Le monde après l’infodémie

Qualifiée d’infodémie par l’ONU et l’OMS, la vague de complotisme que le monde a connu durant la pandémie de Covid-19 mérite l’attention du monde intellectuel. Si cette infodémie est un phénomène inédit dans l’histoire, le complotisme qui en fait la substance n’a, lui, rien de nouveau. Depuis plusieurs années la dérégulation de l’information rendue possible par Internet a vu le nombre et la propagation des théories conspirationnistes s’amplifier. Les GAFAs s’efforcent maintenant de traiter cette nouvelle pathologie de la valorisation qui pousse le monde dans une spirale de négativité, alimentant haines, colères, peurs et violences. Mais face à ce nouvel obscurantisme 2.0, ne doit-on pas penser la nécessité d’un nouveau combat pour la raison ? Réflexion pour le monde d’après l’infodémie.

1/ La banalisation du complotisme

Le complotisme a cessé d’être un phénomène marginal. Selon une enquête européenne menée par l’institut YouGov en 2018, les théories du complot sont en passe de devenir des « croyances dominantes dans plusieurs pays occidentaux ». De même, d’après un sondage du Centre russe d’étude de l’opinion publique (VTsIOM), 67% des Russes croient en l’existence d’un gouvernement secret mondial. Une autre enquête d’opinion menée par l’ONG Globsec dans les pays d’Europe centrale révèle qu’un quart des sondés est d’accord avec plusieurs théories du complot. La théorie du complot juif mondial emporte notamment une forte adhésion, (38% en Hongrie, 39% en Pologne et 52% en Slovaquie).

En France, un sondage conduit par l’IFOP en 2019 a révélé que 21% des français adhèrent à au moins 5 théories du complot sur une dizaine proposée, tandis que 65% adhèrent à au moins l’une d’entre elles.

 

2/ L’infodémie révèle un effondrement de la rationalité

Le degré de pénétration du complotisme dans la population a été particulièrement manifeste durant la pandémie de Covid-19. Chacun a pu percevoir une augmentation inhabituelle du nombre de publications complotistes sur les réseaux. Et pour cause:  une enquête de l’IFOP a montré que 26% des français pensent que le Covid-19 est provoqué par un virus fabriqué en laboratoire. Une enquête similaire américaine a révélé que cette croyance était également partagée par 29% des américains. Une autre étude menée par l’Université d’Oxford montre que 60% des anglais croient, à différents degrés, que l’état les trompe sur les origines du virus. Toujours d’après cette étude, 40% des anglais pensent, à différents degrés, que la propagation du virus est une tentative délibérée des puissants pour accroître leur pouvoir ; et  20% croient, à différents degrés, que le virus relève du canular.

Statistiques issues de l’étude menée par l’Université d’Oxford publiée dans le journal Psychological Medecine
 

Parmi les théories conspirationnistes qui se sont fortement répandues durant cette période d’infodémie, on trouve l’idée selon laquelle les futurs vaccins du Covid-19 contiendraient une puce électronique qui permettra de marquer, de géolocaliser et de contrôler la population. Cette théorie du contrôle de la population par puçage de l’humanité est en réalité une vieille théorie du complot. Je me souviens qu’à l’époque où j’étais en sciences politiques, vers 2008-2009, j’étais déjà tombé dessus en surfant sur Internet. Jamais alors je n’aurais imaginé qu’une telle théorie puisse contaminer une aussi large part de la population.

Cette théorie n’est pas apparue avec la pandémie. Elle a seulement trouvé là une occasion de se répandre plus largement. Elle a su gagner en puissance dans un contexte où la peur avait fait céder le niveau de rationalité de la population.

A présent les gens commencent à retrouver leurs esprits. Ceux-là même qui, il y a quelques semaines, croyaient lutter pour le “monde libre” ont maintenant l’impression de se réveiller d’une sorte d’envoûtement paranoïaque. C’est le moment de faire de la pédagogie pour prévenir les prochaines vagues de complotisme. Car nous n’avons pas fini de vivre des chocs collectifs déstabilisants. Et c’est précisément dans ces moments-là que nous devons apprendre à garder la tête froide si nous ne voulons pas servir de relai à la folie populiste et nous faire emporter dans des dynamiques de bouc émissaire.

3/ Le Courant Constructif s’engage dans la lutte contre le complotisme

Le Courant Constructif a été exemplaire en cette période troublée avec, notamment, la création d’une section de Fact checking sur lmc.today et la publication d’un article sur les activités constructives de Bill Gates au coeur de l’infodémie, alors que ce dernier cristallisait toutes les haines du moment. Nous avons également eu à repousser une vague d’antivax venus polémiquer sur le vaccin du Covid-19. Thierry Curty, co-président du Courant Constructif, engagé dans le combat contre les antivax depuis plus de dix ans, s’est fait un plaisir de les accueillir fermement avec le secrétaire de notre mouvement, John Maison.

Si j’ai perdu quelques amis dans cette tempête, je suis fier d’appartenir à un mouvement dont aucun des membres n’a flanché pendant l’infodémie. Tous se sont battus vaillamment contre ce nouvel obscurantisme 2.0. Nous avons su garder notre espace constructif indemne de toutes dérives, au moment où les réseaux étaient littéralement saturés de fake news. Et nous continuerons en ce sens.

L’humanité est encore très naïve vis-à-vis de cette nouvelle technologie qu’est Internet. Je crois en la possibilité, pour une part des internautes, d’acquérir au fil des années plus de maturité vis-à-vis des productions qui circulent sur le web. L’école a très certainement un rôle à jouer dans l’apprentissage de pratiques informationnelles saines et la prévention vis-à-vis des fake news.

En attendant d’avoir ce recul de l’expérience, jugeons de la valeur des théories du complot actuelles à la lumière des théories du complot du passé. Les rumeurs, charlataneries, superstitions et dynamiques de bouc émissaire sont vieilles comme le monde. Internet n’a fait qu’amplifier leur propagation. Le recul temporel permet une distanciation émotionnelle qui garantit une plus grande objectivité dans le jugement. Ce n’est pas un complot particulier qu’il nous faut debunker, c’est la mentalité générale qui est derrière toutes les théories du complot passées, présentes et futures.

Le combat continue. Il rejoint nos autres combats, contre les pathologies de la valorisation, contre les forces montantes de l’anti-modernisme, du déclinisme et du populisme.  Dans ce combat comme dans les autres,  tout dépend de ce que nous ferons de notre pouvoir de valorisation. Plus les articles de fact checking seront partagés, plus la vague d’obscurantisme reculera. Soyons au moins aussi motivés et présents que les complotistes sur le terrain.

4/ Penser l’infodémie:

Le Courant Constructif appelle à une prise de conscience de la gravité de la situation. Il est sans conteste que le complotisme nourrit la montée des populismes dans le monde et a contribué à l’avènement des présidents les plus catastrophiques pour notre avenir collectif. Il est à noter que les études montrent une surreprésentation des complotistes à l’extrême droite. Plus largement nous dirons que l’omniprésence des théories du complot finit par créer un contexte culturel défavorable au progrès, à l’innovation, à la culture et à  la science. Le complotisme est en effet marqué par un rejet systématique des apports de la modernité (vaccins, science, technique, médias professionnels) et une diabolisation néfaste de l’innovation technologique (5G, IA, Linky…).  Notre réflexion sur les conditions culturelles de l’innovation nous porte à considérer que le complotisme participe, avec l’idéologie collapso-décroissante, le new age et le discours réactionnaire ambiant, d’une destruction du substrat culturel qui favorise la vitalité technologique, scientifique et économique d’un pays.

5/ Réinvestir la raison

Les scientifiques, les experts, les intellectuels, les personnes jouissant d’un haut niveau d’éducation et de rationalité doivent prendre conscience de leur responsabilité dans l’éclairage des débats publics envahis par les complotistes. Plutôt que de fuir dans un entre-soi confortable en laissant les conspirationnistes former l’opinion des masses et de la jeunesse, nous devons maintenir la lumière allumée là où elle tend à disparaître, en diffusant des opinions expertes et en contrant autant que possible les théories du complot sur le terrain. Le phénomène infodémique que nous avons vécu appelle une réaction du monde intellectuel. Certains penseurs comme Gérald Bronner, ont depuis plusieurs années alerté sur la montée de l’irrationalité sur Internet. Soyons conscient que la rationalité n’est jamais acquise et que lorsqu’elle n’est plus valorisée, elle tend à disparaître à nouveau. Des décennies de déconstruction de l’héritage rationaliste occidental ont fini par créer les conditions d’une production en masse de citoyens irrationnels qui menacent à présent nos démocraties. La critique de la raison est un luxe que ne peuvent se permettre que les civilisations ayant atteint un fort niveau de rationalité.  Car la rationalité n’est pas innée en l’homme, elle est une conquête culturelle de l’humanité. C’est pourquoi elle doit sans cesse continuer d’être transmise pour ne pas disparaître.

6/L’issue évolutive

Mais lutter contre cette vague régressive ne suffira pas à l’endiguer. Il faut, de manière complémentaire, ouvrir une nouvelle voie, car on ne saurait nier par ailleurs que le système de la Modernité est parvenu à son terme et que la colère et l’insatisfaction qu’il suscite sont légitimes. Si nous voulons éviter la Grande Régression qui se prépare, il nous faut plus que jamais constituer une force de proposition capable de canaliser les attentes et l’insatisfaction vers une issue non-régressive. C’est le sens même du Courant Constructif que de faire émerger une proposition structurée d’évolution systémique combinant toutes les solutions émergentes en une vision unifiée, large et puissante.  Dans la bataille des récits qui s’annonce, soyons assurés que le récit constructif d’une grande transition systémique basée sur la résilience créatrice de l’humanité peut largement l’emporter si nous nous donnons la peine de le soutenir. Le complotisme naît de la méfiance et de l’insatisfaction suscitée par le pourrissement de la modernité. L’accouchement de la postmodernité pourra seule mettre fin à la dynamique réactionnelle générale dont le complotisme n’est qu’un des aspects.

Nous devons, en somme, créer un nouvel horizon de sens. Car la montée de l’irrationnel n’est qu’un symptôme du désenchantement induit par la modernité rationaliste, et non l’inverse. C’est parce que la modernité ne fait plus sens que nous désinvestissons la rationalité qu’elle nous propose pour investir d’autres horizons de sens. Aussi, si nous voulons traiter le problème du complotisme à sa racine, nous ne devons pas seulement revaloriser l’héritage de la rationalité occidentale, nous devons recréer du sens. Quelque part, le  complotiste s’efforce, à sa manière, de recréer du sens, de se positionner dans une bataille qui fait sens, de saisir le sens de ce monde, de s’engager dans une résistance qui le place dans le camp du bien et des justes. Quand la complexité est telle que le sens semble perdu, les simplifications binaires sont une tentation de l’esprit pour retrouver du sens. Il faut donc répondre à l’irrationalité non pas seulement par du rationnel, mais par du sens. Retrouver le sens perdu de la modernité, mais peut-être aussi, inventer le sens de la postmodernité.

Satyavir, pour Courant Constructif

 
 
 

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Il ne suffit pas que les solutions existent pour que nous soyons sauvés

Tous ceux qui suivent le Courant Constructif sérieusement parviendront tôt ou tard à la même conclusion que nous: nous ne manquons pas de solutions, mais de volonté de les mettre en oeuvre. Toutes les solutions sont déjà là, il n’y a pas à en attendre plus, il y a seulement à les prendre et à les FAIRE, les réaliser, les mettre à l’échelle. Et ça, ce n’est pas de la techno-science, c’est du politique. Et comme les politiques ne le font pas, il faut une mobilisation constructive mondiale. Combien de temps encore allons nous être dans cette phase de proof of concept avec ses expérimentations miniatures? Nous avons suffisamment de solutions pour couvrir largement les besoins énergétiques de l’humanité avec des renouvelables. Ceux qui vous disent le contraire sont des menteurs ou des ignorants. Tout est là, nous vous l’avons amplement démontré ces derniers mois sur Courant Constructif, tout est référencé dans lmc.today. On pourrait couvrir l’ensemble des besoins énergétiques de l’UE rien qu’avec les énergies renouvelables marines et les éoliennes offshore. Nous savons le faire. Pourquoi ne le faisons-nous pas?

Nous devons bâtir une mobilisation constructive mondiale, pour pousser à la mise à l’échelle des solutions existantes parvenues à maturité, sinon toutes ces solutions resteront dans des placards, à l’état expérimental, et il ne se passera rien, ça ne changera rien. Nous en arriverons à cette situation absurde où l’humanité s’effondrera, non par manque de solution, mais par manque de volonté de les mettre en oeuvre. Et les générations futures diront: ils avaient toutes les solutions entre les mains mais ils ont eu la flemme de les réaliser. Ce serait vraiment absurde d’en arriver là, vous ne croyez pas?

Dites-vous bien qu’il ne suffit pas que les solutions existent pour que nous soyons sauvés. Pour que toutes ces solutions aient un impact sur le problème réel, il faut qu’elles soient mises à l’échelle. Les vingt prochaines années ne doivent pas être consacrées à inventer toujours plus de solutions que nous ne mettrons pas en oeuvre, mais à reconfigurer toute l’infrastructure matérielle de nos sociétés sur la base des solutions dont nous disposons. La masse citoyenne a deux cases de retard dans la résolution de la crise environnementale: elle vient à peine de prendre conscience du problème (phase 1), on espère qu’elle commencera prochainement à s’intéresser aux solutions (phase 2), alors qu’elle devrait déjà être en train de mobiliser toutes ses ressources pour que ces solutions soient mises à l’échelle (phase 3). Le risque d’effondrement est lié à ce décalage temporel, à rien d’autre. Ce n’est pas un problème physique, c’est un problème humain. Nous avons toutes les cartes entre nos mains mais nous ne les utilisons pas.

Satyavir

Peut on être riche et constructif ? Le cas Bill Gates

La détestation de Bill Gates sur les réseaux sociaux semble avoir atteint son apogée avec la crise du coronavirus. Rien d’anormal à cela, me direz-vous: Bill Gates est l’un des hommes les plus riches de la planète, mais c’est également l’un des plus exposé, il est donc normal qu’il cristallise la haine des riches particulièrement développée sous nos contrées populistes en déclin. Si l’on ajoute à cela la déferlante antivax, symptôme de l’antimodernisme montant au pays de Descartes et de Pasteur, on comprend que Bill Gates soit une cible privilégiée des complotistes en tout genre.

Il est vrai que dans notre culture la richesse est mal vue. Un riche ne peut être que mauvais, il a forcément gagné son argent en le prenant aux pauvres et en faisant le mal. Comment pourrait-il être constructif?

Attardons-nous donc sur le cas de Bill Gates, représentatif à plus d’un titre. Nous voudrions commencer par rappeler quelques faits, car il nous semble évident que les complotistes anti-Gates ne connaissent pas grand chose de ses activités, et dans la mesure où c’est désormais eux qui informent la population via Internet, les gens se retrouvent à haïr un homme dont ils ne connaissent pas le travail.

Bill Gates est d’abord un surdoué dont la passion pour l’informatique le conduit, très jeune, à fonder l’entreprise Microsoft, une entreprise avant-gardiste qui marquera l’histoire de l’informatique et fera de lui l’un des hommes les plus riches de la planète.

 

Bill Gates, sa vie, son ascension

 

Mais que faire de toute cette fortune amassée? Comment continuer à donner sens à sa vie quand on est arrivé au sommet de la réussite?  La réponse de Bill Gates a été de se tourner vers la philanthropie en créant avec son épouse la Fondation Bill & Melinda Gates, retrouvant là l’inspiration de sa mère, la philanthrope Mary Maxwell Gates.

 

Bill et Mélinda Gates: Pourquoi donner notre richesse a été la chose la plus satisfaisante que nous ayons faite

 

A travers cette fondation, Bill Gates et sa femme contribuent à l’amélioration des conditions de vie dans les pays du Sud. Au programme:

    • Lutte contre les maladies infectieuses
    • Lutte contre le paludisme
    • Lutte contre les MST, y compris le VIH/sida
    • Lutte contre la tuberculose
    • Soins de santé en matière de procréation
    • Politique de santé et gestion administrative
    • Recherche agricole
    • Planification familiale
    • Promotion de la sensibilisation au développement
    • Politique agricole et gestion administrative
    • Soins de santé fondamentaux
    • Besoins élémentaires en matière de nutrition
    • Accès à des installations sanitaires de base

Le rôle de la Fondation est d’identifier et de financer les solutions les plus impactantes pour aider les plus démunis.

Les anti-Gates comme le journaliste anti-capitaliste Lionel Astruc dénoncent l’ “obsession” du milliardaire à fournir des vaccins aux africains, tout en reconnaissant paradoxalement “son engagement contre la polio, qui est indéniable et a été décisif dans la quasi-éradication de ce fléau” (1). Astruc pense en effet que, contre le paludisme, le pluri-milliardaire privilégierait les vaccins à des solutions naturelles comme la tisane d’artémisia recommandée par certaines associations, qui contient une substance antipaludique, l’artémisinine (2). En réalité l’Académie nationale de médecine de France a jugé ces prescriptions de tisanes « incertaines et irresponsables ». Selon elle, “La consommation d’Artemisia seule pendant 7 jours, par des litres de tisane de composition incertaine, expose les jeunes enfants (<5 ans) impaludés à un risque élevé d’accès pernicieux. ”  L’OMS a également dû prendre des positions fermes sur ce sujet. En France, l’Agence Nationale de Sécurité des Médicaments (ANSM) a suspendu en 2015 et 2017 la vente de produits à base d’Artemisia sur Internet ou par l’intermédiaire d’associations. La pertinence des critiques d’Astruc sur l’ambition vaccinale de Bill Gates laisse donc à désirer, ce qui ne les a  pas empêchées de se répandre sur la toile.

 

Bill Gates sur les moustiques, la malaria et l’éducation

 

Les complotistes antivax ont quant à eux fini par conclure que les vaccins de Bill Gates avaient pour but de réduire la population. Mais ils n’ont toujours pas réussi à expliquer pourquoi un homme qui s’évertuerait à tuer les enfants d’Afrique se préoccuperait également de leur fournir des toilettes quand ils n’en ont pas.

 

Bill Gates finance des toilettes sans eau pour les pays du Sud

L’action constructive de Bill Gates ne s’arrête pas à l’aide aux plus démunis. On le retrouve également dans le financement de la capture carbone, de la fusion nucléaire, des énergies renouvelables et de la viande propre. Tout porte à croire que le milliardaire américain s’est investi d’une mission pour la réussite de la transition écologique de l’humanité. Voici un aperçu des investissements de Bill Gates dans les différents secteurs de la transition:

Une entreprise canadienne soutenue par Bill Gates veut capturer le CO2 dans l’air

Bill Gates is planning to produce clean fuels from CO2 captured from air

COP21: une coalition de milliardaires pour développer les cleantech

Après la protéine animale sans animal, voici la protéine animale sans protéine animale

TerraPower : connaissez-vous le réacteur nucléaire à onde progressive? Le nucléaire sans danger…

Pour Bill Gates, le monde n’a jamais eu autant besoin de l’énergie nucléaire

Agroalimentaire : Bill Gates et Richard Branson misent sur la viande « propre »

Bill Gates, Jeff Bezos et Mark Zuckerberg peuvent-ils vaincre le changement climatique ?

Une start-up mobilise le soleil pour lutter contre le réchauffement climatique

Bill Gates parie sur le nucléaire

Changement climatique : les OGM peuvent-ils aider les pays en développement ?

D’immenses cerfs-volants vont fournir de l’électricité à une région d’Écosse !

26 milliardaires mobilisés pour le climat

Les 10 innovations technologiques qui vont changer le monde selon Bill Gates

Bill Gates s’associe à la Banque européenne d’investissement pour financer des technologies bas carbone

 

Bill Gates à propos de l’énergie: innover vers le zéro carbone

Autant dire que Bill Gates est devenu l’un des leaders constructifs mondiaux  les plus importants de notre époque. Au delà de son action personnelle, il a su inspirer une dynamique philanthropique et constructive au sein de l’élite mondiale. Mais la haine des riches a également fait de lui une cible majeure des complotistes, qui s’ingénient à créer les théories les plus paranoïaques à son sujet. La dernière veut que Bill Gates ait créé le Coronavirus pour pucer la population mondiale grâce au vaccin qui serait en sa possession.

 

Le vaccin de Bill Gates, un poison ?

 

Nous sommes systématiquement confrontés à ces théories et à leurs émules chaque fois que nous valorisons les actions constructives de Bill Gates. C’est pourquoi j’aimerais dire une bonne fois pour toute que le nouveau paradigme a besoin de tout le monde, y compris des riches. Partout dans le monde des gens font leur part: des hommes, des femmes, des jeunes, des vieux, des blancs, des noirs, des riches et des pauvres. Au Courant Constructif, nous n’excluons personne et voyons toutes ces parts comme complémentaires. La part des riches n’est pas des moindres dans cette grande transition. Elle consiste à financer l’évolution en cours, à orienter les flux vers les solutions, à mettre la force matérialisatrice de l’argent au service de la transition. C’est ce que fait Bill Gates, et en cela il montre l’exemple à d’autres riches qui ne font rien en ce sens et ne sont, eux, jamais critiqués.

L’argent est le nerf de l’évolution. Exclure les riches par pure idéologie, quand leur rôle est tellement primordial dans le financement et la mise à l’échelle des solutions, serait une grave erreur. C’est là encore un point qui nous différencie du populisme ambiant. Nous ne nous opposons pas aux riches, nous valorisons ceux qui apportent de la valeur à l’humanité et mettent leur fortune au service de la résolution des enjeux du siècle, inspirant les autres à en faire de même. Supposez que l’attitude constructive de Bill Gates inspire suffisamment de riches pour créer une dynamique constructive au sein de l’élite économique mondiale, nous aurions alors une puissante force de matérialisation au service de la transition qui s’en trouverait grandement accélérée.

Prenons donc garde à ce que notre rapport culturellement problématique à l’argent ne nous prive pas des ressources nécessaires au financement des solutions! L’argent n’est ni bon ni mauvais en soi, il ne fait qu’amplifier la nature de l’homme.  Il ne le rend ni bon, ni mauvais, mais sert la part qu’il choisit de nourrir. Dans son état idéal, l’argent sert l’évolution, l’humanité, la créativité. Dans son état le plus déplorable,  il sert la régression, l’ego, la destruction.

La question n’est pas d’être pour ou contre l’argent mais de valoriser ceux qui le mettent au service de l’évolution. Lutter contre les riches n’est pas la solution, être pour les riches a priori n’est pas non plus la voie à suivre. Il s’agit de valoriser et d’encourager les riches qui font un usage constructif de leur argent en le mettant au service des solutions. Quand l’idiot pointe l’argent, le sage regarde sa direction.

Satyavir, pour Courant Constructif

 

Bill Gates répond aux théories conspirationnistes

 

Pour aller plus loin et contrer les rumeurs complotistes :

L’efficacité des vaccins en onze maladies

Non, Bill Gates ne veut pas vous implanter une micropuce à l’aide d’un vaccin

Non, Bill Gates n’a pas prédit la pandémie de COVID-19

Bill Gates a-t-il dit que les vaccins sont « l’une des clés de la réduction des niveaux de population » ?

Bill Gates investit massivement dans des toilettes pour les plus démunis

Décrypteurs : non, Bill Gates n’a pas prédit la pandémie de COVID-19

Is Bill Gates Being Sued by India Over Vaccination Deaths?

Bill Gates meets PM Modi, attends NITI Aayog event on Indian health system  (Note: Bill Gates a tellement été expulsé d’Inde en 2017 pour avoir tué 500 000 enfants avec ses vaccins qu’il était encore reçu par le premier ministre Modi en novembre 2019 comme le montre l’Hindustan Times.)

A $350 toilet powered by worms may be the ingenious future of sanitation that Bill Gates has been dreaming about

Was the Bill and Melinda Gates Foundation Kicked Out of India?

 

 

Notes:

(1) ASTRUC Lionel, L’art de la fausse générosité – La fondation Bill et Melinda Gates, Actes Sud, 2019

(2) ASTRUC Lionel, L’art de la fausse générosité – La fondation Bill et Melinda Gates, Actes Sud, 2019:

Les vaccins sont-ils vraiment la meilleure solution ? Bien souvent, ils le sont. Mais parfois, pour le savoir, il faudrait accorder des moyens équitables aux recherches portant sur des solutions moins lucratives pour l’industrie pharmaceutique. Or, les avancées vers des traitements plus naturels et moins chers – donc moins lucratifs pour certains laboratoires – sont freinées par l’OMS . Par ailleurs, les vaccins, en plus des problèmes d’effets secondaires que certains peuvent provoquer, restent une solution coûteuse pour les populations les plus démunies. Dans le cas du paludisme, par exemple, la question des alternatives se pose. La Fondation a éludé une possible solution naturelle à l’efficacité pourtant démontrée :l’absorption de l’artémisia, sous forme de tisane, qui pourrait éradiquer la maladie. Plus précisément, l’OMS a interdit l’artémisinine et, avec le soutien de la Fondation, préféré favoriser le déploiement d’un vaccin antipaludique nommé Mosquirix® développé par GSK avec l’appui financier de l’Initiative Vaccin contre le paludisme de Path, émanation de la Fondation Bill et Melinda Gates50 . Pourtant, comme en témoigne Lucile Cornet-Vernet, vice-présidente de l’ONG More for Less à l’origine d’un réseau de Maisons de l’artémisia qui aident les populations africaines à bien cultiver l’artémisia et à bien la prendre médicalement : “La plus grande maladie infectieuse du monde peut être guérie par une plante que tout le monde peut avoir chez soi. Deux sortes d’artémisias soignent le paludisme depuis des siècles […] plus rapidement que les médicaments actuels. Elles n’ont aucun effet secondaire ni aucune toxicité.” Lucile Cornet-Vernet déplore que “80 % du budget de l’OMS [soit] perçu grâce à des firmes ou à des grands consortiums. L’OMS n’est pas indépendante, elle est juge et partie”, affirme-t-elle.

Satyavir : La collapsologie cache un désir d’effondrement

“Je ne pleure pas la fin de notre monde, je l’attends avec une impatience grandissante même si je ne suis pas encore tout à fait prête. A 48 ans, je sais que je n’ai jamais aimé notre monde, du plus loin que je me rappelle ce n’était pas pour moi. Je me suis même dit bien des fois que je n’étais pas née dans la bonne époque. Aujourd’hui j’ai rencontré d’autres « âmes perdues » et nous nous préparons ensemble tout en étant séparés par de grandes distances parfois, pour un futur difficile, mais plus propre.” Témoignage de Caroline (1)

 

Un article de MrMondialisation s’étonnait récemment d’observer sur les réseaux sociaux de plus en plus de commentaires exprimant un véritable désir d’effondrement. “Se réjouir de « l’extinction de l’espèce humaine » est devenu un commentaire récurrent dans les bouches et sur les réseaux sociaux.” pouvait-on lire en introduction (2). Étrangement, les médias qui incarnaient le journalisme positif sur Internet (Mr Mondialisation, Positivr, WeDemain, Kaizen) se sont fait le relais de la collapsologie, en contradiction totale avec leur ligne éditoriale et dans l’ignorance la plus complète du Courant Constructif qui continue d’incarner cette ligne. Les voilà à présent qui s’étonnent de la montée de la haine de notre civilisation et de l’humanité. C’est là un phénomène que, pour notre part, nous avons maintes fois constaté, jusque dans les commentaires de notre propre groupe qui n’est malheureusement pas à l’abri de l’effondrisme ambiant. Nous avions pointé à plusieurs reprise ce désir d’effondrement lové sous les apparences de scientificité du discours effondriste. La collapsologie apparaît à bien des égards comme la justification rationnelle d’un désir d’effondrement qui lui pré-existe.

 

I – Économie libidinale de l’effondrisme

Ce désir d’effondrement s’est progressivement développé dans les milieux écologistes où la destruction de la planète a fini par nourrir une véritable détestation de notre civilisation responsable de cette destruction. On le sait, l’écologie vient renouveler la lutte anti-système qui battait de l’aile après l’échec du communisme. Elle réactive les logiques de radicalisation oppositionnelle en les faisant passer du rouge au vert. Rappelons que le fondateur de la collapsologie, Pablo Servigne, est lui-même profondément anarchiste. Connaissant le goût prononcé de certains anarchistes pour la destruction du système capitaliste, on peut légitimement se demander s’il n’y a pas, chez le fondateur de la collapsologie lui-même, derrière l’argumentation rationnelle, un certain désir de voir le monde moderne s’effondrer. Nous n’exagérons rien. En réalité Pablo Servigne a plusieurs fois manifesté ce désir. Dans son livre de collapsosophie, il partage ainsi sa “joie de voir (enfin !) l’effondrement du monde thermo-industriel et de bien d’autres choses toxiques, de pouvoir inventer de nouveaux mondes, de retourner à une existence simple, de retrouver une mémoire (contre l’amnésie) et des sens (contre l’anesthésie), de regagner en autonomie et puissance, de cultiver la beauté et l’authenticité, et de tisser des liens réels avec le sauvage retrouvé. Il n’y a rien d’incompatible, nous dit-il, à vivre une apocalypse et un happy collapse.” (3)

Ainsi, la détestation de notre monde qui, sous l’ère communiste, prenait la forme d’un désir d’effondrement du système capitaliste, a pris, sous l’ère écologiste, la forme d’un désir d’effondrement de la civilisation thermo-industrielle. Comprenant cela, on comprend mieux pourquoi les effondristes s’acharnent à décrédibiliser toute solution qu’on leur présente. Ce n’est pas qu’ils s’attachent à mettre en garde contre le caractère erroné  de certaines solutions, c’est qu’ils souhaitent en réalité qu’il n’y en ait AUCUNE. Nous rejoignons en cela l’analyse du sociologue Gérald Bronner d’après lequel “Les collapsologues ne veulent pas voir les innovations technologiques qui pourraient changer la donne.” (4) Le déni des solutions, qui permet de maintenir les bases théoriques de leur idéologie, trouve son fondement dans un parti pris affectif en faveur de l’effondrement. Les collapsologues s’acharnent à invalider toute solution, non seulement pour se donner raison et maintenir leur système de croyance, mais aussi par espoir d’un effondrement qui justifierait et libèrerait la possibilité d’utopies communautaires post-apocalyptiques. Leur comportement, qui semblait contradictoire jusque là (pourquoi un lanceur d’alerte s’acharnerait-il à rejeter toute solution qu’on lui présente?), ce comportement s’éclaire si l’on tient compte du paramètre libidinal sous-jacent au niveau rationnel de leur argumentation. Derrière le diagnostic prétendument scientifique de l’effondrement se cache un double désir:  désir d’effondrement de notre monde et désir de reconstruction utopique d’un monde nouveau. Qu’on se le dise, les collapsologues ne souhaitent pas véritablement éviter l’effondrement, ils ne souhaitent même pas simplement l’accepter comme une fatalité, en réalité, beaucoup d’entre eux l’espèrent.

Ils l’espèrent, et ils le disent. Le 7 décembre 2019, le site Sciencepost sortait un article intitulé: “Six français sur dix craignent un effondrement de la civilisation” (5). Le titre de cet article n’a pas manqué d’attirer l’attention des effondristes.

Voici quelques unes des réactions qu’on pouvait lire en commentaire de l’article sur Facebook (6):

 
 

Ce genre de pensées est en réalité beaucoup plus répandue qu’on ne le croit. On observe sur le terrain différents degrés de désir d’effondrement qui cohabitent, du laisser-faire passif à l’excitation pro-active. Chez la plupart des gens, le désir plus ou moins conscient et assumé de voir cette société s’effondrer se mêle avec des désirs contradictoires. Les désirs opposés s’annulant, il en résulte une sorte de passivité face à la catastrophe annoncée. On ne fait rien pour que le système s’effondre mais l’on ne fait rien non plus pour l’en empêcher. On ne lutte pas, on ne s’engage pas, on ne dépense pas son temps et son énergie de manière combattive et constructive… Mais on laisse le monde glisser sur sa pente suicidaire sans réagir, ce qui est une manière d’adhérer passivement au destin annoncé.

Cette attitude est en elle même le symptôme d’une civilisation qui est en train de perdre l’envie de vivre et d’évoluer. Ce genre de réaction ne devrait pas être pris à la légère, mais bien comme révélateur d’une pathologie collective beaucoup plus profonde qu’on ne croit. Le besoin de sens étant un besoin vital pour les êtres humains, lorsqu’une société ne fait plus sens, ses membres perdent le courage de la défendre, la combattivité face à l’épreuve et la rage de vivre. La crise spirituelle de la modernité a grandement affaibli la capacité de résilience de nos sociétés en affectant le désir même qu’il y ait résilience. Nous nous retrouvons dans une situation où, potentiellement, les solutions, bien que présentes, ne seront pas mises en oeuvre par simple manque de volonté collective. Ce défaut de volonté est le symptôme d’un nihilisme pathologique qui, au bout de sa logique, conduit à un suicide passif collectif.

À un niveau plus avancé on trouve des personnes qui ont accumulé suffisamment de ressentiment envers cette société pour désirer la voir s’effondrer. On peut même observer une certaine excitation chez un certain nombre de survivalistes qui se préparent à l’effondrement comme à une grande aventure. Les séances de préparation les sortent  d’un quotidien plat et dévalorisant. L’adrénaline aidant, elles leur donnent l’occasion de se sentir beaucoup plus en vie que dans leur vie normale.

Cette aventure sera aussi pour eux l’occasion de prendre leur revanche sur ce monde: ils riront à leur tour de ceux qui les trouvaient ridicules, et leur préparation anticipatrice les placera en position de force. Là où les anciens métiers ne vaudront plus rien, leurs compétences acquises les mettront en situation de dominer.

 

Bernard rêve d’une pandémie et se prépare à une chose : SURVIVRE

 

Pour d’autres encore, c’est la consommation de films, de jeux et de séries post-apocalyptiques qui vient alimenter le désir du grand frisson régressif. En Californie, le festival Wasteland permet aux plus impatients de vivre de manière anticipée quelques jours dans un univers post-apocalyptique fantasmé.

 

Wasteland Weekend 2018

 

II – Le désir d’extinction, version la plus extrême du désir d’effondrement

Ce désir  d’effondrement peut dans certains cas, aller jusqu’au vœu de voir l’humanité s’effondrer démographiquement, voir disparaître complètement de la surface de la Terre. Pour de plus en plus de gens en effet, ce n’est plus seulement un système historique qui est la cause du mal mais c’est l’espèce humaine en tant que telle. C’est le syndrome Paccalet, du nom de l’écologiste Yves Paccalet, connu pour son livre L’humanité disparaîtra, bon débarras, paru en 2007. Dans ce livre précurseur de la collapsologie, on peut lire notamment le passage suivant: 

« Nous ne sommes ni le fleuron, ni l’orgueil, ni l’âme pensante de la planète : nous en incarnons la tumeur maligne. L’homme est le cancer de la Terre. » (7)

Cette idée selon laquelle l’humanité serait le cancer de cette planète est assez répandue dans les milieux écologistes. On en vient ainsi à considérer l’extinction de l’homme comme une forme de guérison positive pour la planète. Le livre de Paccalet cherche à donner une image de l’humanité si négative qu’on en vient à trouver sa disparition prochaine finalement souhaitable ou, à minima, pas si grave que ça. Il est vrai qu’on ne se souhaite pas du bien lorsque l’on se déteste…

 
 
III – L’inversion du sens commun
 

Le logiciel effondriste induit des types de réactions inversées par rapport au sens commun: le problème devient une solution et la solution un problème. Dès lors que l’effondrement devient désirable pour la planète, la biodiversité et les hommes, toute crise est vue comme une bonne nouvelle en tant qu’elle est susceptible de déclencher et de précipiter l’effondrement tant attendu.

Ainsi, pendant la crise du Coronavirus, on a pu voir certains effondristes se réjouir et espérer que la pandémie agisse comme le déclencheur de l’effondrement systémique. À titre d’exemple: le 29 février 2020, Pablo Servigne partageait sur sa page Facebook un article relatif aux conséquences du coronavirus sur l’économie mondiale (8). “Ça sent le roussi, là…” commentait-il. Voici quelques unes des réactions que l’on pouvait lire en commentaire de son post:

 

Une personne toutefois s’offusquait du manque d’empathie saisissant de ces réactions envers toutes les personnes qui allaient souffrir et mourir :

 

La réponse de l’effondriste visé ici par la critique est tout à fait révélatrice:

L’inversion est flagrante: le virus n’apparaît plus comme un problème mais comme une solution. Notre monde est vu comme un cauchemar et à cet égard toute crise susceptible de déclencher sa fin apparaît comme une bonne nouvelle, quelles que soient les souffrances engendrées. Là où le sens commun invite à porter notre attention sur les solutions issues de la science, de la société et de la technologie (vaccins, traitements, solidarités, techniques de dépistages, technologies d’assainissement…), ici c’est le problème qui apparaît comme la solution et les solutions potentielles qui apparaissent comme des problèmes dans la mesure où elles sont susceptibles de freiner la fin de ce monde.

 
 
IV – Pourquoi un tel désir?
 

Le constat étant fait, se pose maintenant la question de savoir pourquoi un tel désir d’effondrement se développe dans la population? Les raisons sont évidemment multi-factorielles. Nous n’en mentionnerons ici que dix.

1/ Le désinvestissement de la modernité en crise

La crise multidimensionnelle du monde moderne induit un désinvestissement affectif du référentiel moderne et une ré-identification à des modèles traditionnels. Le fantasme d’un monde traditionnel harmonieux suscite l’espoir d’un retour à l’équilibre d’avant. Quelques ateliers de permaculture, quelques expériences de potagers collectifs, quelques séjours dans des éco-lieux alternatifs et des fermes autonomes induisent l’idée qu’un autre monde est possible et souhaitable. L’effondrement du monde moderne permettrait de généraliser ce genre d’expériences communautaires. On fantasme sur des modes de vie néo-ruraux, l’harmonie d’un monde low-tech, paisible et communautaire. Le désinvestissement libidinal de la modernité fait qu’elle n’est plus ni portée, ni défendue, ni prolongée par ses enfants.

 

2/ La crise du sens

La modernité est une déconstruction du régime de sens traditionnel. Beaucoup ne se sont pas remis de la destruction des repères traditionnels et demeurent dans une forme de nostalgie idéalisante. Ni le consumérisme, ni les grandes festivités mondiales n’ont jamais étanché la soif de sens de l’homme moderne qui ne cesse de réactiver des formes de religions traditionnelles pour retrouver le sens perdu (néo-bouddhisme, néo-hindouisme, néo-chamanisme, néo-druidisme…). Le désenchantement du monde moderne induit une crise du sens profonde chez les jeunes générations. Ces dernières grandissent dans un système en crise terminale qui ne leur apporte plus de sens, seulement des crises. N’ayant jamais connu d’autre monde que le monde moderne, elles tendent à considérer les avantages du dit système comme des acquis, et seront d’autant plus facilement prêtes à abandonner la modernité occidentale qu’elles ne penseront pas devoir les défendre. L’espoir d’un réenchantement conduit à désinvestir la société moderne pour imaginer des utopies concrètes. L’effondrement du vieux système apparaît dès lors comme un espoir de réenchantement dans un nouveau monde réharmonisé avec la nature.

 

3/ La crise sociale

La religion étant, dans les sociétés traditionnelles, le socle du lien social, la mort de Dieu et la déchristianisation des sociétés occidentales n’ont pas seulement induit une crise du sens, mais également une crise de la reliance. À la perte du religare vertical s’est ajoutée la perte du religare horizontal. La modernité n’a réussi à recréer du lien qu’autour des objets de consommation. Les ersatz de religion que sont les grandes célébrations sportives ou l’adoration des célébrités ne suffit pas à recréer le sens perdu dans un monde structurellement aliéné et aliénant.

L’individualisme moderne produit une solitude massive, qui s’est encore accentuée avec l’apparition des écrans. Sur le vide de cette sociabilité fleurissent les utopies communautaires visant à retrouver une vie riche en humanité, en solidarité et en partage. “Moins de biens, plus de liens“, scandent les décroissants dans leurs manifestations. Les collapsologues héritent également de ce désir de commun et de communion perdus qui traversent la mouvance écologiste. Mais ils projettent sur l’après-effondrement la possibilité d’un tel retour. L’effondrement étant sensé ressusciter l’entraide (9), ils développent un imaginaire de petites communautés traditionnelles résilientes fortement intégratives, qui a de quoi séduire tous les déçus de la modernité en mal d’appartenance et de communion humaine.

 
 

4/ La saturation de la complexité

L’évolution des sociétés humaines est parvenue à un tel degré de complexité qu’un désir de retour à la simplicité a vu le jour. Cette complexité semble à présent fragile et devient synonyme d’insécurité, là où la simplicité des choses naturelles apparaît comme beaucoup plus stable et résiliente en cas de problème. Les problèmes suscités à ce stade de l’évolution humaine semblent tellement complexes qu’ils ne sont même plus compréhensibles par la plupart des individus. Les gens vivent dans un monde dont ils ignorent comment il fonctionne. Cette perte de maîtrise induit une anxiété accrue dès lors que cette complexité devient elle-même génératrice de problèmes complexes dont la résolution est hors de leur maîtrise. À un certain niveau le désir d’annuler la complexité pour revenir à des valeurs plus simples et retrouver la maîtrise de sa vie apparait comme la solution. Dès lors, ne faut-il pas laisser s’effondrer cette complexité problématique devenue immaîtrisable? Seul un effondrement semble pouvoir mettre fin à la fuite en avant d’un système complexe qui ne peut en lui-même que tendre vers sa propre continuation et son auto-accroissement. C’est cette logique qui pousse de nombreux effondristes à désirer l’effondrement comme un retour à un niveau d’organisation stable et maîtrisable à leur échelle.

 

5/ Le maintien du système de croyance effondriste

À bien des égards, la collapsologie fonctionne comme une idéologie qui, comme toute idéologie, tend à se conserver dans le temps en écartant tout élément susceptible de perturber ses fondements théoriques.  Le collapsologue se trouve pris dans un jeu malsain où, pour continuer d’avoir raison, il doit sans cesse détruire la crédibilité de toute nouvelle solution susceptible d’invalider le scénario de l’effondrement. L’existence de solutions représentant un risque vital pour son idéologie, il prendra systématiquement parti contre les solutions émergentes, allant jusqu’à rejeter l’emploi du mot “solution” en collapsologie (10). Dans ce contexte, le collapsologue préfèrera avoir la satisfaction de dire “On vous l’avait bien dit!”, plutôt que de lutter activement contre un effondrement dont l’absence invaliderait son idéologie et le relèguerait au rang des illuminés annonciateurs de la fin du monde qui peuplent l’histoire.

 

6/ La préférence des animaux à l’humanité

La destruction de la planète par l’homme finit par faire baisser l’estime qu’il se porte à lui-même, tandis que l’amour porté aux animaux grandit avec l’augmentation de l’empathie, l’influence du mouvement vegan et les réseaux sociaux. Déclin de l’amour de l’humanité d’une part, augmentation de l’amour des animaux d’autre part. Là où les deux courbes finissent par se croiser, on en vient à considérer l’effondrement de l’humanité comme une bonne nouvelle pour les animaux, la biodiversité et la planète en général. Ainsi le célèbre écologiste James Lovelock pouvait-il déclarer dans une interview:

« Je considère avec beaucoup de sérénité un genre d’évènement, pas trop rapide, qui réduirait notre population à environ un milliard ; je pense que la Terre serait plus heureuse. » (11)

La priorité affective accordée à la terre et au vivant sur l’humanité par le père de l’hypothèse Gaïa le conduit manifestement à une indifférence vis-à-vis de l’effondrement démographique de sa propre espèce. Par quel trouble de l’attachement, de l’empathie ou de l’amour de soi a-t-on pu en arriver là?

Cet état d’esprit s’appuie en réalité sur des décennies de déconstruction et de relativisme qui ont fini par nous faire nier la supériorité évolutive de l’homme sur les autres espèces terrestres. L’anti-spécisme condamne lourdement la tendance que nous avons à accorder plus de valeurs aux êtres humains qu’aux animaux comme une forme de racisme anthropocentrique. Cet égalitarisme est souvent le premier pas vers une véritable inversion des valeurs. Là où la détestation de l’humanité s’accroît, les animaux finissent par paraître plus sages, plus intelligents, plus aimant que l’homme que l’on tend à voir comme une  erreur de la nature, un cancer de cette planète. Dans ce contexte, l’effondrement vient rétablir l’ordre naturel, remettant les hommes à leur place et soulageant le monde animal. Il est souhaitable pour l’harmonie du tout et la sauvegarde de la vie sur Terre.

 

7/ L’anticapitalisme vert

Les prédictions marxistes de la chute du capitalisme se sont avérées décevantes pour les anti-capitalistes. Mais les prédictions du Club de Rome dans les années 1970 ont suscité à nouveau l’espoir de voir le système économique de la modernité s’effondrer. Le logiciel malthusien, crédibilisé par le rapport Meadows,  a finalement permis un renouvellement de l’anti-capitalisme, qui, fort de son nouveau visage collapso-décroissant, gagne à présent la jeunesse. Le capitalisme n’est plus sensé s’effondrer de ses contradictions internes mais du fait des limites géo-physiques du système Terre. L’attente de la chute du système capitaliste se reporte sur le désir d’un effondrement systémique. L’utopisme post-apocalyptique succède au socialisme utopique et l’attente du grand déclencheur de l’effet domino succède à l’espoir du Grand Soir.

 

8/ Le malheur de l’homme moderne

Augmentation des inégalités, hausse du chômage et aliénation des travailleurs finissent par affecter l’adhésion des masses au système global de la modernité. Au ressentiment des perdants de la mondialisation s’ajoute le malheur du salarié moderne moyen, aliéné dans son travail, triste dans sa vie, pauvre en sens, éloigné de la nature, confronté à la violence et à la concurrence, bombardé quotidiennement d’informations négatives… Tout cela finit par créer un climat général et affectif qui peut, dans certain cas, susciter le désir de voir ce “cauchemar” prendre fin. L’effondrement peut alors être envisagé comme une délivrance et un espoir.

 

Le leader survivaliste VolWest parle de la société, du système, du salariat…

 
 

9/ La culpabilité masochiste

La destruction de la nature par l’homme suscite une culpabilité qui nécessairement appelle sa punition. L’effondrement peut apparaître comme une grande purification salvatrice vis-à-vis d’un péché envers la nature qui a été trop loin. Les crises suscitées par la destruction de l’environnement sont alors vécues comme autant de punition, de rappel à l’ordre d’une Mère nature en colère. Certains survivalistes trouvent que la dégénérescence de ce monde a été trop loin. Ils souhaitent que la nature intervienne pour que les décadents soient emportés et que les “vraies valeurs” soient rétablies.

 

10/ Le fantasme d’un renouveau

Le désir d’effondrement prend racine dans la détestation de ce monde, mais il se nourrit également de l’utopisme post-apocalyptique qui permet d’associer l’effondrement à un horizon fantasmatique positif. L’espoir d’un renouveau qui serait rendu possible après l’effondrement du monde actuel cristallise les aspirations et fantasmes des anti-capitalistes verts. On fantasme sur des communautés d’entraide réharmonisées avec la nature, à l’instar de l’auteur du site collabsologie.fr qui, dans un article prônant l’effondrement joyeux, exprime en ces termes sa vision du monde post-effondrement :

« Je vois une vie où je passerai mes journées à croiser des gens et à discuter, à donner des coups de mains et à me faire aider, à travailler ensemble pour un bien commun. Mes soirées seraient faites de partages autour d’un feu, avec des amis à refaire le monde. Les gens seraient aimants, disponibles, et la société humaine retrouverait ses lettres de noblesse. Alors qu’aujourd’hui on se toise, on se confronte, on se méfie, on s’évite. »(12)

Plus ces utopies paraissent désirables et plus l’effondrement devient souhaitable aux yeux de ceux qui voudraient les vivre. En maintenant cet horizon de projections fantasmatiques idéalisées, l’effondrisme se rend désirable, ce qui ne serait pas le cas s’il se contentait de décrire les terribles réalités qui attendent les hommes si un tel effondrement venait à se produire (violences, guerres, viols, famines, épidémies, maladies, égoïsme, concurrence pour les ressources, gangs, dépressions…).

 

Conclusion : Défendre l’amour de l’humanité

La montée du désir d’effondrement révèle un désinvestissement affectif du système moderne en cours dans la population. Pour beaucoup, la modernité ne fait plus sens, ni sur le plan spirituel, ni sur le plan matériel. Les nombreux services et objets qu’elle continue de fournir ne suffisent plus à compenser le malheur de l’aliénation moderne, ni le vide de sens de l’individualisme contemporain. On assiste à la réémergence d’un désir de commun, de communion, de communauté, de nature, de spirituel. Tous les besoins humains profonds que la modernité avait tendance à refouler en centrant la vie sur le travail salarié refont surface. L’effondrement apparaît à beaucoup comme la solution pour en finir une fois pour toute avec le quotidien de l’aliénation. On investit l’effondrement par espoir d’un renouveau, sans comprendre que le renouveau qu’on espère serait littéralement impossible dans le contexte d’un effondrement réel, qui ne pourrait que conduire à la violence, à la misère, à la maladie, à l’impuissance et au tribalisme. La désirabilité de l’effondrement repose entièrement sur une mauvaise estimation de la réalité qu’il engendrerait s’il advenait. La sous-estimation de la gravité de l’effondrement et de ses conséquences d’une part et l’idéalisation du monde d’après d’autre part sont les deux pieds sur lesquels s’avance l’illusion régressive. Une illusion tenace, qu’il va s’agir de déconstruire si l’on veut ouvrir la voie à une évolution constructive.

Nous sommes tous d’accord pour dire qu’il est temps de changer de paradigme. Mais nous nous opposons sur la nature du nouveau paradigme et sur le chemin à prendre pour y parvenir. Certains pensent qu’il suffit de revenir à des modèles anciens, d’autres pensent qu’il s’agit d’évoluer vers un nouveau modèle parfaitement inédit. Certains pensent que l’effondrement de l’ancien monde est une phase nécessaire pour que puisse émerger un monde nouveau,  d’autres estiment, c’est notre cas, qu’un tel effondrement ne déboucherait sur rien d’autre que sur une grande régression collective, et que si nous voulons continuer d’évoluer, il nous faut à tout prix empêcher cet effondrement d’arriver ou du moins, le limiter autant que possible.

Mais au delà des arguments, au delà des théories, au delà des querelles de chiffres, il y a ce fond affectif qui nous porte amoureusement vers le passé ou vers le futur. C’est à ce niveau libidinal que se joue la véritable bataille. D’où l’importance de développer un imaginaire éco-futuriste pour faire barrage à l’irresponsabilité d’une écologie passéiste nourrie de fantasmes et d’idéalisations.

En tant que Courant Constructif, nous sommes résolument tournés vers l’évolution des consciences et de la société. Notre mission consiste à identifier, à valoriser et à rassembler les forces d’évolution dans le monde. Depuis le début, nous combattons de toutes nos forces la Grande Régression que nous voyons se préparer sur les réseaux, portée par des armées de populistes, de réactionnaires, d’utopistes irresponsables, d’éco-spirituels délirants et de collapso-décroissants idéologiquement conditionnés. Mais nous savons aussi que pour emporter cette bataille de l’évolution, nous ne devons pas seulement lutter contre les théories de nos adversaires, nous devons être capables de proposer une vision d’un avenir désirable et crédible. Nous devons autant attaquer les dangereux fantasmes utopiques  de nos adversaires que développer une force de proposition qui l’emportera par son sérieux et sa désirabilité. Tel est notre défi: réussir à concurrencer les forces régressives sur le terrain de l’imaginaire et du désir, en canalisant la légitime colère vers une vision constructive, évoluée, humaniste, émancipatrice, écologique et futuriste.

La #TransitionSociétale est cette vision. L’ensemble des propositions qui en forment le programme constitue une mise à jour systémique de notre civilisation visant à l’adapter aux réalités du XXIe siècle. La Transition Sociétale pose les bases structurelles permettant une sortie concrète de l’aliénation tout en résolvant l’équation de la réharmonisation des sociétés humaines hautement développées avec l’écosystème terrestre. Avec cette transition, nous évoluons vers l’ère de l’épanouissement de l’humanité, une ère dans laquelle le potentiel qui réside en l’homme n’est plus nié, empêché, refoulé par une systémique aliénatoire, mais favorisé, soutenu, valorisé grâce à une organisation  adéquate de la société. La Transition Sociétale nous fait entrer dans l’ère de l’Humain à proprement parler. Et plus nous la retarderons, plus nous reculerons vers une abîme d’inhumanité.

Il est irresponsable de laisser croire qu’un effondrement est inéluctable, nécessaire et désirable pour parvenir à un renouveau, quand en réalité un tel effondrement causerait des milliards de morts dans le monde et ferait avorter la dynamique d’évolution en cours en nous ramenant à des considérations primaires de survie, de sécurité et d’appartenance. Il est irresponsable de laisser croire qu’un effondrement serait synonyme d’entraide, quand il nous vouerait à la violence, à l’impuissance, à l’égoïsme et à la mort. La désirabilité de l’effondrement ne repose que sur l’inconscience de dangereux idéalistes et le ressentiment d’anti-systèmes ingrats. L’intelligence créative et constructive peut encore avoir raison de la bêtise régressive. À condition qu’elle ne se contente pas de jouer sur le terrain de l’argumentation rationnelle mais investisse le champ du désir et de l’imaginaire. Notre combat ne se joue pas seulement au niveau des chiffres et des solutions techniques, c’est une bataille libidinale, c’est une bataille culturelle, c’est une bataille de récits.  Nous devrons être capables de faire émerger un nouveau grand récit pour la nouvelle ère si nous voulons déclencher une puissante vague d’émotion qui répandra les idées que nous portons dans son sillage. Nous avons besoin d’artistes, nous avons besoin de travailleurs acharnés, nous avons besoin de penseurs innovants et nous avons besoin de financeurs pour porter tout cela dans la matière. Les forces de régressions organisées ont tout cela. Pourquoi pas nous?

Cette détestation de l’humanité et du monde moderne nous invite enfin à retravailler le jugement que nous portons sur nous-mêmes de façon à retrouver l’équilibre dans nos perceptions. Se peut-il qu’une des tâches fondamentale de l’humanité pour entrer dans la nouvelle ère soit d’apprendre à s’aimer? Aimer le chemin parcouru, aimer le stade où nous en sommes parvenu, aimer l’aspiration qui nous porte à vouloir aller toujours plus loin et nous améliorer encore et encore.

S’aimer soi-même en tant qu’humanité, c’est peut-être là la tâche la plus importante à accomplir au carrefour de notre destin. Car en cette heure décisive, c’est selon que nous nous aimerons ou pas que nous déciderons si nous méritons de continuer ou pas, de nous battre ou pas, d’exister ou pas. Il s’agit d’embrasser nos qualités comme nos défauts. Ne pas voir que le pire. Ne pas voir non plus seulement le meilleur. Mais viser l’équilibre du jugement. C’est cela, aussi, être constructif. C’est ce que nous enseigne la légende des deux loups : il y a le pire et le meilleur dans cette humanité. La question n’est pas de savoir si l’homme est un être bon ou mauvais. La question est de savoir ce que nous choisissons de nourrir individuellement et collectivement. Un jugement équilibré nous conduit à l’attitude constructive. Il faut que l’homme se déteste pour pouvoir désirer l’effondrement. Une humanité qui s’aimerait ne pourrait vouloir qu’évoluer.

Satyavir
 
 
 
 
(1) Bruno ETCHENIR, L’effondrement qui vient: soyez heureux!, collabsologie.fr, 20 janvier 2019. Commentaire de Caroline.
 
 
(3)Pablo SERVIGNE, Raphaël STEVENS, Gauthier CHAPELLE, Une autre fin du monde est possible, Seuil, 2018
 
 
(5) Yohan Demeure, Six français sur dix craignent un effondrement de la civilisation, Sciencepost.fr, 7 décembre 2019
 
(6) Voir le post et ses commentaires ici
 
(7) Yves PACCALET, L’humanité disparaitra, bon débarras, J’ai lu, 2007
 
(8) Voir le post et ses commentaires ici
 
(9) Pablo SERVIGNE, Gauthier CHAPELLE, L’entraide : l’autre loi de la jungle, Les liens qui libèrent, 2017
 
(10) “En fait, il n’y a même pas de “solutions” à chercher à notre situation inextricable (predicament), il y a juste des chemins à emprunter pour s’adapter à notre nouvelle réalité.” Pablo SERVIGNE, Gauthier CHAPELLE, Comment tout peut s’effondrer, Seuil, 2015
 
(11) James LOVELOCK, Saving the planet is a foolish, romantic extravagance, Newsweek, 31 mai 2015
 
(12) Bruno ETCHENIR, L’effondrement qui vient: soyez heureux!, collabsologie.fr, 20 janvier 2019
 
 

 

 

Pour des villes éco-futuristes

Intervention de Satyavir à l’Université Catholique de Lille, le 26/03/2020, sur une invitation de Michel Saloff-Coste, directeur de la prospective.

 

 

Pour aller plus loin

La ville du futur sera:

1/ Eco-futuriste

Architectes éco-futuristes :

Bjarke Ingels (danois)

Vincent Callebaut (belge)

– Voir: Architecture éco-futuriste

 

2/ Biomimétique

– Voir: Architectures biomimétiques

 

3/ Dépolluante

A/ La végétalisation

Végétaliser la ville : quand le vert remplace le gris

Les « forêts urbaines », essentielles aux villes de demain

Comment les villes se préparent-elles à lutter contre les canicules à répétition?

Cette start-up a mis au point un arbre artificiel capable de purifier l’air des villes !

Montpellier : une ville végétalisée pour faire face à la canicule ?

Des algues dans nos villes

L’agriculture urbaine au service des villes en transition

Forêts urbaines: les citadins reboisent les villes

 

B/ Le Direct Air Capture

Carbon – Negative : Un film documentaire sur l’industrie de la Capture Carbone avec Graciela Chichilnisky

Un nouveau dispositif permet de capturer le CO2 de l’air, le stocker et le restituer à la demande

Du CO2 capturé et transformé en matière première

A sponge to soak up CO2 is in the works – Energy Factor

4 Companies That Turn CO2 Emissions Into Something Useful – Goodnet

Au Canada, une entreprise capture le C02 pour en faire de l’énergie

Le MIT met au point un outil de captation du CO2 plus efficace et moins cher

Using CO2 as an industrial feedstock could be a game-changer

Global status of CCS 2019

Cement from CO 2 : A Concrete Cure for Global Warming?

Global Roadmap for Implementing CO2 Utilization

La valeur du carbone va continuer à augmenter

Élimination du dioxyde de carbone Climeworks

Carbon XPRIZE : Les 10 finalistes entendent réinventer le carbone – Enerzine

 

C/ La valorisation du carbone en matériaux de construction

1/ Fibre carbone à base de CO2

Recycler les GES en nanofibres de carbone

Produire des nanofibres à partir du gaz carbonique de l’atmosphère

 

2/ Ciment à base de CO2

Calera Progress Update: Cement and Fresh Water From CO2 and Brines

CO2 Concrete – Carbon Use Technology For Building Our Future

Le CO2, matériau de construction de demain ? | ShareAmerica

CO2 Concrete – Carbon Use Technology For Building Our Future

What if we could turn CO2 into a building?

Montreal company pioneers carbon-negative concrete

Cement from CO 2 : A Concrete Cure for Global Warming?

CarbonCure injects CO2 into concrete to sequester it forever – MaterialDistrict

This concrete traps CO2 emissions forever

 

4/ Source d’énergie

Piolenc, la première ville française à produire plus d’électricité qu’elle n’en consomme

Les vitres solaires, nouvel atout énergétique des bâtiments

Séoul : des panneaux solaires sur tous les bâtiments publics d’ici 2022

Un nouveau type de cellule tandem pour accroître le rendement des panneaux solaires

Des chercheurs ont fabriqué des panneaux solaires complètement transparents

Centrales solaires hybrides et FPOS : une nouvelle révolution énergétique et urbaine est en vue !

Les vitres solaires, nouvel atout énergétique des bâtiments

Les films photovoltaïques organiques ouvrent de nouvelles perspectives aux énergies renouvelables – Révolution Énergétique

 

5/ Confortable

Supraways : le transport aérien du futur contre les embouteillages en ville

Huit taxis volants sans chauffeur pour survoler les villes dès 2020

Hyperloop reliera toutes les villes du monde

Livraison du futur : comment mieux livrer nos centres-villes ?

Lyft travaille sur la voiture 100 % autonome et ne veut plus de chauffeurs d’ici 2025

Supraways

Easy Mile

Navya

Toyota announces e-Palette vehicle as its future of mobility at CES 2018

Les robots-livreurs autonomes étaient contrôlés depuis la Colombie pour 2 dollars de l’heure

Drones: le Royaume-Uni ouvre de nouveaux horizons à Amazon

San Francisco, pionnière des robots autonomes livreurs de repas

Des robots ont commencé à remplacer les livreurs en Chine

 

6/ Conviviale

A/ Automatisation et Fin du travail

Clarke, ce robot intelligent capable de trier les déchets

Les Finlandais bénéficiant du revenu universel sont moins stressés et veulent travailler plus

Bientôt la fin du salariat ? L’OIT rend un rapport sur l’évolution du travail…

Vers une société sans travail ? | The Flares

Le tout premier camion autonome et électrique est enfin autorisé à circuler sur la voie publique !

TECHNOLOGIE Iron Ox, vers une ferme fonctionnelle sans travailleurs humains, avec des robots

Wing d’Alphabet lance des essais de livraison par drones en Finlande

Selon le MIT, chaque robot introduit sur le marché du travail détruit 6 emplois

TOUS les emplois seront occupés par des robots. Le XXIème siècle sera celui de la fin du travail…

Fin du travail : En Chine les premières usines avec 0 ouvrier

La fin de la société du Travail ?

 

B/ Personnalités favorables au revenu de base

 

Ce n’est pas la morale qui sauvera le monde mais la créativité

De plus en plus de gens pensent que l’écologie a échoué et qu’il est temps à présent de se préparer à l’effondrement. Le Courant Constructif s’oppose à un tel diagnostic. Ce n’est pas l’écologie qui a échoué mais une certaine écologie, l’écologie morale, qui en appelle à polluer moins par auto-restriction individuelle et décroissance collective. Mais il est une autre écologie, l’écologie créative, qui, elle, est en train de faire ses preuves en apportant toujours plus de solutions et en améliorant sans cesse celles qui sont déjà présentes. Il est grand temps que cette écologie créative, aussi silencieuse que travailleuse, vienne à l’avant plan et fasse parler d’elle. Il s’agit d’opérer un changement de paradigme écologique et de redéfinir le sens de l’action et de la pensée écologiste dans un tout nouveau sens. 

I – La culpabilité comme fondement de la pensée écologiste et le choix de l’écologie morale

L’écologie est rongée par la culpabilité. La culpabilité d’un homme traditionnel présent en chacun de nous, qui s’en veut d’avoir perturbé l’ordre sacré du monde et se punit en s’auto-restreignant afin de se donner bonne conscience et d’expier ses fautes. Cette culpabilité fait entrer l’écologie dans une logique régressive qui va de la critique du capitalisme et de la société de consommation à l’apologie de la décroissance et de l’autonomie traditionnelle. Comme si l’avoir nuisait à l’être, comme si la consommation était un mal, comme si la sagesse était de s’auto-limiter pour ne satisfaire qu’à ses besoins élémentaires. Seulement voilà, l’homme n’est pas un être de besoin, c’est un être de désir et son désir est infini. C’est ce désir infini qui le pousse à créer. C’est lui qui met en action toute son évolution. C’est encore lui qui se cache derrière le progrès : dans le désir de mobilité, dans le désir de confort,  dans le désir de communiquer, dans le désir de bien manger, de s’informer, d’écouter de la musique, de voler et d’aller conquérir l’espace… Sans le désir de l’homme, aucune des évolutions apportées par la modernité n’auraient eu lieu. Et l’on voudrait rendre coupable ce désir qui nous a porté si loin ?

Il est une autre sagesse pour l’écologie que ce moralisme flagellateur qui fait de chaque consommateur un coupable schizophrène. Car il est deux sagesses en l’homme, celle de la morale et celle de la créativité. La première est incarnée par le sage traditionnel qui invite au renoncement, à l’ascèse, à la mesure, au célibat, à la vertu, au dépouillement et au détachement des plaisirs de ce monde. Depuis la nuit des temps les hommes érigent ce genre de sage sur un piédestal tout en se gardant bien de leur ressembler (surtout en ce qui concerne les plaisirs charnels). Car pour atteindre une telle auto-limitation, il faut un esprit sacrificiel et un ressentiment à l’égard de ce monde et de la vie que le commun des mortels n’a généralement pas.

On croyait cette vieille culpabilité judéo-chrétienne disparue avec la mort de Dieu, l’essor du consumérisme et la révolution morale du libéralisme. Mais voici qu’elle ressurgit de plus belle, ressuscitée par l’écologie. Avec la crise écologique, l’homme redevient pécheur, non plus, cette fois, envers Dieu mais envers la nature. La tentation de l’expiation du péché par auto-restriction morale réapparaît. A quoi bon demeurer fidèle à la fable des abeilles quand les abeilles disparaissent ? De nouveaux moralistes émergent pour prôner par l’exemple la morale de l’auto-restriction. De Pierre Rabhi et sa sobriété heureuse à Greta Thunberg et son refus de prendre l’avion, les éco-moralistes ont le vent en poupe. Comme toujours l’humanité les hisse sur un piédestal de perfection morale, tout en se gardant bien de les imiter. Les médias les adorent. Leur discours survalorisé parvient à réveiller la fibre morale de certaines personnes, mais l’humanité étant ce qu’elle est, l’appel à la morale ne saurait produire en elle un changement massif. La plupart des gens se contentent d’écouter ces éco-moralistes avec admiration, sont émus par le spectacle de leurs actions exemplaires, et continuent leur vie sans y changer grand-chose, trop préoccupés qu’ils sont par leurs problèmes personnels, ou trop prisonniers des rouages d’un système dont ils ne peuvent se libérer.

II – L’échec de l’écologie morale et la montée de l’effondrisme

Aussi observera-t-on qu’il n’est jamais question de créativité dans le discours de ces nouveaux prêcheurs. La morale, comme moteur de l’écologie, ne saurait produire autre chose qu’une injonction à polluer moins par auto-restriction. Faire moins la même chose, par la force de notre motivation morale et le déploiement de système punitifs, voilà tout ce que peut la sagesse morale en matière de solutions.  Car la morale est dépourvue de créativité. La créativité et la morale sont deux états d’esprit radicalement opposés. La morale veut poser des limites, la créativité veut les dépasser. La morale veut empêcher, la créativité veut rendre possible. La morale appelle l’homme à la soumission (à Dieu, à la nature), la créativité invite l’homme à avoir confiance en lui-même et à rayonner sa puissance. La morale réclame des interdits, la créativité a besoin de liberté pour pouvoir se déployer. La morale se veut rigide, la créativité implique un certain lâcher-prise et une connexion aux impulsions de la vie en nous pour libérer l’intuition et atteindre l’état de flow.

Faute de créativité, le moraliste ne peut envisager autre chose comme solution que d’user de sa force morale pour faire moins la même chose : rouler moins, manger moins, acheter moins, voyager moins, moins faire d’enfants, moins prendre l’avion, moins utiliser internet, moins, moins, moins. Le détournement de l’écologie par le moralisme religieux traditionnel débouche donc sur un paradigme du polluer-moins, qui conduit à son tour à la décroissance et, par échec moral de l’humanité, de la décroissance à la collapsologie.

Le problème de cette écologie moraliste, c’est qu’elle nous condamne à attendre que chaque individu devienne vertueux pour que le problème écologique soit résolu. Cette écologie fait reposer la réussite de la transition écologique sur la morale individuelle. Pour que l’humanité ait un avenir, il faudrait parvenir à convaincre chacun de ses membres d’adopter les bons gestes, les bons comportements d’achats, les bons modes alimentaires. Mais comme l’humanité n’est pas particulièrement vertueuse, on peut attendre longtemps avant que les hommes aient adopté cette attitude morale. Cette stratégie moraliste présente autant de risque d’échec qu’il y a d’individu sur terre. 

Même les plus spirituels d’entre nous, quoi qu’ils disent, sont pris dans des contradictions. Il ne suffit malheureusement pas de s’éveiller et d’aimer la nature de tout son cœur pour ne plus polluer, lorsqu’on fait partie d’un système.

Autant dire que nous aurons disparu avant d’être parvenus à atteindre la moindre perfection morale en matière d’écologie. La faiblesse morale de notre espèce débouche sur cinquante années d’échec en matière d’écologie, avec comme résultat le développement de thèses effondristes et la récente ascension médiatique de la collapsologie, qui marquent un coup d’arrêt à cette stratégie de solutionnement de la crise environnementale. Puisque presque personne n’arrive à cet idéal de perfection morale, c’est donc, pense-t-on, que notre espèce est perdue, par manque de sagesse. De là la montée d’un certain mépris de l’humanité dans les milieux écolos où les quelques individus étant parvenus à opérer leur transition morale s’exaspèrent d’attendre que les autres s’y mettent aussi. Mais de même que le sage demeure une exception dans l’humanité, malgré toutes les incitations de la religion, l’écologiste cohérent, celui qui a réduit sa consommation en toute chose, est voué à demeurer une minorité, malgré l’urgence et la gravité de l’enjeu, car le commun des mortels ne dispose pas de la force morale suffisante pour limiter son plaisir personnel immédiat pour le bien collectif futur.

III – La sagesse créative, une autre voie pour l’écologie, en phase avec la nature humaine

L’échec de l’écologie morale est-il l’échec de l’écologie en tant que telle ? Je ne dirai pas cela, car il existe une seconde sagesse au sein de l’humanité qui peut servir de fondement à une autre écologie, beaucoup plus efficace. Cette seconde sagesse, c’est la sagesse de la créativité. La sagesse de la créativité consiste, plutôt qu’à s’auto-limiter pour limiter le problème, à lui inventer une solution. Quand le sage moraliste enseigne au malade à moins manger et à maîtriser la souffrance en se détachant de son corps, le sage créatif lui, invente un remède qui bénéficiera à toute l’humanité.

C’est cette sagesse là qui meut le monde depuis la nuit des temps, bien plus que la morale qui, on le sait, n’est pas vraiment le génie de notre espèce. Si les sages moralistes de chaque époque peinent à convertir l’humanité à l’auto-restriction morale, ce n’est pas que l’humanité soit dépourvue de sagesse, mais c’est qu’elle s’adonne plutôt à une autre forme de sagesse, la sagesse de la créativité. Pendant que le sage moraliste pratique le renoncement pour se libérer des problèmes du monde, les hommes de ce monde prennent en charge la douleur du monde matériel et font preuve d’un amour réel envers leurs semblables en inventant toutes sortes de solutions concrètes qui leur rendent la vie meilleure. Ils créent, ils innovent, ils bâtissent et conquièrent des possibles. Les solutions ainsi inventées sont transmises aux générations futures, de sorte que l’humanité voit progressivement son sort s’améliorer grâce à l’apport cumulé de chaque génération. Et l’on voit toute la portée de cette sagesse créative, pourtant bien peu reconnue dans la sphère spirituelle. En effet la sagesse moraliste n’a conduit que quelques individus à la libération des chaînes de ce monde matériel à force de renoncement et de maîtrise de soi, tandis que la sagesse créative a conduit à l’émancipation collective d’une bonne partie de l’humanité par la transformation concrète de ce monde.  C’est donc cette sagesse là, et non celle de l’austérité heureuse, qui a rendu ce monde meilleur pour l’homme concrètement.

IV – Pour une  écologie non-coupable basée sur un diagnostic de succès

Que serait l’écologie si elle était mue par la sagesse de la créativité plutôt que par celle de la morale ? Je vous le donne en mille : cette écologie se libérerait de la culpabilité qui l’empêche de considérer le problème comme une opportunité. Sous l’angle créatif en effet, le problème du dérèglement climatique, n’est pas le résultat d’un péché, c’est une conséquence de la réussite créative de l’homme. C’est un problème à gérer, non une faute dont on devrait se sentir coupable. La crise écologique n’est pas le signe de l’échec de l’homme moderne mais celui de sa réussite. C’est cette réussite qui a permis de passer d’une humanité de quelques millions à une humanité de plusieurs milliards d’individus, nombre qui pose à présent de nombreux problèmes, pour la préservation de la biodiversité par exemple. C’est cette réussite qui a permis de repousser l’âge de la mort, le taux de mortalité infantile, la douleur de la maladie et la faim due aux famines, produisant ainsi une augmentation de la durée de vie qui n’a fait qu’accroître le niveau d’émissions moyen de chaque individu à l’échelle de sa vie. C’est cette réussite encore qui a permis d’augmenter considérablement la richesse expérientielle de la vie humaine, en nous rendant accessible un grand nombre d’objets, de services, d’expériences, de lieux, de rencontres, de pensées et de connaissances, et c’est toute cette richesse d’activités et d’expériences positives qui génère aujourd’hui des conséquences néfastes pour la planète par leurs externalités négatives. C’est cette réussite enfin qui a permis un accroissement considérable du niveau de vie des populations, engendrant par la même un niveau de pollution accru. 

Aujourd’hui, cette réussite tant quantitative que qualitative est parvenue à un tel niveau que ses externalités négatives, qui n’étaient pas un enjeu hier du fait de leurs faibles proportions, deviennent un problème urgent pour l’humanité. Le CO2 dégagé hier par quelques trains roulant au charbon, au début de la première ère industrielle, n’était pas un problème, étant donné le peu d’émissions globales de l’humanité en ce temps là. Mais aujourd’hui l’explosion d’activités dues aux progrès scientifique et technique a élevé les émissions globales à des niveaux supérieurs aux capacités d’absorption de la Terre. Le niveau d’évolution complexe que nous avons atteint suscite donc un nouveau niveau de problème, que nous devons résoudre. Il n’est pas question de faute, nous n’avons pas à nous sentir coupable d’avoir su augmenter la population humaine, d’avoir accru le niveau de vie des hommes ainsi que la durée et la richesse expérientielle de leur existence. Nous n’avons pas non plus à nous sentir coupable d’avoir inventé toute sorte de technologies fabuleuses (le frigidaire, l’avion, le lave linge, l’ordinateur, le  téléphone, la voiture, etc…). Nous n’avons pas commis de faute. Simplement, le niveau de réussite que nous avons atteint grâce à notre intelligence suscite à présent un nouveau niveau de risque pour l’humanité, et nous devons par conséquent apprendre à maîtriser ce risque en l’intégrant dans nos paramètres organisationnels. Nous sommes condamnés à évoluer. Si nous n’atteignons pas rapidement des niveaux plus avancés d’évolution technologique et culturelle intégrant le paramètre écologique, nous disparaîtrons, purement et simplement, car notre succès fait paradoxalement peser sur l’humanité une « menace existentielle directe », pour reprendre les mots d’Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU.

V – De l’écologie morale à l’écologie créative

Comment maîtriser ce nouveau risque ? Quelles modifications organisationnelles et comportementales devons-nous opérer pour éviter la catastrophe annoncée ? Face à ce nouvel enjeu, le logiciel moraliste voudrait que nous auto-limitions nos désirs afin de limiter nos émissions de CO2. Voici plus de cinquante ans que les sages éco-moralistes en appellent à la sobriété. Voilà plus de  cinquante ans qu’ils dénoncent l’hybris moderne et veulent la faire cesser. Et voilà plus de cinquante ans que le paradigme du « polluer moins par auto-restriction morale»  est un échec. Car pas plus qu’avant, l’humanité n’est capable d’une telle vertu. L’humanité est collectivement capable d’inventivité, pas de vertu. Car c’est la créativité et non la morale, qui fait le génie de notre espèce.

Quelque chose dans l’humanité la pousse à aller toujours de l’avant, elle ne saurait se freiner, revenir en arrière et annuler les acquis de son évolution. Il y a dans la proposition morale de l’écologie quelque chose de contre-nature pour notre espèce. Nous ne savons qu’aller de l’avant, nous ne savons pas rétrocéder. C’est inscrit dans nos gènes. Et c’est pourquoi, pas plus hier que demain les hommes n’accepteront de se freiner dans leur développement. Comme si quelque chose en l’homme le poussait malgré les injonctions à la modération, à poursuivre sa course infinie. Car l’humanité est une fuite en avant. Et vouloir arrêter cette fuite en avant, c’est vouloir arrêter l’humanité elle-même dans sa marche. Les problèmes générés par la fuite en avant de l’humanité ne doivent pas être résolus par l’arrêt de cette fuite en avant, mais par la construction de ponts qui permettent de la poursuivre.

Il serait donc temps de dresser le constat de l’échec du moralisme en matière d’écologie afin d’adopter la seule stratégie véritablement efficace, car adaptée à la nature profonde de notre espèce : l’approche créative. Ce n’est pas la morale qui sauvera l’humanité, mais sa créativité. Il ne s’agit pas ne limiter nos comportements individuels par notre force morale, il s’agit d’inventer des solutions à tous les niveaux par la force de notre ingéniosité.

Et cette dynamique a déjà commencé. Pendant que les médias sont focalisés sur quelques éco-moralistes de débat et quelques forces d’opposition qui manifestent contre le problème, les véritables génies de l’humanité, dont le nom est généralement ignorés de tous, font le vrai travail qui consiste à inventer des solutions concrètes. Ce sont des entrepreneurs, des ingénieurs, des scientifiques, ce sont des collectifs de chercheurs qui seront, demain, alliés à l’Intelligence Artificielle pour produire les solutions dont le monde a besoin. Cette dynamique de résilience créatrice est en réalité beaucoup plus importante que le système de valorisation médiatique ne le laisse deviner. Si, en matière d’écologie morale on pourrait effectivement croire que « tout le monde s’en fout » et que « personne ne fait rien », il est en revanche impossible de parvenir aux mêmes conclusions lorsqu’on considère les progrès de l’écologie créative. Car ici l’humanité répond, et c’est d’ailleurs là que se situe sa véritable réponse : dans toute la panoplie des énergies renouvelables qu’on ne cesse de perfectionner, dans les vastes entreprises de reforestation, dans l’évolution des transports vers l’hydrogène et l’électrique, dans les grands projets de nettoyage des océans, dans le secteur émergent de la capture et de la valorisation du carbone qui ne cesse d’inventer de nouveaux débouchés industriels au CO2 atmosphérique, dans les progrès de la fusion, dans les alternatives aux terres rares, dans la recherche en matière de désextinction, dans les progrès en matière de recyclage, dans le développement de nouvelles formes d’agriculture et les alternatives aux pesticides, dans les progrès de l’IA et de la robotique au service de l’environnement.

La réponse de l’humanité à la crise écologique est donc bien là, bien réelle. Ne pas reconnaître qu’il y a là une réponse conséquente, pertinente et efficace revient à faire preuve de déni. Car tous ces petits bouts de solutions mis bout-à-bout finissent par former un nouveau système, équilibré, sain et plus évolué. Évidemment, lorsqu’on a le regard focalisé sur l’absence de comportements moraux, on ne voit pas la présence de millions de créatifs à l’œuvre. Toute pathologie de la valorisation commence par une pathologie de la focalisation.

Cette écologie créative est là depuis le départ, dans l’ombre de l’écologie morale. Elle travaille en silence pendant que l’autre est sur tous les plateaux TV. L’une apporte des solutions quand l’autre dénonce le problème. L’une avance lentement mais sûrement quand l’autre fige l’humanité dans la culpabilité et l’impuissance. Il est temps que cette écologie créative prenne le pas sur l’écologie morale et pour cela, une révolution du système de valorisation est nécessaire. Le Courant Constructif montre la voie, en valorisant quotidiennement cette réalité d’une humanité résiliente quand la plupart des grands médias sont concentrés sur l’actualité du désastre.

VI – L’écologie créative comme nouvelle manière de penser les solutions

Le passage à l’écologie créative nous appelle à intégrer une toute nouvelle logique dans notre façon de penser les solutions à  la crise environnementale. Je distinguerai ici 5 schèmes de pensée essentiels à ce nouveau paradigme écologique.

1/ Le passage de l’échelle individuelle à l’échelle systémique

L’écologie morale est centrée sur l’échelle individuelle : elle invite les individus à modifier leurs comportements personnels en utilisant leur motivation morale individuelle. En écologie créative, les problèmes se résolvent au niveau systémique, par de grandes mutations de l’infrastructure collective (mutation du système énergétique, des matériaux, de la législation, des modes de transports et de production agricole, etc.).  Il s’agit de produire des solutions implémentables à grande échelle de façon à modifier l’infrastructure du système collectif. Ainsi, plutôt que d’inviter l’individu à se restreindre pour consommer moins d’énergie afin de consommer moins de pétrole de façon à  diminuer ses émissions, il s’agira de créer les solutions qui permettront une refondation du système énergétique collectif sur la base d’énergies non carbonées. Le problème étant résolu au niveau de l’infrastructure collective n’a plus à être résolu au niveau des individus qui relèvent de cette infrastructure pour leur consommation personnelle.

Le sens de l’engagement écologiste s’en trouve lui-aussi transformé. On passe ainsi d’une échelle d’action individuelle à une échelle collective systémique. Il ne s’agit plus de militer pour l’adoption de nouveaux comportements individuels, mais de faire sa part dans la transformation de l’infrastructure collective : par sa participation à la recherche et à l’innovation en faveur des nouvelles technologies, par son engagement dans des collectifs soutenant la transition infrastructurelle, par des choix de consommation qui favorisent l’essor de nouvelles solutions infrastructurelles (énergies renouvelables, CCU, etc), par la valorisation de l’information susceptible de favoriser cette évolution, par son implication citoyenne (vote, participation aux débats, manifestations, conquête du pouvoir, etc)…

2/ Le passage d’une approche ascendante (bottom-up) à une approche descendante (top-down)

L’écologie morale opère par le bas, en partant de l’individu, et tente de cumuler suffisamment d’invividus au comportement moral pour produire un changement d’ordre collectif. L’écologie créative résout pour sa part les problèmes par le haut, au niveau du système-même, de sorte que l’évolution créative de l’infrastructure du système a des retombée ensuite pour tous les individus.

3/ Le passage d’une logique soustractive à une logique évolutive

L’écologie morale consiste à diminuer, voir à supprimer l’usage des technologies responsables de la crise. On prendra moins l’avion, voir on ne le prendra plus du tout. De même qu’on mangera moins de viande ou qu’on n’en mangera plus du tout. Qu’on roulera moins en voiture ou qu’on passera carrément au vélo. Qu’on fera moins d’enfants voir plus du tout, etc. En écologie créative, il ne s’agit pas de supprimer l’objet du problème, mais de le faire évoluer de sorte qu’il ne produise plus le problème tout en conservant sa fonction. Ainsi, plutôt que de ne plus prendre l’avion, on produira des avions électriques ou volant au CO2, de même qu’on produira de la viande artificielle, ou encore des voitures pourvues de moteurs à hydrogène sans terres rares. Il s’agira d’inventer un système global à émissions nulles ou négatives dans lequel faire un enfant ne sera pas une source d’émissions supplémentaires. Bien au contraire, les enfants seront éduqués dans le respect et l’amour de la nature, et l’on veillera à ce que leur éducation développe leur potentiel de sorte qu’ils puissent à leur tour contribuer à l’humanité et à la résolution du problème écologique. Ainsi, si dans le cadre du paradigme moral du polluer-moins, faire un enfant est un acte intrinsèquement nuisible à la planète, il n’en va pas de même sous l’angle créatif, dans la mesure où l’enfant peut devenir à son tour créateur de solutions qui annuleront son empreinte écologique voir produiront une dépollution du système global réduisant l’empreinte carbone de tous les individus.

4/ Considérer le problème comme une opportunité

Il ne saurait y avoir de solution créative sans une capacité à considérer le problème autrement. L’écologie créative opère un retournement de situation à 180 degrés, en nous invitant à considérer le problème comme une opportunité. Le cas du CO2 est particulièrement parlant à cet égard. Alors que dans l’approche morale, le CO2 est vu comme un mal qu’il s’agit d’éliminer à la source en en produisant le moins possible, dans l’approche créative, il s’agit plutôt d’apprendre à utiliser ce CO2 de façon à en faire une nouvelle matière première. L’intérêt économique de cette nouvelle matière première incitera à puiser dans cette nouvelle ressource de manière massive, engendrant ainsi une dynamique vertueuse de dépollution de l’atmosphère terrestre. L’approche créative permet ainsi de concilier l’écologie et l’économie, là où l’approche morale ne permettait que de les opposer. Dans un tel paradigme il devient économiquement rentable de dépolluer l’atmosphère de sorte que l’écologie, libérée de la culpabilité, devient une véritable opportunité d’affaires pour les investisseurs et les entrepreneurs.

L’un des théoriciens de ce retournement conceptuel, Thierry Curty, insiste sur le fait que le CO2 est le pétrole du 21e siècle et qu’il s’agit de construire l’infrastructure qui permettra à l’humanité de se gaver littéralement de cette nouvelle ressource. On voit comment la logique créative transforme radicalement notre manière de penser les solutions, en nous faisant passer d’un freinage moral en amont à une voracité libidineuse en aval, une attitude qui, convenons-en, est bien plus adaptée à la nature humaine.

5/ Le passage du polluer moins à la dépollution

Le paradigme du polluer moins découle tout entier de l’approche morale de l’écologie qui fait de l’auto-restriction la forme même de la responsabilisation en matière écologique. L’écologie créative conduit pour sa part à une toute autre approche. Il ne s’agit plus ici de polluer un peu moins l’environnement, mais de carrément le dépolluer. C’est le propre de la créativité que de rendre possible un tel tournant, dans la mesure où la dépollution repose entièrement sur des procédés ingénieux faisant appel à nos connaissances techniques et scientifiques. La morale est intrinsèquement limitée au polluer moins, elle ne peut, par ses ressources propres, faire mieux que cela. Le mieux qu’elle puisse faire est d’imposer une moindre pollution au niveau collectif en passant par la loi. Seule la créativité peut permettre de dépasser les limites intrinsèques du polluer moins pour nous faire entrer dans des dynamiques d’émissions négatives dépolluantes. Le principe de dépollution s’incarne dans une vaste palette de procédés allant de la reforestation au nettoyage des océans, à la régénération des sols et de la biodiversité appuyée sur les forces de résilience de la nature,  ainsi qu’au déploiement d’une industrie mondiale de la dépollution alliant les usines de capture du CO2 et du méthane atmosphérique à des entreprises de valorisations de ces mêmes gaz.

La dépollution est le cœur du nouveau paradigme écologique. Elle est en elle-même une nouvelle manière de penser les solutions, et force est de constater qu’au stade actuel de dégradation du climat elle est à présent la seule stratégie capable de résoudre le problème à une échelle suffisante. Comme l’explique parfaitement Thierry Curty : polluer moins, c’est polluer quand même et polluer quand même, c’est mourir quand même. Or nous ne voulons pas mourir un peu plus lentement, nous voulons survivre et poursuivre notre évolution, et pour y parvenir, la seule possibilité est de passer à une stratégie de dépollution.

 

Conclusion : Pour une mobilisation constructive mondiale fondée sur la responsabilité créative

En guise de conclusion j’aimerais mettre en garde contre une mauvaise interprétation possible de mon propos. La critique de l’écologie morale ne doit bien évidemment pas être entendue comme une invitation à des comportements écologiquement irresponsables, comme si, sous prétexte de solutions créatives, nous pouvions laisser libre cours à nos penchants les plus grossiers et destructeurs envers la nature. Que les individus adoptent des comportements écologiquement moraux est une bonne chose, et l’attitude morale est complémentaire de l’attitude créative. Nous sommes d’ailleurs,  au Courant Constructif, favorables à des systèmes de taxes et d’impôts dissuasifs sur l’empreinte carbone des produits et des individus, permettant de valoriser les produits et modes de vie écologiquement responsables au sens d’un polluer-moins.

Mais force est de constater qu’à l’échelle planétaire les comportements moraux en matière d’écologie restent minoritaires, notamment si l’on tient compte des habitudes désastreuses des populations du tiers monde.

Et quand bien même ce genre de comportements moraux deviendraient demain majoritaires sur l’ensemble de la planète, ils ne suffiraient pas à eux seuls à enrayer le dérèglement climatique, puisqu’en polluant moins, on pollue encore trop. L’écologie morale ne saurait par conséquent être invoquée comme une solution efficace et suffisante. Elle peut au mieux s’additionner de façon complémentaire à l’écologie créative qui est la seule approche capable de produire des dynamiques de dépollution à grande échelle et par conséquent d’inverser les courbes du réchauffement climatique, pas seulement de les ralentir.

Dans cette perspective, la solution n’est pas de stimuler la volonté morale des individus, mais de rendre l’individu écologiquement cohérent malgré lui, grâce à la transformation des infrastructures collectives auxquelles il a recours en tant que consommateur. Il faut arriver au point où l’individu n’aura d’autre choix que de recourir quotidiennement à des solutions écologiques, de sorte que l’écologie ne soit plus pour lui un choix, mais un environnement infrastructurel inévitable. Il faut faire en sorte qu’il n’y ait plus besoin d’être écologiste pour l’être. Il s’agit de rendre les individus passivement moraux en aval en transformant activement l’environnement infrastructurel auquel ils ont recours en amont, de sorte que même s’ils ne font pas l’effort d’être écolos, ils ne pollueront quand même pas, car l’infrastructure qu’ils utiliseront pour leurs activités sera, elle, écologique. 

Loin de moi l’intention, en critiquant l’écologie morale, de libérer les individus de tout sérieux et de toute responsabilité, mais j’en appelle à une responsabilité créative, plus qu’à une responsabilité morale. J’estime personnellement que nous ne sommes pas à la hauteur de notre responsabilité, non pas au sens où nous ne serions pas assez moraux mais au sens où, face à l’ampleur, de cet enjeu, nous n’avons pas mobilisé à la hauteur où nous le devrions toutes les ressources créatrices de l’humanité. Quelles sont ces ressources ? Il y en a 5 : notre temps, notre énergie, notre argent, notre pensée et notre communication. Ce sont les 5 ressources que nous devons mobiliser dans le cadre de la mobilisation constructive mondiale. Ce sont ces 5 ressources que nous devons mettre en commun pour oeuvrer,  comme une seule espèce, à la résolution des problèmes qui nous menacent d’extinction. Actuellement, cette mobilisation constructive des ressources créatrices de l’humanité est encore bien trop faible. Il n’y a par exemple qu’une poignée d’entreprises engagées pour développer toute l’infrastructure de la capture du carbone. Cela est inacceptable. Des millions de personnes devraient être mobilisées pour développer les technologies CCU et les mettre à l’échelle de toute urgence. La pauvreté des ressources engagées induit une lenteur dans le développement de ces technologies, que l’on finit par être tentés d’écarter, prétextant qu’elles ne seront pas prêtes à temps. Nous devons au contraire construire tout un terreau culturel favorable et stimulant pour l’essor de ces nouvelles technologies. Ce soutien culturel doit ensuite favoriser l’investissement politique et financier en leur faveur, ce qui accélérera en retour leur vitesse de développement. Car la vitesse de développement d’une technologie est proportionnelle à la quantité de ressources engagées. En investissant de trop faibles ressources, nous risquons d’arriver à une situation horriblement absurde dans laquelle l’humanité, bien que disposant des solutions pour résoudre la crise environnementale, aurait malgré tout échoué, parce qu’elle aurait trop tardé pour les développer et les mettre à l’échelle. C’est pour éviter une telle absurdité que nous devons de toute urgence enclencher la dynamique de l’écologie créative et mobiliser toutes les ressources disponibles dans le cadre d’une collaboration constructive mondiale focalisée sur les solutions.

C’est dans cette perspective que le Courant Constructif propose la création d’une Organisation Mondiale de la Recherche en matière de Solutions à la Crise Environnementale (WORSEC), ainsi qu’un Fond International pour les Solutions à la Crise Environnementale (IFSEC), assurant le financement de cette recherche unifiée ainsi que la mise à l’échelle accélérée des solutions parvenues à maturité. Nous pensons que les grands sommets mondiaux ne doivent pas seulement être ceux des dirigeants politiques, car ce ne sont pas eux qui font véritablement l’histoire de notre espèce, mais bien les grands génies qui sont la gloire de notre humanité. Nous devons organiser des rencontres mondiales réunissant les génies de ce monde : chercheurs, scientifiques, penseurs, entrepreneurs, financiers… Nous devons faire travailler les meilleurs cerveaux de l’humanité en intelligence collective de façon à produire des solutions en commun. C’est tout l’enjeu d’une grande mobilisation constructive des ressources créatives de l’humanité. A situation exceptionnelle, réponse exceptionnelle. Il en va du destin de notre espèce et avec elle de toute l’évolution terrestre.

Satyavir, pour Courant Constructif

La légende des deux loups : une philosophie pour notre temps

« Votre esprit est comme un verre vide. Il accueillera tout ce que vous lui donnerez. Vous mettez les derniers potins, les gros titres des magazines à scandale, les émissions de téléréalité, et vous êtes en train de verser de l’eau sale dans votre verre. (…) Toutes ces mauvaises nouvelles télévisées et diffusées à la radio à propos de meurtres, complots, décès, crise économique et affrontements politiques génèrent votre processus de réflexion, ce qui génère vos souhaits, ce qui génère votre créativité. Mauvaise nouvelle! Mais, tout comme un verre sale, si vous le rincez avec de l’eau claire sous le robinet assez longtemps, vous finirez par avoir un verre d’eau clair et pur. Qu’est-ce que de l’eau claire? Des données et des idées positives, stimulantes et soutenues. Des histoires qui inspirent, des personnes qui malgré les difficultés surmontent les obstacles et réalisent de grandes choses. Stratégies de succès, prospérité, santé, amour et joie. Des idées pour créer plus d’abondance, pour grandir, se développer et devenir meilleur. Des exemples et des histoires de ce qui est bien, vrai et possible dans le monde.»
Darren Hardy, Effectuez la transition

 

Il ne vous aura pas échappé que nous avons fait du loup blanc le symbole de notre mouvement. Ce symbole renvoie à la légende des deux loups. La légende des deux loups est au Courant Constructif ce que la légende du Colibri a pu être au mouvement Colibri: une petite histoire qui résume de manière allégorique l’essence d’un mouvement, sa philosophie, son état d’esprit fondamental.

Voici l’histoire en question:

« Un soir, un vieil indien Cherokee raconta à son petit-fils l’histoire de la bataille intérieure qui existe en chacun de nous. Il lui parla ainsi:

Mon fils, il y a une bataille entre deux loups à l’intérieur de nous tous.

L’un est mauvais : c’est la colère, la haine, la méchanceté, la brutalité, l’indifférence,  la jalousie, la tristesse, la peur, l’avidité, l’arrogance, le mensonge et l’égo.

L’autre est bon : c’est la joie, la paix, l’amour, l’espoir, la douceur, la gratitude, la sérénité, la bienveillance, l’empathie, la générosité, la vérité et l’humilité. »

Le petit fils songea à cette histoire pendant un instant, puis demanda à son grand-père :

“Lequel des deux loups gagne ?”

Le vieux Cherokee répondit simplement :  Celui que tu nourris. »

Pourquoi cette petite histoire nous parle tant? Que dit-elle de notre mouvement? Qu’enseigne-t-elle de si précieux pour notre époque?

Les philosophes ont longtemps débattu pour savoir si l’homme était un être bon ou mauvais par nature. Certains, comme Rousseau, affirment que l’homme est naturellement bon, tandis que d’autres, comme Hobbes, pensent que l’état de nature de l’homme est plus manifestement un état de guerre de tous contre tous où “l’homme est un loup pour l’homme”. La légende des deux loups nous enseigne pour sa part qu’il y a dans l’humanité le meilleur comme le pire. Le point de vue adopté ici n’est ni optimiste, ni pessimiste, mais bien constructif, en ce sens que l’on commence par reconnaître la complexité du réel dans son ensemble de manière non-binaire. La question n’est pas de savoir si l’homme est un être bon ou mauvais. La question est de savoir quelle part en lui nous voulons nourrir.

Le message est aussi simple que profond. La légende des deux loups enseigne que c’est la manière dont nous nourrissons notre esprit qui décide, en dernière instance, de l’issue de la bataille qui se joue en chacun de nous ainsi que dans le monde entre forces de destruction et forces constructives. La destinée de l’humanité est autrement dit suspendue à un choix valorisationnel: de quoi choisissons-nous de nourrir au quotidien cet esprit qui fait la singularité de notre espèce?

Nourrir son esprit, cela la commence par l’information que nous mettons chaque jour dans nos têtes. Que nourrissent les médias et de quels médias nous nourrissons-nous ? Quelles informations valorisons-nous collectivement par nos Unes, nos partages, nos conversations et nos likes ? Souhaitons-nous utiliser notre pouvoir de valorisation pour donner de la valeur à ce qu’il y a de pire en l’homme ? Ou pour encourager ce qu’il y a de bon en lui ?

Les médias dominants bombardent chaque jour nos esprits de violence, de bêtise et de destruction. Au Courant Constructif nous avons fait le choix inverse : nous valorisons ceux qui rendent ce monde meilleur, nous mettons en avant les génies, nous partageons les inventions qui résolvent les problèmes du monde, nous mettons l’intelligence et la bonté qui est en l’homme à l’honneur.

Nous avons cette idée, peut-être un peu folle, qu’en valorisant le génie de l’homme plutôt que sa bêtise, nous créerons un climat inspirant qui produira une émulation collective et tirera tout le monde vers le haut. Créer une culture constructive où chacun aura envie de participer à l’amélioration de ce monde, c’est cela, le sens profond de notre mouvement.

Et dans les temps qui courent l’enjeu valorisationnel est tout à fait primordial. Les années qui viennent vont être décisives à cet égard: allons-nous nous contenter de référencer passivement l’actualité d’un monde qui s’effondre ou nous engagerons-nous activement dans la valorisation du monde qui émerge de façons à en répandre l’inspiration et à le rendre de plus en plus manifeste ?

Une chose est sûre: l’issue de cette crise dépend entièrement de ce que nous choisirons de nourrir, individuellement et collectivement. Nous pouvons aussi bien disparaître sous la violence de notre penchant auto-destructeur survalorisé que nous envoler vers des cimes d’évolution exponentielle si nous faisons évoluer notre système de valorisation.

– Satyavir Colibri

 

La nature de l’homme selon Rousseau et Hobbes

“Il faut, méthodologiquement, être constructif.” Michel Saloff-Coste, Université Catholique de Lille

C’était aux journées de l’Industrie du Futur organisées par l’Université Catholique de Lille, une université résolument tournée vers le futur, qui reçoit aussi bien Bernard Stiegler que Jérémy Rifkin ou Gunter Pauli. Michel Saloff-Coste, directeur de la prospective, a fait un discours de clôture passionnant où il en appelle à l’adoption d’une attitude constructive pour bâtir une nouvelle civilisation de l’Amour.

 

UNE VISION À 360° POUR L’INDUSTRIE DE DEMAIN – Michel Saloff-Coste

28 NOVEMBRE 2019 – Discours à l’Institut Catholique de Lille

 
Chers étudiants, chers collègues, chers présidents, chers amis…..
 
Une présentation convenue est-elle la bienvenue ?
 
Je pourrais évidemment conclure de cette journée que le progrès est en marche à tous les étages.
 
Je pourrais même dire comme Aldous Huxley [i] que nous vivons dans le meilleur des mondes !
 
J’en suis effectivement convaincu, nous en avons la preuve à chaque instant !
 
De ce fait justement, à la réflexion, il me semble qu’il est pertinent et même important de sortir d’un discours convenu et lénifiant !
 
J’aimerais vous dire à quel point ce que nous vivons n’est pas trivial et comment cela nous amène à des questions originales.
 
Des questions qui impliquent notre pleine conscience, des questions vieilles comme l’histoire de l’humanité, pour certaines, mais qui se posent aujourd’hui avec une acuité extraordinaire !
 
Certains sachants comme le prix Nobel Paul Josef Crutzen [ii] nous invitent à considérer que nous rentrons dans une nouvelle ère: l’Anthropocène.
 
Ils veulent dire par ce mot savant que l’être humain est devenu, pour le pire et le meilleur; maître sur terre.
 
L’humanité est effectivement devenue le principal facteur de transformation de la planète.
 
Cette toute puissance quasi démiurgique nous renvoie en miroir des questions dérangeantes : Qui sommes-nous ? Que voulons-nous ? Qu’elles sont nos finalités ?
 
D’un côté, nous devons considérer l’évolution de nos sciences et de nos arts, qui après des millénaires de lente progression, est devenue aujourd’hui exponentielle.
 
De l’autre, il nous faut aussi considérer les risques existentiels que secrète notre fantastique réussite en tant qu’espèce intelligente : l’explosion de notre population, la prolifération nucléaire, le réchauffement climatique, l’effondrement de la biodiversité .
 
Comme Teilhard de Chardin [iii] l’avait anticipé et comme Joël De Rosnay le souligne plus récemment, la planète elle-même, est devenue un gigantesque cerveau cybernétique connectant des milliards d’êtres humains, comme autant de neurones, produisant à chaque instant des milliards de milliards d’informations.
 
Dans ce contexte, certains considèrent que nous produisons en un an plus de connaissance que dans toute l’histoire de l’humanité, mais cela est déjà daté car l’intelligence artificielle est entrain à l’instant d’accélérer ce processus de manière significative par 10, 100, 1000, 10000 …..
 
Qui peut le dire ? Qui peut suivre ? Sommes-nous encore aux commandes ? De quoi ? Pour qui ?
 
La digitalisation du monde n’est pas une énième révolution industrielle, c’est un nouveau type de civilisation qui s’annonce !
 
Le facteur création de valeur n’est plus l’énergie, mais la connaissance. Les Universités du monde entier sont au cœur de cette révolution qui modifie la nature même de l’économie.
 
Les anthropologues parlent de civilisation du phoque pour les esquimaux Inuits [iv] ou, par exemple, du bronze [v], il y a 4 000 ans afin de pointer la caractéristique centrale autour de laquelle une civilisation se construit.
 
L’ère industrielle s’est construite autour des énergies fossiles. Notre économie est directement corrélée à notre usage du pétrole comme le souligne Jean Marc Jancovici [vi]
 
Quand Greta nous exhorte à l’action et pleure devant notre immobilité, elle oublie sans doute du fait de son jeune âge que c’est toute notre civilisation quelle remet en cause, des infrastructures de milliers de milliards, mais aussi une culture pluriséculaire.
 
Ces pleurs font échos aux millions de chômeurs qui perdent espoir, aux classes moyennes qui perdent sens, aux étudiants qui refusent leur instrumentalisation par des catégories et des savoirs obsolètes.
 
Par contraste avec le reste des autres espèces vivantes, l’homme se raconte des histoires. Ce qui nous manque le plus aujourd’hui est une grande histoire constructive qui redonne du sens à nos vies !
 
Interdire à un Inuit, pour des raisons écologiques, de chasser le phoque, il perd non seulement sa nourriture traditionnelle, son éclairage, son habillage, mais surtout toute sa culture, ses légendes, sa religion et finalement son sens !
 
Cela prend habituellement des siècles pour changer de type de civilisation. Nous sommes exhortés à le faire en 10ans ! Cela est-il possible ? Cela est certainement difficile, mais cela est-il impossible ?
 
Sun Zu, dans son livre de référence “L’art de la guerre” explique qu’il ne faut jamais acculer un ennemi au désespoir, à la mort, à la disparition totale, car alors son énergie est démultipliée, il est prêt a tout et à partir de rien devient susceptible de faire des miracles et de se dépasser de manière imprévisible.
 
La science génétique, l’épigénétique nous dit que des espèces mises en danger de disparition peuvent même développer, actualiser brutalement des capacités génétiques endormies , se rassembler et faire face dans une unité inattendue.
 
Ne sommes-nous pas déjà acculés à nous réinventer totalement face à l’effondrement de nos écosystèmes écologiques, sociaux et économiques ?
 
La systémique nous apprend que dans les périodes instables de transition complexe, le battement d’une aile de papillon peut déclencher une tempête à des milliers kilomètres de là. De même, aujourd’hui un simple tweet sur un téléphone anonyme peut instantanément bouleverser notre noosphère, c’est-à-dire l’état même de la conscience planétaire.
 
Depuis des décennies déjà aux confins des sciences, des arts et de la philosophie sont inventés de nouveaux questionnements qui interrogent nos croyances les plus solides.
 
Que reste-t-il des certitudes qui ont marqué le siècle précédent, comme par exemple le matérialisme, l’organisation scientifique du travail, le marxisme, le socialisme, le libéralisme et même la notion de progrès remplacée dans l’urgence par la suprématie de l’innovation !
 
Nos idéologies, dans lesquelles nous avions l’habitude de nous draper comme des nobles toges de sagesse, sont devenues des guenilles qui laissent apparaître les membres chétifs de croyances obsolètes.
 
Le roi est nu : les expertises ridiculisées, les autorités bafoués.
 
Le chuchotement d’Antonio Gramsci est le filigrane de cette apocalypse “Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres. L’indifférence, c’est l’oubli, le parasitisme, et la lâcheté, non la vie. C’est pourquoi je hais les indifférents. Je suis pessimiste par l’intelligence, mais optimiste par la volonté.” [vii]
 
Nous avons besoin d’un optimisme méthodologique.
 
Nous avons certes accumulé jusqu’à l’absurde suffisamment d’armes nucléaires pour vitrifier la planète Terre plus de cents fois, mais nous avons aussi en miroir aujourd’hui toutes les connaissances pour transformer cette planète en paradis comme nous l’avons rêvé pendant des millénaires.
 
Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, toutes les nations assemblées dans l’ONU ont posé après de longs débats populaires 17 objectifs pour un avenir souhaitable pour l’humanité qui structure déjà de nombreux débats diplomatiques.
 
La logique contemporaine nous invite à de nouvelles axiomatiques philosophique qui débouchent sur de nouvelles ontologies sémantiques renouvelant de fond en comble notre praxéologie opérationnelle .
 
Des champs de réalités autrefois inimaginable s’offrent à nous.
Nous explorons, par exemple, comme jamais l’infinie grandeur du cosmos et découvrons que nous tournons autour de paradoxaux trous noirs galactiques qui abolissent le temps tandis que parallèlement nous apprenons dans l’infiniment petit que la matière n’est qu’énergie et l’énergie une “probabilité quantique de l’information”. [viii]
 
Nos visions traditionnelles du temps et de l’espace sont radicalement remises en cause.
 
De manière plus trivial dans le quotidien :
Notre culture, nos systèmes, nos modes d’organisation et de management évoluent de plus en plus vite.
 
De nouvelles valeurs émergent comme celle de l’unité dans la diversité, le respect de l’altérité de l’autre, la communication non violente, la coopétition créative, la citoyenneté planétaire.
 
Nous imaginons des systèmes proactifs symbiotiques, des modes d’organisation poly-cellulaires.
 
Le nouveau management des organisations, loin de l’organisation scientifique du travail vise l’autonomie, la créativité, le respect de la singularité.
 
Nous parlons aujourd’hui d’entreprise holomorphes où chacun agit en responsable créatif et autonome, conscient de son contexte et du triple impératif économique, social et écologique.
 
La civilisation carbonée apparaît de plus en plus comme un âge barbare d’instrumentalisation inhumaine, d’intoxication généralisée par l’empoisonnement industriel de l’air, de l’eau et de la terre.
 
Par contraste, nous entrevoyons l’émergence d’une nouvelle civilisation dé-carbonée biomimétique ou le “footprint” serait remplacé par le “handprint”. L’homme, au lieu de détruire son écosystème, l’améliorerait sans cesse en augmentant la biodiversité par la permaculture et par la coopération dans des relations d’interdépendance “gagnant-gagnant” humaines mais aussi animales et végétales.
 
Des essaims de drones peuvent dès aujourd’hui ensemencer des milliards d’arbres dans des régions même inaccessibles pour l’homme. Les baleines, si nous les laissons se multiplier, sont de gigantesques puits de carbone.
 
En sanctuarisant seulement un tiers des océans du globe, nous pourrions retrouver la biodiversité maritime que nous avons détruit de moitié en dix ans par la pèche industrielle.
 
Comment pouvons-nous croire un instant que l’individualisme, les nationalismes, les sectarismes, les intégrismes, nos haines millénaires, puissent nous sauver dans l’apocalypse écologique, sociale et économique de la fin de notre chère civilisation carbonée ?
 
Les nuages diffus de CO2 et de microparticules tuent selon l’OMS déjà des millions personnes de par le monde et ces nuages n’ont que faire de frontières, pas plus que l’obésité qui est devenue de manière inattendue la première cause de mortalité devant la famine !
 
Aucun mur, aucune armée ne nous protégera contre les vagues annoncées de milliards de victimes de la montée des eaux et des dérèglements climatiques , sociaux et économiques.
 
La forêt amazonienne qui brûle, c’est notre poumon à chacun qui brûle.
Toute forme de séparation et a fortiori de haine est centrifuge et au sens propre et figuré diabolique.
 
L’amour au contraire nous unis. L’amour inconditionnel est symbolique de l’articulation de chacune de nos altérités, singularités.
 
Imaginez un instant une civilisation planétaire où la paix a remplacé la guerre. Les milliards dépensés pour tuer sont mis au service de la vie de la créativité de chacun.
 
Imaginez une civilisation de dix milliards d’êtres épanouis dans leurs talents, dans leurs génies. Dix milliards de Mozart, d’Einstein, de Rimbaud, de Shakespeare vivant dans la paix et la synergie créatives.
 
Quelle richesse, quel foisonnement! Rien ne serait impossible à une telle civilisation.
 
Nous ferions de nos villes des jardins de biodiversité idylliques, nos habitats seraient de vastes œuvres d’art inspirantes, chaque rencontre avec un autre serait l’occasion d’un émerveillement de tout l’être, chaque instant de la vie une occasion d’apprendre, de découvrir, créer des instants passionnés, sublimes, éternels.
 
Bientôt nous serions cent milliards d’habitants distribués dans l’ensemble de notre système solaire. Nos dons télépathiques démultipliés nous permettraient sans doute de communiquer avec toutes les espèces vivantes terrestres mais aussi extraterrestres !
 
Cette civilisation ce n’est pas la civilisation du phoque, ni la civilisation du bronze, ni la civilisation du charbon ou du pétrole, ni même la civilisation de l’hydrogène ou du silicium.
 
Cette civilisation, elle a été rêvée et écrite et annoncée par des centaines de poètes et de sages inspirés depuis la nuit des temps. Cette civilisation, elle est déjà là, immobile et pourtant dynamique, symboliquement éternelle.
 
Cette civilisation, elle nous attend, déjà totalement réalisée et pourtant en création d’instant en instant.
 
Cette civilisation, elle a un nom universel. Un nom qui nous fait nous lever le matin dans la joie, nous fait explorer la terre, marcher sur l’eau, nous envoler dans les airs et être la première espèce vivante de cette terre à quitter l’atmosphère terrestre pour aller sur la Lune et Mars.
 
Ce nom nous arrache symboliquement de la gravité terrestre et de toute forme d’attachements diaboliques pour nous unir symboliquement.
 
Cette civilisation c’est la civilisation de l’Amour !
 
L’Amour, nous l’avons rêvé, nous l’avons chanté, il nous faut maintenant le danser, le vivre ou disparaître honteusement dans les plis de l’histoire.
 
Regardez un chien avec Amour et vous verrez que lui a déjà compris.
 
La vie est Amour. Notre planète est Amour.
 
La civilisation de l’Amour est un tsunami. Elle est en marche dans le cœur de chacun d’entre nous.
 
Chantons, dansons autour de l’arbre de la vie.
 
 
 
[i] Aldous Leonard Huxley, né le 26 juillet 1894 à Godalming (Royaume-Uni) et mort le 22 novembre 1963 à Los Angeles (États-Unis), est un écrivain, romancier et philosophe britannique, membre de la famille Huxley. Il est diplômé du Balliol College de l’Université d’Oxford avec une mention très bien en littérature anglaise.
 
Auteur de près de cinquante ouvrages, il est surtout connu pour ses romans, dont Le Meilleur des mondes, roman d’anticipation dystopique ; pour des ouvrages non romanesques, comme Les Portes de la perception qui retrace les expériences vécues lors de la prise de drogue psychédélique ; et pour un large éventail d’essais. Au début de sa carrière, Huxley a dirigé le magazine Oxford Poetry et publié des nouvelles et des poésies.
 
Au milieu de sa carrière et plus tard, il a publié des récits de voyage et des scénarios cinématographiques. Il a passé la dernière partie de sa vie aux États-Unis, vivant à Los Angeles de 1937 jusqu’à sa mort. En 1962, un an avant sa mort, il est élu Compagnon de littérature par la Royal Society of Literature.
 
Huxley était humaniste, pacifiste et satiriste. Il s’est également intéressé à des sujets spirituels tels que la parapsychologie et le mysticisme philosophique, en particulier l’universalisme. Vers la fin de sa vie, Huxley fut largement reconnu comme l’un des intellectuels prééminents de son temps. Il a été nommé sept fois pour le Prix Nobel de littérature1,2,3,4.
 
[ii] L’Anthropocène , soit l’Ère de l’Homme, est un terme relatif à la chronologie de la géologie proposé pour caractériser l’époque de l’histoire de la Terre qui a débuté lorsque les activités humaines ont eu une incidence globale significative sur l’écosystème terrestre. Ce terme a été popularisé à la fin du xxe siècle par le météorologue et chimiste de l’atmosphère Paul Josef Crutzen, prix Nobel de chimie en 1995 et par Eugene Stoermer, biologiste, pour désigner une nouvelle époque géologique, qui aurait débuté selon eux à la fin du XVIIIe siècle avec la révolution industrielle, et succéderait ainsi à l’Holocène. L’Anthropocène serait la période durant laquelle l’influence de l’être humain sur la biosphère a atteint un tel niveau qu’elle est devenue une « force géologique » majeure capable de marquer la lithosphère. La période la plus récente de l’anthropocène est parfois dite la grande accélération, car de nombreux indicateurs y présentent des courbes de type exponentielle. L’Anthropocène est un concept de plus en plus utilisé dans les médias et la littérature scientifique mais toujours discuté par la communauté scientifique géologique – spécifiquement au sein de la commission internationale de stratigraphie de l’Union internationale des sciences géologiques (UISG) – qui détermine les subdivisions de l’échelle des temps géologiques. Depuis 2005, un groupe international d’experts scientifiques, le Group on Earth Observations (en) (GEO), a été mis en place pour observer la Terre et mesurer notamment les conséquences des activités humaines.
 
[iii] Pierre Teilhard de Chardin , né le 1er mai 1881 à Orcines (Puy-de-Dôme) et mort le 10 avril 1955 à New York (États-Unis), est un prêtre jésuite français, chercheur, paléontologue, théologien et philosophe. Scientifique réputé, théoricien de l’évolution, Pierre Teilhard de Chardin est à la fois un géologue, spécialiste de la Chine du Carbonifère au Pliocène et un paléontologue des vertébrés du Cénozoïque. Sa fréquentation régulière des paléoanthropologues qui étudiaient les premiers hominidés, tout juste découverts, l’incita à réfléchir à l’encéphalisation propre à la lignée des primates anthropoïdes 2.
 
Dans Le Phénomène humain, il trace une histoire de l’Univers, depuis la pré-vie jusqu’à la Terre finale, en intégrant les connaissances de son époque, notamment en mécanique quantique et en thermodynamique. Il ajoute aux deux axes vers l’infiniment petit et l’infiniment grand la flèche d’un temps interne, celui de la complexité en organisation croissante, et constate l’émergence de la spiritualité humaine à son plus haut degré d’organisation, celle du système nerveux humain : pour Teilhard, matière et esprit sont deux faces d’une même réalité.
 
En tant que croyant, chrétien et prêtre de la Compagnie de Jésus, il donne un sens à sa foi chrétienne où l’adhésion personnelle à la véracité du Christ se situe à la dimension de la cosmogenèse, et non plus à l’échelle d’un cosmos statique comme l’entendait la tradition chrétienne se référant à la Genèse de la Bible. Il intègre la sélection naturelle et le hasard des mutations génétiques dans sa synthèse naturaliste , ce qui ne se compare donc pas au « dessein intelligent ». Son interprétation spirituelle est une démarche personnelle toujours discutée chez les théologiens catholiques.
 
[iv] Esquimaux ou Eskimos (ou plus rarement Eskimaux est l’exonyme utilisé pour nommer certains peuples autochtones de l’Arctique vivant en Alaska, dans le Grand Nord canadien, au Groenland et en Sibérie orientale. Il s’agit généralement des peuples Inuits et Yupiks. Bien que les inuits représentent la majorité de la population Eskimo, ce terme, popularisé par les explorateurs du XIXe siècle, ne distingue aucune ethnie particulière. Il n’est pas utilisé par les Inuits eux-mêmes et est de nos jours considéré comme discriminatoire voire insultant par ces derniers.
Par extension, l’expression « langues eskimos » désigne aussi un groupe de la famille des langues eskimo-aléoutes qui comprend les langues inuites et les langues yupik.
 
[v] Les alliages appelé Bronze ont été pour la première fois utilisés pendant la période précisément appelée « âge du bronze », pour fabriquer des outils, des armes, des instruments de musique et des armures plus robustes et résistants que leurs prédécesseurs en cuivre ou en pierre. Cette période s’étend globalement de 3000 à 1000 av. J.-C., mais avec de grandes variations suivant les aires considérées. Pendant l’âge du Bronze ancien, le bronze est souvent composé d’un alliage à base de cuivre et d’arsenic, cette période est nommée l’âge du Bronze-Arsenic : employé comme durcissant, fondant et pour augmenter la brillance du métal, cet arsenic est une impureté naturelle contaminant le minerai de cuivre ou est ajouté intentionnellement comme adjuvant. Au Bronze final se substitue à ce bronze arsenié un alliage cuivre-étain permettant de fabriquer des métaux plus résistants et ductiles (âge du Bronze-Étain). L’étain étant difficile à se procurer à cette époque, de nombreux objets étaient fabriqués en alliage cuivre-plomb. Ce bronze étant de moins bonne facture que l’alliage cuivre-étain puisqu’il est plus cassant.
 
[vi] Jean-Marc Jancovici, né en 1962, est un ingénieur français, chef d’entreprise et consultant. Il est également enseignant, conférencier, auteur de livres et chroniqueur indépendant. Il est essentiellement connu pour son travail de sensibilisation et de vulgarisation sur les thèmes de l’énergie et du climat.
 
[vii] Antonio Gramsci, né le 22 janvier 1891 à Ales (Sardaigne) et mort le 27 avril 1937 à Rome, est un philosophe, écrivain et théoricien politique italien. Membre fondateur du Parti communiste italien, dont il fut un temps à la tête, il est emprisonné par le régime mussolinien de 1927 à sa mort. En tant qu’intellectuel marxiste, il a notamment développé une théorie de l’hégémonie culturelle. Ses travaux, menés principalement pendant ses onze années d’emprisonnement, portent aussi sur l’histoire de l’Italie, le nationalisme, les partis politiques, la littérature (notamment l’œuvre de Machiavel), l’époque de la Renaissance et de la Réforme, ou encore le matérialisme historique.
 
[viii] La théorie de l’information quantique, parfois abrégée simplement en information quantique, est un développement de la théorie de l’information de Claude Shannon exploitant les propriétés de la mécanique quantique, notamment le principe de superposition ou encore l’intrication. L’unité qui est utilisée pour quantifier l’information quantique est le qubit, par analogie avec le bit d’information classique.
 
En 1982, Richard Feynman fait le constat de la complexité à simuler des systèmes quantiques par un ordinateur classique. Cette difficulté provient de la propriété que possèdent ces systèmes de pouvoir se trouver simultanément dans une superposition d’états quantiques. Il propose alors de construire un ordinateur quantique qui exploiterait le parallélisme quantique et permettrait ainsi de simuler efficacement le comportement de tout système quantique. La même année, Paul Benioff émet l’idée inverse d’utiliser un ordinateur quantique pour mener à bien des calculs classiques de manière exponentiellement plus efficace qu’avec un ordinateur classique.
 
Parallèlement, Wootters, Zurek, et Dieks énoncent le théorème de non-clonage, qui démontre qu’un état quantique arbitraire ne peut être dupliqué. Ce théorème est fondamental en théorie de l’information quantique, car il impose une limite physique stricte à ce qu’il est possible de faire avec les qubits.
 
En 1984, Charles H. Bennett et Gilles Brassard mettent au point un protocole de distribution de clé quantique, le BB844, permettant à deux protagonistes de partager une clé secrète de façon inconditionnellement sûre. La sécurité du protocole repose sur l’utilisation de photons comme qubits et deux principes physiques que sont le théorème de non-clonage et le postulat de réduction du paquet d’onde. Leur proposition initiale rencontre le scepticisme de la communauté scientifique. Elle est due principalement au fait que les sources de photons qu’il proposent d’utiliser sont des sources de photons uniques, c’est-à-dire des sources capables d’émettre un et un seul photon à la fois. Or, il est encore impensable à cette époque que de telles sources puissent exister un jour. Leur publication est donc refusée dans toutes les revues réputées et seulement acceptée dans une obscure conférence organisée en Inde.
 
En 1985, David Deutsch publie un article dans lequel il décrit le premier algorithme quantique, connu sous le nom d’algorithme de Deutsch. Bien qu’il ne possède pas réellement d’utilité pratique il est d’un intérêt théorique évident puisqu’il accomplit sa tâche, en l’occurrence déterminer si une fonction est constante ou équilibrée, plus efficacement que tout algorithme classique. Il sera généralisé en 1992 sous le nom d’algorithme de Deutsch-Jozsa.
 
En 1993, Ethan Bernstein et Umesh Vazirani démontrent qu’une machine de Turing quantique est capable de simuler tout système quantique en temps polynômial.
 
En 1994, Peter Shor dévoile l’algorithme de Shor. Il marque véritablement le début de l’engouement pour le calcul quantique, car c’est le premier algorithme quantique plus efficace qu’un algorithme classique qui soit d’un intérêt pratique. En l’occurrence, il permet de factoriser un nombre entier en temps polynomial. Sa première implémentation pratique a eu lieu en 2001, et a permis de factoriser 15 en 3 × 5. Cet algorithme exploite la transformée de Fourier quantique, dont l’implémentation sur un ordinateur quantique a été démontrée la même année par Don Coppersmith10.
 
En 1995, Benjamin Schumacher (en) a établi le théorème équivalent au théorème du codage de source de Claude Shannon. C’est ainsi que le qubit a été défini comme unité physique d’information quantique. Aucun résultat équivalent au théorème du codage de canal n’est connu.
 
En 1996, Lov Grover découvre un algorithme de recherche quantique plus efficace que tout algorithme de recherche classique.
 
De 2001 à 2015, Serge Haroche poursuit ses recherches sur l’information quantique qui lui vaudront le prix Nobel de physique en 2012.
 
 

Pour une vision constructive de l’avenir – par Thierry Curty

Thierry Curty

Le réchauffement climatique pourrait menacer l’avenir de l’humanité, ce ne sera pas le cas. C’est le cas aujourd’hui avec la trajectoire politique, mais elle va changer. Et le réchauffement climatique est la plus formidable opportunité économique de l’Histoire de l’Humanité, à plus d’un titre. Non seulement il va imposer un effort industriel colossal, en dizaines de milliers de milliards, avec un potentiel de rentabilité gigantesque, mais en plus, universel. Pour la première fois de l’Histoire toute l’Humanité se retrouve confrontée à un problème face auquel elle est condamnée à s’unir, de même ordre de grandeur que ce que l’on peut voir dans les films de science-fiction avec une invasion extra-terrestre mondiale. La fin de l’énergie fossile signe l’émergence d’une nouvelle énergie humaine, et pas seulement pour pédaler sur son vélo cargo.

Pour la première fois de l’Histoire toutes les populations, sans exception, sont concernées par le même problème, la même menace définitive. Pas forcément les mêmes conséquences, mais systémiquement de la même origine avec la même réponse pour tous. Les premiers réflexes sociaux sont les velléités de renfermement sur soi, le retour du populisme avec le protectionnisme, l’isolationnisme avec un regain de frontières dans un ultime conditionnement reptilien de repli sur soi. Mais la négation du problème ne pourra que le rendre plus prégnant et passé cet épisode, une fois la raison restaurée, l’humanité intégrera l’idée de coopération, tout simplement pour continuer d’exister.

Les flux financiers sont en pleine réorientation et dans cette décennie, la plus importante de l’Histoire de l’Humanité, il va se passer des choses incommensurables qui nous promettent une hausse du PIB d’au moins 5% d’ici 2050, avec un chiffre d’affaires déjà connu de 700’000 milliards. La menace n’a jamais été aussi complexe ni d’une telle ampleur, mais la formidable croissance du 20ème siècle, responsable du problème, a fait que jamais les possibilités n’ont été si considérables. De fait, le 21ème siècle, loin d’un siècle de privations et d’austérité sera un siècle d’opulence pour tous. La transition écologique sera source d’une colossale création de richesse néguentropique. L’anthropie du 20ème siècle est la richesse du 21ème siècle. Ce qui est la source du problème aujourd’hui est la solution de demain.

L’Humanité va souffrir comme jamais elle n’a souffert dans toute son Histoire. Il y aura des famines, des canicules, des cataclysmes. La mondialisation se retrouve stoppée dans son élan, par la volonté des mieux lotis de ne pas permettre à ceux qui le sont moins d’accéder à leur niveau de vie pour assurer un avenir à l’humanité. Il était question de faire en sorte que tous bénéficient du progrès, que tout le monde accède au niveau de vie le plus élevé. Et aujourd’hui il s’avère que cela ne semble pas possible. Il y aura des tensions, parce que ce sont ceux qui ne sont responsables de rien qui souffriront le plus et le reprocheront aux responsables. Mais ce n’est que le système productif actuel qui contredit la mondialisation, c’est une question de technologie, d’industrie. Le temps de la conscience universelle des possibilités et dans quelques décennies les choses ce seront apaisées sous les efforts communs de l’évolution du paysage économique. Après ces changements imposés par les éléments, jamais l’Humanité n’aura été aussi soudée. Ce qui aujourd’hui contraint le processus de mondialisation sera là aussi, contre-intuitivement, la cause de son accomplissement. La peur de l’avenir en raison de l’inconscience des possibilités induit la jalousie du Nord sur le Sud. La conscience des possibilités accélérera l’élévation du Sud, sinon par humanisme, par intérêt, puisqu’ils sont les futurs marchés du Nord. Elever le Sud est l’avenir du Nord.

Cette conscience des possibilités, naissante aujourd’hui, fera naître une industrie puissante au sein d’une nouvelle dynamique socio-économique reposant sur un paradigme systémique entièrement renouvelé, plus respectueux de l’environnement, mais aussi de l’humain et source de prospérité confortable. D’ici la fin du siècle, la Terre sera dépolluée, le taux de CO2 sera plus faible qu’avant la révolution industrielle. L’Humanité sera débarrassée de la contrainte du travail. Le capitalisme relèvera de l’Histoire. L’énergie sera illimitée, propre et gratuite. Et sous ces nouveaux paramètres, le monde aura un fonctionnement très très différent de ce qu’il est aujourd’hui.

On n’en perçoit pas encore forcément les conséquences, mais le changement est là, il est en cours, profond, à tous les niveaux, sur tous les territoires. Il est massif, déterminé, même si tout le monde ne s’est pas encore entendu sur les voies à suivre. Chaque individu songe à son action et installe des panneaux solaires sur son toit qui alimente sa voiture électrique qui lui sert de source d’énergie. Chaque entreprise cherche à produire son énergie propre, à remplacer ses gobelets de machine à café, à disposer de véhicules électriques, à optimiser ses process. Dans la finance, désormais chaque investissement prend en compte l’incidence écologique, parce que de polluer coûte cher et compromet la rentabilité alors on va chercher la rentabilité dans l’investissement vert. Ainsi, ce sont des milliers de milliards qui quittent chaque année les secteurs polluants pour entrer dans les secteurs dépolluants, de plus en plus de milliers de milliards chaque année avec une population progressivement de plus en plus sensible à la cause et finalement de plus en plus coopérative pour s’assurer un avenir.

Thierry Curty

 

Pourquoi nous nous opposons à la collapsologie

L’opposition du Courant Constructif à la vague effondriste qui inonde actuellement les médias français suscite de vives réactions. Les gens croient notamment que si nous critiquons la collapsologie, c’est que nous sommes nécessairement dans le déni de son constat accablant (réchauffement climatique, fonte du permafrost, effondrement de la biodiversité, fin du pétrole  etc.). Des gens bien-intentionnés en viennent à nous donner des leçons d’écologie pour palier à notre ignorance. On nous envoie des liens pour que nous prenions connaissance de la situation… comme si la posture défaitiste découlait directement de la connaissance des faits. Or, les faits ne disent rien de la posture que nous devons adopter face à eux et il est une multitude d’attitudes existentielles possibles face au constat dressé par la communauté scientifique. La collapsologie en est une. L’attitude constructive en est une autre.

 

1/La collapsologie n’est pas le constat, c’est une attitude face au constat

La collapsologie n’est pas le constat du problème, c’est une position bien précise adoptée face au constat. Le constat n’est d’ailleurs pas fait pas les collapsologues eux-mêmes, il est fait par la communauté scientifique, en l’occurrence le GIEC. Et le GIEC n’est pas collapsologue, il est même plutôt constructif. La collapsologie n’est pas le constat, mais une certaine conclusion tirée du constat: la conclusion qu’il est trop tard, qu’il n’y a pas de solution, que l’effondrement est inéluctable et qu’il s’agit maintenant de s’y préparer pour apprendre à vivre avec. Tant que vous n’avez pas compris ça, tant que vous croyez que l’idéologie effondriste est juste un constat objectif, vous ne pourrez pas comprendre ce que nous faisons dans le Courant Constructif.

Car le constat, nous le faisons nous aussi. Nous ne sommes pas climato-sceptiques, sinon les solutions n’auraient en toute logique aucun intérêt pour nous. La réalité, c’est que nous combattons la mouvance climato-sceptique depuis des années. Il faut être profondément binaire pour penser que si nous critiquons la collapsologie, c’est que nous sommes dans le déni de son constat, car encore une fois la collapsologie n’est pas le constat mais une certaine attitude prise face au constat. Chez nous, le même constat débouche sur une attitude à l’opposé du défaitisme collapsologique: l’attitude constructive, qui, partant du même constat, cherche des solutions pour résoudre le problème ou en limiter les effets.

 

2/La collapsologie se distingue de l’éco-psychologie par son défaitisme adaptatif

La collapsologie n’est pas le constat, elle n’est pas non plus la gestion thérapeutique des émotions suscitées par le constat. La digestion et l’expression des émotions relatives à la destruction de la planète n’est pas l’invention de la collapsologie, c’est l’invention de l’éco-psychologie, une méthode développée par Joanna Macy pour les écologistes. Les collapsologues ont récupéré cette pratique, mais l’éco-psychologie n’est pas effondriste à l’origine, d’ailleurs il m’est arrivé de la pratiquer dans mon centre de développement personnel dans le cadre de cercles de parole dédiés à l’écologie. Les collapsologues tordent cette belle discipline pour la détourner vers une forme de résilience défaitiste purement adaptative, qui n’est pas la vraie résilience, la résilience créative que nous défendons.

La spécificité de la collapsologie n’est donc pas d’accompagner l’éco-anxiété générée par le constat pour la faire déboucher sur des actes, de l’engagement et de la créativité. Il s’agit plutôt pour elle de faire déboucher cette éco-anxiété sur du renoncement et de la préparation. La collapsologie, c’est un peu comme aller se rendre avant d’avoir livré bataille. Nous, au Courant Constructif, nous sommes plutôt à rassembler toutes les troupes susceptibles de contribuer à la victoire ou au moins de limiter les dégâts, ce qui concrètement parlant, peut consister en quelques millions voir milliard de survivants, et la possibilité pour l’évolution humaine de continuer.

«Je sais que le changement climatique, combiné à l’épuisement des énergies fossiles bon marché au cours de ce siècle, éliminera les fondements de notre civilisation industrielle. Je ne sais pas si cela éliminera notre espèce – probablement pas, même s’il y aura des milliards de gens en moins sur cette planète d’ici à 2100.» Dennis Meadows, Effondrement: l’humanité rongée par la fin, Libération

 

3/La collapsologie comme utopisme néo-traditionaliste

La collapsologie est l’idéologie qui prône l’acceptation de l’effondrement en vue de s’y adapter. Il s’agirait de tourner la page des solutions pour entrer dans un esprit d’adaptation à l’effondrement inéluctable. L’emploi du terme de solution est d’ailleurs proscrit  chez les collapsologues. Il s’agit seulement d’aménager le pire, l’après effondrement, par une sorte de résilience purement adaptative.

« En fait, il n’y a même pas de “solutions” à chercher à notre situation inextricable (predicament), il y a juste des chemins à emprunter pour s’adapter à notre nouvelle réalité. » Pablo Servigne et Raphaël Stevens, Comment tout peut s’effondrer

 

Cet esprit d’adaptation défaitiste est rendu possible par une vision naïvement positive de l’après-effondrement, sur lequel sont projetés tous les fantasmes de l’écologie traditionaliste et anti-capitaliste. Il s’agirait d’imaginer que le monde d’après pourrait être aussi bien, si ce n’est mieux que le monde industriel moderne. On nous donne à rêver à travers l’imaginaire des villes en transition le retour à des conditions de vie traditionnelles, beaucoup plus communautaires et basées sur l’entraide. On laisse penser que le monde d’après ne sera pas tant violent que solidaire… On n’insistera pas trop sur le fait que par effondrement, on entend d’abord et avant tout un effondrement démographique, soit des milliard de morts, qui eux n’auront pas la chance de s’adapter. On ne parlera pas de la dérive autoritaire qu’induirait inévitablement la montée du chaos, les êtres humains étant toujours prêts à abdiquer leur liberté quand leur sécurité est menacée, certains ayant même un penchant bien connu pour la désignation de boucs émissaires dans ce genre de situations. On ne dira pas grand chose de la méchanceté humaine en situation d’effondrement, de l’explosion de la violence, des vols, des viols, des meurtres, des guerres, des gangs, de la maltraitance des femmes et des enfants en contexte de barbarie. On ne parlera pas trop de l’explosion des maladies et de l’impuissance à les traiter. On préfèrera projeter l’imaginaire de jolies communautés permacoles, en oubliant bien de préciser que dans le contexte d’un réchauffement de 5 à 10 degrés, on ne saurait assurer des rendements stables et suffisants à l’humanité. Évidemment tout cela relève plus du fantasme anti-capitaliste que de la science, mais c’est cet imaginaire utopique qui déclenche l’adhésion à la collapsologie, voir le désir d’effondrement… 

« Il ne s’agit pas vraiment d’un retour au passé. » Yves Cochet, Paris Match

 

4/ La collapsologie comme désir d’effondrement

Car il y a une frange de la collapsosphère qui, derrière un discours prétendument objectif, désire l’effondrement. Cela est bien réel. De la même manière que les communistes attendaient l’effondrement du système capitaliste du fait de ses contradictions internes, il est aujourd’hui une écologie radicale, antimoderne, voir anti-humanité, qui désire voir s’effondrer la société moderne dite thermo-industrielle. Derrière ce discours d’apparence scientifique se cache différentes postures maladives: “C’est trop tard!”, “Il n’y a pas de solution!”, “Après tout, si l’humanité disparait, ce n’est pas si grave!”, “Il faut que tout soit détruit pour pouvoir repartir sur de bonnes bases!”, “Vivement l’effondrement!”, “Cette société de merde mérite de s’effondrer!”, “On va bien rire quand tout le monde crèvera et que nous on sera préparés!”, “On va pouvoir redevenir chasseur-cueilleur!”, “L’humanité est le cancer de cette planète, si elle disparaît, bon débarras!”… etc.  On aurait tort de sous-estimer la gravité de cette maladie spirituelle des sociétés modernes avancées et son taux de propagation dans la population. Nous qui portons l’énergie opposée y sommes confrontés quotidiennement dans les commentaires que suscitent nos partages constructifs. On peut même observer un certain mépris des solutions et un acharnement à les dévaloriser. Pas étonnant que ceux qui désirent l’effondrement souhaitent qu’il n’y ait pas de solution. Pour certains même, la solution, c’est l’effondrement lui-même.

Les causes de cette maladie sont à chercher dans la mort de Dieu, dans le nihilisme qui en est né, la culpabilité et la haine de soi de l’Occident moderne, l’anti-modernisme suscité par la perte de sens et la destruction des repères traditionnels, l’ingratitude des enfants gatés-pourris de la modernité, la colère née de l’inégalité et l’irrationalisme croissant dans la population.

« Je considère avec beaucoup de sérénité un genre d’évènement, pas trop rapide, qui réduirait notre population à environ un milliard ; je pense que la Terre serait plus heureuse. » James Lovelock, Newsweek, 31 mai 2015.

 

CONCLUSION : Vers un populisme vert ?

N’assiste-t-on pas finalement à la naissance d’un populisme écologiste?  Je dis pour ma part qu’il y a une écologie traditionaliste, binaire, antimoderne, négative, malthusienne, technophobe, passéiste et spirituelle-traditionaliste, que j’oppose à une écologie créative, constructive, positive, progressiste, technique, industrielle, scientifique, futuriste et spirituelle-évolutionnaire. J’ai parlé du fait que derrière ce discours pseudo-scientifique se cache un traditionalisme, donc une tentation régressive mêlée d’utopisme naïf. J’ai également pointé le problème de la pensée binaire, cette sorte d’avatarisation des esprits qui veut que si l’on est pour la nature, on soit contre la technologie, et inversement. J’ai montré la folie d’une logique culpabiliste qui veut supprimer purement et simplement toute chose nuisible à la planète (voiture, avion, centrale nucléaire, chauffage, électricité, smartphone, enfants…). J’ai critiqué le manque de transmission de l’esprit scientifique et rationnel qui ouvre la voie aujourd’hui à une véritable régression irrationaliste que l’on voit s’étendre chaque jour un peu plus sur Internet. Enfin j’ai pointé le problème que représente l’ingratitude des enfants de la modernité à l’égard du système dont ils tirent leur niveau de vie inégalé dans toute l’histoire humaine. Tout cela fait le lit d’un populisme écologiste grandissant, qui nuit à la véritable transition écologique. Le désinvestissement des solutions au profit de l’adaptation réduirait inévitablement les capacités de résilience de l’humanité. Ce populisme vert est l’arbre qui cache la forêt de solutions qui pousse. Son esprit contestataire laisse entendre que personne ne fait rien, au moment même où les solutions sont en train d’émerger. S’opposer à ce populisme vert pour des raisons écologiques, c’est courir le risque d’être vu comme un ennemi de la nature, voir comme un climato-sceptique. Mais j’insiste bien: le GIEC n’est pas collapsologue et s’il y a bien un discours militant qui représente la ligne du GIEC, c’est le nôtre. 

Satyavir