendre pour y parvenir. Certains pensent qu’il suffit de revenir à des modèles anciens, d’autres pensent qu’il s’agit d’évoluer vers un nouveau modèle parfaitement inédit. Certains pensent que l’effondrement de l’ancien monde est une phase nécessaire pour que puisse émerger un monde nouveau,  d’autres estiment, c’est notre cas, qu’un tel effondrement ne déboucherait sur rien d’autre que sur une grande régression collective, et que si nous voulons continuer d’évoluer, il nous faut à tout prix empêcher cet effondrement d’arriver ou du moins, le limiter autant que possible.

Mais au delà des arguments, au delà des théories, au delà des querelles de chiffres, il y a ce fond affectif qui nous porte amoureusement vers le passé ou vers le futur. C’est à ce niveau libidinal que se joue la véritable bataille. D’où l’importance de développer un imaginaire éco-futuriste pour faire barrage à l’irresponsabilité d’une écologie passéiste nourrie de fantasmes et d’idéalisations.

En tant que Courant Constructif, nous sommes résolument tournés vers l’évolution des consciences et de la société. Notre mission consiste à identifier, à valoriser et à rassembler les forces d’évolution dans le monde. Depuis le début, nous combattons de toutes nos forces la Grande Régression que nous voyons se préparer sur les réseaux, portée par des armées de populistes, de réactionnaires, d’utopistes irresponsables, d’éco-spirituels délirants et de collapso-décroissants idéologiquement conditionnés. Mais nous savons aussi que pour emporter cette bataille de l’évolution, nous ne devons pas seulement lutter contre les théories de nos adversaires, nous devons être capables de proposer une vision d’un avenir désirable et crédible. Nous devons autant attaquer les dangereux fantasmes utopiques  de nos adversaires que développer une force de proposition qui l’emportera par son sérieux et sa désirabilité. Tel est notre défi: réussir à concurrencer les forces régressives sur le terrain de l’imaginaire et du désir, en canalisant la légitime colère vers une vision constructive, évoluée, humaniste, émancipatrice, écologique et futuriste.

La #TransitionSociétale est cette vision. L’ensemble des propositions qui en forment le programme constitue une mise à jour systémique de notre civilisation visant à l’adapter aux réalités du XXIe siècle. La Transition Sociétale pose les bases structurelles permettant une sortie concrète de l’aliénation tout en résolvant l’équation de la réharmonisation des sociétés humaines hautement développées avec l’écosystème terrestre. Avec cette transition, nous évoluons vers l’ère de l’épanouissement de l’humanité, une ère dans laquelle le potentiel qui réside en l’homme n’est plus nié, empêché, refoulé par une systémique aliénatoire, mais favorisé, soutenu, valorisé grâce à une organisation  adéquate de la société. La Transition Sociétale nous fait entrer dans l’ère de l’Humain à proprement parler. Et plus nous la retarderons, plus nous reculerons vers une abîme d’inhumanité.

Il est irresponsable de laisser croire qu’un effondrement est inéluctable, nécessaire et désirable pour parvenir à un renouveau, quand en réalité un tel effondrement causerait des milliards de morts dans le monde et ferait avorter la dynamique d’évolution en cours en nous ramenant à des considérations primaires de survie, de sécurité et d’appartenance. Il est irresponsable de laisser croire qu’un effondrement serait synonyme d’entraide, quand il nous vouerait à la violence, à l’impuissance, à l’égoïsme et à la mort. La désirabilité de l’effondrement ne repose que sur l’inconscience de dangereux idéalistes et le ressentiment d’anti-systèmes ingrats. L’intelligence créative et constructive peut encore avoir raison de la bêtise régressive. À condition qu’elle ne se contente pas de jouer sur le terrain de l’argumentation rationnelle mais investisse le champ du désir et de l’imaginaire. Notre combat ne se joue pas seulement au niveau des chiffres et des solutions techniques, c’est une bataille libidinale, c’est une bataille culturelle, c’est une bataille de récits.  Nous devrons être capables de faire émerger un nouveau grand récit pour la nouvelle ère si nous voulons déclencher une puissante vague d’émotion qui répandra les idées que nous portons dans son sillage. Nous avons besoin d’artistes, nous avons besoin de travailleurs acharnés, nous avons besoin de penseurs innovants et nous avons besoin de financeurs pour porter tout cela dans la matière. Les forces de régressions organisées ont tout cela. Pourquoi pas nous?

Cette détestation de l’humanité et du monde moderne nous invite enfin à retravailler le jugement que nous portons sur nous-mêmes de façon à retrouver l’équilibre dans nos perceptions. Se peut-il qu’une des tâches fondamentale de l’humanité pour entrer dans la nouvelle ère soit d’apprendre à s’aimer? Aimer le chemin parcouru, aimer le stade où nous en sommes parvenu, aimer l’aspiration qui nous porte à vouloir aller toujours plus loin et nous améliorer encore et encore.

S’aimer soi-même en tant qu’humanité, c’est peut-être là la tâche la plus importante à accomplir au carrefour de notre destin. Car en cette heure décisive, c’est selon que nous nous aimerons ou pas que nous déciderons si nous méritons de continuer ou pas, de nous battre ou pas, d’exister ou pas. Il s’agit d’embrasser nos qualités comme nos défauts. Ne pas voir que le pire. Ne pas voir non plus seulement le meilleur. Mais viser l’équilibre du jugement. C’est cela, aussi, être constructif. C’est ce que nous enseigne la légende des deux loups : il y a le pire et le meilleur dans cette humanité. La question n’est pas de savoir si l’homme est un être bon ou mauvais. La question est de savoir ce que nous choisissons de nourrir individuellement et collectivement. Un jugement équilibré nous conduit à l’attitude constructive. Il faut que l’homme se déteste pour pouvoir désirer l’effondrement. Une humanité qui s’aimerait ne pourrait vouloir qu’évoluer.

Satyavir
 
 
 
 
(1) Bruno ETCHENIR, L’effondrement qui vient: soyez heureux!, collabsologie.fr, 20 janvier 2019. Commentaire de Caroline.
 
 
(3)Pablo SERVIGNE, Raphaël STEVENS, Gauthier CHAPELLE, Une autre fin du monde est possible, Seuil, 2018
 
 
(5) Yohan Demeure, Six français sur dix craignent un effondrement de la civilisation, Sciencepost.fr, 7 décembre 2019
 
(6) Voir le post et ses commentaires ici
 
(7) Yves PACCALET, L’humanité disparaitra, bon débarras, J’ai lu, 2007
 
(8) Voir le post et ses commentaires ici
 
(9) Pablo SERVIGNE, Gauthier CHAPELLE, L’entraide : l’autre loi de la jungle, Les liens qui libèrent, 2017
 
(10) « En fait, il n’y a même pas de “solutions” à chercher à notre situation inextricable (predicament), il y a juste des chemins à emprunter pour s’adapter à notre nouvelle réalité. » Pablo SERVIGNE, Gauthier CHAPELLE, Comment tout peut s’effondrer, Seuil, 2015
 
(11) James LOVELOCK, Saving the planet is a foolish, romantic extravagance, Newsweek, 31 mai 2015
 
(12) Bruno ETCHENIR, L’effondrement qui vient: soyez heureux!, collabsologie.fr, 20 janvier 2019
 
 

 

 

Pour des villes éco-futuristes

Intervention de Satyavir à l’Université Catholique de Lille, le 26/03/2020, sur une invitation de Michel Saloff-Coste, directeur de la prospective.

 

 

Pour aller plus loin

La ville du futur sera:

1/ Eco-futuriste

Architectes éco-futuristes :

Bjarke Ingels (danois)

Vincent Callebaut (belge)

– Voir: Architecture éco-futuriste

 

2/ Biomimétique

– Voir: Architectures biomimétiques

 

3/ Dépolluante

A/ La végétalisation

Végétaliser la ville : quand le vert remplace le gris

Les « forêts urbaines », essentielles aux villes de demain

Comment les villes se préparent-elles à lutter contre les canicules à répétition?

Cette start-up a mis au point un arbre artificiel capable de purifier l’air des villes !

Montpellier : une ville végétalisée pour faire face à la canicule ?

Des algues dans nos villes

L’agriculture urbaine au service des villes en transition

Forêts urbaines: les citadins reboisent les villes

 

B/ Le Direct Air Capture

Carbon – Negative : Un film documentaire sur l’industrie de la Capture Carbone avec Graciela Chichilnisky

Un nouveau dispositif permet de capturer le CO2 de l’air, le stocker et le restituer à la demande

Du CO2 capturé et transformé en matière première

A sponge to soak up CO2 is in the works – Energy Factor

4 Companies That Turn CO2 Emissions Into Something Useful – Goodnet

Au Canada, une entreprise capture le C02 pour en faire de l’énergie

Le MIT met au point un outil de captation du CO2 plus efficace et moins cher

Using CO2 as an industrial feedstock could be a game-changer

Global status of CCS 2019

Cement from CO 2 : A Concrete Cure for Global Warming?

Global Roadmap for Implementing CO2 Utilization

La valeur du carbone va continuer à augmenter

Élimination du dioxyde de carbone Climeworks

Carbon XPRIZE : Les 10 finalistes entendent réinventer le carbone – Enerzine

 

C/ La valorisation du carbone en matériaux de construction

1/ Fibre carbone à base de CO2

Recycler les GES en nanofibres de carbone

Produire des nanofibres à partir du gaz carbonique de l’atmosphère

 

2/ Ciment à base de CO2

Calera Progress Update: Cement and Fresh Water From CO2 and Brines

CO2 Concrete – Carbon Use Technology For Building Our Future

Le CO2, matériau de construction de demain ? | ShareAmerica

CO2 Concrete – Carbon Use Technology For Building Our Future

What if we could turn CO2 into a building?

Montreal company pioneers carbon-negative concrete

Cement from CO 2 : A Concrete Cure for Global Warming?

CarbonCure injects CO2 into concrete to sequester it forever – MaterialDistrict

This concrete traps CO2 emissions forever

 

4/ Source d’énergie

Piolenc, la première ville française à produire plus d’électricité qu’elle n’en consomme

Les vitres solaires, nouvel atout énergétique des bâtiments

Séoul : des panneaux solaires sur tous les bâtiments publics d’ici 2022

Un nouveau type de cellule tandem pour accroître le rendement des panneaux solaires

Des chercheurs ont fabriqué des panneaux solaires complètement transparents

Centrales solaires hybrides et FPOS : une nouvelle révolution énergétique et urbaine est en vue !

Les vitres solaires, nouvel atout énergétique des bâtiments

Les films photovoltaïques organiques ouvrent de nouvelles perspectives aux énergies renouvelables – Révolution Énergétique

 

5/ Confortable

Supraways : le transport aérien du futur contre les embouteillages en ville

Huit taxis volants sans chauffeur pour survoler les villes dès 2020

Hyperloop reliera toutes les villes du monde

Livraison du futur : comment mieux livrer nos centres-villes ?

Lyft travaille sur la voiture 100 % autonome et ne veut plus de chauffeurs d’ici 2025

Supraways

Easy Mile

Navya

Toyota announces e-Palette vehicle as its future of mobility at CES 2018

Les robots-livreurs autonomes étaient contrôlés depuis la Colombie pour 2 dollars de l’heure

Drones: le Royaume-Uni ouvre de nouveaux horizons à Amazon

San Francisco, pionnière des robots autonomes livreurs de repas

Des robots ont commencé à remplacer les livreurs en Chine

 

6/ Conviviale

A/ Automatisation et Fin du travail

Clarke, ce robot intelligent capable de trier les déchets

Les Finlandais bénéficiant du revenu universel sont moins stressés et veulent travailler plus

Bientôt la fin du salariat ? L’OIT rend un rapport sur l’évolution du travail…

Vers une société sans travail ? | The Flares

Le tout premier camion autonome et électrique est enfin autorisé à circuler sur la voie publique !

TECHNOLOGIE Iron Ox, vers une ferme fonctionnelle sans travailleurs humains, avec des robots

Wing d’Alphabet lance des essais de livraison par drones en Finlande

Selon le MIT, chaque robot introduit sur le marché du travail détruit 6 emplois

TOUS les emplois seront occupés par des robots. Le XXIème siècle sera celui de la fin du travail…

Fin du travail : En Chine les premières usines avec 0 ouvrier

La fin de la société du Travail ?

 

B/ Personnalités favorables au revenu de base