« Il faut, méthodologiquement, être constructif. » Michel Saloff-Coste, Université Catholique de Lille

C’était aux journées de l’Industrie du Futur organisées par l’Université Catholique de Lille, une université résolument tournée vers le futur, qui reçoit aussi bien Bernard Stiegler que Jérémy Rifkin ou Gunter Pauli. Michel Saloff-Coste, directeur de la prospective, a fait un discours de clôture passionnant où il en appelle à l’adoption d’une attitude constructive pour bâtir une nouvelle civilisation de l’Amour.

 

UNE VISION À 360° POUR L’INDUSTRIE DE DEMAIN – Michel Saloff-Coste

28 NOVEMBRE 2019 – Discours à l’Institut Catholique de Lille

 
Chers étudiants, chers collègues, chers présidents, chers amis…..
 
Une présentation convenue est-elle la bienvenue ?
 
Je pourrais évidemment conclure de cette journée que le progrès est en marche à tous les étages.
 
Je pourrais même dire comme Aldous Huxley [i] que nous vivons dans le meilleur des mondes !
 
J’en suis effectivement convaincu, nous en avons la preuve à chaque instant !
 
De ce fait justement, à la réflexion, il me semble qu’il est pertinent et même important de sortir d’un discours convenu et lénifiant !
 
J’aimerais vous dire à quel point ce que nous vivons n’est pas trivial et comment cela nous amène à des questions originales.
 
Des questions qui impliquent notre pleine conscience, des questions vieilles comme l’histoire de l’humanité, pour certaines, mais qui se posent aujourd’hui avec une acuité extraordinaire !
 
Certains sachants comme le prix Nobel Paul Josef Crutzen [ii] nous invitent à considérer que nous rentrons dans une nouvelle ère: l’Anthropocène.
 
Ils veulent dire par ce mot savant que l’être humain est devenu, pour le pire et le meilleur; maître sur terre.
 
L’humanité est effectivement devenue le principal facteur de transformation de la planète.
 
Cette toute puissance quasi démiurgique nous renvoie en miroir des questions dérangeantes : Qui sommes-nous ? Que voulons-nous ? Qu’elles sont nos finalités ?
 
D’un côté, nous devons considérer l’évolution de nos sciences et de nos arts, qui après des millénaires de lente progression, est devenue aujourd’hui exponentielle.
 
De l’autre, il nous faut aussi considérer les risques existentiels que secrète notre fantastique réussite en tant qu’espèce intelligente : l’explosion de notre population, la prolifération nucléaire, le réchauffement climatique, l’effondrement de la biodiversité .
 
Comme Teilhard de Chardin [iii] l’avait anticipé et comme Joël De Rosnay le souligne plus récemment, la planète elle-même, est devenue un gigantesque cerveau cybernétique connectant des milliards d’êtres humains, comme autant de neurones, produisant à chaque instant des milliards de milliards d’informations.
 
Dans ce contexte, certains considèrent que nous produisons en un an plus de connaissance que dans toute l’histoire de l’humanité, mais cela est déjà daté car l’intelligence artificielle est entrain à l’instant d’accélérer ce processus de manière significative par 10, 100, 1000, 10000 …..
 
Qui peut le dire ? Qui peut suivre ? Sommes-nous encore aux commandes ? De quoi ? Pour qui ?
 
La digitalisation du monde n’est pas une énième révolution industrielle, c’est un nouveau type de civilisation qui s’annonce !
 
Le facteur création de valeur n’est plus l’énergie, mais la connaissance. Les Universités du monde entier sont au cœur de cette révolution qui modifie la nature même de l’économie.
 
Les anthropologues parlent de civilisation du phoque pour les esquimaux Inuits [iv] ou, par exemple, du bronze [v], il y a 4 000 ans afin de pointer la caractéristique centrale autour de laquelle une civilisation se construit.
 
L’ère industrielle s’est construite autour des énergies fossiles. Notre économie est directement corrélée à notre usage du pétrole comme le souligne Jean Marc Jancovici [vi]
 
Quand Greta nous exhorte à l’action et pleure devant notre immobilité, elle oublie sans doute du fait de son jeune âge que c’est toute notre civilisation quelle remet en cause, des infrastructures de milliers de milliards, mais aussi une culture pluriséculaire.
 
Ces pleurs font échos aux millions de chômeurs qui perdent espoir, aux classes moyennes qui perdent sens, aux étudiants qui refusent leur instrumentalisation par des catégories et des savoirs obsolètes.
 
Par contraste avec le reste des autres espèces vivantes, l’homme se raconte des histoires. Ce qui nous manque le plus aujourd’hui est une grande histoire constructive qui redonne du sens à nos vies !
 
Interdire à un Inuit, pour des raisons écologiques, de chasser le phoque, il perd non seulement sa nourriture traditionnelle, son éclairage, son habillage, mais surtout toute sa culture, ses légendes, sa religion et finalement son sens !
 
Cela prend habituellement des siècles pour changer de type de civilisation. Nous sommes exhortés à le faire en 10ans ! Cela est-il possible ? Cela est certainement difficile, mais cela est-il impossible ?
 
Sun Zu, dans son livre de référence « L’art de la guerre » explique qu’il ne faut jamais acculer un ennemi au désespoir, à la mort, à la disparition totale, car alors son énergie est démultipliée, il est prêt a tout et à partir de rien devient susceptible de faire des miracles et de se dépasser de manière imprévisible.
 
La science génétique, l’épigénétique nous dit que des espèces mises en danger de disparition peuvent même développer, actualiser brutalement des capacités génétiques endormies , se rassembler et faire face dans une unité inattendue.
 
Ne sommes-nous pas déjà acculés à nous réinventer totalement face à l’effondrement de nos écosystèmes écologiques, sociaux et économiques ?
 
La systémique nous apprend que dans les périodes instables de transition complexe, le battement d’une aile de papillon peut déclencher une tempête à des milliers kilomètres de là. De même, aujourd’hui un simple tweet sur un téléphone anonyme peut instantanément bouleverser notre noosphère, c’est-à-dire l’état même de la conscience planétaire.
 
Depuis des décennies déjà aux confins des sciences, des arts et de la philosophie sont inventés de nouveaux questionnements qui interrogent nos croyances les plus solides.
 
Que reste-t-il des certitudes qui ont marqué le siècle précédent, comme par exemple le matérialisme, l’organisation scientifique du travail, le marxisme, le socialisme, le libéralisme et même la notion de progrès remplacée dans l’urgence par la suprématie de l’innovation !
 
Nos idéologies, dans lesquelles nous avions l’habitude de nous draper comme des nobles toges de sagesse, sont devenues des guenilles qui laissent apparaître les membres chétifs de croyances obsolètes.
 
Le roi est nu : les expertises ridiculisées, les autorités bafoués.
 
Le chuchotement d’Antonio Gramsci est le filigrane de cette apocalypse « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres. L’indifférence, c’est l’oubli, le parasitisme, et la lâcheté, non la vie. C’est pourquoi je hais les indifférents. Je suis pessimiste par l’intelligence, mais optimiste par la volonté. » [vii]
 
Nous avons besoin d’un optimisme méthodologique.
 
Nous avons certes accumulé jusqu’à l’absurde suffisamment d’armes nucléaires pour vitrifier la planète Terre plus de cents fois, mais nous avons aussi en miroir aujourd’hui toutes les connaissances pour transformer cette planète en paradis comme nous l’avons rêvé pendant des millénaires.
 
Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, toutes les nations assemblées dans l’ONU ont posé après de longs débats populaires 17 objectifs pour un avenir souhaitable pour l’humanité qui structure déjà de nombreux débats diplomatiques.
 
La logique contemporaine nous invite à de nouvelles axiomatiques philosophique qui débouchent sur de nouvelles ontologies sémantiques renouvelant de fond en comble notre praxéologie opérationnelle .
 
Des champs de réalités autrefois inimaginable s’offrent à nous.
Nous explorons, par exemple, comme jamais l’infinie grandeur du cosmos et découvrons que nous tournons autour de paradoxaux trous noirs galactiques qui abolissent le temps tandis que parallèlement nous apprenons dans l’infiniment petit que la matière n’est qu’énergie et l’énergie une « probabilité quantique de l’information ». [viii]
 
Nos visions traditionnelles du temps et de l’espace sont radicalement remises en cause.
 
De manière plus trivial dans le quotidien :
Notre culture, nos systèmes, nos modes d’organisation et de management évoluent de plus en plus vite.
 
De nouvelles valeurs émergent comme celle de l’unité dans la diversité, le respect de l’altérité de l’autre, la communication non violente, la coopétition créative, la citoyenneté planétaire.
 
Nous imaginons des systèmes proactifs symbiotiques, des modes d’organisation poly-cellulaires.
 
Le nouveau management des organisations, loin de l’organisation scientifique du travail vise l’autonomie, la créativité, le respect de la singularité.
 
Nous parlons aujourd’hui d’entreprise holomorphes où chacun agit en responsable créatif et autonome, conscient de son contexte et du triple impératif économique, social et écologique.
 
La civilisation carbonée apparaît de plus en plus comme un âge barbare d’instrumentalisation inhumaine, d’intoxication généralisée par l’empoisonnement industriel de l’air, de l’eau et de la terre.
 
Par contraste, nous entrevoyons l’émergence d’une nouvelle civilisation dé-carbonée biomimétique ou le « footprint » serait remplacé par le « handprint ». L’homme, au lieu de détruire son écosystème, l’améliorerait sans cesse en augmentant la biodiversité par la permaculture et par la coopération dans des relations d’interdépendance « gagnant-gagnant » humaines mais aussi animales et végétales.
 
Des essaims de drones peuvent dès aujourd’hui ensemencer des milliards d’arbres dans des régions même inaccessibles pour l’homme. Les baleines, si nous les laissons se multiplier, sont de gigantesques puits de carbone.
 
En sanctuarisant seulement un tiers des océans du globe, nous pourrions retrouver la biodiversité maritime que nous avons détruit de moitié en dix ans par la pèche industrielle.
 
Comment pouvons-nous croire un instant que l’individualisme, les nationalismes, les sectarismes, les intégrismes, nos haines millénaires, puissent nous sauver dans l’apocalypse écologique, sociale et économique de la fin de notre chère civilisation carbonée ?
 
Les nuages diffus de CO2 et de microparticules tuent selon l’OMS déjà des millions personnes de par le monde et ces nuages n’ont que faire de frontières, pas plus que l’obésité qui est devenue de manière inattendue la première cause de mortalité devant la famine !
 
Aucun mur, aucune armée ne nous protégera contre les vagues annoncées de milliards de victimes de la montée des eaux et des dérèglements climatiques , sociaux et économiques.
 
La forêt amazonienne qui brûle, c’est notre poumon à chacun qui brûle.
Toute forme de séparation et a fortiori de haine est centrifuge et au sens propre et figuré diabolique.
 
L’amour au contraire nous unis. L’amour inconditionnel est symbolique de l’articulation de chacune de nos altérités, singularités.
 
Imaginez un instant une civilisation planétaire où la paix a remplacé la guerre. Les milliards dépensés pour tuer sont mis au service de la vie de la créativité de chacun.
 
Imaginez une civilisation de dix milliards d’êtres épanouis dans leurs talents, dans leurs génies. Dix milliards de Mozart, d’Einstein, de Rimbaud, de Shakespeare vivant dans la paix et la synergie créatives.
 
Quelle richesse, quel foisonnement! Rien ne serait impossible à une telle civilisation.
 
Nous ferions de nos villes des jardins de biodiversité idylliques, nos habitats seraient de vastes œuvres d’art inspirantes, chaque rencontre avec un autre serait l’occasion d’un émerveillement de tout l’être, chaque instant de la vie une occasion d’apprendre, de découvrir, créer des instants passionnés, sublimes, éternels.
 
Bientôt nous serions cent milliards d’habitants distribués dans l’ensemble de notre système solaire. Nos dons télépathiques démultipliés nous permettraient sans doute de communiquer avec toutes les espèces vivantes terrestres mais aussi extraterrestres !
 
Cette civilisation ce n’est pas la civilisation du phoque, ni la civilisation du bronze, ni la civilisation du charbon ou du pétrole, ni même la civilisation de l’hydrogène ou du silicium.
 
Cette civilisation, elle a été rêvée et écrite et annoncée par des centaines de poètes et de sages inspirés depuis la nuit des temps. Cette civilisation, elle est déjà là, immobile et pourtant dynamique, symboliquement éternelle.
 
Cette civilisation, elle nous attend, déjà totalement réalisée et pourtant en création d’instant en instant.
 
Cette civilisation, elle a un nom universel. Un nom qui nous fait nous lever le matin dans la joie, nous fait explorer la terre, marcher sur l’eau, nous envoler dans les airs et être la première espèce vivante de cette terre à quitter l’atmosphère terrestre pour aller sur la Lune et Mars.
 
Ce nom nous arrache symboliquement de la gravité terrestre et de toute forme d’attachements diaboliques pour nous unir symboliquement.
 
Cette civilisation c’est la civilisation de l’Amour !
 
L’Amour, nous l’avons rêvé, nous l’avons chanté, il nous faut maintenant le danser, le vivre ou disparaître honteusement dans les plis de l’histoire.
 
Regardez un chien avec Amour et vous verrez que lui a déjà compris.
 
La vie est Amour. Notre planète est Amour.
 
La civilisation de l’Amour est un tsunami. Elle est en marche dans le cœur de chacun d’entre nous.
 
Chantons, dansons autour de l’arbre de la vie.
 
 
 
[i] Aldous Leonard Huxley, né le 26 juillet 1894 à Godalming (Royaume-Uni) et mort le 22 novembre 1963 à Los Angeles (États-Unis), est un écrivain, romancier et philosophe britannique, membre de la famille Huxley. Il est diplômé du Balliol College de l’Université d’Oxford avec une mention très bien en littérature anglaise.
 
Auteur de près de cinquante ouvrages, il est surtout connu pour ses romans, dont Le Meilleur des mondes, roman d’anticipation dystopique ; pour des ouvrages non romanesques, comme Les Portes de la perception qui retrace les expériences vécues lors de la prise de drogue psychédélique ; et pour un large éventail d’essais. Au début de sa carrière, Huxley a dirigé le magazine Oxford Poetry et publié des nouvelles et des poésies.
 
Au milieu de sa carrière et plus tard, il a publié des récits de voyage et des scénarios cinématographiques. Il a passé la dernière partie de sa vie aux États-Unis, vivant à Los Angeles de 1937 jusqu’à sa mort. En 1962, un an avant sa mort, il est élu Compagnon de littérature par la Royal Society of Literature.
 
Huxley était humaniste, pacifiste et satiriste. Il s’est également intéressé à des sujets spirituels tels que la parapsychologie et le mysticisme philosophique, en particulier l’universalisme. Vers la fin de sa vie, Huxley fut largement reconnu comme l’un des intellectuels prééminents de son temps. Il a été nommé sept fois pour le Prix Nobel de littérature1,2,3,4.
 
[ii] L’Anthropocène , soit l’Ère de l’Homme, est un terme relatif à la chronologie de la géologie proposé pour caractériser l’époque de l’histoire de la Terre qui a débuté lorsque les activités humaines ont eu une incidence globale significative sur l’écosystème terrestre. Ce terme a été popularisé à la fin du xxe siècle par le météorologue et chimiste de l’atmosphère Paul Josef Crutzen, prix Nobel de chimie en 1995 et par Eugene Stoermer, biologiste, pour désigner une nouvelle époque géologique, qui aurait débuté selon eux à la fin du XVIIIe siècle avec la révolution industrielle, et succéderait ainsi à l’Holocène. L’Anthropocène serait la période durant laquelle l’influence de l’être humain sur la biosphère a atteint un tel niveau qu’elle est devenue une « force géologique » majeure capable de marquer la lithosphère. La période la plus récente de l’anthropocène est parfois dite la grande accélération, car de nombreux indicateurs y présentent des courbes de type exponentielle. L’Anthropocène est un concept de plus en plus utilisé dans les médias et la littérature scientifique mais toujours discuté par la communauté scientifique géologique – spécifiquement au sein de la commission internationale de stratigraphie de l’Union internationale des sciences géologiques (UISG) – qui détermine les subdivisions de l’échelle des temps géologiques. Depuis 2005, un groupe international d’experts scientifiques, le Group on Earth Observations (en) (GEO), a été mis en place pour observer la Terre et mesurer notamment les conséquences des activités humaines.
 
[iii] Pierre Teilhard de Chardin , né le 1er mai 1881 à Orcines (Puy-de-Dôme) et mort le 10 avril 1955 à New York (États-Unis), est un prêtre jésuite français, chercheur, paléontologue, théologien et philosophe. Scientifique réputé, théoricien de l’évolution, Pierre Teilhard de Chardin est à la fois un géologue, spécialiste de la Chine du Carbonifère au Pliocène et un paléontologue des vertébrés du Cénozoïque. Sa fréquentation régulière des paléoanthropologues qui étudiaient les premiers hominidés, tout juste découverts, l’incita à réfléchir à l’encéphalisation propre à la lignée des primates anthropoïdes 2.
 
Dans Le Phénomène humain, il trace une histoire de l’Univers, depuis la pré-vie jusqu’à la Terre finale, en intégrant les connaissances de son époque, notamment en mécanique quantique et en thermodynamique. Il ajoute aux deux axes vers l’infiniment petit et l’infiniment grand la flèche d’un temps interne, celui de la complexité en organisation croissante, et constate l’émergence de la spiritualité humaine à son plus haut degré d’organisation, celle du système nerveux humain : pour Teilhard, matière et esprit sont deux faces d’une même réalité.
 
En tant que croyant, chrétien et prêtre de la Compagnie de Jésus, il donne un sens à sa foi chrétienne où l’adhésion personnelle à la véracité du Christ se situe à la dimension de la cosmogenèse, et non plus à l’échelle d’un cosmos statique comme l’entendait la tradition chrétienne se référant à la Genèse de la Bible. Il intègre la sélection naturelle et le hasard des mutations génétiques dans sa synthèse naturaliste , ce qui ne se compare donc pas au « dessein intelligent ». Son interprétation spirituelle est une démarche personnelle toujours discutée chez les théologiens catholiques.
 
[iv] Esquimaux ou Eskimos (ou plus rarement Eskimaux est l’exonyme utilisé pour nommer certains peuples autochtones de l’Arctique vivant en Alaska, dans le Grand Nord canadien, au Groenland et en Sibérie orientale. Il s’agit généralement des peuples Inuits et Yupiks. Bien que les inuits représentent la majorité de la population Eskimo, ce terme, popularisé par les explorateurs du XIXe siècle, ne distingue aucune ethnie particulière. Il n’est pas utilisé par les Inuits eux-mêmes et est de nos jours considéré comme discriminatoire voire insultant par ces derniers.
Par extension, l’expression « langues eskimos » désigne aussi un groupe de la famille des langues eskimo-aléoutes qui comprend les langues inuites et les langues yupik.
 
[v] Les alliages appelé Bronze ont été pour la première fois utilisés pendant la période précisément appelée « âge du bronze », pour fabriquer des outils, des armes, des instruments de musique et des armures plus robustes et résistants que leurs prédécesseurs en cuivre ou en pierre. Cette période s’étend globalement de 3000 à 1000 av. J.-C., mais avec de grandes variations suivant les aires considérées. Pendant l’âge du Bronze ancien, le bronze est souvent composé d’un alliage à base de cuivre et d’arsenic, cette période est nommée l’âge du Bronze-Arsenic : employé comme durcissant, fondant et pour augmenter la brillance du métal, cet arsenic est une impureté naturelle contaminant le minerai de cuivre ou est ajouté intentionnellement comme adjuvant. Au Bronze final se substitue à ce bronze arsenié un alliage cuivre-étain permettant de fabriquer des métaux plus résistants et ductiles (âge du Bronze-Étain). L’étain étant difficile à se procurer à cette époque, de nombreux objets étaient fabriqués en alliage cuivre-plomb. Ce bronze étant de moins bonne facture que l’alliage cuivre-étain puisqu’il est plus cassant.
 
[vi] Jean-Marc Jancovici, né en 1962, est un ingénieur français, chef d’entreprise et consultant. Il est également enseignant, conférencier, auteur de livres et chroniqueur indépendant. Il est essentiellement connu pour son travail de sensibilisation et de vulgarisation sur les thèmes de l’énergie et du climat.
 
[vii] Antonio Gramsci, né le 22 janvier 1891 à Ales (Sardaigne) et mort le 27 avril 1937 à Rome, est un philosophe, écrivain et théoricien politique italien. Membre fondateur du Parti communiste italien, dont il fut un temps à la tête, il est emprisonné par le régime mussolinien de 1927 à sa mort. En tant qu’intellectuel marxiste, il a notamment développé une théorie de l’hégémonie culturelle. Ses travaux, menés principalement pendant ses onze années d’emprisonnement, portent aussi sur l’histoire de l’Italie, le nationalisme, les partis politiques, la littérature (notamment l’œuvre de Machiavel), l’époque de la Renaissance et de la Réforme, ou encore le matérialisme historique.
 
[viii] La théorie de l’information quantique, parfois abrégée simplement en information quantique, est un développement de la théorie de l’information de Claude Shannon exploitant les propriétés de la mécanique quantique, notamment le principe de superposition ou encore l’intrication. L’unité qui est utilisée pour quantifier l’information quantique est le qubit, par analogie avec le bit d’information classique.
 
En 1982, Richard Feynman fait le constat de la complexité à simuler des systèmes quantiques par un ordinateur classique. Cette difficulté provient de la propriété que possèdent ces systèmes de pouvoir se trouver simultanément dans une superposition d’états quantiques. Il propose alors de construire un ordinateur quantique qui exploiterait le parallélisme quantique et permettrait ainsi de simuler efficacement le comportement de tout système quantique. La même année, Paul Benioff émet l’idée inverse d’utiliser un ordinateur quantique pour mener à bien des calculs classiques de manière exponentiellement plus efficace qu’avec un ordinateur classique.
 
Parallèlement, Wootters, Zurek, et Dieks énoncent le théorème de non-clonage, qui démontre qu’un état quantique arbitraire ne peut être dupliqué. Ce théorème est fondamental en théorie de l’information quantique, car il impose une limite physique stricte à ce qu’il est possible de faire avec les qubits.
 
En 1984, Charles H. Bennett et Gilles Brassard mettent au point un protocole de distribution de clé quantique, le BB844, permettant à deux protagonistes de partager une clé secrète de façon inconditionnellement sûre. La sécurité du protocole repose sur l’utilisation de photons comme qubits et deux principes physiques que sont le théorème de non-clonage et le postulat de réduction du paquet d’onde. Leur proposition initiale rencontre le scepticisme de la communauté scientifique. Elle est due principalement au fait que les sources de photons qu’il proposent d’utiliser sont des sources de photons uniques, c’est-à-dire des sources capables d’émettre un et un seul photon à la fois. Or, il est encore impensable à cette époque que de telles sources puissent exister un jour. Leur publication est donc refusée dans toutes les revues réputées et seulement acceptée dans une obscure conférence organisée en Inde.
 
En 1985, David Deutsch publie un article dans lequel il décrit le premier algorithme quantique, connu sous le nom d’algorithme de Deutsch. Bien qu’il ne possède pas réellement d’utilité pratique il est d’un intérêt théorique évident puisqu’il accomplit sa tâche, en l’occurrence déterminer si une fonction est constante ou équilibrée, plus efficacement que tout algorithme classique. Il sera généralisé en 1992 sous le nom d’algorithme de Deutsch-Jozsa.
 
En 1993, Ethan Bernstein et Umesh Vazirani démontrent qu’une machine de Turing quantique est capable de simuler tout système quantique en temps polynômial.
 
En 1994, Peter Shor dévoile l’algorithme de Shor. Il marque véritablement le début de l’engouement pour le calcul quantique, car c’est le premier algorithme quantique plus efficace qu’un algorithme classique qui soit d’un intérêt pratique. En l’occurrence, il permet de factoriser un nombre entier en temps polynomial. Sa première implémentation pratique a eu lieu en 2001, et a permis de factoriser 15 en 3 × 5. Cet algorithme exploite la transformée de Fourier quantique, dont l’implémentation sur un ordinateur quantique a été démontrée la même année par Don Coppersmith10.
 
En 1995, Benjamin Schumacher (en) a établi le théorème équivalent au théorème du codage de source de Claude Shannon. C’est ainsi que le qubit a été défini comme unité physique d’information quantique. Aucun résultat équivalent au théorème du codage de canal n’est connu.
 
En 1996, Lov Grover découvre un algorithme de recherche quantique plus efficace que tout algorithme de recherche classique.
 
De 2001 à 2015, Serge Haroche poursuit ses recherches sur l’information quantique qui lui vaudront le prix Nobel de physique en 2012.
 
 

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