Courant Constructif : le mouvement qui démontre que l’humanité peut encore s’en sortir

L’humanité est aujourd’hui confrontée à une crise systémique mondiale, à la fois économique, sociale, écologique, énergétique, politique et spirituelle. Dans cette tempête de l’histoire, il n’est qu’une seule certitude : le système actuel ne peut plus continuer. Nous allons devoir en sortir d’une manière ou d’une autre. De là, une question émerge : quel sera le monde qui succèdera au monde actuel ?

 

I- NOTRE MISSION

La théorie des systèmes nous apprend qu’il n’est que deux issues possibles dans une crise systémique : ou bien le système s’effondre à un niveau de complexité antérieur, ou bien il évolue à un niveau de complexité supérieur.

Dans le premier scénario, nous aurions une dégradation progressive de l’environnement et de l’organisation sociale, jusqu’à ce que les seuils de résilience du système soient dépassés et qu’un effondrement systémique mondial se produise. L’infrastructure moderne qui, grâce à sa puissance énergétique, technologique, agricole et médicale, soutient l’existence de 7,8 milliards d’êtres humains finirait par céder sous la pression des multiples crises accumulées.  L’humanité reviendrait alors à son niveau de population d’avant la modernité, soit environ 1 milliard d’êtres humains sur terre.

Les survivants connaîtraient un retour à des modes de vie quasi-prémodernes, basés sur des technologies low-tech et des activités essentiellement liées à la survie. Une telle régression ne s’envisage évidemment pas sans violences, sans guerres, sans viols, sans vols, sans tyrannies liberticides, sans famines et sans maladies… On peut raisonnablement penser que cette option n’est guère désirable et que les survivants traverseraient des épreuves psychiques et physiques considérables. Mais, aussi choquant qu’il puisse paraître, ce scénario est celui vers lequel nous nous dirigeons dès lors que nous ne répondons pas aux enjeux du siècle.

Il existe toutefois un second scénario dans lequel l’humanité sort par le haut de cette épreuve collective. Dans ce second scénario, le système s’auto-réorganise grâce à une transition systémique mondiale. On assiste à une vague de résilience créative dans tous les secteurs de la société. L’énergie est décarbonée, l’atmosphère dépolluée, la biodiversité préservée. Un nouveau contrat social est créé pour adapter la société à la montée de l’automatisation. Une nouvelle génération de leaders conscients apparaît. De nouveaux modes d’agriculture, de nouveaux matériaux, de nouveaux modes de consommation s’inventent. De nouvelles valeurs, de nouveaux récits, de nouvelles politiques et doctrines économiques sont créées. Toutes ces innovations convergent pour former un nouveau paradigme qui se stabilise progressivement. Avant que l’équilibre ne revienne, l’humanité traverse néanmoins une tempête redoutable et connaît des pertes lourdes qui laisseront un profond traumatisme dans sa mémoire collective. Mais au bout du chemin, une nouvelle civilisation émerge, un nouvel équilibre est trouvé et l’évolution peut alors continuer.

La mission du Courant Constructif est de faire triompher ce second scénario, afin d’éviter à l’humanité le cauchemar de l’effondrement annoncé. Face à la montée du fatalisme collapsologiste et de la colère réactionnaire, il fallait un mouvement pour porter l’élan d’évolution mondial. Il fallait un mouvement pour fédérer toutes les forces constructives en présence et porter leur voix dans le monde. Il fallait un mouvement pour recenser toutes les solutions disponibles, un mouvement pour faire la synthèse de toutes ces solutions en un programme concret, réaliste et inspirant. C’est là le rôle que s’est donné le Courant Constructif.

 

II – NOTRE ACTION

À l’heure où les premiers signes de l’effondrement se font sentir, le Courant Constructif n’entend pas prôner l’optimisme mais bien l’action, le volontarisme et la mobilisation générale. Les constructifs maintiennent que les solutions sont efficaces, qu’elles peuvent être mises à l’échelle à temps et que par conséquent la crise systémique peut être résolue moyennant un effort colossal.

L’action du Courant Constructif se décline en 7 branches :

1) Valoriser les solutions :

– En les faisant connaître sur les réseaux, dans les médias, auprès des décideurs…

– En défendant la pertinence des solutions contre ceux qui les critiquent

– En rendant cette information disponible et facilement retrouvable grâce à une immense base de donnée qui répertorie toutes ces solutions (voir : lmc.today).

2) Fédérer les acteurs de l’élan constructif mondial :

– En offrant un espace de convergence pour permettre aux acteurs de changement d’oeuvrer dans un sens commun.

– En allant rencontrer et en connectant les différents acteurs de la mouvance constructive : penseurs, inventeurs, artistes, décideurs, entrepreneurs, financeurs, associatifs, citoyens volontaires…

3) Créer un programme de transition systémique efficace, réaliste et rentable :

– En faisant la synthèse des meilleures solutions dans une vision systémique cohérente et concrètement réalisable

– En veillant à ce que cette transition systémique soit économiquement viable et rentable, de sorte qu’elle puisse être propulsée par les mécanismes du marché.

4) Lutter contre les forces régressives :

– En maintenant sur les réseaux un espace 100% progressiste, orienté solutions et évolution.

– En déconstruisant les discours binaires, les fakes news et les fausses solutions populistes

– En combattant sur le terrain les populismes rouges, verts et bruns (collapso-décroissants, complotistes, réactionnaires, etc.)

5) Inspirer une mobilisation constructive mondiale dans tous les secteurs

– En propageant un grand récit constructif qui donne envie à chacun de faire sa part dans la grande transition du XXIe siècle.

– en rendant visible la vague constructive mondiale dans tous les secteurs de la société

6) Porter la voix des solutions dans l’espace médiatique et politique

– En amenant la prospective des solutions dans les débats et les élections.

– En amenant les acteurs du changement à converger pour constituer une force culturelle majeure capable de peser dans les débats et d’influer sur les politiques.

7) Réaliser la transition systémique

– En inspirant des politiques de transition volontaristes et ambitieuses, en vue d’une mise à l’échelle accélérée des solutions.

 

III – NOTRE PROGRAMME

La puissance du Courant Constructif repose sur sa connaissance fine des solutions, résultant de plus de 15 années de veille prospective. Le programme du Courant Constructif, issu de ces années de recherches, présente une solution intégrale de transition systémique parfaitement unique dans le monde. Ce programme se décompose en 5 axes principaux :

1) La transition écologique, qui rassemble le passage au 100 % renouvelable, un vaste programme de dépollution de l’atmosphère et des océans, ainsi qu’un programme de préservation de la biodiversité via la reforestation et la sanctuarisation de 30 % de la nature.

2) La transition sociétale, qui tire les conséquences de la montée de l’automatisation dans l’industrie et les services en instaurant une  économie contributiste. Cette nouvelle économie repose sur 4 piliers principaux: le revenu de base, la réduction de toutes les inégalités, un nouveau système fiscal plus adapté au XXIe siècle, ainsi qu’un nouveau système de financement de l’activité économique, plus démocratique: l’Action Mutuelle d’Investissement (A.M.I).

3) La transition technologique, soit la révolution de l’Intelligence Artificielle et des NBIC, qui ouvre sur une ère de progrès exponentiels de la connaissance et des techniques dans tous les domaines, rendant possible aussi bien l’agriculture robotisée, que l’informatique quantique, l’exploitation minière de l’espace, l’automatisation, les smart grids, l’édition génomique ou encore de nouveaux progrès de la médecine…

4) La transition agro-alimentaire, qui permettra de nourrir 7 milliards d’êtres humains sans détruire l’environnement, grâce à la transition vers l’agro-écologie robotisée, les fermes verticales, la nourriture synthétique, la pêche et l’élevage durables, la restauration des sols et la diminution radicale des pesticides.

5) La transition culturelle, qui consiste à recréer du sens et du lien, à réduire les inégalités, à accueillir les valeurs postmatérialistes naissantes, mais aussi et surtout, à sortir de l’idéologie du travail et du système de l’aliénation en créant les conditions collectives d’une libération du potentiel humain et d’un progrès multidimensionnel.

4/ NOTRE ENVIRONNEMENT

Notre équipe, composée d’un noyau de 8 bénévoles aux compétences multiples, aidé par une 30e d’adhérents, est mobilisée quotidiennement pour identifier les solutions émergentes dans le monde.

Notre base de solution, lmc.today, est alimentée chaque jour et contient déjà plus de 15000 articles référencés et classés thématiquement.

Notre site, courantconstructif.com, rassemble quantité d’articles et de vidéos expliquant les différents aspects de notre vision systémique.

 

Rejoignez-nous !

 

 

 

contact : courantconstructif@gmail.com

Communiqué du Courant Constructif : Bilan de l’année 2020

L’année 2020 s’achève. Elle n’aura pas été de tout repos pour l’équipe du Courant Constructif. Nos efforts inlassables, malgré le manque de moyens, nous ont permis de changer véritablement d’échelle en un an. Nous avons posé de solides bases pour un mouvement d’envergure qui, nous n’en doutons pas, marquera la décennie sur le plan intellectuel et politique. En un an, nous sommes passés d’un simple groupe Facebook porté par trois individus à une structure associative incluant une trentaine de personnes brillantes et motivées. L’ambiance est toujours aussi joyeuse et amicale au sein de l’équipe, malgré la difficulté quotidienne d’un combat d’avant-garde à contre-courant des modes faciles du moment. Avant d’entamer une nouvelle année de collaboration fructueuse, il convient de dresser un rapide bilan de l’année écoulée.

En 2020, le Courant Constructif :

    • a dépassé les 5000 abonnés sur les réseaux
    • a agrandi son équipe centrale à 8 personnes.
    • est devenu officiellement une association loi 1901
    • a acquis une trentaine d’adhérents.
    • a intégré le comité d’administration de La Fabrique Du Futur
    • a établi son programme
    • a développé une section de Fact Checking sur lmc.today pour lutter contre l’infodémie et le complotisme.
    • a inventé le féminisme constructif et lancé la Semaine des Femmes de Génie
    • a fait trois interventions à l’université
    • a récolté environ 2500 euros de dons en soutien à son action entièrement bénévole.
    • a diffusé sur la toile des centaines de solutions, ouvert les yeux de dizaines d’individus et repoussé la vague décliniste autant qu’il a pu.

Un grand merci à tous ceux qui ont participé à cette aventure.

En 2021, nous allons continuer notre effort constructif, dans un climat qui va continuer de se dégrader socialement, économiquement et écologiquement, faute d’une véritable transition systémique. Mais les solutions abondent, l’élan de résilience mondial est une réalité, un nouveau paradigme s’invente sous nos yeux, et il nous faut l’accompagner, le renforcer, le rendre visible.

Nous tenons à rappeler à chacun que la décennie que nous sommes en train de vivre est la plus importante de notre histoire, et qu’en ces circonstances, il est de la plus haute importance que chacun contribue à son niveau à l’évolution collective. Toutes les solutions sont là, il ne manque que la volonté de les porter!

Nous vous attendons en 2021 pour propager avec nous la grande transition systémique du XXIe siècle.

Satyavir et Thierry, Présidents du Courant Constructif

 

Les femmes ont un rôle essentiel à jouer dans la transition systémique mondiale

Dans le cadre de la Semaine des femmes de génie, le Courant Constructif appelle les femmes à prendre part activement à la grande transition du XXIe siècle. Notre monde est aujourd’hui confronté à une multitude de crises d’ampleur mondiale, qui sont autant d’expressions d’une crise systémique plus profonde : la crise du paradigme moderne. Notre modèle d’organisation sociale a atteint ses limites et doit maintenant évoluer. L’humanité est maintenant placée devant la nécessité de se réinventer, si elle ne veut pas connaître un effondrement systémique mondial qui se paierait en milliards de morts. Face à cet enjeu colossal, nous devons déclencher une mobilisation constructive de tous les secteurs de la société en vue d’opérer une grande mutation systémique en l’espace de 30 ans. Les femmes, comme les hommes, sont appelées à se mobiliser pour que le pire puisse être évité. Les deux parts de l’humanité doivent porter ensemble cette transition.

Il semble évident qu’un effondrement systémique mondial ferait considérablement régresser la condition des femmes dans le monde, en nous ramenant à des formes de culture et d’organisation traditionnelles voir tribales. On peut prédire qu’un contexte d’effondrement provoquerait le retour des viols de guerre, de l’esclavage, de la prostitution pour des ressources, une augmentation des violences physiques et psychologiques, un retour au laborieux travail des champs en guise d’harmonie avec la nature, ainsi qu’un retour à une répartition traditionnelle des rôles en l’absence de technologie moderne et d’énergie abondante.

Songeons que l’évolution de la condition des femmes repose sur un certain nombre de progrès scientifiques et techniques sans lesquels cette condition ne manquerait pas de régresser à nouveau. Que serait en effet la liberté sexuelle sans les moyens de contraception et les techniques d’avortement modernes? Qu’adviendrait-il de la répartition des tâches si nous étions privés des esclaves énergétiques fournis par le progrès moderne? Qu’en serait-il de la liberté dans un système régi par la survie ? Que resterait-il de l’égalitarisme moderne dont est issu le féminisme lui-même, si la modernité en venait à s’effondrer ? Parce que nous ne soupçonnons pas les conditions matérielles des valeurs que nous incarnons, nous supposons que ces valeurs pourraient perdurer si ces conditions venaient à manquer. Mais rien n’est moins vrai.

Même la coopération, que les collapsologues nous vendent comme une caractéristique de leurs utopies post-apocalyptiques, se verrait considérablement amputée par le rétrécissement du champ de l’empathie que ne manquerait pas d’engendrer un contexte de survie. Cet imaginaire de la coopération communautaire qui sert de récit positif pour transmettre un désir d’effondrement s’avère d’une dangereuse naïveté. La coopération dont il serait question en contexte d’effondrement serait bien plutôt une coopération de survie de toute petite échelle, voir une collaboration de pilleurs-violeurs pour la captation des ressources matérielles et sexuelles. Rappelons que la violence est fondamentalement coopérative.

Il n’y a donc pas plus de féminisme collapsologique qu’il n’y a de féminisme traditionaliste. L’effondrement est le plus grand danger qui pèse à ce jour sur la condition des femmes. C’est pourquoi la mobilisation constructive pour les solutions devrait être, dès à présent, inscrite dans les priorités de la cause féministe.

Les génies de ce monde jouent naturellement un rôle majeur dans la réinvention de notre monde. Et les femmes de génie sont déjà nombreuses à contribuer au développement et à la mise à l’échelle des solutions à la crise systémique. Les prospectivistes du Courant Constructif, qui tiennent une veille quotidienne sur les innovations mondiales en matière de développement durable, voient chaque semaine passer des initiatives portées par des femmes. Dans les laboratoires de recherche, dans le monde de l’entreprise, dans les associations et les ONG, dans la politique et la préservation de la biodiversité, de nombreuses femmes sont présentes et font leur part dans cette grande transition mondiale. Que l’on songe à Graciela Chichilnisky, à la tête de Global Thermostat, l’une des principales entreprises mondiales dans le secteur de la capture du carbone, ou encore Janine Benyus, leader du biomimétisme, Ellen MacArthur, leader de l’économie circulaire, ou Christiana Figueres, secrétaire exécutive de la Convention Cadre des Nations Unies pour les Changements Climatiques (CCNUCC), qui fut un acteur déterminant dans la négociation des accords de Paris. Toutes ces femmes sont au premier plan de la transition. Elles font preuve d’un véritable leadership international, bien qu’elles soient souvent méconnues sous nos contrées, faute de valorisation. Cette semaine sera l’occasion de les faire connaître.

Ces femmes de génie peuvent inspirer d’autres femmes à prendre une part plus active dans la grande transition du XXIe siècle. Trop souvent encore, les femmes restent en retrait ou en minorité dans les think tanks où se pense le futur. Dans les collectifs engagés, il n’est pas rare de constater leur grande infériorité numérique, alors même qu’elles y sont attendues.

Or le nouveau monde ne saurait se construire sans les femmes. Le prochain stade de l’évolution culturelle sera celui de l’égalité homme-femme ou ne sera pas. Mais pour que cette égalité advienne, il ne faudra pas seulement l’imposer par la loi, il faudra la susciter par l’empowerment intérieur des femmes. Car le problème n’est pas seulement que les hommes empêchent les femmes de prendre leur place, le problème est bien souvent aussi que les femmes, d’elles-mêmes, ne prennent pas suffisamment leur place. Les conditionnements à la soumission hérités de siècles en siècles sont encore actifs. C’est pourquoi, à ce stade, éliminer le patriarcat extérieur ne suffit plus. Nous devons à présent entamer le déconditionnement du patriarcat intérieur. Pour susciter des vocations. Pour favoriser l’émergence de génies féminins qui contribueront à l’émergence des solutions. Pour faire émerger des femmes puissantes de par le monde, des femmes leaders qui prendront place aux côtés des hommes dans un co-leadership de l’évolution.

 

 

Pour un féminisme constructif – Introduction à la Semaine des Femmes de Génie

Du 7 au 13 décembre 2020 a lieu la première édition de la Semaine des femmes de génie, un événement qui vise à mettre en avant, pendant une semaine sur les réseaux, des génies féminins qui ont marqué l’histoire. Lancé par le Courant Constructif, cette initiative vise à inventer une nouvelle manière de faire progresser la cause féministe dans la société : le féminisme constructif. Ce nouveau féminisme se veut un apport complémentaire au féminisme classique centré sur la revendication des droits et la dénonciation du régime patriarcal. Il s’agit d’ajouter une nouvelle couche de féminisme centré davantage sur l’empowerment des femmes, à travers la valorisation de figures de génies féminins. Ce faisant, le féminisme constructif espère engendrer un rééquilibrage de nos modes de valorisation et diffuser dans la société plus de modèles identificatoires féminins pour permettre aux jeunes femmes de se construire en tant que femmes libres et puissantes.

 

Depuis l’affaire #MeToo, la société a connu une nouvelle vague de féminisme qui est venue lever le voile sur une réalité longtemps occultée : les agressions et abus sexuels dont sont victimes les femmes encore au XXIe siècle. Ce féminisme victimaire est nécessaire dans la mesure où les femmes sont encore réellement victimes d’un système patriarcal et d’une culture du viol omniprésents.

Mais se révolter contre le fait d’être une victime n’est pas le stade ultime de l’émancipation. La révolte de la victime est le premier pas vers sa liberté, un pas nécessaire certes, mais qui ne s’accomplit que dans un au-delà de la condition de victime. Le pas suivant consiste à vivre enfin sa vraie vie, à pouvoir développer ses forces et talents, à épanouir son potentiel librement.

Cet espace de pensée qui s’étend au-delà de la critique du patriarcat, cet espace qui cherche le développement du potentiel féminin jusque-là empêché et qui va jusqu’à la pleine manifestation de ce potentiel dans le monde, c’est l’espace de ce que nous appelons le féminisme constructif. Là où le féminisme classique est essentiellement orienté sur la critique, l’analyse et la dénonciation du problème, le féminisme constructif voudrait explorer l’expérience de la solution. Car la solution n’émerge pas spontanément de l’exploration du problème. On peut tourner en rond dans une analyse infinie et se prendre au piège d’une révolte qui s’enfermerait dans sa propre colère. L’étude des causes de l’aliénation ne conduit qu’à découvrir de plus en plus largement le problème. Mais pour découvrir la solution, un changement de focalisation mentale est nécessaire. 

Il s’agira par exemple de se focaliser sur les femmes puissantes plutôt que sur les femmes battues, sur les femmes de génie plutôt que sur les femmes soumises, sur la structuration psychique des femmes-sujet plutôt que sur les conditionnements des femmes-objet… Plutôt que d’orienter les femmes vers la révolte contre l’ordre patriarcal, on cherchera ici plutôt à les conduire vers une dynamique d’empowerment. Plutôt que de montrer les victimes des violences masculines, on cherchera plutôt à diffuser des modèles identificatoires de femmes libres et inspirantes. Plutôt que de viser un face à face conflictuel avec les hommes, phase sans doute nécessaire par ailleurs dans le processus d’émancipation, on visera un côte à côte complémentaire dans lequel les femmes prendraient leur place aux côtés des hommes dans le leadership de l’humanité. En somme le féminisme constructif vise à construire la solution plutôt qu’à dénoncer le problème. Il ne se positionne pas dans un rejet de la dénonciation, mais considère plutôt que cette condition de l’émancipation, bien que nécessaire, n’est pas suffisante pour véritablement résoudre le problème.

Il ne s’agit pas, autrement dit, de cesser le combat, mais plutôt d’y ajouter une nouvelle couche, celle de l’épanouissement des femmes dans une société qui a longtemps bridé leur potentiel. Au fond, la meilleure révolte ne consiste-t-elle pas à oser exister en dehors des limitations imposées ? Y a-t-il une plus belle victoire pour une ancienne victime que de s’autoriser à déployer son potentiel librement ? Et y a-t-il une meilleure preuve d’égalité que la démonstration de talent chez celles à qui l’on ne concédait pas autant d’intelligence ? Ce pas supplémentaire n’est pas seulement une couche additive  mais vient accomplir le combat en ouvrant l’horizon d’un au-delà de la condition de victime.

Songeons qu’il ne suffit pas d’inscrire l’égalité dans le droit pour l’inscrire dans la subjectivité des hommes et des femmes. L’égalité formelle est une condition nécessaire mais non suffisante pour atteindre l’égalité réelle. Car en abolissant le patriarcat extérieur, on n’abolit pas pour autant le patriarcat intérieur.

En effet, le patriarcat n’existe pas seulement dans l’organisation extérieure de la société et la répartition des rôles, mais aussi sous la forme de conditionnements sexuels, émotionnels et mentaux intériorisés. Ces conditionnements limitants peuvent être transmis par la religion, par la coutume, par l’industrie culturelle (films, clips, magazines…). Leur transmission se fait souvent de mère en fille ou de père en fils. Et ces habitudes se perpétuent depuis des siècles. Elles agissent sous la forme d’habitus de genre incorporés qui déterminent un état mental plus ou moins soumis, une énergie interne plus ou moins fragile, un mode de conscience de soi plus ou moins confiant.

On n’annule pas par de simples décisions législatives des millénaires de culture patriarcale. Aussi le féminisme n’implique-t-il pas seulement une restructuration de la société dans le sens d’une égalité de droit, mais aussi une reconfiguration de la subjectivité dans le sens d’un déconditionnement des structures patriarcales, intériorisées tant par les hommes que par les femmes. C’est ici que la Semaine des femmes de génie prend tout son sens.

 

I – Un féminisme d’empowerment

Il s’agit en effet, par l’intermédiaire de cet évènement, d’instaurer un féminisme qui inspirerait les femmes à développer leurs talents et leurs forces si longtemps empêchés, niés et auto-censurés. Un féminisme qui ne prendrait pas seulement la défense des femmes les plus faibles mais qui valoriserait les femmes les plus fortes, les plus inspirantes, de sorte que les jeunes générations puissent se construire avec des modèles de femmes accomplies plutôt que soumises.

Et quel meilleur exemple de femmes accomplies que celles qui, précisément, accomplissent de grandes choses? Quel meilleur exemple de femmes libérées du joug patriarcal que celles qui font rayonner la grandeur du féminin dans la société ? Quel meilleur exemple d’empowerment que ces femmes talentueuses qui manifestent avec puissance le génie féminin ?

Quand le féminisme réoriente son regard du problème vers la solution, il trouve la femme de génie. Celle qui, précisément, n’a pas laissé son potentiel être empêché par la société. Celle dont l’intelligence a imposé le respect à tous. Celle dont le courage a triomphé du contexte limitant, libérant ainsi la possibilité pour d’autres sœurs après elle de s’émanciper à leur tour.

Là où le féminisme classique conduit à l’égalité extérieure, la femme de génie, parce qu’elle a su développer son potentiel, révèle un horizon supplémentaire : celui d’une égalité intérieurement accomplie. Les femmes de génies nous montrent jusqu’où la femme peut aller lorsqu’elle n’est plus limitée, jusqu’où son intelligence peut la conduire lorsqu’elle n’est plus empêchée dans son développement, jusqu’où, enfin, ses talents peuvent se déployer lorsqu’ils ne sont plus auto-censurés. Si la femme est l’égale de l’homme, elle lui est égale aussi dans le génie. Tout comme l’homme, elle peut produire des contributions majeures qui font avancer la société. Les femmes portent en elles le génie de l’humanité. Et sitôt levées leurs entraves extérieures comme intérieures, elles révèlent toute l’étendue de leurs capacités. À travers la figure de la femme de génie, le féminisme constructif révèle ainsi l’horizon du plein potentiel féminin.

 

II – L’émancipation intérieure

Si le patriarcat n’est pas seulement extérieur mais aussi intérieur, s’en émanciper ne saurait se résumer à un changement extérieur dans l’organisation sociale. À cette émancipation extérieure doit s’ajouter une émancipation intérieure, correspondant au déconditionnement de la soumission psychique intériorisée par la femme depuis des siècles. C’est une véritable transformation de la subjectivité féminine qui doit s’opérer si les femmes veulent sortir de l’aliénation dans laquelle elles sont tenues intérieurement.

Sur le chemin de cette transformation, les femmes de génies marchent devant et montrent la voie. Elles peuvent inspirer les femmes dans ce processus de désaliénation de trois manières : en tant que femmes puissantes, en tant que femmes-sujet et en tant que modèles identificatoires.

 

1/ De la femme soumise à la femme puissante

Tout d’abord, la femme de génie peut inspirer les femmes à assumer leur force. Il s’agit de s’ouvrir à l’idée que la puissance n’est pas seulement masculine. Il y a une puissance féminine comme il y a une puissance masculine. La femme n’est pas ce petit être fragile et doux qu’on l’a conditionnée à être, tout comme l’homme n’est pas cet être tout en puissance et en insensibilité grossière tel que la société l’a historiquement produit. Il y a du masculin en la femme et du féminin en l’homme, et si l’on veut bien s’ouvrir à cette complexité, une évolution de la subjectivité humaine s’en suivra, permettant une nouvelle entente dans une co-évolution apaisée.

Ainsi les femmes doivent s’ouvrir à leur puissance. Et la femme de génie peut, à cet égard, montrer la voie. Elle est cette femme qui a su contacter sa puissance créatrice, et qui ne se laisse plus limiter au rôle de procréatrice dans lequel le système patriarcal voudrait la cantonner. Elle n’est plus cette femme penchée, au service de son amant créateur. Elle n’est plus là pour l’admirer ou lui servir d’inspiratrice… Car elle a contacté sa propre puissance créatrice et suit désormais une dynamique autonome. Étant animée par un but, elle ne se laissera plus dicter sa direction. Étant mue par sa propre source interne, elle ne se laissera plus rabaisser, limiter, contraindre ou soumettre par une quelconque autorité externe. Et dans sa soif de réalisation, elle rejettera spontanément la glu de toute tentative d’emprise, avec l’énergie de son âme pleinement vivante et éveillée. Ainsi le développement du génie conduit à la liberté. Et la femme de génie peut, de ce fait, accompagner les femmes sur le chemin de leur puissance libérée.

Mais la puissance peut faire peur aux femmes, tant elles l’ont, pendant longtemps, déléguée aux hommes. Toute puissance n’est-elle pas synonyme de violence, de conflit et de domination ? En osant leur puissance, les femmes ne s’avancent-elles pas vers une guerre des sexes ? La puissance des femmes peut-elle coexister avec celle des hommes ? Peut-elle s’accomplir sans aboutir à une domination inversée ?

C’est ici que la figure du génie s’avère particulièrement inspirante. Car le génie est une forme de puissance qui peut cohabiter avec d’autres, dans la mesure où cette puissance est toujours singulière et donc non-exclusive. Le génie se contente de rayonner sa puissance, sans empêcher les autres de rayonner la leur.  Il n’a pas besoin de soumettre les autres génies pour s’accomplir en tant que puissance. Il n’assied pas sa puissance sur la confiscation de la puissance des autres. Au contraire, le génie aime s’entourer d’autres génies et développer avec eux des liens d’enrichissement mutuel. Car étant singulier, le génie n’est pas en concurrence avec les autres génies, il leur est complémentaire. Le génie est la seule forme de puissance qui puisse coexister avec d’autres.

Si les femmes de génie peuvent être particulièrement inspirantes pour les femmes dans leur processus d’émancipation intérieure, c’est qu’elles montrent la possibilité pour une femme de s’affirmer sans que cette affirmation de soi revienne à une volonté de domination dans un rapport de force concurrentiel avec l’homme. La figure du génie libère ainsi pour la femme la possibilité d’un au-delà de la guerre des sexes où l’homme et la femme pourraient chacun manifester leur puissance respective et contribuer ensemble à l’évolution de l’humanité. En cela, le féminisme constructif est un féminisme du côte à côte plutôt que du face-à-face.

 

2/ De la femme-objet à la femme-sujet

La femme de génie est également inspirante en ce qu’elle montre l’exemple d’une femme qui a pleinement investi la position de sujet et ne se contente pas de jouer la femme-objet pour correspondre à l’attente des hommes. Dans le domaine de la création, la femme a longtemps été du côté de l’objet, quand bien même elle fut un objet valorisé, encensé, admiré. De modèle à inspiratrice, elle fut presque toujours l’objet du créateur et non le sujet créateur lui-même. Si bien qu’aujourd’hui encore, il s’avère difficile pour bien des femmes d’oser s’affirmer en tant que sujet créateur. Une forme d’auto-censure subtile s’introduit dans leur esprit qui vient bloquer l’élan expressif. Une femme prendra moins la parole, osera moins s’affirmer, aura peu d’ambition, peu d’estime pour ses capacités créatrices. Et lorsqu’enfin elle osera prendre sa place et manifester son talent, elle sera bien souvent en prise avec un sentiment d’imposture ou une angoisse de performance. Pour toutes ces raisons, les femmes de génie peuvent être inspirantes et aider les autres femmes à se transformer intérieurement jusqu’à ce qu’elles osent s’affirmer dans un positionnement psychique de sujet créateur.

 

3/ Les femmes de génie comme modèles identificatoires

Les femmes de génies sont également inspirantes en ce qu’elles sont susceptibles de constituer des modèles identificatoires constructifs pour les jeunes femmes. Les femmes ont besoin d’exemples pour ouvrir dans leur esprit l’horizon de ce qu’elles peuvent être, devenir et accomplir dans le monde. Il est important de diffuser dans la société des modèles identificatoires féminins capables d’inspirer les jeunes femmes dans la phase de construction de leur identité. L’histoire et la culture fournissent aux hommes une abondance de modèles encourageant le développement de leurs forces et talents : des héros, des grands hommes, des génies, des artistes… Tout est fait pour que l’homme comprenne son importance et sa grandeur. Les femmes, en revanche, sont confrontées à une véritable carence identificatoire et ce pour deux raisons essentiellement. D’une part parce qu’il y a eu dans l’histoire moins de grandes femmes que de grands hommes, du fait que le système patriarcal empêchait le développement du potentiel féminin. D’autre part parce que quand, malgré les circonstances, quelques femmes d’exception sont parvenues à faire éclore leur potentiel au sein d’un tel système, elles ont été confrontées à un mode de valorisation inégalitaire qui privilégie largement les hommes au détriment des femmes. Combien de statues de femmes dans nos rues ? Combien de femmes de génies oubliées par l’histoire ? Combien de femmes restées dans l’ombre dans des collectifs qui ont pourtant apporté une contribution majeure à l’humanité?

La semaine des femmes de génie sera l’occasion d’entamer un nécessaire rééquilibrage de notre système de valorisation en mettant en lumière les femmes qui ont marqué l’histoire. Nous espérons qu’un tel évènement contribuera à faire connaître auprès des femmes un certain nombre d’exemples susceptibles de stimuler leur confiance en elles et leur désir d’accomplissement. Tous les génies ont un jour rencontré sur leur chemin d’autres génies qui les ont inspirés à devenir ce qu’ils sont. Soyons certains qu’en valorisant les femmes de génie, nous contribuons à faire émerger une génération de femmes de haut potentiel qui sauront propulser le monde aux côtés des hommes. C’est un environnement qu’il s’agit de mettre en place, et non pas seulement des lois ou des ateliers de guérison émotionnelle. Nous devons créer les conditions systémiques qui favoriseront le développement du potentiel féminin.

Semaine des femmes de génie – Du 7 au 13 décembre

Qu’est-ce que la Semaine des femmes de Génie ?

Du 7 au 13 décembre 2020 aura lieu la première édition de la Semaine des Femmes de Génie. Lancé par le Courant Constructif, cet évènement vise à faire connaître les femmes de génie qui ont marqué l’histoire, en leur donnant de la visibilité pendant une semaine sur les réseaux sociaux. L’évènement sera renouvelé chaque année pour mettre à l’honneur les femmes dans la société.

Le hashtag #LesFemmesOntDuGénie, lancé à cette occasion, permettra de centraliser les posts de tous horizons. Ce sera ainsi l’occasion de faire découvrir la grandeur des femmes dans ce qu’elles ont pu apporter à l’humanité au cours de son évolution.

La culture dominante met souvent à l’honneur les  grands hommes qui ont marqué l’histoire. Mais il existe aussi une multitude de grandes femmes qui sont souvent moins valorisées, moins connues, moins célébrées. Cette semaine sera l’occasion de les rendre visibles et de les faire connaître.

Nous aurons l’occasion, au cours de ces 7 jours, de faire connaître différents types de femmes de génie : des inventeuses, des artistes, des scientifiques, des philanthropes, des intellectuelles, des leaders politiques et spirituelles, des entrepreneuses… Le génie de l’humanité s’exprime dans tous les secteurs. Il traverse la frontière des genres, comme celle des âges, des couleurs et des classes. Aussi mettrons-nous en avant des femmes de génie de toute nationalité, de tout groupe ethnique, de tout âge, de toute orientation sexuelle, religion ou niveau social

De plus, nous ne nous contenterons pas de parler des seules femmes du passé mais porterons également notre attention sur les génies vivantes d’aujourd’hui. Le monde actuel est rempli de femmes géniales souvent méconnues, qui mériteraient d’être valorisées.  

Les personnages féminins de fiction pourront aussi être envisagés, dans la mesure où ils peuvent constituer d’excellents modèles identificatoires pour les jeunes femmes.

En somme, chacun sera libre de mettre en avant les personnalités féminines de son choix, selon ses affinités et inspirations.

 

Comment participer ?

Pour participer à la Semaine des femmes de génie, il suffit de créer un post sur un réseau social présentant une femme qui vous inspire particulièrement. Vous pourrez, selon vos préférences, partager un texte, une image, une vidéo, un podcast, une citation, une création personnelle… À chacun de s’exprimer selon la forme qui lui convient. On accompagnera enfin ce post du hashtag #LesFemmesOntDuGénie, pour être visible dans le fil d’actualité de l’évènement.

Il vous sera aussi possible, sur Facebook, de modifier votre photo de profil pour y intégrer le décor #LesFemmesOntDuGénie, afin d’afficher publiquement votre participation à l’évènement et de le faire découvrir à vos amis (plus d’infos ici).

 

Qui peut participer ?

La Semaine des femmes de génie est ouverte à tous : femmes et hommes, simples citoyens, personnalités, influenceurs, collectifs féministes, associations, artistes, scientifiques, entrepreneurs, ONG, pages et groupes Facebook… Il suffit d’avoir envie de faire découvrir aux autres une femme de génie et d’ajouter le hashtag #LesFemmesOntDuGénie à votre partage.

L’équipe organisatrice de l’évènement est essentiellement composée des femmes du Courant Constructif et de quelques hommes féministes membres de notre association. Nous restons disponibles envers les personnes qui souhaiteraient nous contacter pour en apprendre plus sur cet évènement et y participer.

 

Pourquoi cette date ?

La date du 7 au 13 décembre n’a pas été choisie par hasard. Cette semaine rassemble en effet deux anniversaires symboliques, celui d’Ada Lovelace, l’inventeuse du premier programme informatique, pour le côté scientifique, et celui de Camille Claudel, sculptrice et peintre, pour le côté artistique. Ces deux femmes cristallisent à elles seules toutes les problématiques de la femme de génie.

La première, Ada, a longtemps hésité entre son devoir conjugal auprès de son époux William King, comte de Lovelace, et sa vie de génie aux côtés du grand mathématicien Charles Babbage, à une époque où il était mal vu pour une femme de faire de la science. Après avoir donné à son époux trois enfants, elle commence enfin à travailler avec Babbage et entame la traduction d’un article en français sur la machine analytique. Encouragée par Babbage, elle s’autorise à ajouter ses propres annotations à l’article et c’est dans le cadre de ces annotations qu’elle conçoit, en annexe, le premier programme informatique de l’histoire. Nous sommes en 1843. Ada a 100 ans d’avance.

Mais ses travaux tomberont ensuite dans l’oubli et il faudra attendre un siècle pour qu’avec l’avènement de l’informatique, on redécouvre son travail. Ada Lovelace concentre ainsi à elle seule plusieurs problématiques de la femme de génie : la difficulté d’être une femme créatrice dans une société patriarcale, l’hésitation entre la vie de mère au foyer et la vie de génie, et enfin le fait d’avoir été oubliée par l’histoire.

Camille Claudel nous montre quant à elle le parcours d’une femme qui a fermement décidé d’investir la position de sujet créateur plutôt que de se contenter d’être l’objet d’un créateur masculin. Elle passe tour à tour par le rôle de modèle, d’amante et d’élève de Rodin, jusqu’à devenir son égale, au risque d’être parfois sa rivale. Puis elle finit par autonomiser son art vis-à-vis de l’influence du maître pour laisser éclore un style personnel. Mais l’échec sentimental de son amour avec Rodin sera pour elle le début d’une descente aux enfers qui la conduira à la misère et la paranoïa, jusqu’à ce que son frère, Paul Claudel, entreprenne avec sa famille de la faire interner. Le 25 février 1917, elle écrira au docteur Michaux : « On me reproche (ô crime épouvantable) d’avoir vécu toute seule, de passer ma vie avec des chats, d’avoir la manie de la persécution ! C’est sur la foi de ces accusations que je suis incarcérée depuis cinq ans et demi comme une criminelle, privée de liberté, privée de nourriture, de feu, et des plus élémentaires commodités. »  En vain, Camille finira sa vie à l’asile où elle mourra de malnutrition en 1943, rejoignant ainsi le cortège d’artistes et de marginaux qui se sont vu interner par une société qu’ils gênaient.

Ces deux histoires nous enseignent la difficulté historique qu’ont eu les femmes à manifester leur génie et à exister dans la plénitude de leur force créatrice au sein des sociétés patriarcales. Seul leur courage et leur force de caractère ont permis à Camille et Ada de braver les interdits de leur temps pour devenir celles qu’elles voulaient être. Malgré leur fin terrible, leur histoire est celle d’une victoire, la victoire de deux femmes contre la tendance du patriarcat à étouffer la puissance créatrice féminine, tant au niveau de son expression qu’au niveau de sa valorisation. Ada et Camille ont toutes deux été victimes de cette pathologie de la valorisation qui consiste à survaloriser les hommes au détriment des femmes. L’oubli dans lequel elles ont pu tomber nous renvoie à la nécessité d’accorder aux femmes des temps de valorisations spécifiques pour rééquilibrer le système de valorisation dominant.

Enfin, ces deux femmes nous invitent aujourd’hui à construire un monde dans lequel le genre de tragédie qu’elles ont eu à subir ne pourra plus se reproduire. Un monde dans lequel l’expression du génie de chacun pourra se déployer librement. Un monde où hommes et femmes pourront contribuer côte à côte à la grandeur de l’humanité.

 

Appel à la convergence des forces constructives

Le Courant Constructif entame aujourd’hui une nouvelle étape de son aventure. Nous allons commencer à nous associer avec différents collectifs et personnalités constructives existant de par le monde. Nous devons absolument constituer une nébuleuse intellectuelle constructive et relier les solutionnistes du monde entier. Nos adversaires collapso-décroissants fonctionnent en réseaux synergiques, nos ennemis d’extrême droite également. Leurs forces convergentes leur permettent d’envahir chaque jour un peu plus les médias et d’influencer les mentalités. Nous devons, pour leur faire face, constituer à notre tour une force commune, capable de peser dans les débats et d’orienter les choix de société.

Ne laissons pas le peuple aux mains des forces régressives et conservatrices. Ne laissons pas l’avenir se limiter à l’alternative gouvernement vs complotistes. Ne laissons pas le XXIe siècle s’enfermer dans un débat entre les modernistes du XXe siècle et les traditionalistes du XIXe.

Le Courant Constructif appelle les solutionnistes du monde entier (penseurs, entrepreneurs, financiers…) à converger pour reconstituer une avant-garde progressiste. Nous devons nous rassembler pour impulser une puissante mobilisation constructive dans la société. Il s’agit de constituer une force commune pour porter la grande transition systémique du XXIe siècle.

Il est temps à présent de dépasser la phase de prise de conscience, de contestation et de rébellion, pour entrer dans la phase de proposition et construire ensemble une solution systémique valable à la crise de notre monde. Nous devons être capables de retrouver un But et de fixer un cap. Nous avons besoin d’une vision claire, réaliste et puissante. Une vision suffisamment inspirante pour emporter l’humanité vers la prochaine étape de son évolution.

Nous devrons aller vite, plus vite que la catastrophe. Les solutions doivent être mises à l’échelle le plus rapidement possible si nous voulons éviter l’effondrement et la barbarie qui s’en suivrait. Nous avons les moyens de décarboner notre civilisation et de dépolluer cette planète. Mais nous devrons, pour y parvenir, faire preuve d’un volontarisme héroïque et impulser une mobilisation constructive dans tous les secteurs de la société.

Dans cette dynamique de résilience mondiale, chaque personne compte  et peut faire pencher la balance du côté de l’évolution, plutôt que de l’effondrement. Mais si chaque personne prise isolément compte, les organismes d’intelligence collective additionnant de multiples compétences complémentaires pèsent encore plus dans la balance, par leur capacité à construire des propositions crédibles et innovantes. L’intelligence collective produit une capacité émergente supérieure à la somme des intelligences individuelles qui la composent. Il est temps donc de retrouver le sens de l’engagement dans des collectifs tout comme celui de la rencontre entre collectifs.

C’est dans cette perspective que le Courant Constructif a souhaité opérer une première alliance avec la Fabrique du Futur, un think tank orienté tech-for-goods présidé par Eric Seulliet. On y retrouve également le prospectiviste international Michel Saloff-Coste ainsi que de nombreux autres experts du milieu de la prospective française. Comme nous, ils travaillent sur un programme de nouvelle civilisation. Ils ont d’ailleurs écrit un rapport complet sur ce sujet pour France Stratégie.

Désormais nous allons avancer ensemble et collaborer sur différents projets. Toute l’équipe de Courant Constructif se réjouit de cette collaboration prometteuse et espère que vous partagerez son désir de convergences.

Satyavir, pour Courant Constructif

Contact : courantconstructif@gmail.com

 

Effondristes VS Constructifs : la bataille de l’information (Satyavir – Université Catholique de Lille)

L’information constructive : un enjeu stratégique pour la transition du XXIe siècle. Une conférence de Satyavir, co-président du Courant Constructif, à l’Université Catholique de Lille, le 9 septembre 2020. Sur une invitation de Michel Saloff-Coste, directeur de la prospective, dans le cadre du Tour du monde des écosystèmes innovants.

 

 
L’effondrisme a induit ces dernières années une grande désorientation dans les consciences, même chez les esprits les plus engagés pour la planète. En rejetant systématiquement les solutions sous prétexte qu’elles relèveraient d’une croyance béate en la techno-science, cette pensée apocalyptique a réussi à installer dans les esprits la croyance que “tout est foutu”, que “personne ne fait rien” et que “tout le monde s’en fout”. Or, rien n’est moins vrai. Des millions de personnes sont à l’oeuvre de par le monde pour réinventer l’avenir. La recherche en matière de solutions progresse chaque semaine à grands pas. Et comme nous ne cessons de le répéter au Courant Constructif : toutes les solutions sont en réalité déjà là, il ne manque que la volonté de les mettre en oeuvre.
 
Pendant 30 ans cette volonté a été empêchée par les climato-sceptiques et les intérêts conservateurs. A présent elle est empêchée par la propagation de discours effondristes démobilisateurs. Ces discours sapent le moral des gens et sont entrain de détruire l’écologie de l’intérieur au moment où nous aurions précisément besoin d’une mobilisation générale.
 
Le Courant Constructif est le mouvement qui entend résister à cette tentation abandonniste et à ses fantasmes régressifs sous-jacents. Il est grand temps de nous réveiller et d’être à la hauteur de notre responsabilité historique. Une dynamique constructive mondiale a vu le jour au sein de l’humanité. Elle est le fait de millions de personnes, de toutes nationalités confondues, de tout genre, de tout âge, de toute catégorie sociale et de toute couleur de peau. Des millions de personnes dont les efforts convergent pour faire évoluer la société dans tous les secteurs. L’intelligence collective est bel et bien en train d’élaborer une réponse à la crise systémique de la modernité mondiale. C’est en train de se faire, en ce moment même, partout sur la planète. Il s’agit de soutenir cette dynamique de résilience créative, de la valoriser et d’y contribuer afin qu’elle puisse grandir et faire triompher la transition. Par notre mouvement, nous voulons fédérer toutes les énergies constructives présentes dans la société : scientifiques, intellectuels, entrepreneurs, artistes, médias, citoyens, spirituels engagés, hyperactifs du nouveau monde… Notre équipe comprend à présent une vingtaine de citoyens mobilisés. Nous rassemblons des intelligences, nous avançons pas à pas. A terme, le Courant Constructif est amené à devenir l’espace de rencontre et de rassemblement de tous ceux qui veulent contribuer à la grande transition du XXIe siècle. 
 
 
Nous n’abandonnerons pas les héros constructifs de ce monde, nous ne désinvestirons pas les solutions, nous les porterons, nous les valoriserons, pour qu’elles soient connues de tous, financées et enfin mises à l’échelle le plus vite possible. Nous pouvons faire cette transition, nous le pouvons! Mais il s’agit de répondre à cette situation exceptionnelle par un comportement exceptionnel. Par un héroïsme contributeur plutôt que par un défaitisme adaptatif. Sans quoi, je vous le dis, nous courons vers une dépression collective, qui précèdera des milliards de morts, car on ne s’adaptera pas à l’effondrement. Ceux qui vous laissent miroiter des utopies post-apocalyptiques sont des menteurs irresponsables.
 
Tout est encore possible. Nous pouvons dépolluer cette planète, nous pouvons régénérer sa biodiversité et transiter vers l’économie contributive du XXIe siècle qui nous fera véritablement entrer dans l’ère du potentiel humain. Mais pour cela, il va falloir repousser vigoureusement les forces régressives qui sont en train d’envahir les consciences, et porter l’évolution constructive jusqu’à ce qu’elle atteigne les instances décisionnelles.
 
 
Satyavir, pour Courant Constructif
 
 
 
 
 
 
 
 

Le Courant Constructif s’engage dans la lutte contre le complotisme et les fake news

Qualifiée d’infodémie par l’ONU et l’OMS, la vague de complotisme que le monde a connu durant la pandémie de Covid-19 mérite l’attention du monde intellectuel. Si cette infodémie est un phénomène inédit dans l’histoire, le complotisme qui en fait la substance n’a, lui, rien de nouveau. Depuis plusieurs années la dérégulation de l’information rendue possible par Internet a vu le nombre et la propagation des théories conspirationnistes s’amplifier. Les GAFAs s’efforcent maintenant de traiter cette nouvelle pathologie de la valorisation qui pousse le monde dans une spirale de négativité, alimentant haines, colères, peurs et violences. Mais face à ce nouvel obscurantisme 2.0, ne doit-on pas penser la nécessité d’un nouveau combat pour la raison ? Réflexion pour le monde d’après l’infodémie.

1/ La banalisation du complotisme

Le complotisme a cessé d’être un phénomène marginal. Selon une enquête européenne menée par l’institut YouGov en 2018, les théories du complot sont en passe de devenir des « croyances dominantes dans plusieurs pays occidentaux ». De même, d’après un sondage du Centre russe d’étude de l’opinion publique (VTsIOM), 67% des Russes croient en l’existence d’un gouvernement secret mondial. Une autre enquête d’opinion menée par l’ONG Globsec dans les pays d’Europe centrale révèle qu’un quart des sondés est d’accord avec plusieurs théories du complot. La théorie du complot juif mondial emporte notamment une forte adhésion, (38% en Hongrie, 39% en Pologne et 52% en Slovaquie).

En France, un sondage conduit par l’IFOP en 2019 a révélé que 21% des français adhèrent à au moins 5 théories du complot sur une dizaine proposée, tandis que 65% adhèrent à au moins l’une d’entre elles.

 

2/ L’infodémie révèle un effondrement de la rationalité

Le degré de pénétration du complotisme dans la population a été particulièrement manifeste durant la pandémie de Covid-19. Chacun a pu percevoir une augmentation inhabituelle du nombre de publications complotistes sur les réseaux. Et pour cause:  une enquête de l’IFOP a montré que 26% des français pensent que le Covid-19 est provoqué par un virus fabriqué en laboratoire. Une enquête similaire américaine a révélé que cette croyance était également partagée par 29% des américains. Une autre étude menée par l’Université d’Oxford montre que 60% des anglais croient, à différents degrés, que l’état les trompe sur les origines du virus. Toujours d’après cette étude, 40% des anglais pensent, à différents degrés, que la propagation du virus est une tentative délibérée des puissants pour accroître leur pouvoir ; et  20% croient, à différents degrés, que le virus relève du canular.

Statistiques issues de l’étude menée par l’Université d’Oxford publiée dans le journal Psychological Medecine
 

Parmi les théories conspirationnistes qui se sont fortement répandues durant cette période d’infodémie, on trouve l’idée selon laquelle les futurs vaccins du Covid-19 contiendraient une puce électronique qui permettra de marquer, de géolocaliser et de contrôler la population. Cette théorie du contrôle de la population par puçage de l’humanité est en réalité une vieille théorie du complot. Je me souviens qu’à l’époque où j’étais en sciences politiques, vers 2008-2009, j’étais déjà tombé dessus en surfant sur Internet. Jamais alors je n’aurais imaginé qu’une telle théorie puisse contaminer une aussi large part de la population.

Cette théorie n’est pas apparue avec la pandémie. Elle a seulement trouvé là une occasion de se répandre plus largement. Elle a su gagner en puissance dans un contexte où la peur avait fait céder le niveau de rationalité de la population.

A présent les gens commencent à retrouver leurs esprits. Ceux-là même qui, il y a quelques semaines, croyaient lutter pour le “monde libre” ont maintenant l’impression de se réveiller d’une sorte d’envoûtement paranoïaque. C’est le moment de faire de la pédagogie pour prévenir les prochaines vagues de complotisme. Car nous n’avons pas fini de vivre des chocs collectifs déstabilisants. Et c’est précisément dans ces moments-là que nous devons apprendre à garder la tête froide si nous ne voulons pas servir de relai à la folie populiste et nous faire emporter dans des dynamiques de bouc émissaire.

3/ Le Courant Constructif s’engage dans la lutte contre le complotisme

Le Courant Constructif a été exemplaire en cette période troublée avec, notamment, la création d’une section de Fact checking sur lmc.today et la publication d’un article sur les activités constructives de Bill Gates au coeur de l’infodémie, alors que ce dernier cristallisait toutes les haines du moment. Nous avons également eu à repousser une vague d’antivax venus polémiquer sur le vaccin du Covid-19. Thierry Curty, co-président du Courant Constructif, engagé dans le combat contre les antivax depuis plus de dix ans, s’est fait un plaisir de les accueillir fermement avec le secrétaire de notre mouvement, John Maison.

Si j’ai perdu quelques amis dans cette tempête, je suis fier d’appartenir à un mouvement dont aucun des membres n’a flanché pendant l’infodémie. Tous se sont battus vaillamment contre ce nouvel obscurantisme 2.0. Nous avons su garder notre espace constructif indemne de toutes dérives, au moment où les réseaux étaient littéralement saturés de fake news. Et nous continuerons en ce sens.

L’humanité est encore très naïve vis-à-vis de cette nouvelle technologie qu’est Internet. Je crois en la possibilité, pour une part des internautes, d’acquérir au fil des années plus de maturité vis-à-vis des productions qui circulent sur le web. L’école a très certainement un rôle à jouer dans l’apprentissage de pratiques informationnelles saines et la prévention vis-à-vis des fake news.

En attendant d’avoir ce recul de l’expérience, jugeons de la valeur des théories du complot actuelles à la lumière des théories du complot du passé. Les rumeurs, charlataneries, superstitions et dynamiques de bouc émissaire sont vieilles comme le monde. Internet n’a fait qu’amplifier leur propagation. Le recul temporel permet une distanciation émotionnelle qui garantit une plus grande objectivité dans le jugement. Ce n’est pas un complot particulier qu’il nous faut debunker, c’est la mentalité générale qui est derrière toutes les théories du complot passées, présentes et futures.

Le combat continue. Il rejoint nos autres combats, contre les pathologies de la valorisation, contre les forces montantes de l’anti-modernisme, du déclinisme et du populisme.  Dans ce combat comme dans les autres,  tout dépend de ce que nous ferons de notre pouvoir de valorisation. Plus les articles de fact checking seront partagés, plus la vague d’obscurantisme reculera. Soyons au moins aussi motivés et présents que les complotistes sur le terrain.

4/ Penser l’infodémie:

Le Courant Constructif appelle à une prise de conscience de la gravité de la situation. Il est sans conteste que le complotisme nourrit la montée des populismes dans le monde et a contribué à l’avènement des présidents les plus catastrophiques pour notre avenir collectif. Il est à noter que les études montrent une surreprésentation des complotistes à l’extrême droite. Plus largement nous dirons que l’omniprésence des théories du complot finit par créer un contexte culturel défavorable au progrès, à l’innovation, à la culture et à  la science. Le complotisme est en effet marqué par un rejet systématique des apports de la modernité (vaccins, science, technique, médias professionnels) et une diabolisation néfaste de l’innovation technologique (5G, IA, Linky…).  Notre réflexion sur les conditions culturelles de l’innovation nous porte à considérer que le complotisme participe, avec l’idéologie collapso-décroissante, le new age et le discours réactionnaire ambiant, d’une destruction du substrat culturel qui favorise la vitalité technologique, scientifique et économique d’un pays.

5/ Réinvestir la raison

Les scientifiques, les experts, les intellectuels, les personnes jouissant d’un haut niveau d’éducation et de rationalité doivent prendre conscience de leur responsabilité dans l’éclairage des débats publics envahis par les complotistes. Plutôt que de fuir dans un entre-soi confortable en laissant les conspirationnistes former l’opinion des masses et de la jeunesse, nous devons maintenir la lumière allumée là où elle tend à disparaître, en diffusant des opinions expertes et en contrant autant que possible les théories du complot sur le terrain. Le phénomène infodémique que nous avons vécu appelle une réaction du monde intellectuel. Certains penseurs comme Gérald Bronner, ont depuis plusieurs années alerté sur la montée de l’irrationalité sur Internet. Soyons conscient que la rationalité n’est jamais acquise et que lorsqu’elle n’est plus valorisée, elle tend à disparaître à nouveau. Des décennies de déconstruction de l’héritage rationaliste occidental ont fini par créer les conditions d’une production en masse de citoyens irrationnels qui menacent à présent nos démocraties. La critique de la raison est un luxe que ne peuvent se permettre que les civilisations ayant atteint un fort niveau de rationalité.  Car la rationalité n’est pas innée en l’homme, elle est une conquête culturelle de l’humanité. C’est pourquoi elle doit sans cesse continuer d’être transmise pour ne pas disparaître.

6/L’issue évolutive

Mais lutter contre cette vague régressive ne suffira pas à l’endiguer. Il faut, de manière complémentaire, ouvrir une nouvelle voie, car on ne saurait nier par ailleurs que le système de la Modernité est parvenu à son terme et que la colère et l’insatisfaction qu’il suscite sont légitimes. Si nous voulons éviter la Grande Régression qui se prépare, il nous faut plus que jamais constituer une force de proposition capable de canaliser les attentes et l’insatisfaction vers une issue non-régressive. C’est le sens même du Courant Constructif que de faire émerger une proposition structurée d’évolution systémique combinant toutes les solutions émergentes en une vision unifiée, large et puissante.  Dans la bataille des récits qui s’annonce, soyons assurés que le récit constructif d’une grande transition systémique basée sur la résilience créatrice de l’humanité peut largement l’emporter si nous nous donnons la peine de le soutenir. Le complotisme naît de la méfiance et de l’insatisfaction suscitée par le pourrissement de la modernité. L’accouchement de la postmodernité pourra seule mettre fin à la dynamique réactionnelle générale dont le complotisme n’est qu’un des aspects.

Nous devons, en somme, créer un nouvel horizon de sens. Car la montée de l’irrationnel n’est qu’un symptôme du désenchantement induit par la modernité rationaliste, et non l’inverse. C’est parce que la modernité ne fait plus sens que nous désinvestissons la rationalité qu’elle nous propose pour investir d’autres horizons de sens. Aussi, si nous voulons traiter le problème du complotisme à sa racine, nous ne devons pas seulement revaloriser l’héritage de la rationalité occidentale, nous devons recréer du sens. Quelque part, le  complotiste s’efforce, à sa manière, de recréer du sens, de se positionner dans une bataille qui fait sens, de saisir le sens de ce monde, de s’engager dans une résistance qui le place dans le camp du bien et des justes. Quand la complexité est telle que le sens semble perdu, les simplifications binaires sont une tentation de l’esprit pour retrouver du sens. Il faut donc répondre à l’irrationalité non pas seulement par du rationnel, mais par du sens. Retrouver le sens perdu de la modernité, mais peut-être aussi, inventer le sens de la postmodernité.

Satyavir, pour Courant Constructif

 
 
 

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Il ne suffit pas que les solutions existent pour que nous soyons sauvés

Tous ceux qui suivent le Courant Constructif sérieusement parviendront tôt ou tard à la même conclusion que nous: nous ne manquons pas de solutions, mais de volonté de les mettre en oeuvre. Toutes les solutions sont déjà là, il n’y a pas à en attendre plus, il y a seulement à les prendre et à les FAIRE, les réaliser, les mettre à l’échelle. Et ça, ce n’est pas de la techno-science, c’est du politique. Et comme les politiques ne le font pas, il faut une mobilisation constructive mondiale. Combien de temps encore allons nous être dans cette phase de proof of concept avec ses expérimentations miniatures? Nous avons suffisamment de solutions pour couvrir largement les besoins énergétiques de l’humanité avec des renouvelables. Ceux qui vous disent le contraire sont des menteurs ou des ignorants. Tout est là, nous vous l’avons amplement démontré ces derniers mois sur Courant Constructif, tout est référencé dans lmc.today. On pourrait couvrir l’ensemble des besoins énergétiques de l’UE rien qu’avec les énergies renouvelables marines et les éoliennes offshore. Nous savons le faire. Pourquoi ne le faisons-nous pas?

Nous devons bâtir une mobilisation constructive mondiale, pour pousser à la mise à l’échelle des solutions existantes parvenues à maturité, sinon toutes ces solutions resteront dans des placards, à l’état expérimental, et il ne se passera rien, ça ne changera rien. Nous en arriverons à cette situation absurde où l’humanité s’effondrera, non par manque de solution, mais par manque de volonté de les mettre en oeuvre. Et les générations futures diront: ils avaient toutes les solutions entre les mains mais ils ont eu la flemme de les réaliser. Ce serait vraiment absurde d’en arriver là, vous ne croyez pas?

Dites-vous bien qu’il ne suffit pas que les solutions existent pour que nous soyons sauvés. Pour que toutes ces solutions aient un impact sur le problème réel, il faut qu’elles soient mises à l’échelle. Les vingt prochaines années ne doivent pas être consacrées à inventer toujours plus de solutions que nous ne mettrons pas en oeuvre, mais à reconfigurer toute l’infrastructure matérielle de nos sociétés sur la base des solutions dont nous disposons. La masse citoyenne a deux cases de retard dans la résolution de la crise environnementale: elle vient à peine de prendre conscience du problème (phase 1), on espère qu’elle commencera prochainement à s’intéresser aux solutions (phase 2), alors qu’elle devrait déjà être en train de mobiliser toutes ses ressources pour que ces solutions soient mises à l’échelle (phase 3). Le risque d’effondrement est lié à ce décalage temporel, à rien d’autre. Ce n’est pas un problème physique, c’est un problème humain. Nous avons toutes les cartes entre nos mains mais nous ne les utilisons pas.

Satyavir