Le populisme complotiste : genèse d’une force politique réactionnaire

 

« Dans toute société la production du discours est à la fois contrôlée, sélectionnée, organisée et redistribuée par un certain nombre de procédures qui ont pour rôle d’en conjurer les pouvoirs et les dangers, d’en maîtriser l’évènement aléatoire, d’en esquiver la lourde, la redoutable matérialité. » Michel Foucault, L’ordre du discours.

 

 

Le complotisme a cessé d’être un phénomène marginal. Selon une enquête européenne menée par l’institut YouGov en 2018, les théories du complot sont en passe de devenir des « croyances dominantes dans plusieurs pays occidentaux » (1). En France, un sondage conduit par l’IFOP en 2019 a révélé que 21% des français adhéraient à au moins 5 théories du complot sur une dizaine proposée (2). D’après un autre sondage publié en 2014 par le Centre russe d’étude de l’opinion publique (VTsIOM), 45% des Russes croient en l’existence d’un gouvernement secret mondial (3). Une autre enquête d’opinion menée en 2018 par l’ONG Globsec dans les pays d’Europe centrale a révélé qu’un quart des sondés croyaient dans des théories du complot (4). D’après cette enquête, 17% des tchèques et 39% des slovaques pensent que les attentats du 11 septembre ont été organisés par le gouvernement américain. L’enquête révèle également que la théorie du complot juif mondial refait surface : 38% des hongrois, 39% des polonais et 52% des slovaques pensent que les juifs ont trop de pouvoir et contrôlent secrètement de nombreux gouvernements et institutions à travers le monde.

Étude menée par le think-tank slovaque GLOBSEC Policy Institute sur l’état de l’opinion en Hongrie, Pologne, République tchèque et Slovaquie.

Le degré de pénétration du conspirationnisme dans la population a été particulièrement manifeste durant la pandémie de Covid-19. Qualifiée d’infodémie par l’ONU et l’OMS (5), la vague de complotisme et de fake news que le monde a connu durant la crise sanitaire a révélé la popularité de ce nouvel obscurantisme 2.0. Chacun a pu constater une explosion du nombre de publications complotistes sur les réseaux. Et pour cause:  une enquête de l’IFOP réalisée en mars 2020 a montré que 17% des français pensaient que le Covid-19 avait été fabriqué intentionnellement en laboratoire (6). Une enquête similaire américaine a révélé que cette même croyance était partagée par 23% des américains (7). Et en mai 2020, l’Université d’Oxford publiait à son tour une étude qui confirmait largement la tendance (8). D’après cette étude :

      • 41% des anglais croient que la propagation du virus est une tentative délibérée des puissants pour accroître leur pouvoir ;
      • 25% croient que l’élite a créé le virus afin d’établir un gouvernement mondial;
      • 38% pensent que le confinement a été mis en place pour contrôler chaque aspect de nos vies, et imposer une surveillance de masse;
      • 21% pensent que Bill Gates a créé le virus afin de réduire la population mondiale;
      • 19% estiment que les juifs ont créé le virus pour faire s’effondrer l’économie et en profiter financièrement.

Ces chiffres nous révèlent l’ampleur d’une pathologie sociale encore incomprise. Le complotisme n’est plus ce phénomène ultra-minoritaire que l’on pouvait encore observer sur la toile il y a une douzaine d’années. Il est maintenant en passe de devenir un phénomène grand public. Les nouvelles générations, qui se sont formées avec Internet, ont structuré leur conscience politique sous l’influence de ses contenus. Les complotistes ne sont plus dispersés en une multitude de petits sites bricolés par des amateurs, mais se concentrent maintenant sur de grandes vitrines médiatiques qui brassent des millions de visiteurs par mois en reprenant les codes des médias professionnels. Ces institutions médiatiques parallèles organisent à présent la convergence des leaders complotistes. Progressivement, une conscience de groupe émerge, qui va vers sa politisation. C’est ainsi que nous voyons apparaître un nouveau phénomène politique : le populisme complotiste, une force politique réactionnaire qui se nourrit de la crise de la modernité.

Comment en est-on arrivé là? Par quels biais le complotisme a-t-il pu connaître une ascension aussi fulgurante en l’espace de dix ans, au point que ce soit lui, à présent, qui dicte le débat public? Une telle progression mérite l’attention du monde intellectuel. Au delà des débats pour ou contre, une généalogie du phénomène complotiste s’impose aujourd’hui à nous si nous voulons comprendre, par delà les manifestations éphémères du phénomène sur la toile, la logique profonde qui en détermine la continuité et le devenir. Tel est l’enjeu de ce livre : comprendre la genèse du phénomène complotiste dans le monde, sonder les forces historiques qui le traversent et analyser leur rapport avec les autres forces socio-culturelles qui déterminent notre période historique.

 

 

1 – L’émergence du phénomène complotiste : entre conquête d’influence et stratégies de crédibilisation

L’écoute que l’on accorde à un discours ne dépend pas tant de ce qui est dit que de celui qui le dit. Le niveau d’écoute n’est malheureusement pas proportionnel au niveau de pertinence, mais au niveau de notoriété de celui qui l’énonce. Le fait de passer dans les médias, et notamment à la télé, est l’un des moments clés dans l’acquisition d’une crédibilité qui permet ensuite l’écoute du public. Ayant été exclus des médias professionnels, les conspirationnistes ont dû passer par d’autres moyens pour se construire une crédibilité publique afin de pouvoir propager largement leurs thèses. D’abord, ils ont trouvé refuge sur Internet, acquérant ainsi un espace d’influence qui au fil des années est devenu de plus en plus prépondérant. Dans un deuxième temps, il s’est agi d’imiter les médias professionnels au niveau stylistique pour en revêtir les attributs de crédibilité. Puisque les médias leurs refusaient la parole, les complotistes ont créé leurs propres chaînes en ligne, leurs propres plateaux TV, leur propres documentaires, leurs propres sites d’information, leurs propres circuits de publication… Il se sont professionnalisés, allant parfois jusqu’à créer de véritables institutions médiatiques alternatives capables de rivaliser avec les niveaux d’audience des émissions TV. Cette stratégie s’avéra payante, et le trouble créé permit aux thèses complotistes d’envahir le web en l’espace de quelques années. 

Pierre Hillard, théoricien complotiste, sur le plateau de TV Libertés

Le complotisme a également profité de la montée de la défiance populaire. Au cours de ces dernières années, l’aggravation de la crise de la modernité, la montée de la précarité et l’accroissement des inégalités ont porté considérablement atteinte à la confiance dans les institutions modernes et leurs représentants.  Le complotisme a su attirer vers lui les déçus du système les plus radicaux, en mettant un récit sur leurs affects. De sorte que plus les institutions de la modernité perdaient en légitimité, plus les complotistes gagnaient du terrain. Ces derniers ont également profité de la fin du règne de la télévision et du transfert des pratiques d’information vers le web, où ils étaient massivement implantés.

Malgré ces percées, la propagation du phénomène complotiste est restée longtemps limitée aux milieux d’extrême droite, débordant quelque peu sur l’extrême gauche. Le complotisme recrutait essentiellement chez un public fortement politisé et radicalisé. Pour dépasser les frontières de cette audience, il lui fallait ménager des points d’entrée plus grand public et créer des seuils de radicalisation progressifs. C’est ce qui se produisit lorsque les théories du complot commencèrent, dans les années 2010, à se mélanger à d’autres discours, plus populaires sur le net.

2 – La contamination des milieux créatifs culturels par le complotisme

Une première passerelle fut trouvée du côté de la spiritualité. Le milieu spirituel avait lui aussi trouvé refuge sur Internet. En quelques années, les contenus new age s’étaient propagés sur la toile, si bien que le New Age avait atteint, en matière d’offre spirituelle sur Internet, une véritable hégémonie. On peut raisonnablement dire que sur l’Internet des années 2010, le New Age tenait lieu de spiritualité, comme le complotisme tenait lieu d’idéologie politique. La pénétration du complotisme dans les milieux  new age assura donc à ce dernier un nouveau public conséquent.

Cette rencontre semblait pourtant improbable,  tant les milieux complotiste et spirituel étaient hétérogènes. Le milieu complotiste était plus masculin, le milieu spirituel plus féminin. L’un était plus d’extrême droite, l’autre plus libéral.  L’un visait un changement extérieur, d’ordre politique, l’autre un changement intérieur, d’ordre psychologique. Ces deux discours finirent pourtant par se mélanger dans les années 2010, donnant naissance à une spiritualité complotiste qui gagna rapidement les consciences acquises au New Age. En 2011, deux chercheurs de l’Université de l’Essex, Ward et Voas (9), donnèrent un nom à cette nouvelle tendance : la conspiritualité, soit la fusion opérée progressivement sur le net entre les théories du complot et les discours ésotériques new age.

 

Graphique de Beth Stano

 

C’est cette alliance improbable qui permet aujourd’hui de comprendre un phénomène comme QAnon. La secte américaine rassemble en effet aussi bien des tenants de l’extrême droite américaine que des professeures de yoga et des influenceurs bien-être (10). Il n’est pas rare d’y voir des channels new age canaliser des messages pro-trump ou révéler de source angélique le supposé pédosatanisme d’un Biden (11).

En France, le phénomène de la conspiritualité a été particulièrement bien incarné dans les années 2010 par l’influenceuse Laura Marie, ancienne coach minceur reconvertie en « guide multidimensionnel assistant la race humaine dans la récupération de sa véritable Histoire galactique » (12).  Les tournées internationales de cette dernière, ainsi que son site et sa communauté, la « Nouvelle Génération Consciente », ont généré des millions de vues. 

Laura Marie, de coach minceur à guide spirituelle complotiste.

Laura Marie s’est faite connaître à partir d’un article sur les symptômes de l’éveil spirituel (13), puis a progressivement conduit son audience vers des contenus de plus en plus paranoïaques associant extraterrestres reptiliens et franc-maçonnerie sataniste. En 2015, on pouvait la voir parler de l’ascension énergétique et du complot reptilien sur la chaîne d’extrême-droite Méta TV (14) animée par l’ex-rappeur négationniste Tepa. En 2017, elle affirmait dans un texte intitulé Présidentielles et satanisme (15) :

« La plupart des humains ignorent encore la guerre cosmique dans laquelle l’humanité est plongée depuis des millénaires et l’affrontement de forces sur Terre et dans le cosmos, ainsi que le fait que l’humanité soit une des colonies de ces factions E.Ts (principalement Annunakis/reptiliennes) et que la Terre n’est pour eux qu’un géant laboratoire d’expérimentations. »

Après avoir été pointée pour dérive sectaire par la Mivilude (16), Laura Marie a fini par disparaître des réseaux sociaux pour se replier sur une université privée en ligne, l’Académie Harmonic Universe, où elle expliquait encore dernièrement que le Covid-19 avait été organisé par les forces transhumanistes, lucifériennes et reptiliennes pour transformer le génome humain via les vaccins (17).

La guide spirituelle Laura Marie sur la chaîne d’extrême-droite complotiste Méta TV

La contamination de la sphère spirituelle par le complotisme a permis à ce dernier une forte pénétration dans le milieu des créatifs culturels. Baptisés ainsi par les sociologues Paul Ray et Sherry Anderson, les créatifs culturels sont un nouveau groupe socio-culturel observable partout dans le monde, au sein duquel s’élabore la première culture postmoderne de l’histoire. Les individus créatifs culturels sont porteurs de nouvelles valeurs telles que la spiritualité post-religieuse, le développement personnel, l’écologie, la créativité, l’implication sociétale, la préférence de l’être au paraître et à l’avoir, l’équilibre du masculin et du féminin ou encore l’ouverture aux cultures non-occidentales. Apparus dans les années 1960-70 à travers différents mouvements (environnementalisme, féminisme, droits civiques, contre-culture, mouvement du potentiel humain), ce nouveau sociotype émergent a connu une croissance continue au fur et à mesure que les valeurs postmodernes se diffusaient dans la société. En 2008, d’après la dernière enquête statistique parue sur le sujet, les créatifs culturels représentaient aux alentour de 35% de la population aux Etats-Unis et en Europe de l’Ouest (18).

 

Répartition des trois grands groupes socio-culturels (traditionnels, modernes et créatifs culturels) dans la société américaine en 2008 d’après l’enquête de Paul Ray (10).

 

Or, ces milieux alternatifs, associés au bien-être, au yoga, à l’écologie, aux médecines douces ou au développement personnel, sont particulièrement portés sur une spiritualité post-religieuse associant théories new age, énergétique, méditation, néo-chamanisme, channeling et spiritualités orientales. C’est cette spiritualité-là qui va constituer le point de jonction permettant au complotisme de contaminer le milieu créatif culturel. En se mélangeant au discours spirituel ambiant, les théories du complot vont pouvoir quitter leur terreau d’origine, les milieux d’extrême droite fortement politisés, pour se propager dans les milieux écolo-spirituels, via notamment les influenceurs new age.

La pénétration du complotisme dans les milieux créatifs culturels s’est encore accentuée à la fin des années 2010, avec la contamination du discours antivaccin. « Historiquement, le credo principal des organisations pionnières de la lutte contre la vaccination, comme la Ligue nationale pour la liberté vaccinale, c’était plutôt l’idée d’un retour à une nature saine, à une nutrition naturelle… Aujourd’hui, on voit beaucoup plus émerger un discours complotiste, une dissidence envers l’État », explique Lucie Guimier, docteur en géopolitique spécialisée en santé publique (19). En envahissant ainsi le discours antivax, le complotisme a produit un effet de vases communicants qui lui a permis de toucher une nouvelle population. Marie-Eve Carignan, professeure en communication à l’Université de Sherbrooke, observe à ce sujet : « Il y a une espèce de partage, de mise en réseau entre l’extrême droite et le mouvement antivaccin/médecine alternative. Les deux mouvements relaient des publications de l’un à l’autre, et les gens de l’un sont identifiés dans les publications de l’autre – c’est vraiment surprenant, mais c’est très clair dans nos analyses!  » (20). C’est cette pénétration du complotisme dans la sphère antivax qui va permettre au complotisme de se diffuser massivement dans le monde alternatif.

Les milieux créatifs culturels, associés au bien-être et aux médecines alternatives, sont en effet marqués par un rapport critique à la médecine moderne, qui les porte plus facilement vers des positionnements antivax. En rendant poreuse la frontière entre le discours antivax et le discours complotiste par la propagation de théories du complot vaccinal, les complotistes ont réussi à pénétrer plus profondément encore dans les milieux alternatifs. Lorsque la pandémie est arrivée, l’intérêt de ces milieux pour la critique des vaccins fournis par l’industrie pharmaceutique les a rapidement placé sous l’influence du complotisme antivax.

Mieux adapté au système de croyance des créatifs culturels, ce complotisme vaccinal a été rapidement relayé par les influenceurs spirituels. En France, on a pu voir ainsi la célèbre youtubeuse Lilou Macé s’empresser de relayer le documentaire complotiste Hold Up, suivie de près par d’autres influenceurs du milieu du bien-être, comme Mr Mindfulness.

 

Le discours complotiste antivax a finalement constitué pour les créatifs culturels un point d’entrée dans le complotisme tout court. D’un simple doute sur les vaccins, on passait à la certitude d’une volonté de puçage de la population, puis à la théorie d’un agenda caché des élites utilisant la crise sanitaire pour imposer le Nouvel Ordre Mondial, pour finir par le grand complot des élites pédo-satanistes illuminatis.

La contamination des milieux créatifs culturels par le complotisme via le complotisme spirituel et antivax a donné naissance à une nouvelle figure : le créatif culturel d’extrême droite. Né de la rencontre entre le complotisme d’extrême droite et le postmodernisme écolo-spirituel, ce nouveau sociotype incarne un véritable paradoxe sociologique. L’extrême droite est en effet profondément climatosceptique, xénophobe et antiféministe, alors que les créatifs culturels ont un système de valeur profondément orienté vers l’écologie, l’ouverture à l’autre et le féminisme. L’alliance des deux donne donc lieu à des postures assez paradoxales. On voit par exemple apparaître sur les réseaux des influenceurs créatifs culturels pro-trump, ce qui est parfaitement contradictoire si l’on songe que Trump est un parfait climatosceptique (21) , un sexiste notoire (22) et qu’il est connu pour ses dérapages xénophobes et ses thèses identitaires anti-immigrationnistes (23).

L’influenceur Sacha Stone est emblématique de ce phénomène. Cet ancien rocker reconverti en orateur écolo-spirituel sur Internet bénéficie à présent d’une audience de 300 000 abonnés. Il est le fondateur du New Earth Project, un réseau de communautés créatives culturelles valorisant l’écologie, la spiritualité et la créativité.

L’influenceur Sacha Stone dans sa villa Akasha à Bali
Au fil du temps, Sacha Stone a lui aussi emporté sa communauté vers l’idéologie complotiste, discourant longuement au sujet des illuminatis, de la 5G, des pédosatanistes, des reptiliens, des sionistes et des sabbatéens. Mais, chose plus surprenante encore, ce hippie libertaire  voue une véritable admiration pour Trump et Poutine, depuis sa villa balinaise. Interviewé par le riche promoteur QAnon John Mappin, il déclare ainsi dans une vidéo (24) : « Le Président Donald J. Trump, selon moi, est un homme qui est possédé par la lumière christique, et cela pour moi est la grâce de Dieu incarné.  » Dans une autre vidéo (25) intitulée « 5G apocalypse protection« , il affirme : « Je suis un grand fan de Donald Trump. Autant que je suis fan de Vladimir Poutine. Je déteste la politique, toute la politique. Mais ces deux archétypes incarnés sont le plus grand duo que j’aurais pu souhaiter en tant qu’activiste politique au front depuis 21 ans. »

Dans une même logique, on a pu voir, en France, le célèbre influenceur aux 500 000 abonnés Thierry Casasnovas, apôtre de la santé alternative, du crudivorisme et du discours antivax, se rapprocher de l’extrême droite antisémite incarnée par Dieudonné et l’association Égalité et Réconciliation.

Thierry Casasnovas donnant une conférence à Égalité et Réconciliation, l’association d’extrême droite d’Alain Soral, intellectuel révisionniste condamné de multiples fois pour antisémitisme.
Thierry Casasnovas sur scène avec l’humoriste complotiste et révisionniste Dieudonné

 

Commentaire de Thierry Casasnovas sous une vidéo.
Thierry Casasnovas brandissant sa Quenelle d’or d’un côté, un ananas de l’autre, en référence à la chanson Shoahnanas, de Dieudonné.

Ce rapprochement autrefois impensable entre les partisans d’extrême droite et les écolo-spirituels devient intelligible si l’on considère qu’il traduit une convergence des antimodernes. L’anti-modernisme est en effet le dénominateur commun qui relie ces deux groupes sociaux aux intérêts et à la sociologie nettement distincts. Il se révèle sur les réseaux une affinité entre les traditionalistes conservateurs d’extrême droite et les créatifs culturels postmodernes, en raison de leur rejet commun de la modernité et de son héritage rationnel et scientifique. Ce rejet parfois radical du monde moderne par un certain nombre de postmodernes reconduit bien souvent ces derniers sur des logiques traditionalistes. C’est ainsi qu’une trajectoire régressive se dessine parfois, chez ceux-là mêmes qui étaient sensés incarner l’évolution culturelle vers l’au-delà de la modernité (26).

Du reste, aussi improbable que puisse paraître cette alliance entre éco-spiritualité et extrême droite, ce n’est pas la première fois qu’elle a lieu dans l’histoire. Les nazis eux aussi étaient imprégnés des théories ésotériques de leur époque et l’idéologie nazie repose en grande partie sur une sorte de synchrétisme spirituel allant du néopaganisme nordique au bouddhisme tantrique, qui préfigure à bien des égards le synchrétisme New Age. La fusion opérée par Guido von List, l’un des inspirateurs de l’idéologie nazie, entre l’occultisme théosophique et le pangermanisme antisémite, constitue en soi une des premières formes de conspiritualité (27).

Les fondateurs de l’idéologie nazie, tels que Sebottendorf, Hess ou Himmler se passionnaient quant à eux pour l’astrologie, la cosmo-biologie, les prophétie de Nostradamus, les énergies géomantiques, les lignes telluriques, l’Atlantide, la nature, l’occultisme, le yoga, la magie, le tantrisme ou la théosophie (28). Himmler, le chef de la SS, était passionné par l’hindouisme. Il conservait sur lui une copie de la Bhagavad Gita et comparait volontiers Hitler à Krishna (29). Du reste, la croix gammée n’est-elle pas, en elle-même, un parfait symbole conspirituel ? 

Eva Braun, la maîtresse d’Hitler, faisant son yoga au bord du lac Königssee

3 – Le cas France Soir ou l’avènement du complotisme grand public

Le transfert des pratiques de la télévision vers le web, la montée de la défiance populaire, l’institutionnalisation de la complosphère et la contamination des milieux créatifs culturels sont autant de facteurs qui expliquent l’expansion progressive du complotisme sur la toile et dans les consciences. L’ampleur du phénomène, qui se développait depuis des années, a été soudainement révélée par la pandémie. Toute une nébuleuse de leaders complotistes ont alors surgi de nulle part pour provoquer une vague d’infodémie sans précédent dans l’histoire. Nous avons, au cours de ces derniers mois, assisté à la naissance du populisme complotiste, un phénomène politico-culturel rendu possible par l’avènement d’Internet, qui va continuer de marquer notre période historique pendant les années à venir.

En France, le média France Soir est désormais l’un des représentants incontournables de cette tendance. Le complotisme français a atteint, avec cette nouvelle vitrine, un nouveau stade dans la conquête de sa crédibilité médiatique, ouvrant la voie à un complotisme grand public.

France Soir est, en France, une véritable marque nationale, qui jouit d’une grande crédibilité dans le paysage médiatique français. C’est en effet, à l’origine, le nom d’un célèbre journal issu de la résistance. En usant de la marque France Soir, les complotistes ont pu récupérer à leur compte la crédibilité grand public de cet ancien journal de la libération. Cette stratégie fort habile leur a permis de brouiller les repères du grand public, les articles complotistes publiés sur le site de France Soir bénéficiant a priori de la crédibilité de la marque. Mais comment le célèbre journal français, autrefois réputé, a-t-il pu ainsi glisser vers la propagande complotiste?

Il s’avère qu’avant d’en arriver à cette ligne complotiste, le journal a d’abord connu un long déclin, passant de mains en mains, jusqu’à sa liquidation judiciaire en 2012. Il est alors repris par l’entreprise de paiement sécurisé Cards Off, qui deviendra Mutualize Corporation. Fin 2016, Xavier Azalbert devient le président-directeur général de la filiale France Soir. C’est lui qui va amorcer le virage éditorial de la rédaction qui fera de cet ancien journal de la résistance un organe du complotisme grand public.

Xavier Azalbert est un ancien financier de McKinsey et de Fidelity Investments (30), une multinationale spécialisée dans la gestion d’actifs. Après avoir licencié tous les journalistes de la rédaction, l’homme d’affaire a impulsé une ligne éditoriale populiste-complotiste, utilisant la crédibilité de la marque France Soir comme argument d’autorité pour mieux propager les théories du complot.

Évidemment, l’adoption d’une ligne éditoriale complotiste est une stratégie commerciale gagnante en ces temps de défiance et de populisme montant (31). Le caractère anxiogène et choquant de cette fausse information la rend virale. On sait qu’une fake news se répand 6 fois plus vite qu’une véritable information (32). Le journal, qui était à bout de souffle, est donc en train de remonter. Selon SimilarWeb, le site est passé d’1,6 millions de visiteurs mensuels en mai 2020 à près de 6 millions en décembre 2020.

Ce détournement de crédibilité a fait chavirer encore un peu plus une partie de la population déjà fragilisée socialement, économiquement et mentalement par la crise du Covid-19. Le biais d’autorité est l’un des biais cognitifs les plus connus du cerveau humain. Le fait que des thèses complotistes soient colportées par d’anciennes institutions du paysage médiatique français brouille les repères. Le temps que les gens se rendent compte des dessous de ce virage éditorial, le mal aura été fait. 

Le site France Soir a surfé sur la vague d’infodémie pour se refaire une santé. Il a relayé (33) des leaders complotistes français tels que Silvano Trotta (34), l’ufologue aux 175 000 abonnés qui soutient la théorie du complot reptilien ou celle de la lune creuse. C’est avec ce dernier qu’Azalbert a cofondé l’association Bon Sens, qui prétend défendre les libertés (35).

 

(36)

France Soir a également propagé les thèses maintes fois débunkées (37) du documentaire Hold Up, dont Xavier Azalbert est l’un des protagonistes. La vitrine complotiste participe à présent à la désinformation populiste contre le Great Reset.

Le Great Reset est une impulsion de transition systémique initiée par Claus Schwab, le président du Forum Économique Mondial, suivi par le Prince Charles, connu pour son engagement écologiste, et le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres, dont on connaît les grands appels à la communauté internationale en vue de résoudre les inégalités et la catastrophe écologique en cours.

Le plan du Great Reset vise à faire sortir l’humanité de l’ère néolibérale (38) pour l’amener vers un capitalisme écologique et social, le capitalisme des parties prenantes (stakeholder capitalism).

« Il s’agit de rendre le monde moins clivant, moins polluant, moins destructeur, plus inclu­sif, plus équitable et plus juste que celui dans lequel nous vivi­ons à l’ère pré-pandémique. Ne rien faire, ou trop peu, revient à avancer aveuglément vers toujours plus d’inégalités sociales, de déséquilibres économiques, d’injustice et de dégradation de l’environnement  » Claus Schwab et Thierry Malleret, Covid-19: La grande réinitialisation (39)

Mind Map du Great Reset

Malheureusement, la propagande complotiste est en train de monter la population contre cette transition pourtant nécessaire. La plupart des articles disponibles à ce jour sur Internet à propos du Great Reset sont purement mensongers et reposent sur une inversion complète du sens des propos de Claus Schwab.

Les complotistes essayent de faire passer le Great Reset pour une tentative de l’élite visant à instaurer un nouvel ordre mondial qui mettrait fin aux libertés. Le site France Soir est, en France, l’un des principaux propagandistes anti-Great Reset. Il fait passer le livre de Claus Schwab et Thierry Malleret, Covid-19 : la grande réinitialisation, pour « un livre qui prône très ouvertement la violation de la vie privée (…) un livre profondément autoritaire » (40). En réalité, les auteurs consacrent toute une section du livre à mettre en garde contre le risque d’une dystopie autoritaire basée sur la surveillance généralisée. Extrait :

1.6.3. Le risque de dystopie

Maintenant que les technologies de l’information et de la communication imprègnent presque tous les aspects de notre vie et de nos formes de participation sociale, toute expérience numérique dont nous disposons peut être transformée en un « produit » destiné à surveiller et à anticiper nos comportements. Le risque d’une éventuelle dystopie découle de cette observation. Au cours des dernières années, elle a nourri d’innombrables œuvres d’art, allant de romans comme La servante écarlate à la série télévisée « Black Mirror ». Dans le milieu universitaire, elle trouve son expression dans les recherches entreprises par des universitaires comme Shoshana Zuboff. Son livre Surveillance Capitalism met en garde contre le fait que les clients sont transformés en sources de données, le « capitalisme de surveillance » transformant notre économie, notre politique, notre société et nos propres vies en produisant des asymétries profondément antidémocratiques de la connaissance et du pouvoir qui en découle. Au cours des mois et des années à venir, le compromis entre les avantages en matière de santé publique et la perte de vie privée sera soigneusement pesé, devenant le sujet de nombreuses conversations animées et de débats passionnés.

Schwab et Malleret, COVID-19 : La Grande Réinitialisation (41) 

 

Après avoir convoqué la littérature des surveillance studies, qui analysent la montée d’un capitalisme de la surveillance, Schwab et Malleret concluent ainsi cette section :

« Comme l’a dit Spinoza, le philosophe du 17ème siècle qui a résisté toute sa vie à l’autorité oppressive : « La peur ne peut se passer de l’espoir et l’espoir de la peur. » Ce principe directeur est une bonne conclusion à ce chapitre, en plus de la pensée que rien n’est inévitable et que nous devons être symétriquement conscients des bonnes comme des mauvaises conséquences. Les scénarios dystopiques ne sont pas une fatalité. Il est vrai qu’à l’ère post­pandémique, la santé et le bien-être des personnes deviendront une priorité beaucoup plus importante pour la société, c’est pourquoi le génie de la surveillance technologique ne sera pas remis dans la bouteille. Mais il appartient à ceux qui gouvernent et à chacun d’entre nous personnellement de contrôler et d’exploiter les avantages de la technologie sans sacrifier nos valeurs et libertés individuelles et collectives. » Schwab et Malleret, COVID-19 : La Grande Réinitialisation (42)

On voit par quel jeu de projections malveillantes les complotistes de France Soir en arrivent à prêter à Claus Schwab des intentions contraires à celles-là même qu’il a publiquement exprimées. Après Bill Gates (43), Schwab est à son tour en train de devenir le bouc émissaire de la complosphère mondiale. Sur les réseaux, on le décrit volontiers comme un enfant du nazisme ou un suppôt de Satan.

Publication sur Claus Schwab dans un groupe Facebook complotiste dédié au Great Reset : « Né à Ravensburg en 1938, Klaus Schwab est un enfant de l’Allemagne d’Adolf Hitler, un régime d’État policier fondé sur la peur et la violence, sur le lavage de cerveau et le contrôle, sur la propagande et le mensonge, sur l’industrialisme et l’eugénisme, sur la déshumanisation et la » désinfection « , sur une vision effrayante et grandiose d’un «nouvel ordre» qui durerait mille ans. » « Le cerveau du « Great Reset » Klaus Schwab suggère un certain nombre de mesures draconiennes pour contrôler la population sous l’égide de la « 4ème révolution industrielle », y compris des scanners cérébraux d’évaluation des risques pour franchir les frontières et des puces implantables pour lire les pensées des gens. »

Le complotisme médical est également l’un des chevaux de Troie du site d’Azalbert. France Soir soutient Raoult et l’hydroxychloroquine, malgré les nombreuses études (44) parues qui invalident l’efficacité de cette dernière.

On y retrouve également une interview de l’influenceur complotiste antivax Jean-Jacques Crèvecoeur, pour qui la crise sanitaire est « une manipulation monumentale à l’échelle de la planète, avec un agenda caché, (…) qui consiste à vouloir installer une dictature mondiale, (…), ou on pourrait l’appeler aussi un gouvernement totalitaire mondial » (45).

Selon Crèvecoeur, cette manipulation mondiale passerait par le puçage de la population via un gel nanotechnologique présent dans les vaccins de Bill Gates, qui permettrait de nous identifier numériquement grâce à la 5G. Malheureusement pour lui, il semble que le fameux Bill Gates ait entrepris de se faire lui-même vacciner, suivi par sa propre fille (46) !

Bill Gates a d’ailleurs fini par répondre dans une interview (47) à toutes ces projections fantasmatiques, déclarant sur France Info :  « Les gens s’interrogent sur les motifs cachés, alors que là, nous, on veut simplement donner le vaccin à tout le monde. » Faut-il rappeler que la Covid a tué à ce jour près de 3,5 millions de personnes? Qu’il n’y a actuellement pas d’autre solution que le vaccin pour éradiquer un tel fléau ? Et qu’enfin les vaccins ont sauvé des millions de vie par le passé ?

 

L’efficacité vaccinale en image

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur le plan politique, le site France Soir est volontiers pro-Trump, et va même jusqu’à relayer les théories QAnon (48). On y retrouve des leaders populistes français tels que Florian Philippot, l’ancien conseiller de Marine Lepen, Asselineau, le partisan du Frexit actuellement en examen pour harcèlement et agressions sexuelles, ou encore le poète chansonnier Francis Lalanne, de la mouvance des gilets jaunes, qui propose un coup d’État sous prétexte qu’il existerait des traitements précoces comme l’hydroxychloroquine :

« J’appelle les plus hauts dignitaires de l’armée française à venir au secours du peuple et à faire cesser le trouble social et politique dont souffrent depuis trop longtemps la Nation. Pour ce faire, je demande aux plus grands responsables militaires français de procéder, au nom du peuple français, à la mise à pied des auteurs du Coup d’État. Donc par voie de conséquence, de mettre fin à l’exercice du mandat de l’actuel président de la République. Une fois les auteurs du coup d’État mis à pied, j’appelle l’Armée Française à les faire comparaître devant un tribunal constitué en Haute Cour, pour qu’ils aient à répondre du chef de haute trahison. » Francis Lalanne, J’Appelle (49)

On le voit, les débouchés politiques du complotisme sont du côté de l’extrême droite et du populisme. Les études montrent  une surreprésentation des complosistes aux extrêmes et particulièrement à l’extrême droite (50). On sait par ailleurs que les gilets jaunes sont en moyenne deux fois plus complotistes que le reste des français. Une étude de l’IFOP datant de 2019 (51) a montré que, sur 10 énoncés complotistes, 40% des gilets jaunes adhérent à 5 ou plus. En outre, les théories complotistes d’extrême droite sont loin d’être anecdotiques dans ce milieu, contrairement à ce qu’affirmaient certains commentateurs. L’enquête initiée par la fondation Jean Jaurès révèle que la théorie du complot sioniste mondial est partagée par 44% des gilets jaunes, et celle du grand remplacement par 46% d’entre eux.

 

Rien de nouveau en cela. L’histoire de la deuxième guerre mondiale nous renseigne amplement sur le lien intime entre complotisme, populisme et  idéologies d’extrême droite. Aujourd’hui encore il n’est pas rare de voir se mêler conspirationnisme et antisémitisme. La théorie du complot juif refait surface (52) et l’on retrouve régulièrement dans les fantasmes conspirationnistes l’idée que le grand complot mondial serait orchestré par de grandes familles juives sionistes.

 

Commentaires antisémites sous le documentaire anti-vaccin Hold Up publié sur la plateforme de repli complotiste Odysee.

 

Pour l’heure, le mouvement complotiste en est à la conquête des esprits. Il s’agit de rallier suffisamment d’individus à sa vision du monde pour constituer une force capable de prendre le pouvoir par la suite. La bataille des idées précède toujours la bataille politique. Le mème idéologique doit être dupliqué de conscience en conscience jusqu’à constituer une force collective suffisante. Les forces complotistes se déploient de manière décentralisée en une multitude de leaders interconnectés se faisant écho les uns aux autres. Chacun grignote à sa façon l’ordre symbolique moderniste en propageant des interprétations complotistes de l’actualité. En termes clausewitzien, on pourrait dire que les forces complotistes gèrent la bataille des idées selon une tactique de guérilla culturelle. Elles n’affrontent pas frontalement, sous un étendard commun mené par un leader central, les forces de l’empire moderniste qui réunit GAFAM et États, mais elles picorent l’ordre symbolique ça et là, en émiettant progressivement leur crédibilité.

La tactique de l’attaque-et-retrait permet d’user progressivement le colosse aux pieds d’argile. Les complotistes piquent, puis se retirent pendant que leur nouvelle théorie contamine progressivement le corps social. Lorsqu’elle parvient à un certain seuil de dissémination, les experts modernistes sont contraint d’intervenir pour enrayer la propagation. Mais au moment même où ces derniers s’efforcent de rétablir les faits et de mettre cette nouvelle théorie en pièce, les complotistes sont déjà en train de piquer ailleurs en propageant une nouvelle théorie. Ainsi, lorsque le documentaire Hold Up est sorti et s’est propagé rapidement sur la toile, le corps médiatique et scientifique a fini par réagir, et durant plusieurs jours d’innombrables articles (53) sont venus déconstruire chaque argument du documentaire jusqu’à ce qu’il n’en reste pour ainsi dire aucun. Mais la loi de Brandolini (54) avait fait son oeuvre, et les complotistes avaient entre temps gagné à leurs vues une nouvelle part de la population. 

Quand la contre-offensive du fact checking a lieu, le récit complotiste se déplace simplement ailleurs. De cette façon, les complotistes ont toujours un coup d’avance sur les experts  qui ne peuvent intervenir qu’après coup, quand le mal a été fait. Le complotisme propage un a priori face auquel les rectifications a posteriori semblent impuissantes. D’autant plus que le filtrage de l’information engendré par les algorithmes de personnalisation a tendance à enfermer l’individu dans un environnement informationnel qui le conforte dans ses croyances. Très vite, l’individu endoctriné ne sera plus confronté qu’à des informations conspirationnistes, les bulles de filtrage agissant comme un  biais de confirmation constant, poussant ce dernier à radicaliser progressivement son jugement. Tôt ou tard, cette radicalisation idéologique débouchera sur une action politique.

Certes, le moment politique n’est pas encore advenu. Mais déjà, la convergence des complotistes, organisée par des vitrines comme France Soir, pousse au développement d’une conscience de groupe, celle-là même qui manque encore aux forces d’évolution. Un front complotiste s’organise sur un modèle de résistance anti-totalitaire ou de communauté des éveillés, selon l’imaginaire emprunté.

 

Richard Boutry, l’interviewer de France Soir, annonce la création d’une chaîne TV visant à rassembler les leaders de la mouvance populiste-complotiste

 

Notons que c’est toujours sous couvert de liberté d’expression ou du fameux « droit de douter » que s’avancent les orateurs complotistes. La liberté d’expression est devenue le cheval de Troie des forces régressives. Elle est prise en étau entre, d’un côté, le retour de l’irrationnel (55), et de l’autre, la censure d’un système moderniste affaibli qui tente de garder le contrôle de l’ordre symbolique. Lorsque la censure frappe, elle est vécue par les complotistes comme une forme de validation empirique de leur théorie. Elle vient conforter leur modèle mental de résistance à l’empire. Ainsi le pourrissement terminal de la civilisation moderne agit chez l’individu complotiste comme une confirmation quotidienne de ses projections. N’arrivant pas à comprendre la systémique du pourrissement, il l’attribue à un agenda intentionnel secret.

À la dérive individuelle qu’induit l’isolement social et algorithmique des complotistes s’ajoute à présent une dérive collective liée à l’effet d’entraînement mutuel que suscite la confiance d’un entre-soi. Les complotistes ont perdu le réel.  Ils dérivent à présent, tant individuellement que collectivement, dans une sorte de monde parallèle, très éloigné du monde commun.

 Salim Laïbi, théoricien complotiste, auteur de La Faillite du Monde moderne, au jardin du Luxembourg à Paris

Il faut s’attendre à ce que ce décrochage de la réalité débouche sur des actions extrêmes et surprenantes. À l’instar de cet homme de 28 ans qui s’est rendu, le 4 décembre 2016, au restaurant Comet Ping Pong à Washington, armé d’un fusil d’assaut AR-15. L’homme était venu dans l’optique de libérer des enfants qui, selon la théorie du Pizzagate, auraient été séquestrés par l’élite pédophile dans le sous-sol du restaurant. Il a fait feu avant de réaliser qu’il n’était que dans une simple pizzéria. Arrêté par la police, l’homme a déclaré (56) être venu pour mener sa propre enquête (« shine some light on it« ).

4 – Le complotisme comme force politique réactionnaire

Au final, les complotistes procèdent à une inversion systématique du sens : ceux qui veulent sauver des vies sont vus comme de dangereux psychopathes voulant réduire la population mondiale. Ceux qui tentent de faire évoluer le monde au-delà du paradigme néo-libéral, vers un avenir plus écologique et social, sont présentés comme des satanistes manipulateurs profitant de la crise pour imposer un nouvel ordre totalitaire. Ceux qui conduisent la population vers de fausses solutions sont décrits comme des libérateurs dignes de Vercingétorix. Ceux qui font de la propagande désinformatrice sont vus comme des défenseurs de la liberté d’expression. Le fait d’avoir été exclu de tous les médias professionnels est pris comme un gage de véracité. Des charlatans du web deviennent leader d’opinion. Des présidents climatosceptiques et machistes sont considérés comme des représentants de la lumière sur terre…

Cette inversion systématique ne peut, si elle parvient à contaminer suffisamment de personnes, que conduire à une Grande Régression. On n’inverse pas le sens sans finir par produire une inversion de l’évolution elle-même. Car en inversant la réalité, on ne produit pas seulement une profonde désorientation, on produit une nouvelle cohérence, une nouvelle vision du monde, une nouvelle certitude, de sens opposé.

Le fameux doute complotiste n’est lui-même que la façade de présentabilité d’une certitude anti-système radicale. En réalité, le mode de penser complotiste n’est pas le doute mais la projection. Les complotistes projettent un arrière monde inaccessible, fait de sociétés secrètes et de réseaux occultes, où se trameraient les véritables intentions des puissants aux commandes des institutions modernes. Cet arrière-monde obscur sert ensuite de support de projection pour les masses en colère, qui subissent de plein fouet la crise du système. Le complotisme tisse ainsi un imaginaire, une grille d’interprétation du réel sur lequel la parole institutionnelle n’a plus prise. Toute parole institutionnelle se verra créditée a priori de mensonge et de mauvaises intentions cachées. Les théoriciens complotistes n’écouteront plus cette parole mais tenteront d’y décrypter des signaux cachés validant leurs projections. Et ils y parviendront, par un jeu d’interprétations erronées, dont l’invalidité ne sera pas détectable par les non-experts, qui tomberont d’autant plus dans le piège que l’émetteur du discours fera preuve, comme le veut l’effet Dunning-Kruger (57), d’une absolue confiance en lui. Et c’est sur la base de ce manque d’expertise, allié à l’inculture des masses, que se propagera le mème conspirationniste.

Nous devons aussi considérer les affects qui sous-tendent le niveau rationnel du discours complotiste, si nous voulons pouvoir identifier les forces pour lesquelles il travaille. La crise intégrale du monde moderne suscite une colère et une frustration chez ceux qui en sont les premières victimes.  Certaines personnes voient leur situation se dégrader rapidement, se sentent abandonnées par la société, exclues de la représentation. Pour elles, le contrat social de la modernité – ce contrat qui garantit le confort matériel et l’intégration, voir l’ascension sociale, en échange d’une vie de travail – ne fonctionne plus. Il s’en suit une accumulation de ressentiment à l’encontre du système moderniste et de ses représentants. La colère et la frustration montantes nourrissent une attitude de défiance vis-à-vis des institutions politiques, financières, médiatiques, culturelles, scientifiques, médicales et scolaires, qui façonnent ce monde. Dans les cas les plus extrêmes, cette défiance se transforme en une vision paranoïaque de l’élite, cette dernière étant tour à tour perçue comme psychopathe, pédo-sataniste, reptilienne ou totalitaire.

Cette pensée paranoïaque jaillit sur fond d’accroissement des inégalités. Le complotisme naît du creusement des inégalités. Ce sont les inégalités qui creusent le fossé à partir duquel devient possible la projection paranoïaque des dominés sur les dominants. C’est cet éloignement des mondes qui crée la méfiance et le ressentiment sur la base desquels émergent une révolte et une incroyance vis à vis de l’autorité symbolique. Cette révolte a évidemment beaucoup à voir avec la destitution de l’autorité symbolique du Père. Le bon père s’étant, aux yeux des complotistes, transformé en mauvais père pédophile, menteur et malveillant, sa parole ne fait plus autorité. Elle se voit frappée d’illégitimité, de sorte que le paternalisme politico-médiatique ne parvient plus à fonctionner. Et quand l’autorité symbolique s’effondre, la gifle au Père n’est jamais loin.

 

Nolan Lapie, jeune identitaire breton connu pour avoir giflé le premier ministre Manuel Valls, reçu par l’humoriste complotiste Dieudonné

 

Le complotisme émerge donc au bout de la chaine du ressentiment comme le récit des victimes de la modernité en crise, le récit qui donne sens à leur expérience, à leur colère, à leur sentiment d’échec ou d’impuissance. Il répond au besoin de simplicité de ceux qui ont été dépassés par la complexité d’un monde qui leur échappe. Mais les théories du complot ne donnent pas seulement aux dominés une explication du monde, elles leur donnent également une raison de prendre leur revanche sur ce monde. Le complotisme n’est pas seulement de l’ordre de l’interprétation, il est toujours déjà de l’ordre de la contestation. Il conteste d’abord un ordre symbolique, celui de la fameuse « version officielle », qu’il s’efforce de discréditer. Mais cette contestation symbolique reconduit tôt ou tard inéluctablement sur une contestation d’ordre politique. En témoigne le discours enflammé d’un David Icke, inventeur de la théorie du complot reptilien, dans un rassemblement anti-masque à Londres le 22 août 2020. Dans ce discours, Icke enjoint la population à reprendre le pouvoir : « Si nous nous rappelons où se trouve le pouvoir, alors cela peut se terminer en un temps dramatiquement court. Le pouvoir est avec nous. […] Vous êtes nombreux. Ils sont peu nombreux. […] Ils veulent nous faire croire que l’autorité a le pouvoir. L’autorité n’a aucun pouvoir. Le pouvoir des autorités dans le monde entier n’est que le pouvoir que nous leur donnons. » (58) Au vu de ce genre de discours, il devient évident que la théorie du complot n’est pas seulement une théorie, c’est aussi un projet politique.

La prise de pouvoir est le débouché naturel du complotisme. La récente invasion du capitole par des manifestants QAnon et néonazis (59) est à cet égard révélatrice. Le complotisme est une vision du monde, et en tant que vision du monde en confrontation avec la volonté de puissance d’autres visions du monde, il tend nécessairement vers sa traduction politique, l’appropriation du pouvoir étant le seul moyen d’orienter la société conformément à cette vision.

Le complotisme apparaît en fin de compte comme une radicalisation de la défiance populiste à l’encontre du système moderniste. Il agit comme un mème contagieux et fédérateur qui permet la propagation et le rassemblement des forces régressives. Ultimement, il débouche sur le renversement des institutions modernes et de leurs représentants, puis sur l’instauration d’un ordre populiste réactionnaire incarnant la revanche des perdants.

Déjà des leaders populistes émergent, usant des nouveaux modes de communication pour canaliser la crise de confiance dans leur sens. Des leaders d’extrême droite entament leur mue complotiste. A l’instar d’un Philippe De Villiers en France, qui faisait récemment son coming out complotiste dans son livre « J’ai tiré sur le fil du mensonge et tout est venu » (60). Dans ce livre,  le vieux nationaliste reprend à son compte la théorie déjà colportée par François Asselineau  selon laquelle l’Union Européenne serait une création des États-Unis fomentée par la CIA. Habituellement reçu sur tous les plateaux (Europe 1, France Inter, RTL, Sud Radio, Thinkerview, Ardisson, BFM…), l’homme a pu diffuser largement sa thèse dans la population. Des historiens et des journalistes fact checker ont eu beau mettre en pièce son argumentation (61),  le message était passé, le mal était fait. Le 1er mai 2019, Marine Lepen, présidente du Rassemblement National, reprenait à son compte la fameuse théorie, déclarant dans le cadre d’un banquet patriotique donné à Metz: « Philippe de Villiers, avec le talent qu’on lui connaît, a démasqué les ‘pères fondateurs’ autoproclamés, qui n’étaient finalement que des agents d’intérêts politiques financiers étrangers à la France, et même étrangers à l’Europe, en décidant de rayer les nations de la carte de l’Europe – les Monnet, les Schuman – n’ont en réalité fait que reprendre le rêve d’une Europe impériale, par nature hégémonique et totalitaire – rêve que d’autres avaient fait avant eux.” (62) On voit ainsi s’opérer une mutation du nationalisme en une sorte de souverainisme complotiste, dont le champ de diffusion est à l’échelle du premier parti de France.

Sur le plan politique, la théorie complotiste permet de légitimer la revanche des dominés sur les dominants. Elle donne une caution morale à la révolution. Déjà la critique sociale, à travers la compréhension du monde qu’elle engendrait, produisait un effet de révolte morale chez les classes dominées. Le complotisme va plus loin encore : il ne s’agit plus simplement de lutter contre l’ordre capitaliste, mais contre des êtres absolument malfaisants, des personnalités abjectes, des monstres d’inhumanités. Le rapport de force dominés/dominants prend finalement l’apparence d’une guerre du Bien contre le Mal absolu, de la Vérité contre le Mensonge, des éveillés contre les réseaux de l’ombre. 

Le complotisme prend finalement le relai de la critique sociale pour servir de discours de légitimation à la révolte des dominés. À l’analyse fine et complexe des rapports de classe dans l’histoire, telle qu’enseignée par le matérialisme dialectique et la sociologie marxiste, il substitue une explication intentionnaliste de la domination, qui reconduit sur une interprétation théologico-morale de la situation. Le complotisme est en cela un échec de la pensée complexe et systémique en matière de critique sociale. À l’appréhension holistique de phénomènes dynamiques, alliant de multiples perspectives disciplinaires, il substitue la pratique paranoïaque consistant à relier les points (« connecting the dots« ), pour finalement déboucher sur une vision binaire. 

The mini-Q Map, par Dylan Louis Monroe

Il s’agira dès lors de restaurer l’ordre du Bien contre la domination du Mal, les valeurs religieuses contre l’inversion des valeurs, le pouvoir de Dieu contre la décadence sataniste… En ce sens, le complotisme reconduit bien souvent sur un traditionalisme. Il n’est d’ailleurs pas rare de trouver parmi les influences des auteurs complotistes, des penseurs traditionalistes tels que Guénon ou Évola. C’est le cas par exemple, en France, d’un Salim Laïbi, qui explique comment tout est devenu clair pour lui à la lecture du Règne de la quantité, ou d’un Alain Soral, qui réédite Guénon, Évola ou Maurras sur Kontre-Kulture. La délégitimation de la modernité conduit bien souvent à la relégitimation de la tradition. Quand l’ère moderne n’apparaît plus que comme une gigantesque décadence ou un projet d’asservissement des hommes par une élite malfaisante, il semble logique d’envisager la restauration de l’ordre traditionnel comme une solution. C’est là peut-être, le véritable enjeu de cette guérilla culturelle que d’achever un ordre symbolique en crise, pour restaurer l’ancien.

On comprend bien mieux la dynamique globale du complotisme si l’on considère que, par-delà la multiplicité de ses attaques, il ne s’attaque toujours qu’à une seule et même chose : l’ordre symbolique de la modernité. Ainsi, on ne comprend rien à la remise en cause du récit de l’homme sur la Lune si l’on ne considère pas qu’un tel évènement est un élément constitutif du grand récit de la modernité. De même qu’on ne comprend rien à la résurgence de théories platistes et créationnistes si l’on ne considère pas, d’abord, que la découverte de la forme sphérique de la terre, de l’héliocentrisme ou de l’évolution sont des moments décisifs dans l’avènement de la culture moderne. Il en va de même pour l’acharnement antivax : la découverte pasteurienne est en effet l’un des grands moments de l’histoire moderne, elle incarne la victoire du progrès scientifique sur les superstitions explicatives prémodernes. Le complotisme anti-5G apparaît quant à lui comme un rejet systématique du progrès, une peur de l’évolution technologique constante que produit la modernité. Ainsi, ce que le complotisme cherche fondamentalement à remettre en cause n’est pas tant tel ou tel évènement aléatoire, mais bien un certain type d’éléments autour desquels se noue la légitimité du récit moderniste. Par-delà la multiplicité des objets visés, il n’y en a jamais qu’un seul : la modernité en tant qu’ordre symbolique hégémonique.

Le complotisme fonctionne comme une gigantesque entreprise de délégitimation du pouvoir institutionnel moderne. C’est un acte de sabotage symbolique de la légitimité qui est le fondement même du fonctionnement des institutions. Cette entreprise de délégitimation fonctionne par inversion de la réalité, via la projection d’un arrière-monde occulte malintentionné. On doit d’abord inverser le sens pour produire une vision positive de la régression, afin d’y conduire la population de son plein gré. Ainsi le progrès sera présenté comme une marche forcée vers l’asservissement de la population. La science comme une institution contrôlée par les lobbys qui la financent. La médecine moderne ne sera plus, quant à elle, qu’une industrie fabriquant dans l’ombre des maladies pour engranger des bénéfices sur les remèdes. Les médias professionnels seront, eux, un instrument de propagande mensongère. Leurs journalistes, les collabos d’un système totalitaire.

L’inversion systématique du sens prépare le grand rejet des institutions de la modernité par les victimes de la crise systémique. Que serait, en effet, une population qui, à force de baigner dans ces thèses, serait devenue instinctivement défavorable au progrès, à la science, à la médecine moderne, à la technologie ou aux médias professionnels ? Une telle population serait assurément prête à entamer une grande régression vers un ordre symbolique et social pré-moderne. La modernité lui apparaîtrait comme un gigantesque complot de réseaux occultes malfaisants. Sa complexité serait prise pour une entreprise satanique de déconstruction de l’ordre naturel et divin. Et le recours à un leader conservateur prétendant restaurer l’ordre passé s’imposerait à elle comme le remède à tous les maux du monde moderne.

Le complotisme joue donc un rôle clé dans la conquête du pouvoir par les forces régressives, en privant la parole institutionnelle de la légitimité dont elle a besoin pour faire fonctionner le système moderne. En jetant sur les représentants des institutions un soupçon de malfaisance, les complotistes ne s’attaquent pas tant à la véracité de leurs arguments qu’à la légitimité de leur parole, c’est à dire à la possibilité même de l’écoute.

Les forces antimodernes, qui n’ont jamais cessé, depuis le début même de la modernité, de vouloir reprendre le pouvoir, utilisent la crise du monde moderne comme une opportunité pour se réactiver et augmenter leur légitimité (63). Elles trouvent dans le complotisme un allié stratégique pour désamorcer la croyance du peuple dans les institutions modernes et priver leurs représentants de l’autorité symbolique nécessaire à l’exercice de leur fonction.

 

Conclusion

Le phénomène complotiste doit être étudié et pensé en relation avec son contexte d’émergence, la crise systémique du monde moderne, dont il constitue un symptôme pathologique. Comme l’explique le philosophe britanique Jules Evans : « Il y a certains moments dans l’histoire où l’effondrement du récit dominant conduit à une période d’instabilité dans ce qui est croyable et crédible; quand il y a un effondrement du monopole du sens et que de nombreuses significations et théories rivales apparaissent. » (64) Cette crise systémique a considérablement fragilisé l’ordre symbolique de la modernité, son grand mythe fondateur d’un progrès humaniste appuyé sur la compétence des élites et l’expertise des institutions. Fragilisé par la crise, ce grand récit laisse aujourd’hui place à une véritable compétition de nouveaux récits prétendant au trône : effondrisme, islamisme, transitionnisme, transhumanisme,  éco-modernisme, altermondialisme, traditionalisme, postmodernisme évolutionnaire… Dans cette bataille des grands récits pour la détermination du futur, le récit du grand complot mondial s’annonce comme le représentant des forces réactionnaires. Ce sont ces forces qui le portent, c’est elles qu’il représente dans l’espace public, et c’est vers elles qu’il reconduit politiquement.

Le complotisme est le récit des forces régressives, leur mème contaminant et leur axiomatique partagée. Il est dans leur intérêt de l’adopter. Il est dans leur intérêt de le propager. Mais il ne s’agit pas, pour le faire reculer, de défendre contre lui l’étendard d’une modernité à bout de souffle. Non. Ce dont nous avons besoin pour sortir de l’impasse actuelle, de ce faux débat entre modernistes et réactionnaires, c’est d’une perspective constructive ouvrant sur un horizon postmoderne. Certes, l’héritage de la modernité doit continuer à tout prix d’être transmis si nous ne voulons pas régresser en deçà. La rationalité étant une conquête culturelle et non un état naturel de l’esprit humain, elle tend à disparaître sitôt qu’elle n’est plus transmise. Mais tout en continuant de transmettre l’apport moderne, il s’agit à présent de passer au prochain stade de notre évolution collective. Car il n’est pas de stagnation possible à l’heure d’une crise systémique mondiale. Ce qui n’évolue pas tend à se dégrader. Tout pouvoir légitime qui n’est pas actuellement en train d’évoluer au-delà de la modernité est condamné à sombrer avec elle. Plutôt que de vouloir maintenir artificiellement la légitimité de la vision moderniste du monde, nous devrions travailler à la refondation de cette légitimité sur la base d’une nouvelle vision du monde postmoderne. Le monde a vu émerger durant les soixante dernières années une nouvelle forme de pensée, complexe, systémique, évolutionnaire, postmatérialiste, une pensée qui relie science et conscience. Il est grand temps de prendre acte de cette révolution dans la pensée, car aucune transition systémique ne saurait se produire sans un changement fondamental dans la représentation du monde et la manière de penser.

La critique du complotisme n’équivaut évidemment pas à une adhésion au système moderniste et encore moins à un soutien au gouvernement. Il y a une place pour une critique du complotisme qui serait également critique envers la modernité et ses représentants. Il s’agit d’échapper au piège de la réduction en cours de la critique au complotisme. Le complotisme ne détient pas le monopole du discours critique, ne laissant en dehors de lui qu’un champ d’adhésion au système moderniste. Il s’agit de retrouver le sens d’une critique non complotiste telle qu’elle a pu exister par le passé dans la philosophie, la politique, la sociologie ou le journalisme d’investigation. Le risque d’une dérive totalitaire du système moderniste dans sa phase de déclin terminal est une possibilité non négligeable qui peut être analysée rationnellement. La pédophilie d’élite est une réalité qui doit être investiguée et jugée sérieusement, sans prêter le flanc à la panique morale. Des expérimentations classées secret défense, potentiellement dangereuses, anti-écologiques et contraires aux droits de l’homme, ont lieu dans le cadre de la recherche militaire. Les réseaux de pouvoir sont évidemment une réalité qui peut être étudiée sociologiquement sans être utilisée comme support de projections populistes. Les structures de domination font également partie de la réalité moderne et de la géopolitique mondiale. Il serait naïf de simplement rejeter ces réalités sous prétexte de n’être pas complotiste. Enfin, il n’est pas insensé de penser que la culture moderniste devient aujourd’hui décadente, qu’elle ne produit plus une élévation suffisante de l’esprit mais au contraire favorise une désublimation et une aliénation systémique de masse. Mais cette décadence est liée à la phase de déclin du cycle de vie du paradigme moderne. Elle s’explique par une multitude de facteurs intriqués qui doivent être analysés ensemble, non par un simple complot mondial d’élites malfaisantes. Et surtout, elle ne se résoudra pas par un retour aux valeurs anciennes, mais par une réinvention de la culture sur la base des nouvelles valeurs en cours d’émergence, telles que la psycho-sociologie américaine nous les donne déjà à voir (Graves, Ray & Anderson, Beck & Cowan, Hall, Inglehart (65)…)

Veillons donc à ce que le refus du complotisme ne nous fasse pas tomber dans le piège de la naïveté. Il ne s’agit ni de sombrer dans la paranoïa collective, ni de cultiver une confiance aveugle en un système auto-destructeur porté par des élites sclérosées. Aux polarisations binaires, préférons, encore une fois, l’attitude complexe qui nourrit la pensée constructive depuis le départ. De même que l’effondrisme n’a pas le monopole de la reconnaissance du risque d’effondrement, le complotisme n’a pas le monopole de la critique sociale. Le complotisme grandit en réalité sur le pourrissement de la modernité. Il est lui-même un symptôme de ce qu’il dénonce. Il ne s’agit donc pas, en le rejetant, de défendre une foi aveugle dans les institutions en crise du système moderniste et encore moins dans leurs représentants. Il s’agit bien plutôt d’envisager un dépassement sain du paradigme moderne, qui en conserverait les acquis importants pour la poursuite de l’évolution, plutôt qu’un rejet en bloc, qui ne pourrait conduire qu’à une immense régression. 

Pour le moment, la crise profite plus à la réaction qu’à l’évolution. Mais l’arrivée d’une nouvelle avant-garde évolutionnaire dans le débat public pourrait changer la donne.

Satyavir

 

 

 

Notes :

 

(1) CONSPIRACY WATCH, Une enquête d’opinion YouGov montre que le complotisme a cessé d’être un phénomène marginal, conspiracywatch.info, 29 novembre 2018. (Lien)

(2) Rudy REICHSTADT, Enquête complotisme 2019 : les grands enseignements, jean-jaures.org, 6 février 2019. (Lien)

(3) 20 MINUTES/AFP, Près d’un Russe sur deux convaincu par les théories du complot, conspiracywatch.info, 18 septembre 2014. (Lien)

(4) Daniel MILO, Katarína KLINGOVÁ, Dominika HAJDU, GLOBSEC Trends 2018. Central Europe : one region, different perspectives, globsec.org, mai 2018. (Lien)

(5) DÉPARTEMENT DE LA COMMUNICATION GLOBALE, COVID-19 : le système de l’ONU en alerte contre l’ « infodémie » et la cybercriminalité, un.org, 2 avril 2020. (Lien)

ONU INFO, Coronavirus : l’OMS agit avec les plateformes de l’Internet pour combattre les fausses informations, news.un.org, 4 février 2020. (Lien)

(6) CONSPIRACY WATCH, Un Français sur quatre estime (à tort) que le coronavirus a été conçu en laboratoire, conspiracywatch.info, 28 mars 2020. (Lien)
(7) Amy MITCHELL, J. Baxter OLIPHANT, Americans Immersed in COVID-19 News; Most Think Media Are Doing Fairly Well Covering It, journalism.org, 18 mars 2020. (Lien)
(8) D. FREEMAN D, F. WAITE F, L. ROSEBROCK L, A. PETIT A, C. CAUSIER C, A. EAST A, L. JENNER L, A.L. TEALE, L. CARR L, S. MULHALL S, E. BOLD E, S. LAMBE, Coronavirus conspiracy beliefs, mistrust, and compliance with government guidelines in England, Cambridge University Press,  21 Mai 2020. (Lien)

(9) Charlotte WARD and David VOAS, The emergence of conspirituality, Journal of Contemporary Religion, vol. 26 , 2011, pp. 103 -121. (Lien)

(10) Robin RUTENGES, Le yoga, terrain fertile pour les théories du complot, slate.fr, 14 février 2021. (Lien)

Daniël DE ZEEUW, Sal HAGEN, Stijn PEETERS, Emilija JOKUBAUSKAITE, Tracing normiefication : A cross-platform analysis of the QAnon conspiracy theory, First Monday, Volume 25, Number 11, 2 November 2020. (Lien)

(11) G. MILGRAM, Le monde parallèle des QAnon français [vidéo], YouTube, 7 janvier 2021. (Lien)

(12) Voir le site Harmonic Universe Academy. (Lien)

(13) Laura MARIE, Les 21 symptômes de l’éveil spirituel, Newsletter Septembre 2014, HarmonicUniverse.Academy, 2014. (Lien)

(14) CONSPIRACYWATCH, Condamné pour négationnisme en 2018, cet ancien rappeur devenu une figure de la complosphère francophone est décédé jeudi dernier., conspiracywatch.info, 18 novembre 2019. (Lien)

(15) Laura MARIE, Présidentielles et satanisme, lauramarietv.com, 8 mai 2017. (Lien)

(16) Voir le témoignage suivant : « Elle a commencé en écrivant des articles sur le développement personnel et la spiritualité, et ça a super bien marché. Des milliers de gens ont gravité autour d’elle. Ça n’était rien de bien méchant au début, simplement des croyances et de l’espoir. […] Puis, peu à peu elle s’est mise à parler d’extra-terrestres, et à raconter que les reptiliens sont parmi nous. Elle disait qu’il y avait des entités négatives autour de nous tout le temps, et que quand les gens ont des émotions négatives, c’est dû aux attaques psychiques des extra-terrestres invisibles. […] Elle a commencé à déresponsabiliser complètement tous ses followers [https://lauramarietv.com/] Elle leur disait qu’à chaque fois qu’ils ont peur ou qu’ils sont en colère, ils n’y sont pour rien, c’est la faute des E.T.! […] Du coup, après leur avoir fichu la trouille, elle leur a apporté une solution. Il s’agit de protocoles bizarres d’imagination et d’incantation pour former un bouclier invisible imaginaire afin de se protéger des attaques psychiques! […] [Enregistré le 17/11/2017] » MIVILUDES, Rapport d’activité 2016 et premier semestre 2017. Études« Utilisation des réseaux sociaux par les nouveaux médiums », Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, 2017. (Lien)

(17) « Nous affrontons une situation difficile actuellement, avec l’épidémie qui a été envoyée à la race humaine intentionnellement, afin d’apporter les vaccins qui porteraient le véritable agenda derrière tout cela, qui est d’injecter de la toxicité et des substances très dangereuses dans le sang humain, afin que le génome humain se transforme en quelque chose qui n’est pas organique à sa véritable nature.  C’est un agenda pleinement transhumaniste, auquel nous devons nous éveiller maintenant. Parce que nous ne pouvons croire que les vaccins sont fabriqués et promus par des personnes au grand coeur, qui aiment sincèrement l’humanité et qui veulent la protéger. (…) Si nous regardons qui construit ces injections dans la chair humaine, ceux-ci sont les individus les plus criminels ou non-qualifiés en matière de Santé, de la planète. Et lorsque nous parlons de Santé, nous parlons de Santé Multidimensionnelle, de Santé Mentale, de Santé Emotionnelle, et de Santé Spirituelle. Mais à la place, ces individus sont profondément impliqués dans le trafic humain, les abus rituels sataniques, le contrôle mental, la manipulation émotionnelle, les tactiques de manipulation mentale au travers de la peur, et des complexes hero-sauveur ou syndromes de Stockholm ; et il est Temps pour nous de nous éveiller à ces Vérités difficiles, que ceux qui gouvernent les principaux piliers de contrôle de la Société ne le font pas à partir du coeur et de la véritable bienveillance envers la race humaine, mais qu’ils travaillent pour un plan très machiavélique de totalement ‘esclavagiser’ et capturer les âmes humaines ; et afin de capturer leurs âmes, ils ont besoin d’accéder à leurs corps, d’une façon ou d’une autre.  Et intentionnellement créer une pandémie, comme ils l’ont déjà fait de multiples fois dans l’Histoire humaine, est une excellente stratégie pour eux pour implémenter ce qu’ils souhaitent ensuite, qui est d’accéder aux corps humains. (…) Un être humain moyen n’a aucune idée qu’il a même une âme. Par conséquent, ces êtres donnent leur corps physique au système médical, ignorant qu’ils ont une âme, pour que leur soit injecté un vaccin dans leurs veines, sans savoir ce que cela fait sur leur Moi Eternel. Parce que l’intelligence artificielle a le pouvoir de maintenir notre âme asservie dans des matrices fantômes, une fois que nous mourrons, que nous voulions le croire ou non. Quels sont les véritables agendas de ces races hostiles variées que nous appelons la Résistance Draco, la Résistance Annunaki, la Rébellion Luciférienne et tous les autres hybrides au travers de l’Univers, qui rejoignent ces forces lucifériennes et sataniques ? C’est d’aspirer cette bibliothèque de lumière vivante dans leurs matrices fantômes, et de remplacer chaque être humain sur cette planète, par un cyborg. » Laura MARIE, L’Arche d’Alliance, harmonicuniverse.academy, 28 août 2020. (Lien)

(18) SATYAVIR, Où en sont les créatifs culturels? [Vidéo], Créatif Culturel [Chaîne Youtube], 17 déc. 2015. (Lien)

Paul RAY, Chapter 2. The Cultural Creatives. The Potential for a New, Emerging Culture in the U.S., Report on the 2008 American Values Surveys, 2008. (Lien)

Paul RAY, Cultural Creatives, culturalcreatives.org, 2021. (Lien)

Julie ITEL, Les créatifs culturels: regard sur un nouveau profil de chercheur spirituel à l’ère de l’ultramodernité, Institut d’études religieuses, Université de Montréal, 2018. (Lien)

(19) Jean-Loup ADENOR, Margot BRUNET, Du New Age à l’extrême droite : comment le mouvement antivax a muté pendant la pandémie, marianne.net, 26 mai 2021. (Lien)

(20) Dominique WOLFSHAGEN, Médecine parallèle et extrême droite, alliés improbables, sciencepresse.qc.ca, 12 janvier 2021. (Lien)

(21) Valérie CANTIÉ, Donald Trump, un climato-sceptique à la tête du pays le plus pollueur au monde, franceinter.fr,

(22) 22 Sexist Things President Donald Trump Has Said About Women, self.com, 29 juin 2017. (Lien)

(23) WIKIPEDIA, Racial views of Donald Trump, wikipedia.org, 6 juin 2021. (Lien)

(24) Sacha STONE, Interview with John and Irina Mappin from Camelot TV Network [Vidéo], marekdjw [Chaîne Youtube], 28 mai 2020, 26:00 min. (Lien)

(25) Sacha STONE, 5G apocalypse protection with Sacha Stone on Trump, sovereignty, income tax & more! [Vidéo], World Awake [Chaîne Youtube], 10 octobre 2019, 24:58 min. (Lien)

(26)Voir nos analyses sur le phénomène vert régressif. (Lien)

(27) Nicholas GOODRICK-CLARKE, Occult roots of nazism: Secret Aryan Cults and Their Influence on Nazi Ideology, New York University Press, 1993.

(28) Jules EVANS, Nazi Hippies: When the New Age and Far Right Overlap, gen.medium.com, 4 septembre 2020. (Lien)

(29) Palash GHOSH, Heinrich Himmler: The Nazi Hindu, International Business Times, 4 octobre 2012. (Lien)

(30) Voir : https://irp-cdn.multiscreensite.com/ab0af135/files/uploaded/cv-azalbert.pdf

(31)  Bertrand BADIE, Le retour des populismes, La Découverte, 2019.

(32) Soroush VOSOUGHI, Deb ROY, Sinan ARAL, The spread of true and false news online, Science, mars 2018. (Lien)

(33) FRANCE SOIR, INTERVIEW : Silvano Trotta et la vidéo au 1M de vues retirée, francesoir.fr, 9 juin 2020. (Lien)

(34) William AURUDEAU, Silvano Trotta, un de ces théoriciens du complot à « l’arrogance déstabilisante », lemonde.fr, 09 décembre 2020. (Lien)

(35) Antoine DAOUST, Bons Sens : l’association à contre sens, factandfurious.com,

(36) MIASME TV, Miasme #044 avec Sebastien Martin, Thierry Jamin (ou presque), Aurore, Laurent & Silvano [Vidéo], Youtube.com, 28 févr. 2017. (Lien)

(37) AFP FRANCE, « Hold-up » : une vidéo truffée de fausses informations, factuel.afp.com, 13 novembre 2020. (Lien)

«Hold-up» : on a décrypté le docu qui alimente les fantasmes sur le Covid-19, leparisien.fr, 12 novembre 2020. (Lien)

Vincent COQUAZ, Robin ANDRACA, Que sait-on du documentaire «Hold-up», qui dénonce une «manipulation» mondiale sur le Covid-19 ?, liberation.fr, 11 novembre 2020. (Lien)

Benoît GROSSIN, Éric CHAVEROU, ‘Hold-Up’ : « A partir de faits, le documentaire est bâti comme une vraie entreprise de désinformation », franceculture.fr, 12 novembre 2020. (Lien)

LCI [Rédaction], « Hold Up »: plusieurs intervenants se désolidarisent, la majorité dénonce une « propagande complotiste », lci.fr, 14 novembre 2020. (Lien)

« Hold-up »: quatre académies scientifiques dénoncent un « bric-à-brac d’inepties », ladepeche.fr, 27 novembre 2020. (Lien)

Grégory ROZIERES, « Hold-up », le documentaire sur le Covid-19 confronté aux faits scientifiques, huffingtonpost.fr, 12 novembre 2020. (Lien)

SCIENCES ET AVENIR, Hold-up et Covid-19 : les vraies données sur les brevets de l’Institut Pasteur, la Suède et l’immunité collective, sciencesetavenir.fr, 13 novembre 2020. (Lien)

SCIENCES ET AVENIR, Covid-19 : 4 « fake news » majeures présentes dans le documentaire complotiste « Hold-Up », sciencesetavenir.fr, 12 novembre 2020. (Lien)

SCIENCES ET AVENIR, Hold-up : qui sont les principaux intervenants du documentaire complotiste sur le Covid-19 ?, sciencesetavenir.fr, 13 novembre 2020. (Lien)

SCIENCES ET AVENIR, Hold-up et Covid-19 : 7 fausses informations sur l’hydroxychloroquine dans le documentaire complotiste, sciencesetavenir.fr, 13 novembre 2020. (Lien)

Adrien SÉNÉCAT, Assma MAAD, Les contre-vérités de « Hold-up », documentaire à succès qui prétend dévoiler la face cachée de l’épidémie, lemonde.fr, 12 novembre 2020. (Lien)

Sarah SERMONDADAZ, «Hold-up»: les leviers cognitifs qui expliquent le succès du film, heidi.news, 13 novembre 2020. (Lien)

SERVICE CHECKNEWS, Covid-19 : dix contre-vérités véhiculées par «Hold-up», liberation.fr, 12 novembre 2020. (Lien)

, Non, « HOLD-UP » n’est pas un documentaire sur la vérité de la pandémie du Covid-19 comme le réalisateur le prétend, hoax-net.be, 17 novembre 2020. (Lien)

Autres sources: https://docs.google.com/document/u/0/d/1UU2Gp_YH4NnJ2tRYPD1-pFli-F7TM1PtO_Ll95J2LQI/mobilebasic

(38) Chloé LALUC, Klaus SCHWAB, « Le néolibéralisme a fait son temps », Klaus Schwab et Thierry Malleret publient « COVID-19 : La Grande Réinitialisation », fr.weforum.org, 29 septembre 2020. (Lien)

(39) Claus SCHWAB, Thierry MALLERET, Covid-19: La grande réinitialisation, Forum Publishing, 2020.

(40) FRANCE SOIR, Le Défi de la vérité : Eric Verhaeghe, « Great Reset, mythes et réalités », francesoir.fr, 18 janvier 2021. (Lien)

(41) Claus SCHWAB, Thierry MALLERET, Covid-19: La grande réinitialisation, Forum Publishing, 2020.

(42) id.

(43) Nicholas DE ROSA, Non, Bill Gates ne veut pas vous implanter une micropuce à l’aide d’un vaccin, ici.radio-canada.ca, 1 mai 2020. (Lien)

(44) ATS, Deux nouvelles études démontrent l’inefficacité de l’hydroxychloroquine, letemps.ch, 14 mai 2020. (Lien)

Cathrine AXFORS, Andreas M. SCHMITT, […], Lars G. HEMKENS, Mortality outcomes with hydroxychloroquine and chloroquine in COVID-19 from an international collaborative meta-analysis of randomized trials, Nature Communications, nature.com, 15 avril 2021. (Lien)

Marcus, DUPONT-BESNARD, Chloroquine : les graves erreurs scientifiques de la méthode Raoult, numerana.com, 31 mars 2020. (Lien)

Fabien GOUBET, Recovery persiste et signe concernant la chloroquine, letemps.ch, 9 octobre 2020. (Lien)

Julien HERNANDEZ, Covid-19 : combien de morts si la prescription d’hydroxychloroquine avait été généralisée ?, futura-sciences.com, 28 octobre 2020. (Lien)

LES ECHOS, Coronavirus : l’hydroxychloroquine n’est pas efficace, selon deux nouvelles études, lesechos.fr, 15 mai 2020. (Lien)

OMS, L’OMS met un terme à l’étude de l’hydroxychloroquine et du lopinavir/ritonavir comme traitements potentiels de la COVID-19, who.int, 4 juillet 2020. (Lien)

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SFPT, La chloroquine ou l’hydroxychloroquine sont-elles efficaces pour prévenir ou traiter l’infection par COVID-19 ?, Société Française de Pharmacologie et de Thérapeutique, 15 février 2021. (Lien)

Géraldine WOESSNER, Covid-19 : l’étude qui douche les espoirs autour de l’hydroxychloroquine, lepoint.fr, 27 août 2020. (Lien)

Benoît ZAGDOUN, Que vaut la nouvelle méta-analyse sur l’inefficacité de l’hydroxychloroquine contre le coronavirus ?, francetvinfo.fr, 29 août 2020. (Lien)

(45) Johanne MONTAY, Coronavirus : comment fonctionne la théorie du complot du belge Jean-Jacques Crèvecoeur ?, rtbf.be, 4 mai 2020. (Lien)

(46) Eric LEVENSON, Bill Gates’ daughter Jennifer jokes about conspiracy theory after getting Covid-19 vaccine, CNN, 14 février 2021. (Lien)

(47) FRANCE INFO, Vaccins contre le Covid-19, théories du complot, imposition des plus riches… Le « 8h30 franceinfo » de Bill Gates, FranceInfo, 28 janvier 2021. (Lien)

(48) Thomas MAHLER, Complotisme : quand FranceSoir fait la promotion de QAnon, lexpress.fr, 14 janvier 2021. (Lien)

(49) FRANCE SOIR, Francis Lalanne, « J’Appelle ! », francesoir.fr, 22 janvier 2021. (Lien)

(50) Valérie IGOUNET, Enquête complotisme 2019 : le conspirationnisme et l’extrême droite, Fondation Jean Jaurès, 20 février 2019. (Lien)

(51) Jérôme FOURQUET, Enquête – Complotisme 2019 : Focus sur le mouvement des « gilets jaunes », jean-jaures.org, 11 février 2019.

(52) SATYAVIR, Le Courant Constructif s’engage dans la lutte contre le complotisme et les fake news, courantconstructif.com, 1 juin 2020. (Lien)

(53) Voir note 26.

(54) Loi de Brandolini : principe formulé par le programmeur italien Alberto Brandolini, stipulant que « la quantité d’énergie nécessaire pour réfuter des idioties est supérieure d’un ordre de grandeur à celle nécessaire pour les produire ».

(55) Jean BAECHLER (dir.), Gérald BRONNER (dir.), L’irrationnel aujourd’hui, Hermann, 2021.

The Comet Ping Pong Gunman Answers Our Reporter’s Questions, nytimes.com, 7 décembre 2016. (Lien)

(57) L’effet Dunning-Kruger est un biais cognitif identifié par les psychologues américains David Dunning et Justin Kruger en 1999. D’après ces derniers, les personnes les moins qualifiées dans un domaine ont tendance à surestimer leur compétence et leur jugement, du fait qu’elles n’ont pas conscience de l’étendue de leur incompétence. Ces personnes pourront donc faire preuve d’une grande assertivité, et s’exprimer avec confiance, par pure ignorance de ce qu’elles ignorent.

(58) David ICKE, Discours  lors du rassemblement « S’unir pour la liberté » à Londres le 29 août 2020. (Lien)

(59) William AUDUREAU, Complotistes, néonazis, négationnistes… qui sont les insurgés du Capitole ?, lemonde.fr, 7 janvier 2021. (Lien)

(60) Philippe DE VILLIERS, J’ai tiré sur le fil du mensonge et tout est venu, Fayard/Pluriel, 2020.

(61) Assma MAAD, Philippe de Villiers et l’Europe, entre contre-vérités et complotisme, lemonde.fr, 14 mars 2019. (Lien)

Yann LAGARDE, L’Europe est-elle une création des États-Unis ?, franceculture.fr, 20 mars 2019. (Lien)

Pierre WOLF-MANDROUX, Europe, des historiens réfutent Philippe de Villiers, la-croix.com, le 23 avril 2019. (Lien)

HISTORIA [rédaction], Non, Robert Schuman et Jean Monnet n’étaient pas des agents de la CIA !, historia.fr,  15 mars 2017. (Lien)

Schuman, Monnet et la construction européenne liés à la CIA ? Retour sur un hoax tenace, lci.fr,

(62) AFP, Pour son 1er mai, Marine Le Pen reprend la théorie complotiste de Philippe de Villiers sur l’UE, huffingtonpost.fr, 1 mai 2019. (Lien)

(63) Zeev STERNHELL, Les anti-Lumières : du XVIIIe siècle à la guerre froide, Fayard, 2006.

Zeev STRERNHELL, Ni droite ni gauche. L’idéologie fasciste en France, Folio, 2012.

Marie-Catherine HUET-BRICHARD (dir.), Helmut METER (dir.), La polémique contre la modernité. Antimodernes et réactionnaires, Classiques Garnier, 2011.

(64) Jules EVANS, Conspirituality Explains Why the Wellness World Fell for QAnon, vice.com, 16 décembre 2020. (Lien) :

(65) Clare GRAVES, The Never Ending Quest, ECLET Publishing, 2005.

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