Ce n’est pas la morale qui sauvera le monde mais la créativité

De plus en plus de gens pensent que l’écologie a échoué et qu’il est temps à présent de se préparer à l’effondrement. Le Courant Constructif s’oppose à un tel diagnostic. Ce n’est pas l’écologie qui a échoué mais une certaine écologie, l’écologie morale, qui en appelle à polluer moins par auto-restriction individuelle et décroissance collective. Mais il est une autre écologie, l’écologie créative, qui, elle, est en train de faire ses preuves en apportant toujours plus de solutions et en améliorant sans cesse celles qui sont déjà présentes. Il est grand temps que cette écologie créative, aussi silencieuse que travailleuse, vienne à l’avant plan et fasse parler d’elle. Il s’agit d’opérer un changement de paradigme écologique et de redéfinir le sens de l’action et de la pensée écologiste dans un tout nouveau sens. 

I – La culpabilité comme fondement de la pensée écologiste et le choix de l’écologie morale

L’écologie est rongée par la culpabilité. La culpabilité d’un homme traditionnel présent en chacun de nous, qui s’en veut d’avoir perturbé l’ordre sacré du monde et se punit en s’auto-restreignant afin de se donner bonne conscience et d’expier ses fautes. Cette culpabilité fait entrer l’écologie dans une logique régressive qui va de la critique du capitalisme et de la société de consommation à l’apologie de la décroissance et de l’autonomie traditionnelle. Comme si l’avoir nuisait à l’être, comme si la consommation était un mal, comme si la sagesse était de s’auto-limiter pour ne satisfaire qu’à ses besoins élémentaires. Seulement voilà, l’homme n’est pas un être de besoin, c’est un être de désir et son désir est infini. C’est ce désir infini qui le pousse à créer. C’est lui qui met en action toute son évolution. C’est encore lui qui se cache derrière le progrès : dans le désir de mobilité, dans le désir de confort,  dans le désir de communiquer, dans le désir de bien manger, de s’informer, d’écouter de la musique, de voler et d’aller conquérir l’espace… Sans le désir de l’homme, aucune des évolutions apportées par la modernité n’auraient eu lieu. Et l’on voudrait rendre coupable ce désir qui nous a porté si loin ?

Il est une autre sagesse pour l’écologie que ce moralisme flagellateur qui fait de chaque consommateur un coupable schizophrène. Car il est deux sagesses en l’homme, celle de la morale et celle de la créativité. La première est incarnée par le sage traditionnel qui invite au renoncement, à l’ascèse, à la mesure, au célibat, à la vertu, au dépouillement et au détachement des plaisirs de ce monde. Depuis la nuit des temps les hommes érigent ce genre de sage sur un piédestal tout en se gardant bien de leur ressembler (surtout en ce qui concerne les plaisirs charnels). Car pour atteindre une telle auto-limitation, il faut un esprit sacrificiel et un ressentiment à l’égard de ce monde et de la vie que le commun des mortels n’a généralement pas.

On croyait cette vieille culpabilité judéo-chrétienne disparue avec la mort de Dieu, l’essor du consumérisme et la révolution morale du libéralisme. Mais voici qu’elle ressurgit de plus belle, ressuscitée par l’écologie. Avec la crise écologique, l’homme redevient pécheur, non plus, cette fois, envers Dieu mais envers la nature. La tentation de l’expiation du péché par auto-restriction morale réapparaît. A quoi bon demeurer fidèle à la fable des abeilles quand les abeilles disparaissent ? De nouveaux moralistes émergent pour prôner par l’exemple la morale de l’auto-restriction. De Pierre Rabhi et sa sobriété heureuse à Greta Thunberg et son refus de prendre l’avion, les éco-moralistes ont le vent en poupe. Comme toujours l’humanité les hisse sur un piédestal de perfection morale, tout en se gardant bien de les imiter. Les médias les adorent. Leur discours survalorisé parvient à réveiller la fibre morale de certaines personnes, mais l’humanité étant ce qu’elle est, l’appel à la morale ne saurait produire en elle un changement massif. La plupart des gens se contentent d’écouter ces éco-moralistes avec admiration, sont émus par le spectacle de leurs actions exemplaires, et continuent leur vie sans y changer grand-chose, trop préoccupés qu’ils sont par leurs problèmes personnels, ou trop prisonniers des rouages d’un système dont ils ne peuvent se libérer.

II – L’échec de l’écologie morale et la montée de l’effondrisme

Aussi observera-t-on qu’il n’est jamais question de créativité dans le discours de ces nouveaux prêcheurs. La morale, comme moteur de l’écologie, ne saurait produire autre chose qu’une injonction à polluer moins par auto-restriction. Faire moins la même chose, par la force de notre motivation morale et le déploiement de système punitifs, voilà tout ce que peut la sagesse morale en matière de solutions.  Car la morale est dépourvue de créativité. La créativité et la morale sont deux états d’esprit radicalement opposés. La morale veut poser des limites, la créativité veut les dépasser. La morale veut empêcher, la créativité veut rendre possible. La morale appelle l’homme à la soumission (à Dieu, à la nature), la créativité invite l’homme à avoir confiance en lui-même et à rayonner sa puissance. La morale réclame des interdits, la créativité a besoin de liberté pour pouvoir se déployer. La morale se veut rigide, la créativité implique un certain lâcher-prise et une connexion aux impulsions de la vie en nous pour libérer l’intuition et atteindre l’état de flow.

Faute de créativité, le moraliste ne peut envisager autre chose comme solution que d’user de sa force morale pour faire moins la même chose : rouler moins, manger moins, acheter moins, voyager moins, moins faire d’enfants, moins prendre l’avion, moins utiliser internet, moins, moins, moins. Le détournement de l’écologie par le moralisme religieux traditionnel débouche donc sur un paradigme du polluer-moins, qui conduit à son tour à la décroissance et, par échec moral de l’humanité, de la décroissance à la collapsologie.

Le problème de cette écologie moraliste, c’est qu’elle nous condamne à attendre que chaque individu devienne vertueux pour que le problème écologique soit résolu. Cette écologie fait reposer la réussite de la transition écologique sur la morale individuelle. Pour que l’humanité ait un avenir, il faudrait parvenir à convaincre chacun de ses membres d’adopter les bons gestes, les bons comportements d’achats, les bons modes alimentaires. Mais comme l’humanité n’est pas particulièrement vertueuse, on peut attendre longtemps avant que les hommes aient adopté cette attitude morale. Cette stratégie moraliste présente autant de risque d’échec qu’il y a d’individu sur terre. 

Même les plus spirituels d’entre nous, quoi qu’ils disent, sont pris dans des contradictions. Il ne suffit malheureusement pas de s’éveiller et d’aimer la nature de tout son cœur pour ne plus polluer, lorsqu’on fait partie d’un système.

Autant dire que nous aurons disparu avant d’être parvenus à atteindre la moindre perfection morale en matière d’écologie. La faiblesse morale de notre espèce débouche sur cinquante années d’échec en matière d’écologie, avec comme résultat le développement de thèses effondristes et la récente ascension médiatique de la collapsologie, qui marquent un coup d’arrêt à cette stratégie de solutionnement de la crise environnementale. Puisque presque personne n’arrive à cet idéal de perfection morale, c’est donc, pense-t-on, que notre espèce est perdue, par manque de sagesse. De là la montée d’un certain mépris de l’humanité dans les milieux écolos où les quelques individus étant parvenus à opérer leur transition morale s’exaspèrent d’attendre que les autres s’y mettent aussi. Mais de même que le sage demeure une exception dans l’humanité, malgré toutes les incitations de la religion, l’écologiste cohérent, celui qui a réduit sa consommation en toute chose, est voué à demeurer une minorité, malgré l’urgence et la gravité de l’enjeu, car le commun des mortels ne dispose pas de la force morale suffisante pour limiter son plaisir personnel immédiat pour le bien collectif futur.

III – La sagesse créative, une autre voie pour l’écologie, en phase avec la nature humaine

L’échec de l’écologie morale est-il l’échec de l’écologie en tant que telle ? Je ne dirai pas cela, car il existe une seconde sagesse au sein de l’humanité qui peut servir de fondement à une autre écologie, beaucoup plus efficace. Cette seconde sagesse, c’est la sagesse de la créativité. La sagesse de la créativité consiste, plutôt qu’à s’auto-limiter pour limiter le problème, à lui inventer une solution. Quand le sage moraliste enseigne au malade à moins manger et à maîtriser la souffrance en se détachant de son corps, le sage créatif lui, invente un remède qui bénéficiera à toute l’humanité.

C’est cette sagesse là qui meut le monde depuis la nuit des temps, bien plus que la morale qui, on le sait, n’est pas vraiment le génie de notre espèce. Si les sages moralistes de chaque époque peinent à convertir l’humanité à l’auto-restriction morale, ce n’est pas que l’humanité soit dépourvue de sagesse, mais c’est qu’elle s’adonne plutôt à une autre forme de sagesse, la sagesse de la créativité. Pendant que le sage moraliste pratique le renoncement pour se libérer des problèmes du monde, les hommes de ce monde prennent en charge la douleur du monde matériel et font preuve d’un amour réel envers leurs semblables en inventant toutes sortes de solutions concrètes qui leur rendent la vie meilleure. Ils créent, ils innovent, ils bâtissent et conquièrent des possibles. Les solutions ainsi inventées sont transmises aux générations futures, de sorte que l’humanité voit progressivement son sort s’améliorer grâce à l’apport cumulé de chaque génération. Et l’on voit toute la portée de cette sagesse créative, pourtant bien peu reconnue dans la sphère spirituelle. En effet la sagesse moraliste n’a conduit que quelques individus à la libération des chaînes de ce monde matériel à force de renoncement et de maîtrise de soi, tandis que la sagesse créative a conduit à l’émancipation collective d’une bonne partie de l’humanité par la transformation concrète de ce monde.  C’est donc cette sagesse là, et non celle de l’austérité heureuse, qui a rendu ce monde meilleur pour l’homme concrètement.

IV – Pour une  écologie non-coupable basée sur un diagnostic de succès

Que serait l’écologie si elle était mue par la sagesse de la créativité plutôt que par celle de la morale ? Je vous le donne en mille : cette écologie se libérerait de la culpabilité qui l’empêche de considérer le problème comme une opportunité. Sous l’angle créatif en effet, le problème du dérèglement climatique, n’est pas le résultat d’un péché, c’est une conséquence de la réussite créative de l’homme. C’est un problème à gérer, non une faute dont on devrait se sentir coupable. La crise écologique n’est pas le signe de l’échec de l’homme moderne mais celui de sa réussite. C’est cette réussite qui a permis de passer d’une humanité de quelques millions à une humanité de plusieurs milliards d’individus, nombre qui pose à présent de nombreux problèmes, pour la préservation de la biodiversité par exemple. C’est cette réussite qui a permis de repousser l’âge de la mort, le taux de mortalité infantile, la douleur de la maladie et la faim due aux famines, produisant ainsi une augmentation de la durée de vie qui n’a fait qu’accroître le niveau d’émissions moyen de chaque individu à l’échelle de sa vie. C’est cette réussite encore qui a permis d’augmenter considérablement la richesse expérientielle de la vie humaine, en nous rendant accessible un grand nombre d’objets, de services, d’expériences, de lieux, de rencontres, de pensées et de connaissances, et c’est toute cette richesse d’activités et d’expériences positives qui génère aujourd’hui des conséquences néfastes pour la planète par leurs externalités négatives. C’est cette réussite enfin qui a permis un accroissement considérable du niveau de vie des populations, engendrant par la même un niveau de pollution accru. 

Aujourd’hui, cette réussite tant quantitative que qualitative est parvenue à un tel niveau que ses externalités négatives, qui n’étaient pas un enjeu hier du fait de leurs faibles proportions, deviennent un problème urgent pour l’humanité. Le CO2 dégagé hier par quelques trains roulant au charbon, au début de la première ère industrielle, n’était pas un problème, étant donné le peu d’émissions globales de l’humanité en ce temps là. Mais aujourd’hui l’explosion d’activités dues aux progrès scientifique et technique a élevé les émissions globales à des niveaux supérieurs aux capacités d’absorption de la Terre. Le niveau d’évolution complexe que nous avons atteint suscite donc un nouveau niveau de problème, que nous devons résoudre. Il n’est pas question de faute, nous n’avons pas à nous sentir coupable d’avoir su augmenter la population humaine, d’avoir accru le niveau de vie des hommes ainsi que la durée et la richesse expérientielle de leur existence. Nous n’avons pas non plus à nous sentir coupable d’avoir inventé toute sorte de technologies fabuleuses (le frigidaire, l’avion, le lave linge, l’ordinateur, le  téléphone, la voiture, etc…). Nous n’avons pas commis de faute. Simplement, le niveau de réussite que nous avons atteint grâce à notre intelligence suscite à présent un nouveau niveau de risque pour l’humanité, et nous devons par conséquent apprendre à maîtriser ce risque en l’intégrant dans nos paramètres organisationnels. Nous sommes condamnés à évoluer. Si nous n’atteignons pas rapidement des niveaux plus avancés d’évolution technologique et culturelle intégrant le paramètre écologique, nous disparaîtrons, purement et simplement, car notre succès fait paradoxalement peser sur l’humanité une « menace existentielle directe », pour reprendre les mots d’Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU.

V – De l’écologie morale à l’écologie créative

Comment maîtriser ce nouveau risque ? Quelles modifications organisationnelles et comportementales devons-nous opérer pour éviter la catastrophe annoncée ? Face à ce nouvel enjeu, le logiciel moraliste voudrait que nous auto-limitions nos désirs afin de limiter nos émissions de CO2. Voici plus de cinquante ans que les sages éco-moralistes en appellent à la sobriété. Voilà plus de  cinquante ans qu’ils dénoncent l’hybris moderne et veulent la faire cesser. Et voilà plus de cinquante ans que le paradigme du « polluer moins par auto-restriction morale»  est un échec. Car pas plus qu’avant, l’humanité n’est capable d’une telle vertu. L’humanité est collectivement capable d’inventivité, pas de vertu. Car c’est la créativité et non la morale, qui fait le génie de notre espèce.

Quelque chose dans l’humanité la pousse à aller toujours de l’avant, elle ne saurait se freiner, revenir en arrière et annuler les acquis de son évolution. Il y a dans la proposition morale de l’écologie quelque chose de contre-nature pour notre espèce. Nous ne savons qu’aller de l’avant, nous ne savons pas rétrocéder. C’est inscrit dans nos gènes. Et c’est pourquoi, pas plus hier que demain les hommes n’accepteront de se freiner dans leur développement. Comme si quelque chose en l’homme le poussait malgré les injonctions à la modération, à poursuivre sa course infinie. Car l’humanité est une fuite en avant. Et vouloir arrêter cette fuite en avant, c’est vouloir arrêter l’humanité elle-même dans sa marche. Les problèmes générés par la fuite en avant de l’humanité ne doivent pas être résolus par l’arrêt de cette fuite en avant, mais par la construction de ponts qui permettent de la poursuivre.

Il serait donc temps de dresser le constat de l’échec du moralisme en matière d’écologie afin d’adopter la seule stratégie véritablement efficace, car adaptée à la nature profonde de notre espèce : l’approche créative. Ce n’est pas la morale qui sauvera l’humanité, mais sa créativité. Il ne s’agit pas ne limiter nos comportements individuels par notre force morale, il s’agit d’inventer des solutions à tous les niveaux par la force de notre ingéniosité.

Et cette dynamique a déjà commencé. Pendant que les médias sont focalisés sur quelques éco-moralistes de débat et quelques forces d’opposition qui manifestent contre le problème, les véritables génies de l’humanité, dont le nom est généralement ignorés de tous, font le vrai travail qui consiste à inventer des solutions concrètes. Ce sont des entrepreneurs, des ingénieurs, des scientifiques, ce sont des collectifs de chercheurs qui seront, demain, alliés à l’Intelligence Artificielle pour produire les solutions dont le monde a besoin. Cette dynamique de résilience créatrice est en réalité beaucoup plus importante que le système de valorisation médiatique ne le laisse deviner. Si, en matière d’écologie morale on pourrait effectivement croire que « tout le monde s’en fout » et que « personne ne fait rien », il est en revanche impossible de parvenir aux mêmes conclusions lorsqu’on considère les progrès de l’écologie créative. Car ici l’humanité répond, et c’est d’ailleurs là que se situe sa véritable réponse : dans toute la panoplie des énergies renouvelables qu’on ne cesse de perfectionner, dans les vastes entreprises de reforestation, dans l’évolution des transports vers l’hydrogène et l’électrique, dans les grands projets de nettoyage des océans, dans le secteur émergent de la capture et de la valorisation du carbone qui ne cesse d’inventer de nouveaux débouchés industriels au CO2 atmosphérique, dans les progrès de la fusion, dans les alternatives aux terres rares, dans la recherche en matière de désextinction, dans les progrès en matière de recyclage, dans le développement de nouvelles formes d’agriculture et les alternatives aux pesticides, dans les progrès de l’IA et de la robotique au service de l’environnement.

La réponse de l’humanité à la crise écologique est donc bien là, bien réelle. Ne pas reconnaître qu’il y a là une réponse conséquente, pertinente et efficace revient à faire preuve de déni. Car tous ces petits bouts de solutions mis bout-à-bout finissent par former un nouveau système, équilibré, sain et plus évolué. Évidemment, lorsqu’on a le regard focalisé sur l’absence de comportements moraux, on ne voit pas la présence de millions de créatifs à l’œuvre. Toute pathologie de la valorisation commence par une pathologie de la focalisation.

Cette écologie créative est là depuis le départ, dans l’ombre de l’écologie morale. Elle travaille en silence pendant que l’autre est sur tous les plateaux TV. L’une apporte des solutions quand l’autre dénonce le problème. L’une avance lentement mais sûrement quand l’autre fige l’humanité dans la culpabilité et l’impuissance. Il est temps que cette écologie créative prenne le pas sur l’écologie morale et pour cela, une révolution du système de valorisation est nécessaire. Le Courant Constructif montre la voie, en valorisant quotidiennement cette réalité d’une humanité résiliente quand la plupart des grands médias sont concentrés sur l’actualité du désastre.

VI – L’écologie créative comme nouvelle manière de penser les solutions

Le passage à l’écologie créative nous appelle à intégrer une toute nouvelle logique dans notre façon de penser les solutions à  la crise environnementale. Je distinguerai ici 5 schèmes de pensée essentiels à ce nouveau paradigme écologique.

1/ Le passage de l’échelle individuelle à l’échelle systémique

L’écologie morale est centrée sur l’échelle individuelle : elle invite les individus à modifier leurs comportements personnels en utilisant leur motivation morale individuelle. En écologie créative, les problèmes se résolvent au niveau systémique, par de grandes mutations de l’infrastructure collective (mutation du système énergétique, des matériaux, de la législation, des modes de transports et de production agricole, etc.).  Il s’agit de produire des solutions implémentables à grande échelle de façon à modifier l’infrastructure du système collectif. Ainsi, plutôt que d’inviter l’individu à se restreindre pour consommer moins d’énergie afin de consommer moins de pétrole de façon à  diminuer ses émissions, il s’agira de créer les solutions qui permettront une refondation du système énergétique collectif sur la base d’énergies non carbonées. Le problème étant résolu au niveau de l’infrastructure collective n’a plus à être résolu au niveau des individus qui relèvent de cette infrastructure pour leur consommation personnelle.

Le sens de l’engagement écologiste s’en trouve lui-aussi transformé. On passe ainsi d’une échelle d’action individuelle à une échelle collective systémique. Il ne s’agit plus de militer pour l’adoption de nouveaux comportements individuels, mais de faire sa part dans la transformation de l’infrastructure collective : par sa participation à la recherche et à l’innovation en faveur des nouvelles technologies, par son engagement dans des collectifs soutenant la transition infrastructurelle, par des choix de consommation qui favorisent l’essor de nouvelles solutions infrastructurelles (énergies renouvelables, CCU, etc), par la valorisation de l’information susceptible de favoriser cette évolution, par son implication citoyenne (vote, participation aux débats, manifestations, conquête du pouvoir, etc)…

2/ Le passage d’une approche ascendante (bottom-up) à une approche descendante (top-down)

L’écologie morale opère par le bas, en partant de l’individu, et tente de cumuler suffisamment d’invividus au comportement moral pour produire un changement d’ordre collectif. L’écologie créative résout pour sa part les problèmes par le haut, au niveau du système-même, de sorte que l’évolution créative de l’infrastructure du système a des retombée ensuite pour tous les individus.

3/ Le passage d’une logique soustractive à une logique évolutive

L’écologie morale consiste à diminuer, voir à supprimer l’usage des technologies responsables de la crise. On prendra moins l’avion, voir on ne le prendra plus du tout. De même qu’on mangera moins de viande ou qu’on n’en mangera plus du tout. Qu’on roulera moins en voiture ou qu’on passera carrément au vélo. Qu’on fera moins d’enfants voir plus du tout, etc. En écologie créative, il ne s’agit pas de supprimer l’objet du problème, mais de le faire évoluer de sorte qu’il ne produise plus le problème tout en conservant sa fonction. Ainsi, plutôt que de ne plus prendre l’avion, on produira des avions électriques ou volant au CO2, de même qu’on produira de la viande artificielle, ou encore des voitures pourvues de moteurs à hydrogène sans terres rares. Il s’agira d’inventer un système global à émissions nulles ou négatives dans lequel faire un enfant ne sera pas une source d’émissions supplémentaires. Bien au contraire, les enfants seront éduqués dans le respect et l’amour de la nature, et l’on veillera à ce que leur éducation développe leur potentiel de sorte qu’ils puissent à leur tour contribuer à l’humanité et à la résolution du problème écologique. Ainsi, si dans le cadre du paradigme moral du polluer-moins, faire un enfant est un acte intrinsèquement nuisible à la planète, il n’en va pas de même sous l’angle créatif, dans la mesure où l’enfant peut devenir à son tour créateur de solutions qui annuleront son empreinte écologique voir produiront une dépollution du système global réduisant l’empreinte carbone de tous les individus.

4/ Considérer le problème comme une opportunité

Il ne saurait y avoir de solution créative sans une capacité à considérer le problème autrement. L’écologie créative opère un retournement de situation à 180 degrés, en nous invitant à considérer le problème comme une opportunité. Le cas du CO2 est particulièrement parlant à cet égard. Alors que dans l’approche morale, le CO2 est vu comme un mal qu’il s’agit d’éliminer à la source en en produisant le moins possible, dans l’approche créative, il s’agit plutôt d’apprendre à utiliser ce CO2 de façon à en faire une nouvelle matière première. L’intérêt économique de cette nouvelle matière première incitera à puiser dans cette nouvelle ressource de manière massive, engendrant ainsi une dynamique vertueuse de dépollution de l’atmosphère terrestre. L’approche créative permet ainsi de concilier l’écologie et l’économie, là où l’approche morale ne permettait que de les opposer. Dans un tel paradigme il devient économiquement rentable de dépolluer l’atmosphère de sorte que l’écologie, libérée de la culpabilité, devient une véritable opportunité d’affaires pour les investisseurs et les entrepreneurs.

L’un des théoriciens de ce retournement conceptuel, Thierry Curty, insiste sur le fait que le CO2 est le pétrole du 21e siècle et qu’il s’agit de construire l’infrastructure qui permettra à l’humanité de se gaver littéralement de cette nouvelle ressource. On voit comment la logique créative transforme radicalement notre manière de penser les solutions, en nous faisant passer d’un freinage moral en amont à une voracité libidineuse en aval, une attitude qui, convenons-en, est bien plus adaptée à la nature humaine.

5/ Le passage du polluer moins à la dépollution

Le paradigme du polluer moins découle tout entier de l’approche morale de l’écologie qui fait de l’auto-restriction la forme même de la responsabilisation en matière écologique. L’écologie créative conduit pour sa part à une toute autre approche. Il ne s’agit plus ici de polluer un peu moins l’environnement, mais de carrément le dépolluer. C’est le propre de la créativité que de rendre possible un tel tournant, dans la mesure où la dépollution repose entièrement sur des procédés ingénieux faisant appel à nos connaissances techniques et scientifiques. La morale est intrinsèquement limitée au polluer moins, elle ne peut, par ses ressources propres, faire mieux que cela. Le mieux qu’elle puisse faire est d’imposer une moindre pollution au niveau collectif en passant par la loi. Seule la créativité peut permettre de dépasser les limites intrinsèques du polluer moins pour nous faire entrer dans des dynamiques d’émissions négatives dépolluantes. Le principe de dépollution s’incarne dans une vaste palette de procédés allant de la reforestation au nettoyage des océans, à la régénération des sols et de la biodiversité appuyée sur les forces de résilience de la nature,  ainsi qu’au déploiement d’une industrie mondiale de la dépollution alliant les usines de capture du CO2 et du méthane atmosphérique à des entreprises de valorisations de ces mêmes gaz.

La dépollution est le cœur du nouveau paradigme écologique. Elle est en elle-même une nouvelle manière de penser les solutions, et force est de constater qu’au stade actuel de dégradation du climat elle est à présent la seule stratégie capable de résoudre le problème à une échelle suffisante. Comme l’explique parfaitement Thierry Curty : polluer moins, c’est polluer quand même et polluer quand même, c’est mourir quand même. Or nous ne voulons pas mourir un peu plus lentement, nous voulons survivre et poursuivre notre évolution, et pour y parvenir, la seule possibilité est de passer à une stratégie de dépollution.

 

Conclusion : Pour une mobilisation constructive mondiale fondée sur la responsabilité créative

En guise de conclusion j’aimerais mettre en garde contre une mauvaise interprétation possible de mon propos. La critique de l’écologie morale ne doit bien évidemment pas être entendue comme une invitation à des comportements écologiquement irresponsables, comme si, sous prétexte de solutions créatives, nous pouvions laisser libre cours à nos penchants les plus grossiers et destructeurs envers la nature. Que les individus adoptent des comportements écologiquement moraux est une bonne chose, et l’attitude morale est complémentaire de l’attitude créative. Nous sommes d’ailleurs,  au Courant Constructif, favorables à des systèmes de taxes et d’impôts dissuasifs sur l’empreinte carbone des produits et des individus, permettant de valoriser les produits et modes de vie écologiquement responsables au sens d’un polluer-moins.

Mais force est de constater qu’à l’échelle planétaire les comportements moraux en matière d’écologie restent minoritaires, notamment si l’on tient compte des habitudes désastreuses des populations du tiers monde.

Et quand bien même ce genre de comportements moraux deviendraient demain majoritaires sur l’ensemble de la planète, ils ne suffiraient pas à eux seuls à enrayer le dérèglement climatique, puisqu’en polluant moins, on pollue encore trop. L’écologie morale ne saurait par conséquent être invoquée comme une solution efficace et suffisante. Elle peut au mieux s’additionner de façon complémentaire à l’écologie créative qui est la seule approche capable de produire des dynamiques de dépollution à grande échelle et par conséquent d’inverser les courbes du réchauffement climatique, pas seulement de les ralentir.

Dans cette perspective, la solution n’est pas de stimuler la volonté morale des individus, mais de rendre l’individu écologiquement cohérent malgré lui, grâce à la transformation des infrastructures collectives auxquelles il a recours en tant que consommateur. Il faut arriver au point où l’individu n’aura d’autre choix que de recourir quotidiennement à des solutions écologiques, de sorte que l’écologie ne soit plus pour lui un choix, mais un environnement infrastructurel inévitable. Il faut faire en sorte qu’il n’y ait plus besoin d’être écologiste pour l’être. Il s’agit de rendre les individus passivement moraux en aval en transformant activement l’environnement infrastructurel auquel ils ont recours en amont, de sorte que même s’ils ne font pas l’effort d’être écolos, ils ne pollueront quand même pas, car l’infrastructure qu’ils utiliseront pour leurs activités sera, elle, écologique. 

Loin de moi l’intention, en critiquant l’écologie morale, de libérer les individus de tout sérieux et de toute responsabilité, mais j’en appelle à une responsabilité créative, plus qu’à une responsabilité morale. J’estime personnellement que nous ne sommes pas à la hauteur de notre responsabilité, non pas au sens où nous ne serions pas assez moraux mais au sens où, face à l’ampleur, de cet enjeu, nous n’avons pas mobilisé à la hauteur où nous le devrions toutes les ressources créatrices de l’humanité. Quelles sont ces ressources ? Il y en a 5 : notre temps, notre énergie, notre argent, notre pensée et notre communication. Ce sont les 5 ressources que nous devons mobiliser dans le cadre de la mobilisation constructive mondiale. Ce sont ces 5 ressources que nous devons mettre en commun pour oeuvrer,  comme une seule espèce, à la résolution des problèmes qui nous menacent d’extinction. Actuellement, cette mobilisation constructive des ressources créatrices de l’humanité est encore bien trop faible. Il n’y a par exemple qu’une poignée d’entreprises engagées pour développer toute l’infrastructure de la capture du carbone. Cela est inacceptable. Des millions de personnes devraient être mobilisées pour développer les technologies CCU et les mettre à l’échelle de toute urgence. La pauvreté des ressources engagées induit une lenteur dans le développement de ces technologies, que l’on finit par être tentés d’écarter, prétextant qu’elles ne seront pas prêtes à temps. Nous devons au contraire construire tout un terreau culturel favorable et stimulant pour l’essor de ces nouvelles technologies. Ce soutien culturel doit ensuite favoriser l’investissement politique et financier en leur faveur, ce qui accélérera en retour leur vitesse de développement. Car la vitesse de développement d’une technologie est proportionnelle à la quantité de ressources engagées. En investissant de trop faibles ressources, nous risquons d’arriver à une situation horriblement absurde dans laquelle l’humanité, bien que disposant des solutions pour résoudre la crise environnementale, aurait malgré tout échoué, parce qu’elle aurait trop tardé pour les développer et les mettre à l’échelle. C’est pour éviter une telle absurdité que nous devons de toute urgence enclencher la dynamique de l’écologie créative et mobiliser toutes les ressources disponibles dans le cadre d’une collaboration constructive mondiale focalisée sur les solutions.

C’est dans cette perspective que le Courant Constructif propose la création d’une Organisation Mondiale de la Recherche en matière de Solutions à la Crise Environnementale (WORSEC), ainsi qu’un Fond International pour les Solutions à la Crise Environnementale (IFSEC), assurant le financement de cette recherche unifiée ainsi que la mise à l’échelle accélérée des solutions parvenues à maturité. Nous pensons que les grands sommets mondiaux ne doivent pas seulement être ceux des dirigeants politiques, car ce ne sont pas eux qui font véritablement l’histoire de notre espèce, mais bien les grands génies qui sont la gloire de notre humanité. Nous devons organiser des rencontres mondiales réunissant les génies de ce monde : chercheurs, scientifiques, penseurs, entrepreneurs, financiers… Nous devons faire travailler les meilleurs cerveaux de l’humanité en intelligence collective de façon à produire des solutions en commun. C’est tout l’enjeu d’une grande mobilisation constructive des ressources créatives de l’humanité. A situation exceptionnelle, réponse exceptionnelle. Il en va du destin de notre espèce et avec elle de toute l’évolution terrestre.

Satyavir, pour Courant Constructif

La légende des deux loups : une philosophie pour notre temps

« Votre esprit est comme un verre vide. Il accueillera tout ce que vous lui donnerez. Vous mettez les derniers potins, les gros titres des magazines à scandale, les émissions de téléréalité, et vous êtes en train de verser de l’eau sale dans votre verre. (…) Toutes ces mauvaises nouvelles télévisées et diffusées à la radio à propos de meurtres, complots, décès, crise économique et affrontements politiques génèrent votre processus de réflexion, ce qui génère vos souhaits, ce qui génère votre créativité. Mauvaise nouvelle! Mais, tout comme un verre sale, si vous le rincez avec de l’eau claire sous le robinet assez longtemps, vous finirez par avoir un verre d’eau clair et pur. Qu’est-ce que de l’eau claire? Des données et des idées positives, stimulantes et soutenues. Des histoires qui inspirent, des personnes qui malgré les difficultés surmontent les obstacles et réalisent de grandes choses. Stratégies de succès, prospérité, santé, amour et joie. Des idées pour créer plus d’abondance, pour grandir, se développer et devenir meilleur. Des exemples et des histoires de ce qui est bien, vrai et possible dans le monde.»
Darren Hardy, Effectuez la transition

 

Il ne vous aura pas échappé que nous avons fait du loup blanc le symbole de notre mouvement. Ce symbole renvoie à la légende des deux loups. La légende des deux loups est au Courant Constructif ce que la légende du Colibri a pu être au mouvement Colibri: une petite histoire qui résume de manière allégorique l’essence d’un mouvement, sa philosophie, son état d’esprit fondamental.

Voici l’histoire en question:

« Un soir, un vieil indien Cherokee raconta à son petit-fils l’histoire de la bataille intérieure qui existe en chacun de nous. Il lui parla ainsi:

Mon fils, il y a une bataille entre deux loups à l’intérieur de nous tous.

L’un est mauvais : c’est la colère, la haine, la méchanceté, la brutalité, l’indifférence,  la jalousie, la tristesse, la peur, l’avidité, l’arrogance, le mensonge et l’égo.

L’autre est bon : c’est la joie, la paix, l’amour, l’espoir, la douceur, la gratitude, la sérénité, la bienveillance, l’empathie, la générosité, la vérité et l’humilité. »

Le petit fils songea à cette histoire pendant un instant, puis demanda à son grand-père :

“Lequel des deux loups gagne ?”

Le vieux Cherokee répondit simplement :  Celui que tu nourris. »

Pourquoi cette petite histoire nous parle tant? Que dit-elle de notre mouvement? Qu’enseigne-t-elle de si précieux pour notre époque?

Les philosophes ont longtemps débattu pour savoir si l’homme était un être bon ou mauvais par nature. Certains, comme Rousseau, affirment que l’homme est naturellement bon, tandis que d’autres, comme Hobbes, pensent que l’état de nature de l’homme est plus manifestement un état de guerre de tous contre tous où “l’homme est un loup pour l’homme”. La légende des deux loups nous enseigne pour sa part qu’il y a dans l’humanité le meilleur comme le pire. Le point de vue adopté ici n’est ni optimiste, ni pessimiste, mais bien constructif, en ce sens que l’on commence par reconnaître la complexité du réel dans son ensemble de manière non-binaire. La question n’est pas de savoir si l’homme est un être bon ou mauvais. La question est de savoir quelle part en lui nous voulons nourrir.

Le message est aussi simple que profond. La légende des deux loups enseigne que c’est la manière dont nous nourrissons notre esprit qui décide, en dernière instance, de l’issue de la bataille qui se joue en chacun de nous ainsi que dans le monde entre forces de destruction et forces constructives. La destinée de l’humanité est autrement dit suspendue à un choix valorisationnel: de quoi choisissons-nous de nourrir au quotidien cet esprit qui fait la singularité de notre espèce?

Nourrir son esprit, cela la commence par l’information que nous mettons chaque jour dans nos têtes. Que nourrissent les médias et de quels médias nous nourrissons-nous ? Quelles informations valorisons-nous collectivement par nos Unes, nos partages, nos conversations et nos likes ? Souhaitons-nous utiliser notre pouvoir de valorisation pour donner de la valeur à ce qu’il y a de pire en l’homme ? Ou pour encourager ce qu’il y a de bon en lui ?

Les médias dominants bombardent chaque jour nos esprits de violence, de bêtise et de destruction. Au Courant Constructif nous avons fait le choix inverse : nous valorisons ceux qui rendent ce monde meilleur, nous mettons en avant les génies, nous partageons les inventions qui résolvent les problèmes du monde, nous mettons l’intelligence et la bonté qui est en l’homme à l’honneur.

Nous avons cette idée, peut-être un peu folle, qu’en valorisant le génie de l’homme plutôt que sa bêtise, nous créerons un climat inspirant qui produira une émulation collective et tirera tout le monde vers le haut. Créer une culture constructive où chacun aura envie de participer à l’amélioration de ce monde, c’est cela, le sens profond de notre mouvement.

Et dans les temps qui courent l’enjeu valorisationnel est tout à fait primordial. Les années qui viennent vont être décisives à cet égard: allons-nous nous contenter de référencer passivement l’actualité d’un monde qui s’effondre ou nous engagerons-nous activement dans la valorisation du monde qui émerge de façons à en répandre l’inspiration et à le rendre de plus en plus manifeste ?

Une chose est sûre: l’issue de cette crise dépend entièrement de ce que nous choisirons de nourrir, individuellement et collectivement. Nous pouvons aussi bien disparaître sous la violence de notre penchant auto-destructeur survalorisé que nous envoler vers des cimes d’évolution exponentielle si nous faisons évoluer notre système de valorisation.

– Satyavir Colibri

 

La nature de l’homme selon Rousseau et Hobbes

“Il faut, méthodologiquement, être constructif.” Michel Saloff-Coste, Université Catholique de Lille

C’était aux journées de l’Industrie du Futur organisées par l’Université Catholique de Lille, une université résolument tournée vers le futur, qui reçoit aussi bien Bernard Stiegler que Jérémy Rifkin ou Gunter Pauli. Michel Saloff-Coste, directeur de la prospective, a fait un discours de clôture passionnant où il en appelle à l’adoption d’une attitude constructive pour bâtir une nouvelle civilisation de l’Amour.

 

UNE VISION À 360° POUR L’INDUSTRIE DE DEMAIN – Michel Saloff-Coste

28 NOVEMBRE 2019 – Discours à l’Institut Catholique de Lille

 
Chers étudiants, chers collègues, chers présidents, chers amis…..
 
Une présentation convenue est-elle la bienvenue ?
 
Je pourrais évidemment conclure de cette journée que le progrès est en marche à tous les étages.
 
Je pourrais même dire comme Aldous Huxley [i] que nous vivons dans le meilleur des mondes !
 
J’en suis effectivement convaincu, nous en avons la preuve à chaque instant !
 
De ce fait justement, à la réflexion, il me semble qu’il est pertinent et même important de sortir d’un discours convenu et lénifiant !
 
J’aimerais vous dire à quel point ce que nous vivons n’est pas trivial et comment cela nous amène à des questions originales.
 
Des questions qui impliquent notre pleine conscience, des questions vieilles comme l’histoire de l’humanité, pour certaines, mais qui se posent aujourd’hui avec une acuité extraordinaire !
 
Certains sachants comme le prix Nobel Paul Josef Crutzen [ii] nous invitent à considérer que nous rentrons dans une nouvelle ère: l’Anthropocène.
 
Ils veulent dire par ce mot savant que l’être humain est devenu, pour le pire et le meilleur; maître sur terre.
 
L’humanité est effectivement devenue le principal facteur de transformation de la planète.
 
Cette toute puissance quasi démiurgique nous renvoie en miroir des questions dérangeantes : Qui sommes-nous ? Que voulons-nous ? Qu’elles sont nos finalités ?
 
D’un côté, nous devons considérer l’évolution de nos sciences et de nos arts, qui après des millénaires de lente progression, est devenue aujourd’hui exponentielle.
 
De l’autre, il nous faut aussi considérer les risques existentiels que secrète notre fantastique réussite en tant qu’espèce intelligente : l’explosion de notre population, la prolifération nucléaire, le réchauffement climatique, l’effondrement de la biodiversité .
 
Comme Teilhard de Chardin [iii] l’avait anticipé et comme Joël De Rosnay le souligne plus récemment, la planète elle-même, est devenue un gigantesque cerveau cybernétique connectant des milliards d’êtres humains, comme autant de neurones, produisant à chaque instant des milliards de milliards d’informations.
 
Dans ce contexte, certains considèrent que nous produisons en un an plus de connaissance que dans toute l’histoire de l’humanité, mais cela est déjà daté car l’intelligence artificielle est entrain à l’instant d’accélérer ce processus de manière significative par 10, 100, 1000, 10000 …..
 
Qui peut le dire ? Qui peut suivre ? Sommes-nous encore aux commandes ? De quoi ? Pour qui ?
 
La digitalisation du monde n’est pas une énième révolution industrielle, c’est un nouveau type de civilisation qui s’annonce !
 
Le facteur création de valeur n’est plus l’énergie, mais la connaissance. Les Universités du monde entier sont au cœur de cette révolution qui modifie la nature même de l’économie.
 
Les anthropologues parlent de civilisation du phoque pour les esquimaux Inuits [iv] ou, par exemple, du bronze [v], il y a 4 000 ans afin de pointer la caractéristique centrale autour de laquelle une civilisation se construit.
 
L’ère industrielle s’est construite autour des énergies fossiles. Notre économie est directement corrélée à notre usage du pétrole comme le souligne Jean Marc Jancovici [vi]
 
Quand Greta nous exhorte à l’action et pleure devant notre immobilité, elle oublie sans doute du fait de son jeune âge que c’est toute notre civilisation quelle remet en cause, des infrastructures de milliers de milliards, mais aussi une culture pluriséculaire.
 
Ces pleurs font échos aux millions de chômeurs qui perdent espoir, aux classes moyennes qui perdent sens, aux étudiants qui refusent leur instrumentalisation par des catégories et des savoirs obsolètes.
 
Par contraste avec le reste des autres espèces vivantes, l’homme se raconte des histoires. Ce qui nous manque le plus aujourd’hui est une grande histoire constructive qui redonne du sens à nos vies !
 
Interdire à un Inuit, pour des raisons écologiques, de chasser le phoque, il perd non seulement sa nourriture traditionnelle, son éclairage, son habillage, mais surtout toute sa culture, ses légendes, sa religion et finalement son sens !
 
Cela prend habituellement des siècles pour changer de type de civilisation. Nous sommes exhortés à le faire en 10ans ! Cela est-il possible ? Cela est certainement difficile, mais cela est-il impossible ?
 
Sun Zu, dans son livre de référence “L’art de la guerre” explique qu’il ne faut jamais acculer un ennemi au désespoir, à la mort, à la disparition totale, car alors son énergie est démultipliée, il est prêt a tout et à partir de rien devient susceptible de faire des miracles et de se dépasser de manière imprévisible.
 
La science génétique, l’épigénétique nous dit que des espèces mises en danger de disparition peuvent même développer, actualiser brutalement des capacités génétiques endormies , se rassembler et faire face dans une unité inattendue.
 
Ne sommes-nous pas déjà acculés à nous réinventer totalement face à l’effondrement de nos écosystèmes écologiques, sociaux et économiques ?
 
La systémique nous apprend que dans les périodes instables de transition complexe, le battement d’une aile de papillon peut déclencher une tempête à des milliers kilomètres de là. De même, aujourd’hui un simple tweet sur un téléphone anonyme peut instantanément bouleverser notre noosphère, c’est-à-dire l’état même de la conscience planétaire.
 
Depuis des décennies déjà aux confins des sciences, des arts et de la philosophie sont inventés de nouveaux questionnements qui interrogent nos croyances les plus solides.
 
Que reste-t-il des certitudes qui ont marqué le siècle précédent, comme par exemple le matérialisme, l’organisation scientifique du travail, le marxisme, le socialisme, le libéralisme et même la notion de progrès remplacée dans l’urgence par la suprématie de l’innovation !
 
Nos idéologies, dans lesquelles nous avions l’habitude de nous draper comme des nobles toges de sagesse, sont devenues des guenilles qui laissent apparaître les membres chétifs de croyances obsolètes.
 
Le roi est nu : les expertises ridiculisées, les autorités bafoués.
 
Le chuchotement d’Antonio Gramsci est le filigrane de cette apocalypse “Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres. L’indifférence, c’est l’oubli, le parasitisme, et la lâcheté, non la vie. C’est pourquoi je hais les indifférents. Je suis pessimiste par l’intelligence, mais optimiste par la volonté.” [vii]
 
Nous avons besoin d’un optimisme méthodologique.
 
Nous avons certes accumulé jusqu’à l’absurde suffisamment d’armes nucléaires pour vitrifier la planète Terre plus de cents fois, mais nous avons aussi en miroir aujourd’hui toutes les connaissances pour transformer cette planète en paradis comme nous l’avons rêvé pendant des millénaires.
 
Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, toutes les nations assemblées dans l’ONU ont posé après de longs débats populaires 17 objectifs pour un avenir souhaitable pour l’humanité qui structure déjà de nombreux débats diplomatiques.
 
La logique contemporaine nous invite à de nouvelles axiomatiques philosophique qui débouchent sur de nouvelles ontologies sémantiques renouvelant de fond en comble notre praxéologie opérationnelle .
 
Des champs de réalités autrefois inimaginable s’offrent à nous.
Nous explorons, par exemple, comme jamais l’infinie grandeur du cosmos et découvrons que nous tournons autour de paradoxaux trous noirs galactiques qui abolissent le temps tandis que parallèlement nous apprenons dans l’infiniment petit que la matière n’est qu’énergie et l’énergie une “probabilité quantique de l’information”. [viii]
 
Nos visions traditionnelles du temps et de l’espace sont radicalement remises en cause.
 
De manière plus trivial dans le quotidien :
Notre culture, nos systèmes, nos modes d’organisation et de management évoluent de plus en plus vite.
 
De nouvelles valeurs émergent comme celle de l’unité dans la diversité, le respect de l’altérité de l’autre, la communication non violente, la coopétition créative, la citoyenneté planétaire.
 
Nous imaginons des systèmes proactifs symbiotiques, des modes d’organisation poly-cellulaires.
 
Le nouveau management des organisations, loin de l’organisation scientifique du travail vise l’autonomie, la créativité, le respect de la singularité.
 
Nous parlons aujourd’hui d’entreprise holomorphes où chacun agit en responsable créatif et autonome, conscient de son contexte et du triple impératif économique, social et écologique.
 
La civilisation carbonée apparaît de plus en plus comme un âge barbare d’instrumentalisation inhumaine, d’intoxication généralisée par l’empoisonnement industriel de l’air, de l’eau et de la terre.
 
Par contraste, nous entrevoyons l’émergence d’une nouvelle civilisation dé-carbonée biomimétique ou le “footprint” serait remplacé par le “handprint”. L’homme, au lieu de détruire son écosystème, l’améliorerait sans cesse en augmentant la biodiversité par la permaculture et par la coopération dans des relations d’interdépendance “gagnant-gagnant” humaines mais aussi animales et végétales.
 
Des essaims de drones peuvent dès aujourd’hui ensemencer des milliards d’arbres dans des régions même inaccessibles pour l’homme. Les baleines, si nous les laissons se multiplier, sont de gigantesques puits de carbone.
 
En sanctuarisant seulement un tiers des océans du globe, nous pourrions retrouver la biodiversité maritime que nous avons détruit de moitié en dix ans par la pèche industrielle.
 
Comment pouvons-nous croire un instant que l’individualisme, les nationalismes, les sectarismes, les intégrismes, nos haines millénaires, puissent nous sauver dans l’apocalypse écologique, sociale et économique de la fin de notre chère civilisation carbonée ?
 
Les nuages diffus de CO2 et de microparticules tuent selon l’OMS déjà des millions personnes de par le monde et ces nuages n’ont que faire de frontières, pas plus que l’obésité qui est devenue de manière inattendue la première cause de mortalité devant la famine !
 
Aucun mur, aucune armée ne nous protégera contre les vagues annoncées de milliards de victimes de la montée des eaux et des dérèglements climatiques , sociaux et économiques.
 
La forêt amazonienne qui brûle, c’est notre poumon à chacun qui brûle.
Toute forme de séparation et a fortiori de haine est centrifuge et au sens propre et figuré diabolique.
 
L’amour au contraire nous unis. L’amour inconditionnel est symbolique de l’articulation de chacune de nos altérités, singularités.
 
Imaginez un instant une civilisation planétaire où la paix a remplacé la guerre. Les milliards dépensés pour tuer sont mis au service de la vie de la créativité de chacun.
 
Imaginez une civilisation de dix milliards d’êtres épanouis dans leurs talents, dans leurs génies. Dix milliards de Mozart, d’Einstein, de Rimbaud, de Shakespeare vivant dans la paix et la synergie créatives.
 
Quelle richesse, quel foisonnement! Rien ne serait impossible à une telle civilisation.
 
Nous ferions de nos villes des jardins de biodiversité idylliques, nos habitats seraient de vastes œuvres d’art inspirantes, chaque rencontre avec un autre serait l’occasion d’un émerveillement de tout l’être, chaque instant de la vie une occasion d’apprendre, de découvrir, créer des instants passionnés, sublimes, éternels.
 
Bientôt nous serions cent milliards d’habitants distribués dans l’ensemble de notre système solaire. Nos dons télépathiques démultipliés nous permettraient sans doute de communiquer avec toutes les espèces vivantes terrestres mais aussi extraterrestres !
 
Cette civilisation ce n’est pas la civilisation du phoque, ni la civilisation du bronze, ni la civilisation du charbon ou du pétrole, ni même la civilisation de l’hydrogène ou du silicium.
 
Cette civilisation, elle a été rêvée et écrite et annoncée par des centaines de poètes et de sages inspirés depuis la nuit des temps. Cette civilisation, elle est déjà là, immobile et pourtant dynamique, symboliquement éternelle.
 
Cette civilisation, elle nous attend, déjà totalement réalisée et pourtant en création d’instant en instant.
 
Cette civilisation, elle a un nom universel. Un nom qui nous fait nous lever le matin dans la joie, nous fait explorer la terre, marcher sur l’eau, nous envoler dans les airs et être la première espèce vivante de cette terre à quitter l’atmosphère terrestre pour aller sur la Lune et Mars.
 
Ce nom nous arrache symboliquement de la gravité terrestre et de toute forme d’attachements diaboliques pour nous unir symboliquement.
 
Cette civilisation c’est la civilisation de l’Amour !
 
L’Amour, nous l’avons rêvé, nous l’avons chanté, il nous faut maintenant le danser, le vivre ou disparaître honteusement dans les plis de l’histoire.
 
Regardez un chien avec Amour et vous verrez que lui a déjà compris.
 
La vie est Amour. Notre planète est Amour.
 
La civilisation de l’Amour est un tsunami. Elle est en marche dans le cœur de chacun d’entre nous.
 
Chantons, dansons autour de l’arbre de la vie.
 
 
 
[i] Aldous Leonard Huxley, né le 26 juillet 1894 à Godalming (Royaume-Uni) et mort le 22 novembre 1963 à Los Angeles (États-Unis), est un écrivain, romancier et philosophe britannique, membre de la famille Huxley. Il est diplômé du Balliol College de l’Université d’Oxford avec une mention très bien en littérature anglaise.
 
Auteur de près de cinquante ouvrages, il est surtout connu pour ses romans, dont Le Meilleur des mondes, roman d’anticipation dystopique ; pour des ouvrages non romanesques, comme Les Portes de la perception qui retrace les expériences vécues lors de la prise de drogue psychédélique ; et pour un large éventail d’essais. Au début de sa carrière, Huxley a dirigé le magazine Oxford Poetry et publié des nouvelles et des poésies.
 
Au milieu de sa carrière et plus tard, il a publié des récits de voyage et des scénarios cinématographiques. Il a passé la dernière partie de sa vie aux États-Unis, vivant à Los Angeles de 1937 jusqu’à sa mort. En 1962, un an avant sa mort, il est élu Compagnon de littérature par la Royal Society of Literature.
 
Huxley était humaniste, pacifiste et satiriste. Il s’est également intéressé à des sujets spirituels tels que la parapsychologie et le mysticisme philosophique, en particulier l’universalisme. Vers la fin de sa vie, Huxley fut largement reconnu comme l’un des intellectuels prééminents de son temps. Il a été nommé sept fois pour le Prix Nobel de littérature1,2,3,4.
 
[ii] L’Anthropocène , soit l’Ère de l’Homme, est un terme relatif à la chronologie de la géologie proposé pour caractériser l’époque de l’histoire de la Terre qui a débuté lorsque les activités humaines ont eu une incidence globale significative sur l’écosystème terrestre. Ce terme a été popularisé à la fin du xxe siècle par le météorologue et chimiste de l’atmosphère Paul Josef Crutzen, prix Nobel de chimie en 1995 et par Eugene Stoermer, biologiste, pour désigner une nouvelle époque géologique, qui aurait débuté selon eux à la fin du XVIIIe siècle avec la révolution industrielle, et succéderait ainsi à l’Holocène. L’Anthropocène serait la période durant laquelle l’influence de l’être humain sur la biosphère a atteint un tel niveau qu’elle est devenue une « force géologique » majeure capable de marquer la lithosphère. La période la plus récente de l’anthropocène est parfois dite la grande accélération, car de nombreux indicateurs y présentent des courbes de type exponentielle. L’Anthropocène est un concept de plus en plus utilisé dans les médias et la littérature scientifique mais toujours discuté par la communauté scientifique géologique – spécifiquement au sein de la commission internationale de stratigraphie de l’Union internationale des sciences géologiques (UISG) – qui détermine les subdivisions de l’échelle des temps géologiques. Depuis 2005, un groupe international d’experts scientifiques, le Group on Earth Observations (en) (GEO), a été mis en place pour observer la Terre et mesurer notamment les conséquences des activités humaines.
 
[iii] Pierre Teilhard de Chardin , né le 1er mai 1881 à Orcines (Puy-de-Dôme) et mort le 10 avril 1955 à New York (États-Unis), est un prêtre jésuite français, chercheur, paléontologue, théologien et philosophe. Scientifique réputé, théoricien de l’évolution, Pierre Teilhard de Chardin est à la fois un géologue, spécialiste de la Chine du Carbonifère au Pliocène et un paléontologue des vertébrés du Cénozoïque. Sa fréquentation régulière des paléoanthropologues qui étudiaient les premiers hominidés, tout juste découverts, l’incita à réfléchir à l’encéphalisation propre à la lignée des primates anthropoïdes 2.
 
Dans Le Phénomène humain, il trace une histoire de l’Univers, depuis la pré-vie jusqu’à la Terre finale, en intégrant les connaissances de son époque, notamment en mécanique quantique et en thermodynamique. Il ajoute aux deux axes vers l’infiniment petit et l’infiniment grand la flèche d’un temps interne, celui de la complexité en organisation croissante, et constate l’émergence de la spiritualité humaine à son plus haut degré d’organisation, celle du système nerveux humain : pour Teilhard, matière et esprit sont deux faces d’une même réalité.
 
En tant que croyant, chrétien et prêtre de la Compagnie de Jésus, il donne un sens à sa foi chrétienne où l’adhésion personnelle à la véracité du Christ se situe à la dimension de la cosmogenèse, et non plus à l’échelle d’un cosmos statique comme l’entendait la tradition chrétienne se référant à la Genèse de la Bible. Il intègre la sélection naturelle et le hasard des mutations génétiques dans sa synthèse naturaliste , ce qui ne se compare donc pas au « dessein intelligent ». Son interprétation spirituelle est une démarche personnelle toujours discutée chez les théologiens catholiques.
 
[iv] Esquimaux ou Eskimos (ou plus rarement Eskimaux est l’exonyme utilisé pour nommer certains peuples autochtones de l’Arctique vivant en Alaska, dans le Grand Nord canadien, au Groenland et en Sibérie orientale. Il s’agit généralement des peuples Inuits et Yupiks. Bien que les inuits représentent la majorité de la population Eskimo, ce terme, popularisé par les explorateurs du XIXe siècle, ne distingue aucune ethnie particulière. Il n’est pas utilisé par les Inuits eux-mêmes et est de nos jours considéré comme discriminatoire voire insultant par ces derniers.
Par extension, l’expression « langues eskimos » désigne aussi un groupe de la famille des langues eskimo-aléoutes qui comprend les langues inuites et les langues yupik.
 
[v] Les alliages appelé Bronze ont été pour la première fois utilisés pendant la période précisément appelée « âge du bronze », pour fabriquer des outils, des armes, des instruments de musique et des armures plus robustes et résistants que leurs prédécesseurs en cuivre ou en pierre. Cette période s’étend globalement de 3000 à 1000 av. J.-C., mais avec de grandes variations suivant les aires considérées. Pendant l’âge du Bronze ancien, le bronze est souvent composé d’un alliage à base de cuivre et d’arsenic, cette période est nommée l’âge du Bronze-Arsenic : employé comme durcissant, fondant et pour augmenter la brillance du métal, cet arsenic est une impureté naturelle contaminant le minerai de cuivre ou est ajouté intentionnellement comme adjuvant. Au Bronze final se substitue à ce bronze arsenié un alliage cuivre-étain permettant de fabriquer des métaux plus résistants et ductiles (âge du Bronze-Étain). L’étain étant difficile à se procurer à cette époque, de nombreux objets étaient fabriqués en alliage cuivre-plomb. Ce bronze étant de moins bonne facture que l’alliage cuivre-étain puisqu’il est plus cassant.
 
[vi] Jean-Marc Jancovici, né en 1962, est un ingénieur français, chef d’entreprise et consultant. Il est également enseignant, conférencier, auteur de livres et chroniqueur indépendant. Il est essentiellement connu pour son travail de sensibilisation et de vulgarisation sur les thèmes de l’énergie et du climat.
 
[vii] Antonio Gramsci, né le 22 janvier 1891 à Ales (Sardaigne) et mort le 27 avril 1937 à Rome, est un philosophe, écrivain et théoricien politique italien. Membre fondateur du Parti communiste italien, dont il fut un temps à la tête, il est emprisonné par le régime mussolinien de 1927 à sa mort. En tant qu’intellectuel marxiste, il a notamment développé une théorie de l’hégémonie culturelle. Ses travaux, menés principalement pendant ses onze années d’emprisonnement, portent aussi sur l’histoire de l’Italie, le nationalisme, les partis politiques, la littérature (notamment l’œuvre de Machiavel), l’époque de la Renaissance et de la Réforme, ou encore le matérialisme historique.
 
[viii] La théorie de l’information quantique, parfois abrégée simplement en information quantique, est un développement de la théorie de l’information de Claude Shannon exploitant les propriétés de la mécanique quantique, notamment le principe de superposition ou encore l’intrication. L’unité qui est utilisée pour quantifier l’information quantique est le qubit, par analogie avec le bit d’information classique.
 
En 1982, Richard Feynman fait le constat de la complexité à simuler des systèmes quantiques par un ordinateur classique. Cette difficulté provient de la propriété que possèdent ces systèmes de pouvoir se trouver simultanément dans une superposition d’états quantiques. Il propose alors de construire un ordinateur quantique qui exploiterait le parallélisme quantique et permettrait ainsi de simuler efficacement le comportement de tout système quantique. La même année, Paul Benioff émet l’idée inverse d’utiliser un ordinateur quantique pour mener à bien des calculs classiques de manière exponentiellement plus efficace qu’avec un ordinateur classique.
 
Parallèlement, Wootters, Zurek, et Dieks énoncent le théorème de non-clonage, qui démontre qu’un état quantique arbitraire ne peut être dupliqué. Ce théorème est fondamental en théorie de l’information quantique, car il impose une limite physique stricte à ce qu’il est possible de faire avec les qubits.
 
En 1984, Charles H. Bennett et Gilles Brassard mettent au point un protocole de distribution de clé quantique, le BB844, permettant à deux protagonistes de partager une clé secrète de façon inconditionnellement sûre. La sécurité du protocole repose sur l’utilisation de photons comme qubits et deux principes physiques que sont le théorème de non-clonage et le postulat de réduction du paquet d’onde. Leur proposition initiale rencontre le scepticisme de la communauté scientifique. Elle est due principalement au fait que les sources de photons qu’il proposent d’utiliser sont des sources de photons uniques, c’est-à-dire des sources capables d’émettre un et un seul photon à la fois. Or, il est encore impensable à cette époque que de telles sources puissent exister un jour. Leur publication est donc refusée dans toutes les revues réputées et seulement acceptée dans une obscure conférence organisée en Inde.
 
En 1985, David Deutsch publie un article dans lequel il décrit le premier algorithme quantique, connu sous le nom d’algorithme de Deutsch. Bien qu’il ne possède pas réellement d’utilité pratique il est d’un intérêt théorique évident puisqu’il accomplit sa tâche, en l’occurrence déterminer si une fonction est constante ou équilibrée, plus efficacement que tout algorithme classique. Il sera généralisé en 1992 sous le nom d’algorithme de Deutsch-Jozsa.
 
En 1993, Ethan Bernstein et Umesh Vazirani démontrent qu’une machine de Turing quantique est capable de simuler tout système quantique en temps polynômial.
 
En 1994, Peter Shor dévoile l’algorithme de Shor. Il marque véritablement le début de l’engouement pour le calcul quantique, car c’est le premier algorithme quantique plus efficace qu’un algorithme classique qui soit d’un intérêt pratique. En l’occurrence, il permet de factoriser un nombre entier en temps polynomial. Sa première implémentation pratique a eu lieu en 2001, et a permis de factoriser 15 en 3 × 5. Cet algorithme exploite la transformée de Fourier quantique, dont l’implémentation sur un ordinateur quantique a été démontrée la même année par Don Coppersmith10.
 
En 1995, Benjamin Schumacher (en) a établi le théorème équivalent au théorème du codage de source de Claude Shannon. C’est ainsi que le qubit a été défini comme unité physique d’information quantique. Aucun résultat équivalent au théorème du codage de canal n’est connu.
 
En 1996, Lov Grover découvre un algorithme de recherche quantique plus efficace que tout algorithme de recherche classique.
 
De 2001 à 2015, Serge Haroche poursuit ses recherches sur l’information quantique qui lui vaudront le prix Nobel de physique en 2012.
 
 

Pour une vision constructive de l’avenir – par Thierry Curty

Thierry Curty

Le réchauffement climatique pourrait menacer l’avenir de l’humanité, ce ne sera pas le cas. C’est le cas aujourd’hui avec la trajectoire politique, mais elle va changer. Et le réchauffement climatique est la plus formidable opportunité économique de l’Histoire de l’Humanité, à plus d’un titre. Non seulement il va imposer un effort industriel colossal, en dizaines de milliers de milliards, avec un potentiel de rentabilité gigantesque, mais en plus, universel. Pour la première fois de l’Histoire toute l’Humanité se retrouve confrontée à un problème face auquel elle est condamnée à s’unir, de même ordre de grandeur que ce que l’on peut voir dans les films de science-fiction avec une invasion extra-terrestre mondiale. La fin de l’énergie fossile signe l’émergence d’une nouvelle énergie humaine, et pas seulement pour pédaler sur son vélo cargo.

Pour la première fois de l’Histoire toutes les populations, sans exception, sont concernées par le même problème, la même menace définitive. Pas forcément les mêmes conséquences, mais systémiquement de la même origine avec la même réponse pour tous. Les premiers réflexes sociaux sont les velléités de renfermement sur soi, le retour du populisme avec le protectionnisme, l’isolationnisme avec un regain de frontières dans un ultime conditionnement reptilien de repli sur soi. Mais la négation du problème ne pourra que le rendre plus prégnant et passé cet épisode, une fois la raison restaurée, l’humanité intégrera l’idée de coopération, tout simplement pour continuer d’exister.

Les flux financiers sont en pleine réorientation et dans cette décennie, la plus importante de l’Histoire de l’Humanité, il va se passer des choses incommensurables qui nous promettent une hausse du PIB d’au moins 5% d’ici 2050, avec un chiffre d’affaires déjà connu de 700’000 milliards. La menace n’a jamais été aussi complexe ni d’une telle ampleur, mais la formidable croissance du 20ème siècle, responsable du problème, a fait que jamais les possibilités n’ont été si considérables. De fait, le 21ème siècle, loin d’un siècle de privations et d’austérité sera un siècle d’opulence pour tous. La transition écologique sera source d’une colossale création de richesse néguentropique. L’anthropie du 20ème siècle est la richesse du 21ème siècle. Ce qui est la source du problème aujourd’hui est la solution de demain.

L’Humanité va souffrir comme jamais elle n’a souffert dans toute son Histoire. Il y aura des famines, des canicules, des cataclysmes. La mondialisation se retrouve stoppée dans son élan, par la volonté des mieux lotis de ne pas permettre à ceux qui le sont moins d’accéder à leur niveau de vie pour assurer un avenir à l’humanité. Il était question de faire en sorte que tous bénéficient du progrès, que tout le monde accède au niveau de vie le plus élevé. Et aujourd’hui il s’avère que cela ne semble pas possible. Il y aura des tensions, parce que ce sont ceux qui ne sont responsables de rien qui souffriront le plus et le reprocheront aux responsables. Mais ce n’est que le système productif actuel qui contredit la mondialisation, c’est une question de technologie, d’industrie. Le temps de la conscience universelle des possibilités et dans quelques décennies les choses ce seront apaisées sous les efforts communs de l’évolution du paysage économique. Après ces changements imposés par les éléments, jamais l’Humanité n’aura été aussi soudée. Ce qui aujourd’hui contraint le processus de mondialisation sera là aussi, contre-intuitivement, la cause de son accomplissement. La peur de l’avenir en raison de l’inconscience des possibilités induit la jalousie du Nord sur le Sud. La conscience des possibilités accélérera l’élévation du Sud, sinon par humanisme, par intérêt, puisqu’ils sont les futurs marchés du Nord. Elever le Sud est l’avenir du Nord.

Cette conscience des possibilités, naissante aujourd’hui, fera naître une industrie puissante au sein d’une nouvelle dynamique socio-économique reposant sur un paradigme systémique entièrement renouvelé, plus respectueux de l’environnement, mais aussi de l’humain et source de prospérité confortable. D’ici la fin du siècle, la Terre sera dépolluée, le taux de CO2 sera plus faible qu’avant la révolution industrielle. L’Humanité sera débarrassée de la contrainte du travail. Le capitalisme relèvera de l’Histoire. L’énergie sera illimitée, propre et gratuite. Et sous ces nouveaux paramètres, le monde aura un fonctionnement très très différent de ce qu’il est aujourd’hui.

On n’en perçoit pas encore forcément les conséquences, mais le changement est là, il est en cours, profond, à tous les niveaux, sur tous les territoires. Il est massif, déterminé, même si tout le monde ne s’est pas encore entendu sur les voies à suivre. Chaque individu songe à son action et installe des panneaux solaires sur son toit qui alimente sa voiture électrique qui lui sert de source d’énergie. Chaque entreprise cherche à produire son énergie propre, à remplacer ses gobelets de machine à café, à disposer de véhicules électriques, à optimiser ses process. Dans la finance, désormais chaque investissement prend en compte l’incidence écologique, parce que de polluer coûte cher et compromet la rentabilité alors on va chercher la rentabilité dans l’investissement vert. Ainsi, ce sont des milliers de milliards qui quittent chaque année les secteurs polluants pour entrer dans les secteurs dépolluants, de plus en plus de milliers de milliards chaque année avec une population progressivement de plus en plus sensible à la cause et finalement de plus en plus coopérative pour s’assurer un avenir.

Thierry Curty

 

Pourquoi nous nous opposons à la collapsologie

L’opposition du Courant Constructif à la vague effondriste qui inonde actuellement les médias français suscite de vives réactions. Les gens croient notamment que si nous critiquons la collapsologie, c’est que nous sommes nécessairement dans le déni de son constat accablant (réchauffement climatique, fonte du permafrost, effondrement de la biodiversité, fin du pétrole  etc.). Des gens bien-intentionnés en viennent à nous donner des leçons d’écologie pour palier à notre ignorance. On nous envoie des liens pour que nous prenions connaissance de la situation… comme si la posture défaitiste découlait directement de la connaissance des faits. Or, les faits ne disent rien de la posture que nous devons adopter face à eux et il est une multitude d’attitudes existentielles possibles face au constat dressé par la communauté scientifique. La collapsologie en est une. L’attitude constructive en est une autre.

 

1/La collapsologie n’est pas le constat, c’est une attitude face au constat

La collapsologie n’est pas le constat du problème, c’est une position bien précise adoptée face au constat. Le constat n’est d’ailleurs pas fait pas les collapsologues eux-mêmes, il est fait par la communauté scientifique, en l’occurrence le GIEC. Et le GIEC n’est pas collapsologue, il est même plutôt constructif. La collapsologie n’est pas le constat, mais une certaine conclusion tirée du constat: la conclusion qu’il est trop tard, qu’il n’y a pas de solution, que l’effondrement est inéluctable et qu’il s’agit maintenant de s’y préparer pour apprendre à vivre avec. Tant que vous n’avez pas compris ça, tant que vous croyez que l’idéologie effondriste est juste un constat objectif, vous ne pourrez pas comprendre ce que nous faisons dans le Courant Constructif.

Car le constat, nous le faisons nous aussi. Nous ne sommes pas climato-sceptiques, sinon les solutions n’auraient en toute logique aucun intérêt pour nous. La réalité, c’est que nous combattons la mouvance climato-sceptique depuis des années. Il faut être profondément binaire pour penser que si nous critiquons la collapsologie, c’est que nous sommes dans le déni de son constat, car encore une fois la collapsologie n’est pas le constat mais une certaine attitude prise face au constat. Chez nous, le même constat débouche sur une attitude à l’opposé du défaitisme collapsologique: l’attitude constructive, qui, partant du même constat, cherche des solutions pour résoudre le problème ou en limiter les effets.

 

2/La collapsologie se distingue de l’éco-psychologie par son défaitisme adaptatif

La collapsologie n’est pas le constat, elle n’est pas non plus la gestion thérapeutique des émotions suscitées par le constat. La digestion et l’expression des émotions relatives à la destruction de la planète n’est pas l’invention de la collapsologie, c’est l’invention de l’éco-psychologie, une méthode développée par Joanna Macy pour les écologistes. Les collapsologues ont récupéré cette pratique, mais l’éco-psychologie n’est pas effondriste à l’origine, d’ailleurs il m’est arrivé de la pratiquer dans mon centre de développement personnel dans le cadre de cercles de parole dédiés à l’écologie. Les collapsologues tordent cette belle discipline pour la détourner vers une forme de résilience défaitiste purement adaptative, qui n’est pas la vraie résilience, la résilience créative que nous défendons.

La spécificité de la collapsologie n’est donc pas d’accompagner l’éco-anxiété générée par le constat pour la faire déboucher sur des actes, de l’engagement et de la créativité. Il s’agit plutôt pour elle de faire déboucher cette éco-anxiété sur du renoncement et de la préparation. La collapsologie, c’est un peu comme aller se rendre avant d’avoir livré bataille. Nous, au Courant Constructif, nous sommes plutôt à rassembler toutes les troupes susceptibles de contribuer à la victoire ou au moins de limiter les dégâts, ce qui concrètement parlant, peut consister en quelques millions voir milliard de survivants, et la possibilité pour l’évolution humaine de continuer.

«Je sais que le changement climatique, combiné à l’épuisement des énergies fossiles bon marché au cours de ce siècle, éliminera les fondements de notre civilisation industrielle. Je ne sais pas si cela éliminera notre espèce – probablement pas, même s’il y aura des milliards de gens en moins sur cette planète d’ici à 2100.» Dennis Meadows, Effondrement: l’humanité rongée par la fin, Libération

 

3/La collapsologie comme utopisme néo-traditionaliste

La collapsologie est l’idéologie qui prône l’acceptation de l’effondrement en vue de s’y adapter. Il s’agirait de tourner la page des solutions pour entrer dans un esprit d’adaptation à l’effondrement inéluctable. L’emploi du terme de solution est d’ailleurs proscrit  chez les collapsologues. Il s’agit seulement d’aménager le pire, l’après effondrement, par une sorte de résilience purement adaptative.

« En fait, il n’y a même pas de “solutions” à chercher à notre situation inextricable (predicament), il y a juste des chemins à emprunter pour s’adapter à notre nouvelle réalité. » Pablo Servigne et Raphaël Stevens, Comment tout peut s’effondrer

 

Cet esprit d’adaptation défaitiste est rendu possible par une vision naïvement positive de l’après-effondrement, sur lequel sont projetés tous les fantasmes de l’écologie traditionaliste et anti-capitaliste. Il s’agirait d’imaginer que le monde d’après pourrait être aussi bien, si ce n’est mieux que le monde industriel moderne. On nous donne à rêver à travers l’imaginaire des villes en transition le retour à des conditions de vie traditionnelles, beaucoup plus communautaires et basées sur l’entraide. On laisse penser que le monde d’après ne sera pas tant violent que solidaire… On n’insistera pas trop sur le fait que par effondrement, on entend d’abord et avant tout un effondrement démographique, soit des milliard de morts, qui eux n’auront pas la chance de s’adapter. On ne parlera pas de la dérive autoritaire qu’induirait inévitablement la montée du chaos, les êtres humains étant toujours prêts à abdiquer leur liberté quand leur sécurité est menacée, certains ayant même un penchant bien connu pour la désignation de boucs émissaires dans ce genre de situations. On ne dira pas grand chose de la méchanceté humaine en situation d’effondrement, de l’explosion de la violence, des vols, des viols, des meurtres, des guerres, des gangs, de la maltraitance des femmes et des enfants en contexte de barbarie. On ne parlera pas trop de l’explosion des maladies et de l’impuissance à les traiter. On préfèrera projeter l’imaginaire de jolies communautés permacoles, en oubliant bien de préciser que dans le contexte d’un réchauffement de 5 à 10 degrés, on ne saurait assurer des rendements stables et suffisants à l’humanité. Évidemment tout cela relève plus du fantasme anti-capitaliste que de la science, mais c’est cet imaginaire utopique qui déclenche l’adhésion à la collapsologie, voir le désir d’effondrement… 

« Il ne s’agit pas vraiment d’un retour au passé. » Yves Cochet, Paris Match

 

4/ La collapsologie comme désir d’effondrement

Car il y a une frange de la collapsosphère qui, derrière un discours prétendument objectif, désire l’effondrement. Cela est bien réel. De la même manière que les communistes attendaient l’effondrement du système capitaliste du fait de ses contradictions internes, il est aujourd’hui une écologie radicale, antimoderne, voir anti-humanité, qui désire voir s’effondrer la société moderne dite thermo-industrielle. Derrière ce discours d’apparence scientifique se cache différentes postures maladives: “C’est trop tard!”, “Il n’y a pas de solution!”, “Après tout, si l’humanité disparait, ce n’est pas si grave!”, “Il faut que tout soit détruit pour pouvoir repartir sur de bonnes bases!”, “Vivement l’effondrement!”, “Cette société de merde mérite de s’effondrer!”, “On va bien rire quand tout le monde crèvera et que nous on sera préparés!”, “On va pouvoir redevenir chasseur-cueilleur!”, “L’humanité est le cancer de cette planète, si elle disparaît, bon débarras!”… etc.  On aurait tort de sous-estimer la gravité de cette maladie spirituelle des sociétés modernes avancées et son taux de propagation dans la population. Nous qui portons l’énergie opposée y sommes confrontés quotidiennement dans les commentaires que suscitent nos partages constructifs. On peut même observer un certain mépris des solutions et un acharnement à les dévaloriser. Pas étonnant que ceux qui désirent l’effondrement souhaitent qu’il n’y ait pas de solution. Pour certains même, la solution, c’est l’effondrement lui-même.

Les causes de cette maladie sont à chercher dans la mort de Dieu, dans le nihilisme qui en est né, la culpabilité et la haine de soi de l’Occident moderne, l’anti-modernisme suscité par la perte de sens et la destruction des repères traditionnels, l’ingratitude des enfants gatés-pourris de la modernité, la colère née de l’inégalité et l’irrationalisme croissant dans la population.

« Je considère avec beaucoup de sérénité un genre d’évènement, pas trop rapide, qui réduirait notre population à environ un milliard ; je pense que la Terre serait plus heureuse. » James Lovelock, Newsweek, 31 mai 2015.

 

CONCLUSION : Vers un populisme vert ?

N’assiste-t-on pas finalement à la naissance d’un populisme écologiste?  Je dis pour ma part qu’il y a une écologie traditionaliste, binaire, antimoderne, négative, malthusienne, technophobe, passéiste et spirituelle-traditionaliste, que j’oppose à une écologie créative, constructive, positive, progressiste, technique, industrielle, scientifique, futuriste et spirituelle-évolutionnaire. J’ai parlé du fait que derrière ce discours pseudo-scientifique se cache un traditionalisme, donc une tentation régressive mêlée d’utopisme naïf. J’ai également pointé le problème de la pensée binaire, cette sorte d’avatarisation des esprits qui veut que si l’on est pour la nature, on soit contre la technologie, et inversement. J’ai montré la folie d’une logique culpabiliste qui veut supprimer purement et simplement toute chose nuisible à la planète (voiture, avion, centrale nucléaire, chauffage, électricité, smartphone, enfants…). J’ai critiqué le manque de transmission de l’esprit scientifique et rationnel qui ouvre la voie aujourd’hui à une véritable régression irrationaliste que l’on voit s’étendre chaque jour un peu plus sur Internet. Enfin j’ai pointé le problème que représente l’ingratitude des enfants de la modernité à l’égard du système dont ils tirent leur niveau de vie inégalé dans toute l’histoire humaine. Tout cela fait le lit d’un populisme écologiste grandissant, qui nuit à la véritable transition écologique. Le désinvestissement des solutions au profit de l’adaptation réduirait inévitablement les capacités de résilience de l’humanité. Ce populisme vert est l’arbre qui cache la forêt de solutions qui pousse. Son esprit contestataire laisse entendre que personne ne fait rien, au moment même où les solutions sont en train d’émerger. S’opposer à ce populisme vert pour des raisons écologiques, c’est courir le risque d’être vu comme un ennemi de la nature, voir comme un climato-sceptique. Mais j’insiste bien: le GIEC n’est pas collapsologue et s’il y a bien un discours militant qui représente la ligne du GIEC, c’est le nôtre. 

Satyavir

 

 

 

Pour une mobilisation constructive

Cet article a été écrit initialement pour les membres du groupe Facebook  Courant Constructif. Dans ce groupe, nous partageons depuis 2013 les solutions qui émergent dans tous les domaines pour faire face à la crise systémique du monde moderne. Notre but ici est de responsabiliser nos membres face au danger de l’optimisme passif que pourrait susciter la découverte quotidienne de nouvelles solutions rassurantes. Les solutions existent, mais nous devons nous mobiliser pour elles. L’effondrement peut être évité, mais seulement si nous nous impliquons réellement pour faire triompher les forces de résilience créatrice qui s’éveillent partout dans le monde. Il s’agit d’être à la hauteur de notre responsabilité historique.

 

MESSAGE IMPORTANT À LA COMMUNAUTÉ CONSTRUCTIVE

Nous ne sommes pas là pour consommer des solutions tels des spectateurs qui réfléchissent pour savoir qui a raison des optimistes ou des pessimistes.

Nous sommes là pour changer les choses. Nous sommes là pour construire une alternative à l’effondrement.

Nous ne sommes pas un groupe optimiste dont le message consisterait à dire: ne vous inquiétez pas, ça va aller, des gens s’en occupent pour vous, on va y arriver, vous n’avez qu’à liker la page et ça suffira.

Nous sommes un groupe constructif, notre message est de dire : l’effondrement nous pend au nez, mais il n’est pas inéluctable, à condition de faire passer la dynamique constructive mondiale à un autre niveau d’intensité, d’inventivité, de mobilisation et d’influence.

J’en vois beaucoup qui sont dans une attitude spéculative, dans un débat infini sur “Qui a raison?”… Ce n’est pas l’objectif!

Être constructif n’est pas un point de vue, c’est une ACTION!

Le pessimisme et l’optimisme sont des points de vue. On regarde les choses de l’extérieur et on juge de comment elles vont se terminer.

Nous, nous ne voulons pas regarder et juger, nous voulons prendre part, prendre part pour changer les choses et permettre à l’humanité de poursuivre son évolution sur cette magnifique planète.

Il ne suffit pas de regarder ceux qui inventent des solutions et de les liker. Comprenez bien l’enjeu: soit l’humanité entre dans une dynamique constructive, soit elle court à la dépression collective et à l’effondrement assuré.

Les solutions existent, mais il faut se mobiliser pour elles. Pour qu’il y en ait plus, plus rapidement, pour qu’elles soient mises à l’échelle. Il nous faut construire tout un contexte socio-culturel favorable à leur émergence.

Nous avons perdu ce sens de la mobilisation collective, de l’organisation d’un mouvement citoyen structuré. Prenez conscience que des décennies de culture narcissique et individualiste vous ont conditionné à n’entrevoir comme action que votre petit choix individuel de consommateur. On vous a bien appris à déléguer votre pouvoir! Et les JT sont là pour vous rappeler chaque jour combien vous êtes impuissants. Il est temps de nous réveiller, de réactiver notre sens de l’engagement pour quelque chose de plus grand que nous.

Mais il s’agit d’inventer un nouveau type de mobilisation: une mobilisation constructive. Jusqu’à présent les mobilisations, particulièrement en France, sont des mobilisations d’opposition plutôt que de propositions. Pour gueuler, nous sommes les experts mondiaux. Mais pour construire et se battre pour les solutions, il n’y a plus grand monde. C’est là qu’est le problème. C’est cela qui est nouveau. Battons-nous pour les solutions plutôt que contre les responsables du problème. Tout le monde est au courant du problème. Et nous sommes tous responsables. A présent, ce sont les solutions qui ont besoin d’être encouragées, diffusées et appliquées.

Impliquez-vous pour les solutions car c’est pour vous et vos enfants que nous faisons ce mouvement. Personnellement, je pourrais siroter du jus de cerise en jouant de la musique bien tranquille en Auvergne, courir les filles et gagner de l’argent à la place de cet engagement bénévole.

Mais il nous reste peu de temps pour y arriver. La situation n’est pas désespérée, mais il y a urgence. La communauté scientifique nous l’assène, sans pour autant verser dans le catastrophisme. Ce n’est pas pour nous rassurer, mais bien pour nous pousser à l’action constructive.

Entendez bien: la communauté scientifique ne nous appelle ni à l’optimisme, ni au pessimisme et encore moins au catastrophisme apocalyptique, elle nous appelle à être constructifs. C’est, en cela, le Courant Constructif, tel que nous l’avons défini, qui représente le plus la science véritable parmi les différents discours qui s’affrontent dans l’espace public.

C’est d’ailleurs cette même communauté scientifique qui nous appelle maintenant à investir les technologies de capture carbone, et à passer ainsi à une écologie de la dépollution, complément nécessaire à la baisse de nos émissions. C’est cela que nous défendons depuis le début. Qui d’autre le fait? 

J’espère qu’il est clair à présent que nous ne sommes pas ici pour consommer passivement des solutions. J’ai créé ce groupe pour vous inspirer à faire votre part. Pour que chacun puisse se sentir relié à ce courant mondial de résilience créatrice qui nous dépasse tous. Et j’espère que quelques uns d’entre vous auront l’élan de nous aider et de nous soutenir.

Satyavir

 

Quelques liens pour aller plus loin:

lmc.today : Le Média Constructif, l’actu prospectiviste

Gunter Pauli: qu’est-ce que l’économie bleue? 

Projet Drawdown: 100 solutions pour inverser le réchauffement climatique

Financement de l’écologie : https://www.facebook.com/groups/courantconstructif/permalink/1333657200142341/

Remplacement des terres rares : https://www.facebook.com/groups/courantconstructif/permalink/1332985950209466/

Bitume sans pétrole, végétal : https://www.facebook.com/groups/courantconstructif/permalink/1332675523573842/

Conversion du CO2 en graphène : https://www.facebook.com/groups/courantconstructif/permalink/1330110473830347/

Carrosserie en fibre de carbone : https://www.facebook.com/groups/courantconstructif/permalink/1328653860642675/

Valorisation du CO2 au plasma : https://www.facebook.com/groups/courantconstructif/permalink/1327410940766967/

Politique européenne de lutte contre le CO2 : https://www.facebook.com/groups/courantconstructif/permalink/1327428524098542/

Energie propre et illimitée grâce au graphène : https://www.facebook.com/groups/courantconstructif/permalink/1323997897774938/

Bactéries et graphène pour produire de l’énergie : https://www.facebook.com/groups/courantconstructif/permalink/1323259964515398/

TedX Jennifer Wilcox : https://www.facebook.com/groups/courantconstructif/permalink/1320129754828419/

Uranium durable : https://www.facebook.com/groups/courantconstructif/permalink/1332928016881926/

Fin du pétrole : https://www.facebook.com/groups/courantconstructif/permalink/1335672696607458/

De l’énergie et de l’hydrogène à partir du CO2 : https://www.facebook.com/groups/courantconstructif/permalink/1335789253262469/

Carburant à l’eau de mer : https://www.facebook.com/groups/courantconstructif/permalink/1336240569884004/

Utilisation du CO2 : https://www.facebook.com/groups/courantconstructif/permalink/1323125037862224/

Biocarburant à base de CO2 : https://www.facebook.com/groups/courantconstructif/permalink/1332259683615426/

Ray Kurzweil: l’optimisme du futurologue de Google https://www.youtube.com/watch?v=AP_U8OjO3Rs

Synthèse sur la reforestation dans le monde

L’idée du revenu de base progresse dans le monde:  https://www.facebook.com/groups/courantconstructif/permalink/1343737509134310/

Développement de l’éco-anxiété dans le monde: https://www.facebook.com/groups/courantconstructif/permalink/1340726249435436/

L’émergence du secteur de la Capture Carbone dans le monde: https://www.facebook.com/groups/courantconstructif/permalink/1309847295856665/

 

Gérald Bronner: «Les collapsologues ne veulent pas voir les innovations technologiques qui pourraient changer la donne»: https://www.lopinion.fr/edition/politique/gerald-bronner-collapsologues-ne-veulent-pas-voir-innovations-193400?fbclid=IwAR1z1Jy54ca1GaJuStvRyRcrPmMuCeeTOzW2IhDlAYBt2YmkTY_FqDFgb5s

 

Vers une exploitation commerciale du CO2: https://www.facebook.com/groups/courantconstructif/permalink/1311133429061385/

 

ADDITIONNER LES SOLUTIONS

Réflexion constructive du soir:

En additionnant un nombre suffisant de solutions insuffisantes, on finit par obtenir un résultat suffisant pour résoudre le problème. Par exemple, en additionnant 100 solutions qui réduisent chacune 1% du problème, ou 20 solutions qui résolvent chacune 5% du problème, on arrive à solutionner un problème à 100%. Donc l’insuffisance d’une solution n’est pas un argument suffisant pour démontrer sa fausseté.

Sans oublier qu’une solution qui vaut 1 aujourd’hui vaudra probablement 5 dans 5 ans, car les solutions s’améliorent et changent d’échelle avec le temps. Donc au pouvoir des additions il faudrait ajouter celui des multiplications.

Logique collapso: “Cette solution est insuffisante donc on la debunke et on l’enterre, et on se prépare à l’effondrement inéluctable.”

Logique constructive: “Cette solution est insuffisante POUR LE MOMENT, donc on va l’améliorer, et on va en faire plein d’autres.”

Sur ce, bonne nuit à tous.

Satyavir

 

MISSION N° 1 DU COURANT CONSTRUCTIF: Développer une gigantesque veille constructive pour repérer les solutions qui émergent dans le monde

Les solutions que nous vous partageons ne tombent pas du ciel. Nous les cherchons, nous les étudions, nous les vérifions, nous croisons les infos… bref, c’est du boulot, et ce boulot, on a choisi de le faire parce qu’on pense que le monde en a besoin.

 
Vous êtes de plus en plus nombreux à nous témoigner de votre gratitude à l’égard de ce travail. De nouveaux membres nous rejoignent chaque semaine, vous êtes de plus en plus nombreux à participer, à commenter, partager. De tout cela je me réjouis!
 
Vous l’avez compris, avec le Courant Constructif on a voulu passer au niveau supérieur de notre action, en devenant un véritable mouvement citoyen orienté solutions. Un des éléments essentiels pour y parvenir était de développer une véritable veille constructive.
 
Qu’est ce qu’une veille? C’est un système automatisé qui permet de se tenir au courant de l’actualité d’un sujet. Pour faire simple, avec la veille, ce n’est plus vous qui allez à la recherche de l’information pertinente, c’est l’information pertinente qui vient à vous, grâce à un subtil paramétrage de mots-clés et sites sélectionnés qui permet de faire remonter l’information jusqu’à vous. Ça fonctionne notamment grâce aux agrégateurs de flux RSS: on entre les flux RSS des sites correspondant à notre thème de recherche et on n’a plus qu’à se connecter à notre veille pour voir en un clin d’oeil tout ce qui est paru sur le sujet durant les derniers jours.
 
Dans notre cas, ce qui nous intéresse, c’est de nous tenir au courant de l’actualité constructive, pour pouvoir identifier les nouvelles solutions émergentes. Des solutions, il en émerge tous les jours, mais encore faut-il les découvrir, et pour qu’on puisse les découvrir, encore faut-il qu’elles aient été valorisées. Si c’est le cas, alors notre veille nous permettra de le savoir, et nous pourrons ensuite vous partager l’info. Nous pourrons également intégrer cette nouvelle solution à notre veille afin de nous tenir au courant de son évolution. Cela nous semble en effet essentiel. Au niveau où nous en sommes, il ne suffit plus de relayer l’existence d’une solution quelque part dans le monde. Nous voulons pouvoir suivre l’évolution de cette solution, son amélioration progressive, sa mise à l’échelle… Car la plupart des solutions que nous partageons dans la communauté ont cette propension à évoluer, à se diffuser et à s’améliorer avec le temps. Nous voyons le potentiel, là où les collapsologues s’arrêtent généralement à l’état actuel d’une technologie qui dans 5 ans, n’aura plus le même visage ni la même dimension.
 
Bref, j’ai donc créé une gigantesque veille orientée solutions. Dans cette veille, j’ai entré plus de 300 sites, comptes Twitter, pages Facebook et Scoop.it constructifs que nous allons suivre. Cette veille va permettre à notre équipe de repérer toutes les solutions qui émergent dans le monde et de nous tenir au courant de leur actualité. 
 
 
Pour vous donner un aperçu des sites que nous suivons, voici un échantillon des 50 meilleurs sites constructifs de la toile.
 
 
Bien à vous tous, amis des solutions,
 
 
Satyavir,
Fondateur du Courant Constructif
 
 
 
 
 
 

Position du Courant Constructif sur Pierre Rabhi et le mouvement Colibri

Je suis reconnaissant envers Pierre Rabhi d’avoir contribué, en France, à la prise de conscience écologique d’un large public. Je lui reconnais le mérite d’avoir été l’un des premiers à incarner et encourager une attitude constructive face à la crise écologique, à travers la légende du colibri qui invite chacun, quel qu’il soit, à faire sa part pour contribuer à la solution. Pierre Rabhi a mis au point sa propre solution contre la destruction de la vie et des sols: l’agroécologie. Il a défendu une solution existentielle, spirituelle et politique qu’il croyait bonne: la sobriété heureuse. Il a parlé avec force de l’esclavage moderne au travail en tant qu’ancien OS et contribué ainsi à ce qu’émerge le désir d’émancipation dans la population, particulièrement dans ma génération. Il a apporté un discours qui donnait du sens à une époque où il n’y en avait plus. Il a parlé du miracle de la vie et et de la beauté de la nature à une époque où on la détruisait avec indifférence. Il a touché l’âme de nombreuses personnes en nourrissant chez elles un besoin de sagesse qui, malgré des décennies de consumérisme et de divertissement télévisuel, n’avait pas disparu. Pierre Rabhi n’est, à mon sens, pas un gourou, mais bien un philosophe au sens antique du terme: quelqu’un qui vit sa philosophie. Il a aussi aidé ma génération à ouvrir les yeux sur la nécessité d’un changement de paradigme. Quant au mouvement Colibri qu’il a fondé, celui-ci a également amené de nombreuses solutions intéressantes: éco-habitat, banque éthique, Internet libre, modes de gouvernance démocratiques, pédagogies alternatives, sans parler des solutions intérieures (reconnexion à la nature, méditation, sens du sacré de la Vie).
 
Ce mouvement est venu rééquilibrer une société moderne malade de ses excès, destructrice de sens et de la nature.
 
 
Pour ma part, cette vision m’a beaucoup nourrie, et j’y ai en partie puisé mon inspiration constructive. J’ai compris grâce à elle qu’on pouvait, au lieu de critiquer, de montrer les problèmes et de désigner des coupables, inventer de nouvelles solutions qui rendraient l’ancien système obsolète! J’ai pris conscience que le problème n’est pas simplement un ennemi extérieur à abattre, mais que nous avons tous notre part de responsabilité à travers les choix que nous faisons quotidiennement. J’ai compris enfin que nous pouvions tous faire notre part, quelle que soit notre échelle, dans la résolution de la crise systémique que nous traversons. Pierre Rabhi et les colibris ont amené dans la société cet état d’esprit constructif, orienté solution, à une époque où, il faut le dire, la majorité des gens n’avait même pas encore compris le problème. Je crois qu’on peut les remercier pour ça.
 
 
Je précise que je n’appartiens à aucun courant, religieux ou politique… et que tout en me reconnaissant en tant que colibri qui fait sa part, je ne fais pas partie de l’association Colibri. Je suis un créatif, je m’inspire librement des uns et des autres pour tracer ma voie personnelle. Et quand je dis que je m’inspire d’un penseur comme Pierre Rabhi ou d’un autre, cela ne veut pas dire que j’adhère à la totalité de son discours et de ses actes. J’en retire certains éléments, j’en laisse d’autres, et je vous invite à faire de même librement. Pour inventer des solutions pertinentes, il faut savoir sortir de cette pensée binaire où un discours est soit totalement vrai, soit totalement faux, sans mélange ou limitations possibles.
 
Je peux donc, dans cet esprit, reconnaitre pleinement que j’ai été inspiré par le mouvement Colibri, tout en affirmant que j’ai aussi des divergences, notamment dans mon rapport à la modernité et à ses apports. Je ne suis pas soumis par exemple à certains conditionnements limitants qui se manifestent souvent dans les milieux décroissants à l’égard de tout ce qui est moderne, futuriste, technologique. J’ai rencontré très jeune la technophobie des milieux intellectuels à travers mes études de philosophie. J’ai retrouvé plus tard cette technophobie dans les milieux écolo et décroissants. Pour ma part, je suis admiratif du génie humain et de ses accomplissements matériels. Je suis conscient que l’évolution de la conscience humaine est intrinsèquement corrélée à l’évolution des connaissances et de la technologie ainsi qu’à l’augmentation des flux d’énergie consommée. Tout cela a bien sûr des répercussions sur mon rapport aux solutions émergentes: à savoir que je suis tout à fait ouvert aux solutions technologiques, issues de la recherche, de la science et des entreprises. La prospective scientifique et technologique me paraît essentielle à l’attitude constructive. Aussi dans le cadre du Courant Constructif, nous allons continuer de partager des solutions techno : je pense aux solutions qui relèvent de l’intelligence artificielle, de la robotique, du logiciel, des technologies de captage de CO2, des imprimantes 3D, des progrès de la fusion nucléaire, des progrès de la médecine, de l’exploration de l’espace et des océans, des nouveaux modes de transports, des nouvelles source d’énergie et de stockage, etc.
 
L’histoire de Pierre Rabhi nous montre, il me semble, qu’il y a une tendance traditionaliste dans sa démarche: retrouver le monde harmonieux de son enfance, d’avant l’arrivée de la modernité française en Algérie, cette modernité qui a “souillé” son père. Pour ma part, j’ai un jugement plus équilibré sur la modernité, qui m’amène à ne pas me contenter de tout rejeter en bloc, à commencer par la science et la technologie. Je ne vois pas pourquoi l’on devrait, par exemple, se passer de technologie en agriculture et revenir au travail manuel et à la traction animale. Ce serait à mon sens une régression, non une évolution. La technologie peut être mise au service d’une agriculture qui respecte les sols, la beauté et la vie, tout en émancipant l’homme du dur labeur de nos ancêtres paysans. Associer la robotique, le Big Data et l’Intelligence Artificielle aux connaissances de la permaculture et de la microbiologie des sols, voilà, pour moi, une voie d’évolution bien différente de l’image bucolique du paysan-philosophe anti-moderne. Je suis d’avis que les bonnes solutions naitront de la rencontre de l’écologie et de la technologie plutôt que de leur opposition. Allier conscience spirituelle et efficacité matérielle, voilà la piste d’évolution qui me semble pertinente.
 
 
Satyavir Colibri, fondateur du Courant Constructif
 

POURQUOI LANCER UN COURANT CONSTRUCTIF?

RÉPONSE N° 1: RENDRE VISIBLE L’ÉLAN CONSTRUCTIF MONDIAL

Le groupe Journalisme Constructif a été créé le 6 octobre 2013 sur une idée toute simple: partager des solutions plutôt que des problèmes. J’étais loin de me douter à l’époque que le groupe rencontrerait un tel succès. Aujourd’hui, la communauté constructive compte plus de 3000 membres. Ensemble, nous avons, pendant ces 5 années, diffusé des centaines de solutions émergentes et contribué ainsi à faire souffler sur la toile un grand vent constructif. Je remercie tous ceux, journalistes et citoyens, qui ont permis de faire vivre cet élan. Le monde a plus que jamais besoin d’énergie constructive pour faire face aux enjeux qui sont les nôtres aujourd’hui.

C’est dans la continuité de cette démarche et dans le but de porter la cause constructive à un niveau supérieur que j’ai annoncé hier le changement de nom de notre groupe. Journalisme Constructif devient ainsi le Courant Constructif. Par ce changement de nom, nous passons d’un simple groupe Facebook dédié aux solutions à un véritable courant citoyen visant à valoriser, incarner et diffuser l’énergie constructive en cette période critique de l’histoire.

Avec le temps, j’ai fini par comprendre que le véritable thème de ce groupe n’est pas le journalisme constructif, cette tendance interne au secteur médiatique visant à promouvoir plus d’actualités positives dans les médias. Le véritable thème de ce groupe est l’immense vague constructive qui s’est éveillée dans le monde en réponse à la crise systémique. Le journalisme constructif n’est lui-même que la branche médiatique d’un phénomène beaucoup plus large qui est cette vague constructive traversant tous les secteurs de la société.

Cette vague constructive est mondiale: partout sur la planète, des individus s’efforcent de rendre ce monde meilleur et réalisent quelque chose pour apporter une partie de la Solution.

Ces individus constructifs n’ont pas de sexe particulier, pas de couleur de peau particulière, pas d’âge particulier, pas de niveau social particulier. Ce sont des hommes comme des femmes, des jeunes comme des vieux, des blancs comme des noirs, des riches comme des pauvres. Ils ne sont pas non plus cantonnés à un secteur particulier. Ils émergent dans tous les domaines: dans l’éducation, dans l’écologie, dans l’agriculture, dans l’entreprise, dans le milieu associatif, la science et la technologie… Untel veut nettoyer les océans, untel plante des millier d’arbres pour arrêter le désert, celui-ci a inventé un système pour rendre l’eau potable tandis que celui-là a mis en place une solution pour remplacer les pesticides… Chacun fait sa part, chacun invente et matérialise une partie de la Solution globale. Et tous ces petits bouts de solution mis bout à bout finissent par former ensemble le puzzle d’un nouveau paradigme, ce nouveau paradigme dont notre monde en crise a tant besoin.

Ce sont ces gens que nous voulons valoriser. C’est de cet immense élan constructif, de ce courant constructif mondial, que nous voulons parler ici.

Ce courant n’a pas de leader, pas de théoricien, pas de manifeste. Il n’est pas centralisé, pas coordonné, pas réfléchi. Il a émergé spontanément de la nécessité dans laquelle se trouve l’humanité actuelle de trouver des réponses aux problèmes colossaux auxquels elle est aujourd’hui confrontée: crise écologique, crise énergétique, crise du vivre-ensemble, crise économique et financière, crise du sens, crise du travail et de l’éducation. Face à cette polycrise, des hommes, un peu partout dans le monde, se sont mis à chercher des solutions, à inventer des possibles, à ouvrir de nouvelles voies. Et c’est ainsi qu’est né le courant constructif, de manière non-concertée, de l’addition de toutes ces initiatives convergentes.

Mais, aussi vaste soit-il, ce courant constructif reste encore à ce jour très peu visible. Alors même que l’humanité est en train d’inventer des milliers de solutions, la distorsion médiatique est telle que nous avons plutôt l’impression que “personne ne fait rien” et que “tout le monde s’en fout”. De là, un désespoir grandissant parmi la population.

Les forces de résilience à l’oeuvre dans le monde sont confrontées à une véritable pathologie de la valorisation médiatique qui les rend très peu visibles aux yeux des gens, alors qu’il s’agit peut-être du phénomène le plus important de notre époque.

Parce que les médias préfèrent orienter notre attention sur le spectacle sportif, les scandales, les catastrophes environnementales, les attentats et autres informations anxiogènes, nous nous formons une image de la réalité qui n’intègre pas la banalité du bien. Au regard de toutes ces informations négatives qu’on lui renvoie en image d’elle-même, l’humanité semble parfois se demander s’il est souhaitable de continuer, et l’on peut parfois sentir en elle la tentation de baisser les bras et de ne pas se battre face au risque d’extinction que lui prédisent les experts. Mais tout cela est la conséquence d’une distorsion de réalité induite par les médias de masse qui nous pousse à ne voir que le pire en l’Homme. La banalité du bien est pourtant une réalité, nous en avons été témoin pendant toutes ces années de partages. Il y a le pire comme le meilleur dans cette humanité. La question est de savoir ce que nous voulons nourrir, ce que nous voulons valoriser.

C’est pourquoi nous avons besoin d’un mouvement pour porter la voix aujourd’hui inaudible de tous ces acteurs constructifs dans le monde. Nous avons besoin d’un espace pour rendre visible cette tendance constructive à l’oeuvre dans l’humanité. Nous avons besoin d’un site pour permettre aux gens de découvrir, de référencer et de partager ces centaines de solutions émergentes. Enfin, nous avons besoin d’un groupe pour nous retrouver entre personnes constructives qui font leur part et nous relier à l’énergie de ce gigantesque courant mondial.

C’est pour toutes ces raisons que j’ai décidé de lancer le Courant Constructif. Il est temps de passer d’un petit groupe sympathique à un véritable courant citoyen. Si cela vous parle, si vous aussi vous faites votre part et avez envie de vous relier à ce courant d’énergie constructive mondial, alors bienvenu dans ce groupe!

Il fallait un espace pour réunir les gens de bonne volonté, les hyperactifs de la transition, les colibris courageux et les serviteurs de la vie. C’est chose faite!

Partagez si vous pensez que ce message mérite d’être entendu.

Merci.

Satyavir

#constructif #courantconstructif

Notre site internet: http://courantconstructif.com