“Il faut, méthodologiquement, être constructif.” Michel Saloff-Coste, Université Catholique de Lille

C’était aux journées de l’Industrie du Futur organisées par l’Université Catholique de Lille, une université résolument tournée vers le futur, qui reçoit aussi bien Bernard Stiegler que Jérémy Rifkin ou Gunter Pauli. Michel Saloff-Coste, directeur de la prospective, a fait un discours de clôture passionnant où il en appelle à l’adoption d’une attitude constructive pour bâtir une nouvelle civilisation de l’Amour.

 

UNE VISION À 360° POUR L’INDUSTRIE DE DEMAIN – Michel Saloff-Coste

28 NOVEMBRE 2019 – Discours à l’Institut Catholique de Lille

 
Chers étudiants, chers collègues, chers présidents, chers amis…..
 
Une présentation convenue est-elle la bienvenue ?
 
Je pourrais évidemment conclure de cette journée que le progrès est en marche à tous les étages.
 
Je pourrais même dire comme Aldous Huxley [i] que nous vivons dans le meilleur des mondes !
 
J’en suis effectivement convaincu, nous en avons la preuve à chaque instant !
 
De ce fait justement, à la réflexion, il me semble qu’il est pertinent et même important de sortir d’un discours convenu et lénifiant !
 
J’aimerais vous dire à quel point ce que nous vivons n’est pas trivial et comment cela nous amène à des questions originales.
 
Des questions qui impliquent notre pleine conscience, des questions vieilles comme l’histoire de l’humanité, pour certaines, mais qui se posent aujourd’hui avec une acuité extraordinaire !
 
Certains sachants comme le prix Nobel Paul Josef Crutzen [ii] nous invitent à considérer que nous rentrons dans une nouvelle ère: l’Anthropocène.
 
Ils veulent dire par ce mot savant que l’être humain est devenu, pour le pire et le meilleur; maître sur terre.
 
L’humanité est effectivement devenue le principal facteur de transformation de la planète.
 
Cette toute puissance quasi démiurgique nous renvoie en miroir des questions dérangeantes : Qui sommes-nous ? Que voulons-nous ? Qu’elles sont nos finalités ?
 
D’un côté, nous devons considérer l’évolution de nos sciences et de nos arts, qui après des millénaires de lente progression, est devenue aujourd’hui exponentielle.
 
De l’autre, il nous faut aussi considérer les risques existentiels que secrète notre fantastique réussite en tant qu’espèce intelligente : l’explosion de notre population, la prolifération nucléaire, le réchauffement climatique, l’effondrement de la biodiversité .
 
Comme Teilhard de Chardin [iii] l’avait anticipé et comme Joël De Rosnay le souligne plus récemment, la planète elle-même, est devenue un gigantesque cerveau cybernétique connectant des milliards d’êtres humains, comme autant de neurones, produisant à chaque instant des milliards de milliards d’informations.
 
Dans ce contexte, certains considèrent que nous produisons en un an plus de connaissance que dans toute l’histoire de l’humanité, mais cela est déjà daté car l’intelligence artificielle est entrain à l’instant d’accélérer ce processus de manière significative par 10, 100, 1000, 10000 …..
 
Qui peut le dire ? Qui peut suivre ? Sommes-nous encore aux commandes ? De quoi ? Pour qui ?
 
La digitalisation du monde n’est pas une énième révolution industrielle, c’est un nouveau type de civilisation qui s’annonce !
 
Le facteur création de valeur n’est plus l’énergie, mais la connaissance. Les Universités du monde entier sont au cœur de cette révolution qui modifie la nature même de l’économie.
 
Les anthropologues parlent de civilisation du phoque pour les esquimaux Inuits [iv] ou, par exemple, du bronze [v], il y a 4 000 ans afin de pointer la caractéristique centrale autour de laquelle une civilisation se construit.
 
L’ère industrielle s’est construite autour des énergies fossiles. Notre économie est directement corrélée à notre usage du pétrole comme le souligne Jean Marc Jancovici [vi]
 
Quand Greta nous exhorte à l’action et pleure devant notre immobilité, elle oublie sans doute du fait de son jeune âge que c’est toute notre civilisation quelle remet en cause, des infrastructures de milliers de milliards, mais aussi une culture pluriséculaire.
 
Ces pleurs font échos aux millions de chômeurs qui perdent espoir, aux classes moyennes qui perdent sens, aux étudiants qui refusent leur instrumentalisation par des catégories et des savoirs obsolètes.
 
Par contraste avec le reste des autres espèces vivantes, l’homme se raconte des histoires. Ce qui nous manque le plus aujourd’hui est une grande histoire constructive qui redonne du sens à nos vies !
 
Interdire à un Inuit, pour des raisons écologiques, de chasser le phoque, il perd non seulement sa nourriture traditionnelle, son éclairage, son habillage, mais surtout toute sa culture, ses légendes, sa religion et finalement son sens !
 
Cela prend habituellement des siècles pour changer de type de civilisation. Nous sommes exhortés à le faire en 10ans ! Cela est-il possible ? Cela est certainement difficile, mais cela est-il impossible ?
 
Sun Zu, dans son livre de référence “L’art de la guerre” explique qu’il ne faut jamais acculer un ennemi au désespoir, à la mort, à la disparition totale, car alors son énergie est démultipliée, il est prêt a tout et à partir de rien devient susceptible de faire des miracles et de se dépasser de manière imprévisible.
 
La science génétique, l’épigénétique nous dit que des espèces mises en danger de disparition peuvent même développer, actualiser brutalement des capacités génétiques endormies , se rassembler et faire face dans une unité inattendue.
 
Ne sommes-nous pas déjà acculés à nous réinventer totalement face à l’effondrement de nos écosystèmes écologiques, sociaux et économiques ?
 
La systémique nous apprend que dans les périodes instables de transition complexe, le battement d’une aile de papillon peut déclencher une tempête à des milliers kilomètres de là. De même, aujourd’hui un simple tweet sur un téléphone anonyme peut instantanément bouleverser notre noosphère, c’est-à-dire l’état même de la conscience planétaire.
 
Depuis des décennies déjà aux confins des sciences, des arts et de la philosophie sont inventés de nouveaux questionnements qui interrogent nos croyances les plus solides.
 
Que reste-t-il des certitudes qui ont marqué le siècle précédent, comme par exemple le matérialisme, l’organisation scientifique du travail, le marxisme, le socialisme, le libéralisme et même la notion de progrès remplacée dans l’urgence par la suprématie de l’innovation !
 
Nos idéologies, dans lesquelles nous avions l’habitude de nous draper comme des nobles toges de sagesse, sont devenues des guenilles qui laissent apparaître les membres chétifs de croyances obsolètes.
 
Le roi est nu : les expertises ridiculisées, les autorités bafoués.
 
Le chuchotement d’Antonio Gramsci est le filigrane de cette apocalypse “Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres. L’indifférence, c’est l’oubli, le parasitisme, et la lâcheté, non la vie. C’est pourquoi je hais les indifférents. Je suis pessimiste par l’intelligence, mais optimiste par la volonté.” [vii]
 
Nous avons besoin d’un optimisme méthodologique.
 
Nous avons certes accumulé jusqu’à l’absurde suffisamment d’armes nucléaires pour vitrifier la planète Terre plus de cents fois, mais nous avons aussi en miroir aujourd’hui toutes les connaissances pour transformer cette planète en paradis comme nous l’avons rêvé pendant des millénaires.
 
Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, toutes les nations assemblées dans l’ONU ont posé après de longs débats populaires 17 objectifs pour un avenir souhaitable pour l’humanité qui structure déjà de nombreux débats diplomatiques.
 
La logique contemporaine nous invite à de nouvelles axiomatiques philosophique qui débouchent sur de nouvelles ontologies sémantiques renouvelant de fond en comble notre praxéologie opérationnelle .
 
Des champs de réalités autrefois inimaginable s’offrent à nous.
Nous explorons, par exemple, comme jamais l’infinie grandeur du cosmos et découvrons que nous tournons autour de paradoxaux trous noirs galactiques qui abolissent le temps tandis que parallèlement nous apprenons dans l’infiniment petit que la matière n’est qu’énergie et l’énergie une “probabilité quantique de l’information”. [viii]
 
Nos visions traditionnelles du temps et de l’espace sont radicalement remises en cause.
 
De manière plus trivial dans le quotidien :
Notre culture, nos systèmes, nos modes d’organisation et de management évoluent de plus en plus vite.
 
De nouvelles valeurs émergent comme celle de l’unité dans la diversité, le respect de l’altérité de l’autre, la communication non violente, la coopétition créative, la citoyenneté planétaire.
 
Nous imaginons des systèmes proactifs symbiotiques, des modes d’organisation poly-cellulaires.
 
Le nouveau management des organisations, loin de l’organisation scientifique du travail vise l’autonomie, la créativité, le respect de la singularité.
 
Nous parlons aujourd’hui d’entreprise holomorphes où chacun agit en responsable créatif et autonome, conscient de son contexte et du triple impératif économique, social et écologique.
 
La civilisation carbonée apparaît de plus en plus comme un âge barbare d’instrumentalisation inhumaine, d’intoxication généralisée par l’empoisonnement industriel de l’air, de l’eau et de la terre.
 
Par contraste, nous entrevoyons l’émergence d’une nouvelle civilisation dé-carbonée biomimétique ou le “footprint” serait remplacé par le “handprint”. L’homme, au lieu de détruire son écosystème, l’améliorerait sans cesse en augmentant la biodiversité par la permaculture et par la coopération dans des relations d’interdépendance “gagnant-gagnant” humaines mais aussi animales et végétales.
 
Des essaims de drones peuvent dès aujourd’hui ensemencer des milliards d’arbres dans des régions même inaccessibles pour l’homme. Les baleines, si nous les laissons se multiplier, sont de gigantesques puits de carbone.
 
En sanctuarisant seulement un tiers des océans du globe, nous pourrions retrouver la biodiversité maritime que nous avons détruit de moitié en dix ans par la pèche industrielle.
 
Comment pouvons-nous croire un instant que l’individualisme, les nationalismes, les sectarismes, les intégrismes, nos haines millénaires, puissent nous sauver dans l’apocalypse écologique, sociale et économique de la fin de notre chère civilisation carbonée ?
 
Les nuages diffus de CO2 et de microparticules tuent selon l’OMS déjà des millions personnes de par le monde et ces nuages n’ont que faire de frontières, pas plus que l’obésité qui est devenue de manière inattendue la première cause de mortalité devant la famine !
 
Aucun mur, aucune armée ne nous protégera contre les vagues annoncées de milliards de victimes de la montée des eaux et des dérèglements climatiques , sociaux et économiques.
 
La forêt amazonienne qui brûle, c’est notre poumon à chacun qui brûle.
Toute forme de séparation et a fortiori de haine est centrifuge et au sens propre et figuré diabolique.
 
L’amour au contraire nous unis. L’amour inconditionnel est symbolique de l’articulation de chacune de nos altérités, singularités.
 
Imaginez un instant une civilisation planétaire où la paix a remplacé la guerre. Les milliards dépensés pour tuer sont mis au service de la vie de la créativité de chacun.
 
Imaginez une civilisation de dix milliards d’êtres épanouis dans leurs talents, dans leurs génies. Dix milliards de Mozart, d’Einstein, de Rimbaud, de Shakespeare vivant dans la paix et la synergie créatives.
 
Quelle richesse, quel foisonnement! Rien ne serait impossible à une telle civilisation.
 
Nous ferions de nos villes des jardins de biodiversité idylliques, nos habitats seraient de vastes œuvres d’art inspirantes, chaque rencontre avec un autre serait l’occasion d’un émerveillement de tout l’être, chaque instant de la vie une occasion d’apprendre, de découvrir, créer des instants passionnés, sublimes, éternels.
 
Bientôt nous serions cent milliards d’habitants distribués dans l’ensemble de notre système solaire. Nos dons télépathiques démultipliés nous permettraient sans doute de communiquer avec toutes les espèces vivantes terrestres mais aussi extraterrestres !
 
Cette civilisation ce n’est pas la civilisation du phoque, ni la civilisation du bronze, ni la civilisation du charbon ou du pétrole, ni même la civilisation de l’hydrogène ou du silicium.
 
Cette civilisation, elle a été rêvée et écrite et annoncée par des centaines de poètes et de sages inspirés depuis la nuit des temps. Cette civilisation, elle est déjà là, immobile et pourtant dynamique, symboliquement éternelle.
 
Cette civilisation, elle nous attend, déjà totalement réalisée et pourtant en création d’instant en instant.
 
Cette civilisation, elle a un nom universel. Un nom qui nous fait nous lever le matin dans la joie, nous fait explorer la terre, marcher sur l’eau, nous envoler dans les airs et être la première espèce vivante de cette terre à quitter l’atmosphère terrestre pour aller sur la Lune et Mars.
 
Ce nom nous arrache symboliquement de la gravité terrestre et de toute forme d’attachements diaboliques pour nous unir symboliquement.
 
Cette civilisation c’est la civilisation de l’Amour !
 
L’Amour, nous l’avons rêvé, nous l’avons chanté, il nous faut maintenant le danser, le vivre ou disparaître honteusement dans les plis de l’histoire.
 
Regardez un chien avec Amour et vous verrez que lui a déjà compris.
 
La vie est Amour. Notre planète est Amour.
 
La civilisation de l’Amour est un tsunami. Elle est en marche dans le cœur de chacun d’entre nous.
 
Chantons, dansons autour de l’arbre de la vie.
 
 
 
[i] Aldous Leonard Huxley, né le 26 juillet 1894 à Godalming (Royaume-Uni) et mort le 22 novembre 1963 à Los Angeles (États-Unis), est un écrivain, romancier et philosophe britannique, membre de la famille Huxley. Il est diplômé du Balliol College de l’Université d’Oxford avec une mention très bien en littérature anglaise.
 
Auteur de près de cinquante ouvrages, il est surtout connu pour ses romans, dont Le Meilleur des mondes, roman d’anticipation dystopique ; pour des ouvrages non romanesques, comme Les Portes de la perception qui retrace les expériences vécues lors de la prise de drogue psychédélique ; et pour un large éventail d’essais. Au début de sa carrière, Huxley a dirigé le magazine Oxford Poetry et publié des nouvelles et des poésies.
 
Au milieu de sa carrière et plus tard, il a publié des récits de voyage et des scénarios cinématographiques. Il a passé la dernière partie de sa vie aux États-Unis, vivant à Los Angeles de 1937 jusqu’à sa mort. En 1962, un an avant sa mort, il est élu Compagnon de littérature par la Royal Society of Literature.
 
Huxley était humaniste, pacifiste et satiriste. Il s’est également intéressé à des sujets spirituels tels que la parapsychologie et le mysticisme philosophique, en particulier l’universalisme. Vers la fin de sa vie, Huxley fut largement reconnu comme l’un des intellectuels prééminents de son temps. Il a été nommé sept fois pour le Prix Nobel de littérature1,2,3,4.
 
[ii] L’Anthropocène , soit l’Ère de l’Homme, est un terme relatif à la chronologie de la géologie proposé pour caractériser l’époque de l’histoire de la Terre qui a débuté lorsque les activités humaines ont eu une incidence globale significative sur l’écosystème terrestre. Ce terme a été popularisé à la fin du xxe siècle par le météorologue et chimiste de l’atmosphère Paul Josef Crutzen, prix Nobel de chimie en 1995 et par Eugene Stoermer, biologiste, pour désigner une nouvelle époque géologique, qui aurait débuté selon eux à la fin du XVIIIe siècle avec la révolution industrielle, et succéderait ainsi à l’Holocène. L’Anthropocène serait la période durant laquelle l’influence de l’être humain sur la biosphère a atteint un tel niveau qu’elle est devenue une « force géologique » majeure capable de marquer la lithosphère. La période la plus récente de l’anthropocène est parfois dite la grande accélération, car de nombreux indicateurs y présentent des courbes de type exponentielle. L’Anthropocène est un concept de plus en plus utilisé dans les médias et la littérature scientifique mais toujours discuté par la communauté scientifique géologique – spécifiquement au sein de la commission internationale de stratigraphie de l’Union internationale des sciences géologiques (UISG) – qui détermine les subdivisions de l’échelle des temps géologiques. Depuis 2005, un groupe international d’experts scientifiques, le Group on Earth Observations (en) (GEO), a été mis en place pour observer la Terre et mesurer notamment les conséquences des activités humaines.
 
[iii] Pierre Teilhard de Chardin , né le 1er mai 1881 à Orcines (Puy-de-Dôme) et mort le 10 avril 1955 à New York (États-Unis), est un prêtre jésuite français, chercheur, paléontologue, théologien et philosophe. Scientifique réputé, théoricien de l’évolution, Pierre Teilhard de Chardin est à la fois un géologue, spécialiste de la Chine du Carbonifère au Pliocène et un paléontologue des vertébrés du Cénozoïque. Sa fréquentation régulière des paléoanthropologues qui étudiaient les premiers hominidés, tout juste découverts, l’incita à réfléchir à l’encéphalisation propre à la lignée des primates anthropoïdes 2.
 
Dans Le Phénomène humain, il trace une histoire de l’Univers, depuis la pré-vie jusqu’à la Terre finale, en intégrant les connaissances de son époque, notamment en mécanique quantique et en thermodynamique. Il ajoute aux deux axes vers l’infiniment petit et l’infiniment grand la flèche d’un temps interne, celui de la complexité en organisation croissante, et constate l’émergence de la spiritualité humaine à son plus haut degré d’organisation, celle du système nerveux humain : pour Teilhard, matière et esprit sont deux faces d’une même réalité.
 
En tant que croyant, chrétien et prêtre de la Compagnie de Jésus, il donne un sens à sa foi chrétienne où l’adhésion personnelle à la véracité du Christ se situe à la dimension de la cosmogenèse, et non plus à l’échelle d’un cosmos statique comme l’entendait la tradition chrétienne se référant à la Genèse de la Bible. Il intègre la sélection naturelle et le hasard des mutations génétiques dans sa synthèse naturaliste , ce qui ne se compare donc pas au « dessein intelligent ». Son interprétation spirituelle est une démarche personnelle toujours discutée chez les théologiens catholiques.
 
[iv] Esquimaux ou Eskimos (ou plus rarement Eskimaux est l’exonyme utilisé pour nommer certains peuples autochtones de l’Arctique vivant en Alaska, dans le Grand Nord canadien, au Groenland et en Sibérie orientale. Il s’agit généralement des peuples Inuits et Yupiks. Bien que les inuits représentent la majorité de la population Eskimo, ce terme, popularisé par les explorateurs du XIXe siècle, ne distingue aucune ethnie particulière. Il n’est pas utilisé par les Inuits eux-mêmes et est de nos jours considéré comme discriminatoire voire insultant par ces derniers.
Par extension, l’expression « langues eskimos » désigne aussi un groupe de la famille des langues eskimo-aléoutes qui comprend les langues inuites et les langues yupik.
 
[v] Les alliages appelé Bronze ont été pour la première fois utilisés pendant la période précisément appelée « âge du bronze », pour fabriquer des outils, des armes, des instruments de musique et des armures plus robustes et résistants que leurs prédécesseurs en cuivre ou en pierre. Cette période s’étend globalement de 3000 à 1000 av. J.-C., mais avec de grandes variations suivant les aires considérées. Pendant l’âge du Bronze ancien, le bronze est souvent composé d’un alliage à base de cuivre et d’arsenic, cette période est nommée l’âge du Bronze-Arsenic : employé comme durcissant, fondant et pour augmenter la brillance du métal, cet arsenic est une impureté naturelle contaminant le minerai de cuivre ou est ajouté intentionnellement comme adjuvant. Au Bronze final se substitue à ce bronze arsenié un alliage cuivre-étain permettant de fabriquer des métaux plus résistants et ductiles (âge du Bronze-Étain). L’étain étant difficile à se procurer à cette époque, de nombreux objets étaient fabriqués en alliage cuivre-plomb. Ce bronze étant de moins bonne facture que l’alliage cuivre-étain puisqu’il est plus cassant.
 
[vi] Jean-Marc Jancovici, né en 1962, est un ingénieur français, chef d’entreprise et consultant. Il est également enseignant, conférencier, auteur de livres et chroniqueur indépendant. Il est essentiellement connu pour son travail de sensibilisation et de vulgarisation sur les thèmes de l’énergie et du climat.
 
[vii] Antonio Gramsci, né le 22 janvier 1891 à Ales (Sardaigne) et mort le 27 avril 1937 à Rome, est un philosophe, écrivain et théoricien politique italien. Membre fondateur du Parti communiste italien, dont il fut un temps à la tête, il est emprisonné par le régime mussolinien de 1927 à sa mort. En tant qu’intellectuel marxiste, il a notamment développé une théorie de l’hégémonie culturelle. Ses travaux, menés principalement pendant ses onze années d’emprisonnement, portent aussi sur l’histoire de l’Italie, le nationalisme, les partis politiques, la littérature (notamment l’œuvre de Machiavel), l’époque de la Renaissance et de la Réforme, ou encore le matérialisme historique.
 
[viii] La théorie de l’information quantique, parfois abrégée simplement en information quantique, est un développement de la théorie de l’information de Claude Shannon exploitant les propriétés de la mécanique quantique, notamment le principe de superposition ou encore l’intrication. L’unité qui est utilisée pour quantifier l’information quantique est le qubit, par analogie avec le bit d’information classique.
 
En 1982, Richard Feynman fait le constat de la complexité à simuler des systèmes quantiques par un ordinateur classique. Cette difficulté provient de la propriété que possèdent ces systèmes de pouvoir se trouver simultanément dans une superposition d’états quantiques. Il propose alors de construire un ordinateur quantique qui exploiterait le parallélisme quantique et permettrait ainsi de simuler efficacement le comportement de tout système quantique. La même année, Paul Benioff émet l’idée inverse d’utiliser un ordinateur quantique pour mener à bien des calculs classiques de manière exponentiellement plus efficace qu’avec un ordinateur classique.
 
Parallèlement, Wootters, Zurek, et Dieks énoncent le théorème de non-clonage, qui démontre qu’un état quantique arbitraire ne peut être dupliqué. Ce théorème est fondamental en théorie de l’information quantique, car il impose une limite physique stricte à ce qu’il est possible de faire avec les qubits.
 
En 1984, Charles H. Bennett et Gilles Brassard mettent au point un protocole de distribution de clé quantique, le BB844, permettant à deux protagonistes de partager une clé secrète de façon inconditionnellement sûre. La sécurité du protocole repose sur l’utilisation de photons comme qubits et deux principes physiques que sont le théorème de non-clonage et le postulat de réduction du paquet d’onde. Leur proposition initiale rencontre le scepticisme de la communauté scientifique. Elle est due principalement au fait que les sources de photons qu’il proposent d’utiliser sont des sources de photons uniques, c’est-à-dire des sources capables d’émettre un et un seul photon à la fois. Or, il est encore impensable à cette époque que de telles sources puissent exister un jour. Leur publication est donc refusée dans toutes les revues réputées et seulement acceptée dans une obscure conférence organisée en Inde.
 
En 1985, David Deutsch publie un article dans lequel il décrit le premier algorithme quantique, connu sous le nom d’algorithme de Deutsch. Bien qu’il ne possède pas réellement d’utilité pratique il est d’un intérêt théorique évident puisqu’il accomplit sa tâche, en l’occurrence déterminer si une fonction est constante ou équilibrée, plus efficacement que tout algorithme classique. Il sera généralisé en 1992 sous le nom d’algorithme de Deutsch-Jozsa.
 
En 1993, Ethan Bernstein et Umesh Vazirani démontrent qu’une machine de Turing quantique est capable de simuler tout système quantique en temps polynômial.
 
En 1994, Peter Shor dévoile l’algorithme de Shor. Il marque véritablement le début de l’engouement pour le calcul quantique, car c’est le premier algorithme quantique plus efficace qu’un algorithme classique qui soit d’un intérêt pratique. En l’occurrence, il permet de factoriser un nombre entier en temps polynomial. Sa première implémentation pratique a eu lieu en 2001, et a permis de factoriser 15 en 3 × 5. Cet algorithme exploite la transformée de Fourier quantique, dont l’implémentation sur un ordinateur quantique a été démontrée la même année par Don Coppersmith10.
 
En 1995, Benjamin Schumacher (en) a établi le théorème équivalent au théorème du codage de source de Claude Shannon. C’est ainsi que le qubit a été défini comme unité physique d’information quantique. Aucun résultat équivalent au théorème du codage de canal n’est connu.
 
En 1996, Lov Grover découvre un algorithme de recherche quantique plus efficace que tout algorithme de recherche classique.
 
De 2001 à 2015, Serge Haroche poursuit ses recherches sur l’information quantique qui lui vaudront le prix Nobel de physique en 2012.
 
 

Pour une vision constructive de l’avenir – par Thierry Curty

Thierry Curty

Le réchauffement climatique pourrait menacer l’avenir de l’humanité, ce ne sera pas le cas. C’est le cas aujourd’hui avec la trajectoire politique, mais elle va changer. Et le réchauffement climatique est la plus formidable opportunité économique de l’Histoire de l’Humanité, à plus d’un titre. Non seulement il va imposer un effort industriel colossal, en dizaines de milliers de milliards, avec un potentiel de rentabilité gigantesque, mais en plus, universel. Pour la première fois de l’Histoire toute l’Humanité se retrouve confrontée à un problème face auquel elle est condamnée à s’unir, de même ordre de grandeur que ce que l’on peut voir dans les films de science-fiction avec une invasion extra-terrestre mondiale. La fin de l’énergie fossile signe l’émergence d’une nouvelle énergie humaine, et pas seulement pour pédaler sur son vélo cargo.

Pour la première fois de l’Histoire toutes les populations, sans exception, sont concernées par le même problème, la même menace définitive. Pas forcément les mêmes conséquences, mais systémiquement de la même origine avec la même réponse pour tous. Les premiers réflexes sociaux sont les velléités de renfermement sur soi, le retour du populisme avec le protectionnisme, l’isolationnisme avec un regain de frontières dans un ultime conditionnement reptilien de repli sur soi. Mais la négation du problème ne pourra que le rendre plus prégnant et passé cet épisode, une fois la raison restaurée, l’humanité intégrera l’idée de coopération, tout simplement pour continuer d’exister.

Les flux financiers sont en pleine réorientation et dans cette décennie, la plus importante de l’Histoire de l’Humanité, il va se passer des choses incommensurables qui nous promettent une hausse du PIB d’au moins 5% d’ici 2050, avec un chiffre d’affaires déjà connu de 700’000 milliards. La menace n’a jamais été aussi complexe ni d’une telle ampleur, mais la formidable croissance du 20ème siècle, responsable du problème, a fait que jamais les possibilités n’ont été si considérables. De fait, le 21ème siècle, loin d’un siècle de privations et d’austérité sera un siècle d’opulence pour tous. La transition écologique sera source d’une colossale création de richesse néguentropique. L’anthropie du 20ème siècle est la richesse du 21ème siècle. Ce qui est la source du problème aujourd’hui est la solution de demain.

L’Humanité va souffrir comme jamais elle n’a souffert dans toute son Histoire. Il y aura des famines, des canicules, des cataclysmes. La mondialisation se retrouve stoppée dans son élan, par la volonté des mieux lotis de ne pas permettre à ceux qui le sont moins d’accéder à leur niveau de vie pour assurer un avenir à l’humanité. Il était question de faire en sorte que tous bénéficient du progrès, que tout le monde accède au niveau de vie le plus élevé. Et aujourd’hui il s’avère que cela ne semble pas possible. Il y aura des tensions, parce que ce sont ceux qui ne sont responsables de rien qui souffriront le plus et le reprocheront aux responsables. Mais ce n’est que le système productif actuel qui contredit la mondialisation, c’est une question de technologie, d’industrie. Le temps de la conscience universelle des possibilités et dans quelques décennies les choses ce seront apaisées sous les efforts communs de l’évolution du paysage économique. Après ces changements imposés par les éléments, jamais l’Humanité n’aura été aussi soudée. Ce qui aujourd’hui contraint le processus de mondialisation sera là aussi, contre-intuitivement, la cause de son accomplissement. La peur de l’avenir en raison de l’inconscience des possibilités induit la jalousie du Nord sur le Sud. La conscience des possibilités accélérera l’élévation du Sud, sinon par humanisme, par intérêt, puisqu’ils sont les futurs marchés du Nord. Elever le Sud est l’avenir du Nord.

Cette conscience des possibilités, naissante aujourd’hui, fera naître une industrie puissante au sein d’une nouvelle dynamique socio-économique reposant sur un paradigme systémique entièrement renouvelé, plus respectueux de l’environnement, mais aussi de l’humain et source de prospérité confortable. D’ici la fin du siècle, la Terre sera dépolluée, le taux de CO2 sera plus faible qu’avant la révolution industrielle. L’Humanité sera débarrassée de la contrainte du travail. Le capitalisme relèvera de l’Histoire. L’énergie sera illimitée, propre et gratuite. Et sous ces nouveaux paramètres, le monde aura un fonctionnement très très différent de ce qu’il est aujourd’hui.

On n’en perçoit pas encore forcément les conséquences, mais le changement est là, il est en cours, profond, à tous les niveaux, sur tous les territoires. Il est massif, déterminé, même si tout le monde ne s’est pas encore entendu sur les voies à suivre. Chaque individu songe à son action et installe des panneaux solaires sur son toit qui alimente sa voiture électrique qui lui sert de source d’énergie. Chaque entreprise cherche à produire son énergie propre, à remplacer ses gobelets de machine à café, à disposer de véhicules électriques, à optimiser ses process. Dans la finance, désormais chaque investissement prend en compte l’incidence écologique, parce que de polluer coûte cher et compromet la rentabilité alors on va chercher la rentabilité dans l’investissement vert. Ainsi, ce sont des milliers de milliards qui quittent chaque année les secteurs polluants pour entrer dans les secteurs dépolluants, de plus en plus de milliers de milliards chaque année avec une population progressivement de plus en plus sensible à la cause et finalement de plus en plus coopérative pour s’assurer un avenir.

Thierry Curty

 

Pourquoi nous nous opposons à la collapsologie

L’opposition du Courant Constructif à la vague effondriste qui inonde actuellement les médias français suscite de vives réactions. Les gens croient notamment que si nous critiquons la collapsologie, c’est que nous sommes nécessairement dans le déni de son constat accablant (réchauffement climatique, fonte du permafrost, effondrement de la biodiversité, fin du pétrole  etc.). Des gens bien-intentionnés en viennent à nous donner des leçons d’écologie pour palier à notre ignorance. On nous envoie des liens pour que nous prenions connaissance de la situation… comme si la posture défaitiste découlait directement de la connaissance des faits. Or, les faits ne disent rien de la posture que nous devons adopter face à eux et il est une multitude d’attitudes existentielles possibles face au constat dressé par la communauté scientifique. La collapsologie en est une. L’attitude constructive en est une autre.

 

1/La collapsologie n’est pas le constat, c’est une attitude face au constat

La collapsologie n’est pas le constat du problème, c’est une position bien précise adoptée face au constat. Le constat n’est d’ailleurs pas fait pas les collapsologues eux-mêmes, il est fait par la communauté scientifique, en l’occurrence le GIEC. Et le GIEC n’est pas collapsologue, il est même plutôt constructif. La collapsologie n’est pas le constat, mais une certaine conclusion tirée du constat: la conclusion qu’il est trop tard, qu’il n’y a pas de solution, que l’effondrement est inéluctable et qu’il s’agit maintenant de s’y préparer pour apprendre à vivre avec. Tant que vous n’avez pas compris ça, tant que vous croyez que l’idéologie effondriste est juste un constat objectif, vous ne pourrez pas comprendre ce que nous faisons dans le Courant Constructif.

Car le constat, nous le faisons nous aussi. Nous ne sommes pas climato-sceptiques, sinon les solutions n’auraient en toute logique aucun intérêt pour nous. La réalité, c’est que nous combattons la mouvance climato-sceptique depuis des années. Il faut être profondément binaire pour penser que si nous critiquons la collapsologie, c’est que nous sommes dans le déni de son constat, car encore une fois la collapsologie n’est pas le constat mais une certaine attitude prise face au constat. Chez nous, le même constat débouche sur une attitude à l’opposé du défaitisme collapsologique: l’attitude constructive, qui, partant du même constat, cherche des solutions pour résoudre le problème ou en limiter les effets.

 

2/La collapsologie se distingue de l’éco-psychologie par son défaitisme adaptatif

La collapsologie n’est pas le constat, elle n’est pas non plus la gestion thérapeutique des émotions suscitées par le constat. La digestion et l’expression des émotions relatives à la destruction de la planète n’est pas l’invention de la collapsologie, c’est l’invention de l’éco-psychologie, une méthode développée par Joanna Macy pour les écologistes. Les collapsologues ont récupéré cette pratique, mais l’éco-psychologie n’est pas effondriste à l’origine, d’ailleurs il m’est arrivé de la pratiquer dans mon centre de développement personnel dans le cadre de cercles de parole dédiés à l’écologie. Les collapsologues tordent cette belle discipline pour la détourner vers une forme de résilience défaitiste purement adaptative, qui n’est pas la vraie résilience, la résilience créative que nous défendons.

La spécificité de la collapsologie n’est donc pas d’accompagner l’éco-anxiété générée par le constat pour la faire déboucher sur des actes, de l’engagement et de la créativité. Il s’agit plutôt pour elle de faire déboucher cette éco-anxiété sur du renoncement et de la préparation. La collapsologie, c’est un peu comme aller se rendre avant d’avoir livré bataille. Nous, au Courant Constructif, nous sommes plutôt à rassembler toutes les troupes susceptibles de contribuer à la victoire ou au moins de limiter les dégâts, ce qui concrètement parlant, peut consister en quelques millions voir milliard de survivants, et la possibilité pour l’évolution humaine de continuer.

«Je sais que le changement climatique, combiné à l’épuisement des énergies fossiles bon marché au cours de ce siècle, éliminera les fondements de notre civilisation industrielle. Je ne sais pas si cela éliminera notre espèce – probablement pas, même s’il y aura des milliards de gens en moins sur cette planète d’ici à 2100.» Dennis Meadows, Effondrement: l’humanité rongée par la fin, Libération

 

3/La collapsologie comme utopisme néo-traditionaliste

La collapsologie est l’idéologie qui prône l’acceptation de l’effondrement en vue de s’y adapter. Il s’agirait de tourner la page des solutions pour entrer dans un esprit d’adaptation à l’effondrement inéluctable. L’emploi du terme de solution est d’ailleurs proscrit  chez les collapsologues. Il s’agit seulement d’aménager le pire, l’après effondrement, par une sorte de résilience purement adaptative.

« En fait, il n’y a même pas de “solutions” à chercher à notre situation inextricable (predicament), il y a juste des chemins à emprunter pour s’adapter à notre nouvelle réalité. » Pablo Servigne et Raphaël Stevens, Comment tout peut s’effondrer

 

Cet esprit d’adaptation défaitiste est rendu possible par une vision naïvement positive de l’après-effondrement, sur lequel sont projetés tous les fantasmes de l’écologie traditionaliste et anti-capitaliste. Il s’agirait d’imaginer que le monde d’après pourrait être aussi bien, si ce n’est mieux que le monde industriel moderne. On nous donne à rêver à travers l’imaginaire des villes en transition le retour à des conditions de vie traditionnelles, beaucoup plus communautaires et basées sur l’entraide. On laisse penser que le monde d’après ne sera pas tant violent que solidaire… On n’insistera pas trop sur le fait que par effondrement, on entend d’abord et avant tout un effondrement démographique, soit des milliard de morts, qui eux n’auront pas la chance de s’adapter. On ne parlera pas de la dérive autoritaire qu’induirait inévitablement la montée du chaos, les êtres humains étant toujours prêts à abdiquer leur liberté quand leur sécurité est menacée, certains ayant même un penchant bien connu pour la désignation de boucs émissaires dans ce genre de situations. On ne dira pas grand chose de la méchanceté humaine en situation d’effondrement, de l’explosion de la violence, des vols, des viols, des meurtres, des guerres, des gangs, de la maltraitance des femmes et des enfants en contexte de barbarie. On ne parlera pas trop de l’explosion des maladies et de l’impuissance à les traiter. On préfèrera projeter l’imaginaire de jolies communautés permacoles, en oubliant bien de préciser que dans le contexte d’un réchauffement de 5 à 10 degrés, on ne saurait assurer des rendements stables et suffisants à l’humanité. Évidemment tout cela relève plus du fantasme anti-capitaliste que de la science, mais c’est cet imaginaire utopique qui déclenche l’adhésion à la collapsologie, voir le désir d’effondrement… 

« Il ne s’agit pas vraiment d’un retour au passé. » Yves Cochet, Paris Match

 

4/ La collapsologie comme désir d’effondrement

Car il y a une frange de la collapsosphère qui, derrière un discours prétendument objectif, désire l’effondrement. Cela est bien réel. De la même manière que les communistes attendaient l’effondrement du système capitaliste du fait de ses contradictions internes, il est aujourd’hui une écologie radicale, antimoderne, voir anti-humanité, qui désire voir s’effondrer la société moderne dite thermo-industrielle. Derrière ce discours d’apparence scientifique se cache différentes postures maladives: “C’est trop tard!”, “Il n’y a pas de solution!”, “Après tout, si l’humanité disparait, ce n’est pas si grave!”, “Il faut que tout soit détruit pour pouvoir repartir sur de bonnes bases!”, “Vivement l’effondrement!”, “Cette société de merde mérite de s’effondrer!”, “On va bien rire quand tout le monde crèvera et que nous on sera préparés!”, “On va pouvoir redevenir chasseur-cueilleur!”, “L’humanité est le cancer de cette planète, si elle disparaît, bon débarras!”… etc.  On aurait tort de sous-estimer la gravité de cette maladie spirituelle des sociétés modernes avancées et son taux de propagation dans la population. Nous qui portons l’énergie opposée y sommes confrontés quotidiennement dans les commentaires que suscitent nos partages constructifs. On peut même observer un certain mépris des solutions et un acharnement à les dévaloriser. Pas étonnant que ceux qui désirent l’effondrement souhaitent qu’il n’y ait pas de solution. Pour certains même, la solution, c’est l’effondrement lui-même.

Les causes de cette maladie sont à chercher dans la mort de Dieu, dans le nihilisme qui en est né, la culpabilité et la haine de soi de l’Occident moderne, l’anti-modernisme suscité par la perte de sens et la destruction des repères traditionnels, l’ingratitude des enfants gatés-pourris de la modernité, la colère née de l’inégalité et l’irrationalisme croissant dans la population.

« Je considère avec beaucoup de sérénité un genre d’évènement, pas trop rapide, qui réduirait notre population à environ un milliard ; je pense que la Terre serait plus heureuse. » James Lovelock, Newsweek, 31 mai 2015.

 

CONCLUSION : Vers un populisme vert ?

N’assiste-t-on pas finalement à la naissance d’un populisme écologiste?  Je dis pour ma part qu’il y a une écologie traditionaliste, binaire, antimoderne, négative, malthusienne, technophobe, passéiste et spirituelle-traditionaliste, que j’oppose à une écologie créative, constructive, positive, progressiste, technique, industrielle, scientifique, futuriste et spirituelle-évolutionnaire. J’ai parlé du fait que derrière ce discours pseudo-scientifique se cache un traditionalisme, donc une tentation régressive mêlée d’utopisme naïf. J’ai également pointé le problème de la pensée binaire, cette sorte d’avatarisation des esprits qui veut que si l’on est pour la nature, on soit contre la technologie, et inversement. J’ai montré la folie d’une logique culpabiliste qui veut supprimer purement et simplement toute chose nuisible à la planète (voiture, avion, centrale nucléaire, chauffage, électricité, smartphone, enfants…). J’ai critiqué le manque de transmission de l’esprit scientifique et rationnel qui ouvre la voie aujourd’hui à une véritable régression irrationaliste que l’on voit s’étendre chaque jour un peu plus sur Internet. Enfin j’ai pointé le problème que représente l’ingratitude des enfants de la modernité à l’égard du système dont ils tirent leur niveau de vie inégalé dans toute l’histoire humaine. Tout cela fait le lit d’un populisme écologiste grandissant, qui nuit à la véritable transition écologique. Le désinvestissement des solutions au profit de l’adaptation réduirait inévitablement les capacités de résilience de l’humanité. Ce populisme vert est l’arbre qui cache la forêt de solutions qui pousse. Son esprit contestataire laisse entendre que personne ne fait rien, au moment même où les solutions sont en train d’émerger. S’opposer à ce populisme vert pour des raisons écologiques, c’est courir le risque d’être vu comme un ennemi de la nature, voir comme un climato-sceptique. Mais j’insiste bien: le GIEC n’est pas collapsologue et s’il y a bien un discours militant qui représente la ligne du GIEC, c’est le nôtre. 

Satyavir

 

 

 

Pour une mobilisation constructive

Cet article a été écrit initialement pour les membres du groupe Facebook  Courant Constructif. Dans ce groupe, nous partageons depuis 2013 les solutions qui émergent dans tous les domaines pour faire face à la crise systémique du monde moderne. Notre but ici est de responsabiliser nos membres face au danger de l’optimisme passif que pourrait susciter la découverte quotidienne de nouvelles solutions rassurantes. Les solutions existent, mais nous devons nous mobiliser pour elles. L’effondrement peut être évité, mais seulement si nous nous impliquons réellement pour faire triompher les forces de résilience créatrice qui s’éveillent partout dans le monde. Il s’agit d’être à la hauteur de notre responsabilité historique.

 

MESSAGE IMPORTANT À LA COMMUNAUTÉ CONSTRUCTIVE

Nous ne sommes pas là pour consommer des solutions tels des spectateurs qui réfléchissent pour savoir qui a raison des optimistes ou des pessimistes.

Nous sommes là pour changer les choses. Nous sommes là pour construire une alternative à l’effondrement.

Nous ne sommes pas un groupe optimiste dont le message consisterait à dire: ne vous inquiétez pas, ça va aller, des gens s’en occupent pour vous, on va y arriver, vous n’avez qu’à liker la page et ça suffira.

Nous sommes un groupe constructif, notre message est de dire : l’effondrement nous pend au nez, mais il n’est pas inéluctable, à condition de faire passer la dynamique constructive mondiale à un autre niveau d’intensité, d’inventivité, de mobilisation et d’influence.

J’en vois beaucoup qui sont dans une attitude spéculative, dans un débat infini sur “Qui a raison?”… Ce n’est pas l’objectif!

Être constructif n’est pas un point de vue, c’est une ACTION!

Le pessimisme et l’optimisme sont des points de vue. On regarde les choses de l’extérieur et on juge de comment elles vont se terminer.

Nous, nous ne voulons pas regarder et juger, nous voulons prendre part, prendre part pour changer les choses et permettre à l’humanité de poursuivre son évolution sur cette magnifique planète.

Il ne suffit pas de regarder ceux qui inventent des solutions et de les liker. Comprenez bien l’enjeu: soit l’humanité entre dans une dynamique constructive, soit elle court à la dépression collective et à l’effondrement assuré.

Les solutions existent, mais il faut se mobiliser pour elles. Pour qu’il y en ait plus, plus rapidement, pour qu’elles soient mises à l’échelle. Il nous faut construire tout un contexte socio-culturel favorable à leur émergence.

Nous avons perdu ce sens de la mobilisation collective, de l’organisation d’un mouvement citoyen structuré. Prenez conscience que des décennies de culture narcissique et individualiste vous ont conditionné à n’entrevoir comme action que votre petit choix individuel de consommateur. On vous a bien appris à déléguer votre pouvoir! Et les JT sont là pour vous rappeler chaque jour combien vous êtes impuissants. Il est temps de nous réveiller, de réactiver notre sens de l’engagement pour quelque chose de plus grand que nous.

Mais il s’agit d’inventer un nouveau type de mobilisation: une mobilisation constructive. Jusqu’à présent les mobilisations, particulièrement en France, sont des mobilisations d’opposition plutôt que de propositions. Pour gueuler, nous sommes les experts mondiaux. Mais pour construire et se battre pour les solutions, il n’y a plus grand monde. C’est là qu’est le problème. C’est cela qui est nouveau. Battons-nous pour les solutions plutôt que contre les responsables du problème. Tout le monde est au courant du problème. Et nous sommes tous responsables. A présent, ce sont les solutions qui ont besoin d’être encouragées, diffusées et appliquées.

Impliquez-vous pour les solutions car c’est pour vous et vos enfants que nous faisons ce mouvement. Personnellement, je pourrais siroter du jus de cerise en jouant de la musique bien tranquille en Auvergne, courir les filles et gagner de l’argent à la place de cet engagement bénévole.

Mais il nous reste peu de temps pour y arriver. La situation n’est pas désespérée, mais il y a urgence. La communauté scientifique nous l’assène, sans pour autant verser dans le catastrophisme. Ce n’est pas pour nous rassurer, mais bien pour nous pousser à l’action constructive.

Entendez bien: la communauté scientifique ne nous appelle ni à l’optimisme, ni au pessimisme et encore moins au catastrophisme apocalyptique, elle nous appelle à être constructifs. C’est, en cela, le Courant Constructif, tel que nous l’avons défini, qui représente le plus la science véritable parmi les différents discours qui s’affrontent dans l’espace public.

C’est d’ailleurs cette même communauté scientifique qui nous appelle maintenant à investir les technologies de capture carbone, et à passer ainsi à une écologie de la dépollution, complément nécessaire à la baisse de nos émissions. C’est cela que nous défendons depuis le début. Qui d’autre le fait? 

J’espère qu’il est clair à présent que nous ne sommes pas ici pour consommer passivement des solutions. J’ai créé ce groupe pour vous inspirer à faire votre part. Pour que chacun puisse se sentir relié à ce courant mondial de résilience créatrice qui nous dépasse tous. Et j’espère que quelques uns d’entre vous auront l’élan de nous aider et de nous soutenir.

Satyavir

 

Quelques liens pour aller plus loin:

lmc.today : Le Média Constructif, l’actu prospectiviste

Gunter Pauli: qu’est-ce que l’économie bleue? 

Projet Drawdown: 100 solutions pour inverser le réchauffement climatique

Financement de l’écologie : https://www.facebook.com/groups/courantconstructif/permalink/1333657200142341/

Remplacement des terres rares : https://www.facebook.com/groups/courantconstructif/permalink/1332985950209466/

Bitume sans pétrole, végétal : https://www.facebook.com/groups/courantconstructif/permalink/1332675523573842/

Conversion du CO2 en graphène : https://www.facebook.com/groups/courantconstructif/permalink/1330110473830347/

Carrosserie en fibre de carbone : https://www.facebook.com/groups/courantconstructif/permalink/1328653860642675/

Valorisation du CO2 au plasma : https://www.facebook.com/groups/courantconstructif/permalink/1327410940766967/

Politique européenne de lutte contre le CO2 : https://www.facebook.com/groups/courantconstructif/permalink/1327428524098542/

Energie propre et illimitée grâce au graphène : https://www.facebook.com/groups/courantconstructif/permalink/1323997897774938/

Bactéries et graphène pour produire de l’énergie : https://www.facebook.com/groups/courantconstructif/permalink/1323259964515398/

TedX Jennifer Wilcox : https://www.facebook.com/groups/courantconstructif/permalink/1320129754828419/

Uranium durable : https://www.facebook.com/groups/courantconstructif/permalink/1332928016881926/

Fin du pétrole : https://www.facebook.com/groups/courantconstructif/permalink/1335672696607458/

De l’énergie et de l’hydrogène à partir du CO2 : https://www.facebook.com/groups/courantconstructif/permalink/1335789253262469/

Carburant à l’eau de mer : https://www.facebook.com/groups/courantconstructif/permalink/1336240569884004/

Utilisation du CO2 : https://www.facebook.com/groups/courantconstructif/permalink/1323125037862224/

Biocarburant à base de CO2 : https://www.facebook.com/groups/courantconstructif/permalink/1332259683615426/

Ray Kurzweil: l’optimisme du futurologue de Google https://www.youtube.com/watch?v=AP_U8OjO3Rs

Synthèse sur la reforestation dans le monde

L’idée du revenu de base progresse dans le monde:  https://www.facebook.com/groups/courantconstructif/permalink/1343737509134310/

Développement de l’éco-anxiété dans le monde: https://www.facebook.com/groups/courantconstructif/permalink/1340726249435436/

L’émergence du secteur de la Capture Carbone dans le monde: https://www.facebook.com/groups/courantconstructif/permalink/1309847295856665/

 

Gérald Bronner: «Les collapsologues ne veulent pas voir les innovations technologiques qui pourraient changer la donne»: https://www.lopinion.fr/edition/politique/gerald-bronner-collapsologues-ne-veulent-pas-voir-innovations-193400?fbclid=IwAR1z1Jy54ca1GaJuStvRyRcrPmMuCeeTOzW2IhDlAYBt2YmkTY_FqDFgb5s

 

Vers une exploitation commerciale du CO2: https://www.facebook.com/groups/courantconstructif/permalink/1311133429061385/

 

ADDITIONNER LES SOLUTIONS

Réflexion constructive du soir:

En additionnant un nombre suffisant de solutions insuffisantes, on finit par obtenir un résultat suffisant pour résoudre le problème. Par exemple, en additionnant 100 solutions qui réduisent chacune 1% du problème, ou 20 solutions qui résolvent chacune 5% du problème, on arrive à solutionner un problème à 100%. Donc l’insuffisance d’une solution n’est pas un argument suffisant pour démontrer sa fausseté.

Sans oublier qu’une solution qui vaut 1 aujourd’hui vaudra probablement 5 dans 5 ans, car les solutions s’améliorent et changent d’échelle avec le temps. Donc au pouvoir des additions il faudrait ajouter celui des multiplications.

Logique collapso: “Cette solution est insuffisante donc on la debunke et on l’enterre, et on se prépare à l’effondrement inéluctable.”

Logique constructive: “Cette solution est insuffisante POUR LE MOMENT, donc on va l’améliorer, et on va en faire plein d’autres.”

Sur ce, bonne nuit à tous.

Satyavir

 

MISSION N° 1 DU COURANT CONSTRUCTIF: Développer une gigantesque veille constructive pour repérer les solutions qui émergent dans le monde

Les solutions que nous vous partageons ne tombent pas du ciel. Nous les cherchons, nous les étudions, nous les vérifions, nous croisons les infos… bref, c’est du boulot, et ce boulot, on a choisi de le faire parce qu’on pense que le monde en a besoin.

 
Vous êtes de plus en plus nombreux à nous témoigner de votre gratitude à l’égard de ce travail. De nouveaux membres nous rejoignent chaque semaine, vous êtes de plus en plus nombreux à participer, à commenter, partager. De tout cela je me réjouis!
 
Vous l’avez compris, avec le Courant Constructif on a voulu passer au niveau supérieur de notre action, en devenant un véritable mouvement citoyen orienté solutions. Un des éléments essentiels pour y parvenir était de développer une véritable veille constructive.
 
Qu’est ce qu’une veille? C’est un système automatisé qui permet de se tenir au courant de l’actualité d’un sujet. Pour faire simple, avec la veille, ce n’est plus vous qui allez à la recherche de l’information pertinente, c’est l’information pertinente qui vient à vous, grâce à un subtil paramétrage de mots-clés et sites sélectionnés qui permet de faire remonter l’information jusqu’à vous. Ça fonctionne notamment grâce aux agrégateurs de flux RSS: on entre les flux RSS des sites correspondant à notre thème de recherche et on n’a plus qu’à se connecter à notre veille pour voir en un clin d’oeil tout ce qui est paru sur le sujet durant les derniers jours.
 
Dans notre cas, ce qui nous intéresse, c’est de nous tenir au courant de l’actualité constructive, pour pouvoir identifier les nouvelles solutions émergentes. Des solutions, il en émerge tous les jours, mais encore faut-il les découvrir, et pour qu’on puisse les découvrir, encore faut-il qu’elles aient été valorisées. Si c’est le cas, alors notre veille nous permettra de le savoir, et nous pourrons ensuite vous partager l’info. Nous pourrons également intégrer cette nouvelle solution à notre veille afin de nous tenir au courant de son évolution. Cela nous semble en effet essentiel. Au niveau où nous en sommes, il ne suffit plus de relayer l’existence d’une solution quelque part dans le monde. Nous voulons pouvoir suivre l’évolution de cette solution, son amélioration progressive, sa mise à l’échelle… Car la plupart des solutions que nous partageons dans la communauté ont cette propension à évoluer, à se diffuser et à s’améliorer avec le temps. Nous voyons le potentiel, là où les collapsologues s’arrêtent généralement à l’état actuel d’une technologie qui dans 5 ans, n’aura plus le même visage ni la même dimension.
 
Bref, j’ai donc créé une gigantesque veille orientée solutions. Dans cette veille, j’ai entré plus de 300 sites, comptes Twitter, pages Facebook et Scoop.it constructifs que nous allons suivre. Cette veille va permettre à notre équipe de repérer toutes les solutions qui émergent dans le monde et de nous tenir au courant de leur actualité. 
 
 
Pour vous donner un aperçu des sites que nous suivons, voici un échantillon des 50 meilleurs sites constructifs de la toile.
 
 
Bien à vous tous, amis des solutions,
 
 
Satyavir,
Fondateur du Courant Constructif
 
 
 
 
 
 

Position du Courant Constructif sur Pierre Rabhi et le mouvement Colibri

Je suis reconnaissant envers Pierre Rabhi d’avoir contribué, en France, à la prise de conscience écologique d’un large public. Je lui reconnais le mérite d’avoir été l’un des premiers à incarner et encourager une attitude constructive face à la crise écologique, à travers la légende du colibri qui invite chacun, quel qu’il soit, à faire sa part pour contribuer à la solution. Pierre Rabhi a mis au point sa propre solution contre la destruction de la vie et des sols: l’agroécologie. Il a défendu une solution existentielle, spirituelle et politique qu’il croyait bonne: la sobriété heureuse. Il a parlé avec force de l’esclavage moderne au travail en tant qu’ancien OS et contribué ainsi à ce qu’émerge le désir d’émancipation dans la population, particulièrement dans ma génération. Il a apporté un discours qui donnait du sens à une époque où il n’y en avait plus. Il a parlé du miracle de la vie et et de la beauté de la nature à une époque où on la détruisait avec indifférence. Il a touché l’âme de nombreuses personnes en nourrissant chez elles un besoin de sagesse qui, malgré des décennies de consumérisme et de divertissement télévisuel, n’avait pas disparu. Pierre Rabhi n’est, à mon sens, pas un gourou, mais bien un philosophe au sens antique du terme: quelqu’un qui vit sa philosophie. Il a aussi aidé ma génération à ouvrir les yeux sur la nécessité d’un changement de paradigme. Quant au mouvement Colibri qu’il a fondé, celui-ci a également amené de nombreuses solutions intéressantes: éco-habitat, banque éthique, Internet libre, modes de gouvernance démocratiques, pédagogies alternatives, sans parler des solutions intérieures (reconnexion à la nature, méditation, sens du sacré de la Vie).
 
Ce mouvement est venu rééquilibrer une société moderne malade de ses excès, destructrice de sens et de la nature.
 
 
Pour ma part, cette vision m’a beaucoup nourrie, et j’y ai en partie puisé mon inspiration constructive. J’ai compris grâce à elle qu’on pouvait, au lieu de critiquer, de montrer les problèmes et de désigner des coupables, inventer de nouvelles solutions qui rendraient l’ancien système obsolète! J’ai pris conscience que le problème n’est pas simplement un ennemi extérieur à abattre, mais que nous avons tous notre part de responsabilité à travers les choix que nous faisons quotidiennement. J’ai compris enfin que nous pouvions tous faire notre part, quelle que soit notre échelle, dans la résolution de la crise systémique que nous traversons. Pierre Rabhi et les colibris ont amené dans la société cet état d’esprit constructif, orienté solution, à une époque où, il faut le dire, la majorité des gens n’avait même pas encore compris le problème. Je crois qu’on peut les remercier pour ça.
 
 
Je précise que je n’appartiens à aucun courant, religieux ou politique… et que tout en me reconnaissant en tant que colibri qui fait sa part, je ne fais pas partie de l’association Colibri. Je suis un créatif, je m’inspire librement des uns et des autres pour tracer ma voie personnelle. Et quand je dis que je m’inspire d’un penseur comme Pierre Rabhi ou d’un autre, cela ne veut pas dire que j’adhère à la totalité de son discours et de ses actes. J’en retire certains éléments, j’en laisse d’autres, et je vous invite à faire de même librement. Pour inventer des solutions pertinentes, il faut savoir sortir de cette pensée binaire où un discours est soit totalement vrai, soit totalement faux, sans mélange ou limitations possibles.
 
Je peux donc, dans cet esprit, reconnaitre pleinement que j’ai été inspiré par le mouvement Colibri, tout en affirmant que j’ai aussi des divergences, notamment dans mon rapport à la modernité et à ses apports. Je ne suis pas soumis par exemple à certains conditionnements limitants qui se manifestent souvent dans les milieux décroissants à l’égard de tout ce qui est moderne, futuriste, technologique. J’ai rencontré très jeune la technophobie des milieux intellectuels à travers mes études de philosophie. J’ai retrouvé plus tard cette technophobie dans les milieux écolo et décroissants. Pour ma part, je suis admiratif du génie humain et de ses accomplissements matériels. Je suis conscient que l’évolution de la conscience humaine est intrinsèquement corrélée à l’évolution des connaissances et de la technologie ainsi qu’à l’augmentation des flux d’énergie consommée. Tout cela a bien sûr des répercussions sur mon rapport aux solutions émergentes: à savoir que je suis tout à fait ouvert aux solutions technologiques, issues de la recherche, de la science et des entreprises. La prospective scientifique et technologique me paraît essentielle à l’attitude constructive. Aussi dans le cadre du Courant Constructif, nous allons continuer de partager des solutions techno : je pense aux solutions qui relèvent de l’intelligence artificielle, de la robotique, du logiciel, des technologies de captage de CO2, des imprimantes 3D, des progrès de la fusion nucléaire, des progrès de la médecine, de l’exploration de l’espace et des océans, des nouveaux modes de transports, des nouvelles source d’énergie et de stockage, etc.
 
L’histoire de Pierre Rabhi nous montre, il me semble, qu’il y a une tendance traditionaliste dans sa démarche: retrouver le monde harmonieux de son enfance, d’avant l’arrivée de la modernité française en Algérie, cette modernité qui a “souillé” son père. Pour ma part, j’ai un jugement plus équilibré sur la modernité, qui m’amène à ne pas me contenter de tout rejeter en bloc, à commencer par la science et la technologie. Je ne vois pas pourquoi l’on devrait, par exemple, se passer de technologie en agriculture et revenir au travail manuel et à la traction animale. Ce serait à mon sens une régression, non une évolution. La technologie peut être mise au service d’une agriculture qui respecte les sols, la beauté et la vie, tout en émancipant l’homme du dur labeur de nos ancêtres paysans. Associer la robotique, le Big Data et l’Intelligence Artificielle aux connaissances de la permaculture et de la microbiologie des sols, voilà, pour moi, une voie d’évolution bien différente de l’image bucolique du paysan-philosophe anti-moderne. Je suis d’avis que les bonnes solutions naitront de la rencontre de l’écologie et de la technologie plutôt que de leur opposition. Allier conscience spirituelle et efficacité matérielle, voilà la piste d’évolution qui me semble pertinente.
 
 
Satyavir Colibri, fondateur du Courant Constructif
 

POURQUOI LANCER UN COURANT CONSTRUCTIF?

RÉPONSE N° 1: RENDRE VISIBLE L’ÉLAN CONSTRUCTIF MONDIAL

Le groupe Journalisme Constructif a été créé le 6 octobre 2013 sur une idée toute simple: partager des solutions plutôt que des problèmes. J’étais loin de me douter à l’époque que le groupe rencontrerait un tel succès. Aujourd’hui, la communauté constructive compte plus de 3000 membres. Ensemble, nous avons, pendant ces 5 années, diffusé des centaines de solutions émergentes et contribué ainsi à faire souffler sur la toile un grand vent constructif. Je remercie tous ceux, journalistes et citoyens, qui ont permis de faire vivre cet élan. Le monde a plus que jamais besoin d’énergie constructive pour faire face aux enjeux qui sont les nôtres aujourd’hui.

C’est dans la continuité de cette démarche et dans le but de porter la cause constructive à un niveau supérieur que j’ai annoncé hier le changement de nom de notre groupe. Journalisme Constructif devient ainsi le Courant Constructif. Par ce changement de nom, nous passons d’un simple groupe Facebook dédié aux solutions à un véritable courant citoyen visant à valoriser, incarner et diffuser l’énergie constructive en cette période critique de l’histoire.

Avec le temps, j’ai fini par comprendre que le véritable thème de ce groupe n’est pas le journalisme constructif, cette tendance interne au secteur médiatique visant à promouvoir plus d’actualités positives dans les médias. Le véritable thème de ce groupe est l’immense vague constructive qui s’est éveillée dans le monde en réponse à la crise systémique. Le journalisme constructif n’est lui-même que la branche médiatique d’un phénomène beaucoup plus large qui est cette vague constructive traversant tous les secteurs de la société.

Cette vague constructive est mondiale: partout sur la planète, des individus s’efforcent de rendre ce monde meilleur et réalisent quelque chose pour apporter une partie de la Solution.

Ces individus constructifs n’ont pas de sexe particulier, pas de couleur de peau particulière, pas d’âge particulier, pas de niveau social particulier. Ce sont des hommes comme des femmes, des jeunes comme des vieux, des blancs comme des noirs, des riches comme des pauvres. Ils ne sont pas non plus cantonnés à un secteur particulier. Ils émergent dans tous les domaines: dans l’éducation, dans l’écologie, dans l’agriculture, dans l’entreprise, dans le milieu associatif, la science et la technologie… Untel veut nettoyer les océans, untel plante des millier d’arbres pour arrêter le désert, celui-ci a inventé un système pour rendre l’eau potable tandis que celui-là a mis en place une solution pour remplacer les pesticides… Chacun fait sa part, chacun invente et matérialise une partie de la Solution globale. Et tous ces petits bouts de solution mis bout à bout finissent par former ensemble le puzzle d’un nouveau paradigme, ce nouveau paradigme dont notre monde en crise a tant besoin.

Ce sont ces gens que nous voulons valoriser. C’est de cet immense élan constructif, de ce courant constructif mondial, que nous voulons parler ici.

Ce courant n’a pas de leader, pas de théoricien, pas de manifeste. Il n’est pas centralisé, pas coordonné, pas réfléchi. Il a émergé spontanément de la nécessité dans laquelle se trouve l’humanité actuelle de trouver des réponses aux problèmes colossaux auxquels elle est aujourd’hui confrontée: crise écologique, crise énergétique, crise du vivre-ensemble, crise économique et financière, crise du sens, crise du travail et de l’éducation. Face à cette polycrise, des hommes, un peu partout dans le monde, se sont mis à chercher des solutions, à inventer des possibles, à ouvrir de nouvelles voies. Et c’est ainsi qu’est né le courant constructif, de manière non-concertée, de l’addition de toutes ces initiatives convergentes.

Mais, aussi vaste soit-il, ce courant constructif reste encore à ce jour très peu visible. Alors même que l’humanité est en train d’inventer des milliers de solutions, la distorsion médiatique est telle que nous avons plutôt l’impression que “personne ne fait rien” et que “tout le monde s’en fout”. De là, un désespoir grandissant parmi la population.

Les forces de résilience à l’oeuvre dans le monde sont confrontées à une véritable pathologie de la valorisation médiatique qui les rend très peu visibles aux yeux des gens, alors qu’il s’agit peut-être du phénomène le plus important de notre époque.

Parce que les médias préfèrent orienter notre attention sur le spectacle sportif, les scandales, les catastrophes environnementales, les attentats et autres informations anxiogènes, nous nous formons une image de la réalité qui n’intègre pas la banalité du bien. Au regard de toutes ces informations négatives qu’on lui renvoie en image d’elle-même, l’humanité semble parfois se demander s’il est souhaitable de continuer, et l’on peut parfois sentir en elle la tentation de baisser les bras et de ne pas se battre face au risque d’extinction que lui prédisent les experts. Mais tout cela est la conséquence d’une distorsion de réalité induite par les médias de masse qui nous pousse à ne voir que le pire en l’Homme. La banalité du bien est pourtant une réalité, nous en avons été témoin pendant toutes ces années de partages. Il y a le pire comme le meilleur dans cette humanité. La question est de savoir ce que nous voulons nourrir, ce que nous voulons valoriser.

C’est pourquoi nous avons besoin d’un mouvement pour porter la voix aujourd’hui inaudible de tous ces acteurs constructifs dans le monde. Nous avons besoin d’un espace pour rendre visible cette tendance constructive à l’oeuvre dans l’humanité. Nous avons besoin d’un site pour permettre aux gens de découvrir, de référencer et de partager ces centaines de solutions émergentes. Enfin, nous avons besoin d’un groupe pour nous retrouver entre personnes constructives qui font leur part et nous relier à l’énergie de ce gigantesque courant mondial.

C’est pour toutes ces raisons que j’ai décidé de lancer le Courant Constructif. Il est temps de passer d’un petit groupe sympathique à un véritable courant citoyen. Si cela vous parle, si vous aussi vous faites votre part et avez envie de vous relier à ce courant d’énergie constructive mondial, alors bienvenu dans ce groupe!

Il fallait un espace pour réunir les gens de bonne volonté, les hyperactifs de la transition, les colibris courageux et les serviteurs de la vie. C’est chose faite!

Partagez si vous pensez que ce message mérite d’être entendu.

Merci.

Satyavir

#constructif #courantconstructif

Notre site internet: http://courantconstructif.com

COLLAPSOLOGIE ET COURANT CONSTRUCTIF : peut-on encore éviter l’effondrement ?

Après plusieurs mois de recherches en prospective, j’entrevois pour notre avenir une possibilité réaliste autre que celle de l’effondrement. Je considère la collapsologie comme une réflexion incontournable aujourd’hui pour tout penseur digne de ce nom. Mais en tant qu’évolutionnaire, ce n’est pas la thèse que je défendrai dorénavant.
En théorie du chaos, il y a deux possibilités lorsqu’un système se met à osciller: collapse ou breakthrough, soit un effondrement à un niveau de stabilité antérieur ou une émergence à un niveau de stabilité supérieur. La collapsologie parie sur la première de ces possibilités. La prospective me conduit aujourd’hui à développer un espoir réaliste en faveur de la seconde.

 

 


Je m’inscris en faux contre l’idée, développée par Pablo Servigne et Raphaël Stevens dans Comment tout peut s’effondrer, selon laquelle la crise systémique que nous traversons devrait être pensée comme un “predicament” (soit un problème sans solution, quelque chose d’insurmontable, menant à un effondrement qu’il s’agirait purement et simplement d’accepter). Voici les extraits en question :

 

« Il est intéressant de constater que le vocabulaire francophone n’a que le mot “problème” pour désigner une situation très difficile (les synonymes sont plus faibles). Chacun sait que, lorsqu’on a un problème, on analyse la situation, on cherche une solution (souvent technique), et on l’applique, ce qui fait disparaître le problème. Comme une crise, le problème est d’ordre ponctuel et réversible. Mais la langue anglaise possède un mot de plus, « predicament », qui décrit mieux l’idée d’effondrement. Un predicament désigne une situation inextricable, irréversible et complexe, pour laquelle il n’y a pas de solutions, mais juste des mesures pour s’y adapter. Il en est ainsi des maladies incurables qui, à défaut de “solutions”, obligent à emprunter des chemins – pas toujours faciles – qui permettent de vivre avec. Face à un predicament, il y a des choses à faire, mais il n’y a pas de solutions. »

 

« En fait, il n’y a même pas de “solutions” à chercher à notre situation inextricable (predicament), il y a juste des chemins à emprunter pour s’adapter à notre nouvelle réalité. »

 

Pablo Servigne et Raphaël Stevens, Comment tout peut s’effondrer

 

Il est vrai que le réchauffement climatique, la disparition de la biodiversité, l’instabilité du système financier international ou encore la lente diminution des énergies fossiles sur lesquelles repose tout le système moderne forment ensemble le contexte le plus challengeant que l’humanité ait jamais eu à affronter. Et il peut être tentant, face à un tel contexte, de baisser les bras et de se dire qu’il n’y a pas d’issue, qu’il va falloir s’adapter à un effondrement désormais inéluctable, et que tout est déjà joué. Mais je crois qu’avant d’affirmer qu’il n’y a pas de solution à un problème, on devrait se donner la peine de chercher un peu. Et même beaucoup! Car je ne pense pas qu’il y ait de problème sans solution, il y a seulement des problèmes dont on n’a pas encore trouvé la solution. Je ne pense pas, par exemple, pour reprendre l’exemple de Servigne & Stevens, qu’il y ait des maladies incurables, il y a seulement des maladies dont on n’a pas encore trouvé le traitement. Un peu de prospective sur les progrès en cours de la médecine nous apprend d’ailleurs que bien des maladies actuellement incurables seront facilement traitées d’ici quelques décennies et que même la mort pourrait bien ne pas être autant un predicament que nous ne le pensions!
Je ne pense pas avoir particulièrement de problème de déni lorsque je refuse un tel fatalisme: j’ai suivi toutes les étapes du deuil collapsologique, jusqu’à entrer en résilience et à donner moi-même une conférence sur le sujet à la Maison des évolutionnaires. Simplement mes recherches récentes m’ont conduit à découvrir des informations qui, mises bout à bout, m’ont fait entrevoir une autre possibilité. Je présenterai ces informations le moment venu, quand mes recherches seront suffisamment avancées. Pour le moment je veux seulement vous faire part avec force de ma croyance que, face aux crises de ce monde, des solutions existent, et que celles qui n’existent pas encore PEUVENT être inventées. Et pour cette raison, je refuse de faire mien le fatalisme adapatif de la collapsologie.
Le problème que nous rencontrons n’est pas lié à des limites physiques, il est lié aux limites actuelles de notre créativité. La créativité est le facteur oublié dans les calculs des collapsologues. Or, nous vivons l’époque la plus créative de notre histoire. Le nombre de génies actuellement vivants sur cette planète est sans précédent et la créativité connaît actuellement un développement exponentiel qui n’en est qu’à ses débuts. C’est elle, le véritable moteur de l’anthropocène.
Je dis que la créativité peut encore nous surprendre. À mon sens, il ne s’agit pas de se préparer à un effondrement inéluctable, mais plutôt de mobiliser la créativité humaine en vue d’inventer les solutions constitutives d’un nouveau paradigme. De nombreux signaux faibles sont déjà là, qui présentent un potentiel véritable, bien que très peu valorisés. Et je ne vous parle pas de quelques éoliennes ni des villes en transition vers la traction animale, qui représentent plus un retour anticipé à un état de stabilité pré-moderne qu’une véritable évolution postmoderne.

 

Nous n’avons pas besoin de moins d’énergie, nous avons besoin de plus d’énergie. Nous avons besoin d’inventer une nouvelle forme d’énergie, abondante ET écologique, car notre niveau d’évolution est corrélé à notre niveau de consommation d’énergie, et nous n’atteindrons pas le prochain stade de l’évolution culturelle sans un bond créatif en terme d’énergie. Une réduction de notre consommation d’énergie nous ferait immanquablement régresser à des niveaux culturels pré-modernes.
De même, nous n’avons pas tant besoin de réduire nos émissions de CO2 que de savoir transformer le CO2 atmosphérique en matériaux disponibles pour la production. Nous commençons à savoir le faire, et nous allons continuer de nous améliorer dans ce domaine, inversant ainsi le cours du changement climatique.
Le visage de ce que serait un véritable breakthrough ne peut être entrevu qu’en sortant de l’opposition stérile entre écologie et technologie, spiritualité et science réelle. Il ne s’agit ni d’appuyer la fuite dans des spiritualités déconnectées du réel ni de croire que la solution se trouve nécessairement à l’opposé de notre monde, dans un retour à la nature dépouillé de toute technologie. Ces deux tendances, trop souvent rencontrées dans le milieu créatif culturel, sont généralement le fait de psychologies peu matures, voir instables. Elles jouent certes un rôle pour contrebalancer les excès d’une modernité elle-même peu mature et de plus en plus folle. Mais la solution ne saurait être trouvée ni dans la cause du problème ni dans l’opposé de la cause, qui lui est encore rattachée négativement. Nous devons évoluer au-delà de cette pensée binaire qui nous enferme si nous voulons entrevoir un horizon de création nouvelle.
L’écologie n’est pas une question de volonté, c’est une question de créativité. Nous avons besoin d’un courant de pensée qui invite l’humanité à focaliser ses ressources en temps, en énergie, en argent et en pensées sur une résolution créative de la crise systémique. Face à la montée des traditionalismes en tout genre, face à l’expansion de ce modernisme (auto-)destructeur qui triomphe sur toute la planète, il est plus que temps de valoriser la voie postmoderne et de soutenir les solutions en cours d’émergence.
Le temps n’est pas à l’adaptation, le temps est à la création. Le réalisme implique de considérer la puissance de la créativité humaine. Je doute que ce paramètre ait été pris en compte dans les modèles du Club de Rome. C’est pourquoi je préfère aujourd’hui l’attitude constructive d’un Gunter Pauli à la position adaptative d’un Dennis Meadows. Les pessimistes oublient de prendre en compte l’énergie constructive dans leurs calculs réalistes. L’imprévisibilité de la créativité humaine ne se laisse pas facilement dompter par nos calculs déterministes.
Pour ma part, je fais aujourd’hui le choix d’une écologie évolutionnaire, constructive et créative, loin du tournant collapsologique actuel des milieux écologistes. La gravité du problème écologique peut être reconnue avec lucidité et dans toute son ampleur sans pour autant conduire à l’abandon a priori de toute recherche de solutions. Je suis même persuadé que ce problème existe précisément pour nous apprendre à passer à un niveau supérieur dans notre évolution culturelle. À l’échelle individuelle comme à l’échelle collective, les problèmes surviennent pour nous pousser à évoluer, non pour nous en empêcher. À nous de voir si nous sommes prêts à relever le défis avec courage, intelligence et détermination. Pour ma part, je ne passerai pas les prochaines années à me préparer à l’effondrement. Je les passerai plutôt à valoriser les solutions émergeantes et à faire souffler dans le monde un grand vent d’évolution constructive.
Satyavir

COLLAPSOLOGIE ET COURANT CONSTRUCTIF : faut-il arrêter de chercher des solutions ?

 

 

De nombreuses solutions continuent d’émerger et de se perfectionner chaque mois, mais sous prétexte qu’il s’agirait maintenant de se préparer à un effondrement désormais inéluctable et que toute autre pensée relèverait du déni, on est en train de se détourner progressivement de la recherche de solutions et l’on valorise de moins en moins ceux qui y consacrent leur vie au profit de discours collapsologiques, orientés adaptation, qui envahissent progressivement les médias. Une telle attitude a, je le redis, des conséquences proches de la prophétie auto-réalisatrice. En désinvestissant la recherche de solutions on se prive de solutions qui auraient pu émerger et changer potentiellement la donne de manière partielle voir radicale.

 

Songez que les solutions ne sont pas seulement les solutions qui existent déjà mais aussi celles qui sont en voie de perfectionnement, celles qui sont en cours d’invention et celles qui seraient inventées demain si l’on maintenait la dynamique de recherche. Ainsi, en abandonnant la résilience créatrice au profit d’une résilience purement adaptative, on accroît considérablement la fragilité de l’humanité et l’on se destine à une mort solidaire impuissante.

 

C’est comme si l’on abandonnait la partie avant d’avoir perdu, alors qu’on aurait pu la gagner. Je réaffirme donc mon point de vue quantique: que vous pensiez que l’effondrement est inéluctable ou que vous pensiez qu’il peut être évité, dans les deux cas, vous avez raison. Car rien n’est encore joué et l’élément déterminant réside dans le caractère auto-réalisateur de nos croyances.

 

Les croyances engendrent des émotions qui engendrent des actes qui engendrent des résultats qui tendent à valider la croyance de départ. Ainsi, en abandonnant en amont la croyance en notre capacité à surmonter cette crise, on annule en aval les résultats que les actes et pensées engendrés par cette croyance auraient pu produire. Il est donc important de considérer qu’en matière d’écologie comme d’énergie, il est des solutions que nous ne trouverons qu’à condition de croire fermement que nous pouvons les trouver. Car leur découverte ne pourrait tout simplement pas avoir lieu sans cette énergie, ces pensées, ces financements et ce temps alloués à la recherche sur la simple base de notre croyance en notre capacité à résoudre le problème. Or, c’est probablement dans cette fenêtre quantique, dans ce surcroît de possible qu’engendre la croyance, que résident les plus belles promesses pour notre futur.

 

Et qu’on ne me dise pas que tout à déjà été trouvé en matière d’énergie et d’écologie. La prospective révèle que de nouvelles découvertes et avancées sont faites chaque mois. Les progrès de la recherche n’ont jamais été aussi exponentiels. Et l’on sait qu’en matière de créativité, une seule découverte peut changer toute la donne.

 

On peut dire tout ce qu’on veut de l’humanité mais on ne peut lui nier sa créativité. C’est cette créativité qui tout au long de l’histoire lui a permis de résoudre les difficultés qu’elle a rencontré sur son chemin. Renoncer aujourd’hui à cette créativité au moment où nous sommes confrontés au pire danger de notre histoire, pour lui substituer une solidarité impuissante, c’est faire preuve d’irresponsabilité.

 

Avant d’être solidaire ou compétitive, la nature est créative. Compétitivité et solidarité ne sont que deux forces au service de cette créativité. Si on leur enlève leur fin, elles sont toutes deux inaptes à la survie car incapable d’adaptation.

 

N’abandonnez pas la créativité. N’abandonnez pas la recherche, l’invention et la valorisation des solutions. Plus nous valoriserons les solutions et plus il y en aura. Plus nous nous focaliserons sur les solutions et plus il y en aura.

 

Nous sommes à un carrefour quantique. Ce à quoi nous donnons notre temps, notre argent, notre énergie et nos pensées prend forme. Ce que nous croyons se matérialise. Croire en l’effondrement, c’est propulser son avènement. Ne serait-ce que de manière négative, par la privation de ressources (en temps, pensées, énergie, argent) que cela engendre. La réorientation des ressources vers l’adaptation fermerait définitivement la porte aux possibles. Maintenir cette porte ouverte en maintenant la recherche de solutions, c’est reconnaître la part d’inconnu qu’implique tout réalisme dès lors qu’il intègre le facteur créatif dans ses projections.

Satyavir