Courant Constructif se positionne contre une intervention directe ou indirecte en Ukraine

La préférence des peuples pour la démocratie européenne est une évidence compréhensible. Ce qui n’implique pas de facto que la Russie est le monstre que le traumatisme de l’ère soviétique laisse à penser. Vladimir Poutine ne sera pas éternellement au pouvoir et la Russie moderne, étant un pays développé de très haut niveau scientifique et technologique, sera alors clairement un futur partenaire désirable pour l’Europe dans une vision à long terme.

 

Aujourd’hui, après 30 ans de manigances de l’OTAN pour diaboliser la Russie et progresser à l’Est, malgré les promesses faites lors de la disparition du bloc soviétique et du Pacte de Varsovie qui en découlait, Vladimir Poutine a commis l’erreur irréversible (du choix) d’envahir l’Ukraine, un pays censément ami des deux parties. Un pays dont la population est partagée entre ses sentiments pour sa grande sœur la Russie et la grande démocratie de l’Union européenne. Un peuple affable, d’essence pacifique, désormais amené à combattre un ennemi-ami, générant destructions, morts, recul de plusieurs décennies de développement économique. Une situation intolérable face à laquelle chacun doit se positionner, et les organismes plus que tout autre. Courant Constructif se doit d’assumer sa raison d’être et d’apporter sa vision la plus constructive possible.

 

Face à un pouvoir russe aux mains d’un Vladimir Poutine exaspéré par des décennies d’humiliation et définitivement déterminé à poursuivre son action, seul le président français Emmanuel Macron conserve le contact; mais, malgré toute sa bonne volonté, il se heurte littéralement à un mur, et ses aptitudes diplomatiques trouvent leur limite devant un Vladimir Poutine qui a fait le choix, reconnu comme erroné par la communauté internationale quasi unanime, d’un coup de force contre l’Ukraine. Le président russe n’imaginait pas que cela l’entraînerait dans une telle guerre. Croyant indigent ce pays pacifique en voie d’émergence, il se retrouve face à une population combative et résiliente qui a le soutien de la communauté internationale. A ses propres yeux légitime dans sa démarche, il s’attendait à un fort soutien, mais il a fait l’unanimité contre lui et isolé la Russie sur la place internationale, faisant porter également les conséquences de son action sur son peuple et les nôtres. Ce faisant, il n’a plus d’alternative que d’obtenir ce qu’il exige, ce qui est inacceptable, ou de mener la guerre, quitte à la propager. Pour se prémunir d’une action extérieure, il a fait usage de la dissuasion nucléaire. Ceci restreint les possibilités d’action pour résoudre la situation et limiter les conséquences dramatiques pour l’Ukraine et sa population.

 

Désormais, deux options se dessinent, sachant que Vladimir Poutine ne s’arrêtera pas de lui-même, malgré l’ampleur inédite des sanctions, tant qu’il n’aura pas obtenu ce qu’il demande : ne pas le laisser faire, ou le laisser faire. La première option implique l’envoi d’une force d’intervention visant à paralyser l’action militaire russe, idéalement sans combattre, avec le risque que Vladimir Poutine use de l’arme nucléaire comme il l’a promis et soit obéi. Si cette arme est employée, nous entrerons dans une troisième guerre mondiale nucléaire, situation clairement perdant-perdant où nul n’a rien à gagner et aux conséquences potentiellement catastrophiques : des pays rayés de la carte, des milliards de morts, une civilisation à reconstruire. Mais il n’est pas dit que Vladimir Poutine userait de la bombe atomique, conscient que cela impliquerait la destruction de son propre pays. La dissuasion va dans les deux sens, il ne s’agit donc que d’un risque potentiel, mais aux conséquences si élevées qu’il est plus prudent de l’éviter.

 

La seconde option est beaucoup plus pacifique et induit une vision à long terme. Le président Volodymyr Zelensky nous a tous impressionnés par son sang-froid, son courage, sa détermination, mais son acharnement risque de porter finalement un préjudice irréparable à son pays. Si nous persistons à armer les ukrainiens, à les aider à combattre, la guerre perdurera au prix de la vie d’innombrables personnes, de l’anéantissement des infrastructures, bref de la destruction du pays. Alors que, fondamentalement, en perdant cette guerre, ils ne risquent physiquement rien, juste de perdre leur indépendance, de se retrouver sous influence russe, choc psychologique certes douloureux mais préférable à la destruction et aux conséquences finalement minimes sur leur vie. Ils ne perdraient ni la vie ni leur identité, ne seraient ni plus pauvres, ni plus faibles, ils seraient juste sous influence russe. En mettant fin à cette guerre, le nombre de morts et les destructions seraient limitées. Et avec un objectif à long terme visant à l’intégration à terme de la Russie, peuple ami de toujours, au sein de l’Union européenne, les ukrainiens rentreraient dans leurs prérogatives; ils retrouveraient leur indépendance et seraient également européens.

 

La seconde solution porte bien évidemment à échelle des générations, une, voire deux générations. Mais elle limite les dégâts, apporte à Vladimir Poutine la sécurité qu’il réclame légitimement pour la Russie, sans le sacrifice du peuple ukrainien, juste de sa structure politique. C’est une solution détestable pour les Ukrainiens, mais supportable finalement. En outre, cela ferait de l’Ukraine l’instrument de ce futur rapprochement entre l’Union européenne et la Russie. Peut-être même des solutions diplomatiques et politiques seraient-elles possibles, avec un pays unique doté d’un gouvernement unique, divisé en deux entités avec une partie dans la Fédération de Russie et une partie dans l’Union européenne. Ce pourrait être l’occasion d’accélérer le rapprochement.

 

Ce rapprochement entre l’Union européenne et la Russie est crucial pour les européens. C’est là que se trouve notre ressource naturelle, comme les américains la trouvent dans le Dakota, le Texas ou l’Oregon. Mais la Russie est également un géant technique et scientifique. Dans l’énergie, le spatial, l’armement, nombre de grandes découvertes sont russes. Le peuple russe est le plus éduqué du monde, avec le plus fort taux de doctorats ou d’individus de niveau tertiaire, par habitant du monde et ce dans des cursus d’excellente qualité. Ce n’est pas un pays en voie d’émergence, c’est une grande nation, portée sur les arts, la Culture, la littérature, la musique, qui suscite notre émerveillement. Nos peuples s’apprécient, et les relations entre les peuples français, allemands, italiens et russes sont séculairement cordiales, tout comme avec les américains. Seules des complexités politiques nous empêchent de nous rapprocher.

 

En conséquence de quoi, la position du Courant Constructif est de conseiller aux Ukrainiens de déposer les armes pour entamer les négociations et se laisser emmener par les Russes dans un processus dans lequel l’Union européenne interviendra de bout en bout, ce que Vladimir Poutine a d’ores et déjà accepté de fait. Avec, en arrière-plan, l’objectif à long terme, peut-être 2060 ou 2080, le rapprochement final de nos deux belles grandes entités, l’entité européenne naissante et l’entité russe séculaire. Ce laps de temps nous permettra de nous libérer nous aussi, Européens, de notre dépendance transatlantique en construisant une fraternité bien plus constructive avec nos amis américains, ce qui nécessite également un processus progressif. Tout ceci prend du temps, il faut laisser ce temps au temps, viser l’objectif de notre amitié entre peuples qui se ressemblent, parce que nous nous ressemblons, Américains,Russes et Européens, nous sommes voués à être des amis. Mais cette amitié prendra du temps, et soutenir la guerre en Ukraine va à l’encontre de cette possibilité et n’est donc pas constructive.

 

Enfin, rappelons que l’humanité doit à présent concentrer toute son attention et ses efforts sur la résolution de la crise écologique et sociale. La crise sanitaire nous a déjà fait perdre deux précieuses années en mobilisant toutes nos ressources attentionnelles. Nous n’avons ni le temps ni les moyens d’entrer dans une nouvelle guerre mondiale qui éclipserait inévitablement les problématiques vitales du XXIe siècle. Entrer dans une logique de surenchérissement sur fond d’armes nucléaires nous conduirait à perdre à nouveau de précieuses années en mobilisant toute notre attention et aggraverait encore une situation écologique et sociale déjà déplorable. Si nous enclenchons cette dynamique de destruction fratricide, nous ne savons ni quand ni comment elle se terminera. Faire le choix du non-surenchérissement, c’est donc permettre à l’humanité de rester concentrée sur l’objectif vital et prioritaire de notre époque : construire le XXIe siècle.

 

Courant Constructif, le 4 mars 2022

Une réflexion sur « Courant Constructif se positionne contre une intervention directe ou indirecte en Ukraine »

  1. Bonjour Benjamin
    En premier lieu, je ne partage pas l’analyse présentée d’un jeu asymétrique de l’OTAN visant à humilier une gentille Russie en insécurité précaire. C’est le discours de Mr Poutine depuis 2007 mais AFP Factuel démontre dans un long article que c’est historiquement faux :
    https://factuel.afp.com/doc.afp.com.324B4H4
    En second lieu, je ne crois pas que si l’Ukraine rend les armes ici Mr Poutine en reste là : il va sur la même base reprendre un à un tous les pays du Pacte de Varsovie.
    À chaque fois il renforcerait sa puissance.
    Non aujourd’hui il faut résister. Toutes les populations des pays concernés – Russie incluse – aspire à un monde ouvert, en paix, où l’économie, l’éducation, la santé, la culture, le sport et les loisirs occupent l’essentiel de nos vies, où la transition vers un monde décarbonné et respectueux du vivant, nous mobilise.
    Mr Poutine est anachronique : son armée de conscrits n’est pas à la hauteur, va s’épuiser à conquérir et va s’épuiser à tenir 40 millions d’habitants hostiles.
    Il faut tenir, il faut soutenir, il faut rester déterminé sur ce qui plus qu’un attachement au mode de vie démocratique mais le sens même de notre humanité.
    Bien à toi
    Olivier Réaud

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