Position du Courant Constructif sur Pierre Rabhi et le mouvement Colibri

Je suis reconnaissant envers Pierre Rabhi d’avoir contribué, en France, à la prise de conscience écologique d’un large public. Je lui reconnais le mérite d’avoir été l’un des premiers à incarner et encourager une attitude constructive face à la crise écologique, à travers la légende du colibri qui invite chacun, quel qu’il soit, à faire sa part pour contribuer à la solution. Pierre Rabhi a mis au point sa propre solution contre la destruction de la vie et des sols: l’agroécologie. Il a défendu une solution existentielle, spirituelle et politique qu’il croyait bonne: la sobriété heureuse. Il a parlé avec force de l’esclavage moderne au travail en tant qu’ancien OS et contribué ainsi à ce qu’émerge le désir d’émancipation dans la population, particulièrement dans ma génération. Il a apporté un discours qui donnait du sens à une époque où il n’y en avait plus. Il a parlé du miracle de la vie et et de la beauté de la nature à une époque où on la détruisait avec indifférence. Il a touché l’âme de nombreuses personnes en nourrissant chez elles un besoin de sagesse qui, malgré des décennies de consumérisme et de divertissement télévisuel, n’avait pas disparu. Pierre Rabhi n’est, à mon sens, pas un gourou, mais bien un philosophe au sens antique du terme: quelqu’un qui vit sa philosophie. Il a aussi aidé ma génération à ouvrir les yeux sur la nécessité d’un changement de paradigme. Quant au mouvement Colibri qu’il a fondé, celui-ci a également amené de nombreuses solutions intéressantes: éco-habitat, banque éthique, Internet libre, modes de gouvernance démocratiques, pédagogies alternatives, sans parler des solutions intérieures (reconnexion à la nature, méditation, sens du sacré de la Vie).
 
Ce mouvement est venu rééquilibrer une société moderne malade de ses excès, destructrice de sens et de la nature.
 
 
Pour ma part, cette vision m’a beaucoup nourrie, et j’y ai en partie puisé mon inspiration constructive. J’ai compris grâce à elle qu’on pouvait, au lieu de critiquer, de montrer les problèmes et de désigner des coupables, inventer de nouvelles solutions qui rendraient l’ancien système obsolète! J’ai pris conscience que le problème n’est pas simplement un ennemi extérieur à abattre, mais que nous avons tous notre part de responsabilité à travers les choix que nous faisons quotidiennement. J’ai compris enfin que nous pouvions tous faire notre part, quelle que soit notre échelle, dans la résolution de la crise systémique que nous traversons. Pierre Rabhi et les colibris ont amené dans la société cet état d’esprit constructif, orienté solution, à une époque où, il faut le dire, la majorité des gens n’avait même pas encore compris le problème. Je crois qu’on peut les remercier pour ça.
 
 
Je précise que je n’appartiens à aucun courant, religieux ou politique… et que tout en me reconnaissant en tant que colibri qui fait sa part, je ne fais pas partie de l’association Colibri. Je suis un créatif, je m’inspire librement des uns et des autres pour tracer ma voie personnelle. Et quand je dis que je m’inspire d’un penseur comme Pierre Rabhi ou d’un autre, cela ne veut pas dire que j’adhère à la totalité de son discours et de ses actes. J’en retire certains éléments, j’en laisse d’autres, et je vous invite à faire de même librement. Pour inventer des solutions pertinentes, il faut savoir sortir de cette pensée binaire où un discours est soit totalement vrai, soit totalement faux, sans mélange ou limitations possibles.
 
Je peux donc, dans cet esprit, reconnaitre pleinement que j’ai été inspiré par le mouvement Colibri, tout en affirmant que j’ai aussi des divergences, notamment dans mon rapport à la modernité et à ses apports. Je ne suis pas soumis par exemple à certains conditionnements limitants qui se manifestent souvent dans les milieux décroissants à l’égard de tout ce qui est moderne, futuriste, technologique. J’ai rencontré très jeune la technophobie des milieux intellectuels à travers mes études de philosophie. J’ai retrouvé plus tard cette technophobie dans les milieux écolo et décroissants. Pour ma part, je suis admiratif du génie humain et de ses accomplissements matériels. Je suis conscient que l’évolution de la conscience humaine est intrinsèquement corrélée à l’évolution des connaissances et de la technologie ainsi qu’à l’augmentation des flux d’énergie consommée. Tout cela a bien sûr des répercussions sur mon rapport aux solutions émergentes: à savoir que je suis tout à fait ouvert aux solutions technologiques, issues de la recherche, de la science et des entreprises. La prospective scientifique et technologique me paraît essentielle à l’attitude constructive. Aussi dans le cadre du Courant Constructif, nous allons continuer de partager des solutions techno : je pense aux solutions qui relèvent de l’intelligence artificielle, de la robotique, du logiciel, des technologies de captage de CO2, des imprimantes 3D, des progrès de la fusion nucléaire, des progrès de la médecine, de l’exploration de l’espace et des océans, des nouveaux modes de transports, des nouvelles source d’énergie et de stockage, etc.
 
L’histoire de Pierre Rabhi nous montre, il me semble, qu’il y a une tendance traditionaliste dans sa démarche: retrouver le monde harmonieux de son enfance, d’avant l’arrivée de la modernité française en Algérie, cette modernité qui a “souillé” son père. Pour ma part, j’ai un jugement plus équilibré sur la modernité, qui m’amène à ne pas me contenter de tout rejeter en bloc, à commencer par la science et la technologie. Je ne vois pas pourquoi l’on devrait, par exemple, se passer de technologie en agriculture et revenir au travail manuel et à la traction animale. Ce serait à mon sens une régression, non une évolution. La technologie peut être mise au service d’une agriculture qui respecte les sols, la beauté et la vie, tout en émancipant l’homme du dur labeur de nos ancêtres paysans. Associer la robotique, le Big Data et l’Intelligence Artificielle aux connaissances de la permaculture et de la microbiologie des sols, voilà, pour moi, une voie d’évolution bien différente de l’image bucolique du paysan-philosophe anti-moderne. Je suis d’avis que les bonnes solutions naitront de la rencontre de l’écologie et de la technologie plutôt que de leur opposition. Allier conscience spirituelle et efficacité matérielle, voilà la piste d’évolution qui me semble pertinente.
 
 
Satyavir Colibri, fondateur du Courant Constructif
 

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