ÉLECTIONS 2022 : Une perspective évolutionnaire

(N.B. Pour ceux qui ne connaissent pas la spirale dynamique, il s’agit d’une théorie de psycho-sociologie qui identifie différents stades dans l’évolution humaine à la fois individuelle et collective. Chaque stade est défini par une couleur. Le bleu correspond à l’ère traditionnelle, pré-moderne, hiérarchique, centrée sur la religion, les distinctions binaires structurantes (le Bien/le Mal). Le orange correspond à l’ère moderne, centrée sur la rationalité, l’individu, la liberté, la transformation matérielle du monde au moyen de la techno-science, la quête de succès et d’enrichissement. Le vert correspond à l’ère post-moderne à peine naissante, incarnée par les créatifs culturels dans la veine de la contre-culture des années 1960, avec des valeurs d’écologie, de spiritualité, d’amour, de communauté, d’égalité, de coopération, de retour du féminin. Enfin le jaune-turquoise correspond au stade méta-moderne, dans lequel l’individu accède à la pensée systémique  complexe, avec une forte focalisation sur la compréhension du monde et la recherche de solutions systémiques et intégrales à ses problèmes. La spirale dynamique constitue une grille d’analyse qui bien que critiquable, a le mérite de permettre des distinctions fines entre les différents stades de l’évolution individuelle et collective. S’il ne faut jamais confondre la carte et le territoire, la carte permet parfois de mieux appréhender certains reliefs du territoire qui autrement passeraient inaperçus. Ces précisions étant faites, commençons!)

 

ÉLECTIONS 2022 : Une perspective évolutionnaire

La grande nouvelle de cette élection n’est pas la montée de l’extrême-droite en France mais l’existence d’une force d’évolution écologique et sociale portée par la jeunesse.

En termes de spirale dynamique, nous avons du BLEU-orangé pour Marine Lepen, du ORANGE à peine verdissant avec Emmanuel Macron et du VERT-orangé avec Jean-Luc Mélenchon. La montée du bleu traditionaliste et du vert postmoderne sont tous deux symptômes du désinvestissement du orange lié à la crise terminale du paradigme moderniste. Il a fallu fusionner les deux partis de gouvernement du modernisme, PS et UMP, pour conserver le modernisme au pouvoir en France. Cette fusion centriste a permis au système moderniste orange de prolonger son pouvoir face au raz-de-marée anti-système. Elle crée l’illusion quantitative d’une grande puissance moderniste en place, mais ne nous y trompons pas, si le orange est bien encore le centre de gravité de la population française, il a besoin de se concentrer, de se verdir et de se durcir pour parvenir à se maintenir au pouvoir.

L’heure est au désinvestissement de la modernité. La population aspire maintenant à autre chose. La question est de savoir si l’issue de ce chaos terminal sera une régression traditionaliste ou une évolution postmoderne. En cette heure rien n’est joué. Les forces réactionnaires ont un coup d’avance dans la bataille culturelle, elles dominent largement Internet tandis que les modernistes conservent la majorité des médias institutionnels. Mais cette élection redonne espoir: la France n’est pas enfermée dans une impasse binaire entre tradition et modernité. Il existe une troisième force postmoderne, et il n’a manqué que quelques alliances stratégiques pour que cette force d’évolution passe devant la force réactionnaire et rejoigne le deuxième tour.

Le vert, dont l’avènement fut annoncé par les psycho-sociologues américains Ray et Anderson dans les années 1990, poursuit sa lente ascension dans le monde. Déjà les partis modernistes sont obligés de verdir leur discours en mettant en avant le féminisme et l’écologie pour rester en phase avec leur époque. C’est pourquoi, je crois que la France sera bientôt mure pour une évolution du modernisme au postmodernisme. Nous aurons pour commencer un modernisme verdissant, puis un véritable tournant avec une prise de pouvoir des valeurs vertes (écologie, justice sociale, féminisme, sens, bien-être, créativité, culture contributive, unité humaine…). Ce tournant sera un événement d’une importance historique semblable à la prise de pouvoir des valeurs modernes à la révolution française. Il faudra travailler dur afin d’y arriver. Les penseurs et influenceurs postmodernes, inspirés par une petite avant-garde métamoderne en jaune-turquoise, devront construire une visibilité médiatique pour s’imposer dans la bataille culturelle face aux forces réactionnaires et conservatistes. Je prévois 10 ans de bataille culturelle intense pour parvenir à un tournant politique.

Les années 2020 doivent être celles de la victoire culturelle pour que les années 2030 soient celles de la victoire politique. C’est dans les années 2030 que tout va se jouer, et si nous échouons là, alors nous aurons une grande régression puis un effondrement de la civilisation moderne et avec elle, de la population mondiale. Il s’agit de construire le discours politique qui sera capable de fédérer les modernistes verdissants, les postmodernes verts et les métamodernes jaunes-turquoises. Un tel segment électoral, porté par un leader fédérateur opérant les bonnes alliances stratégiques, peut constituer une majorité et réussir une percée politique dans les années 2030.

La nouvelle génération veut la transition écologique, elle veut la justice sociale, le féminisme, le revenu de base, le bien-être animal, la liberté d’orientation sexuelle, la nouvelle éducation, la fraternité pan-européenne, pan-occidentale et humaine, une économie plus contributive, en un mot une vie qui a du sens.

Durant les années qui viennent, nous allons continuer de nous enfoncer dans la crise terminale du monde moderne. Le chaos climatique et social sera une véritable épreuve pour notre équilibre psychique. Les pathologies mentales ne vont cesser d’augmenter dans la population, alors que la pression systémique monte et que les crises se multiplient. La colère va continuer de monter dans la nouvelle génération privée d’avenir, et c’est cette colère qui, bien canalisée, pourra constituer l’énergie de transformation de demain, à condition que la solution systémique ait été mûrement réfléchie et construite en amont dans les années 2020 par une avant-garde laborieuse, visionnaire et patiente, sans quoi cette colère se déversera dans des formules populistes vouées à l’échec.

Au travail donc! Rien n’est encore perdu. L’évolution arrive! Souvenons-nous de cette formule de Sri Aurobindo: « La fin d’un stade de l’évolution est généralement marquée par une puissante recrudescence de tout ce qui doit sortir de l’évolution.» Ainsi les désastres en cours ne sont peut-être pas tant les signes avant-coureurs de la fin du monde que les symptômes de l’accouchement difficile d’un nouveau monde.

Satyavir, pour Courant Constructif

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